Budget 2025 : "Plus tôt le projet de loi de finances sera voté, mieux ce sera", lance Xavier Jaravel, membre du Conseil d'analyse économique
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« On mesure le taux auquel la France paye pour s'endetter. »
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« Est-ce que ça inquiète l'économiste que vous êtes ? »
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France Info Bonsoir à toutes et à tous. Quel Premier ministre et quel budget pour la France ? Nous sommes entrés dans une période d'incertitude politique et économique. Bonsoir Xavier Géravel. Bonsoir. Zéconomiste, membre du Conseil d'analyse économique, professeur à la London School of Economics. Les marchés n'ont pas paniqué après la chute du gouvernement mercredi soir. C'est un indicateur qui vaut ce qu'il vaut, mais est-ce que ça veut dire qu'ils sont confiants vis-à-vis de ce qui se passe dans notre pays ?
Ils ne sont plus très confiants depuis assez longtemps. Vous savez, on mesure le taux auquel la France paye pour s'endetter. On compare ça à d'autres pays comme l'Allemagne. Et du coup, depuis trois mois, le taux par rapport à l'Allemagne augmente. Et donc, on n'est pas encore au niveau de l'Italie, mais on est maintenant à un niveau plus élevé que la Grèce, que l'Espagne. Donc, on est vu comme moins bons payeurs que des élèves qui sont plutôt d'assez mauvais élèves, comme la Grèce et l'Espagne. Alors, bien sûr, on n'est pas encore l'Italie. Donc, on peut toujours se consoler d'une manière ou d'une autre. Mais il y a quand même de l'inquiétude.
De l'inquiétude, justement, vous, vous avez quelle lecture de la situation actuelle ? Est-ce que ça inquiète l'économiste que vous êtes ?
À court terme, je pense qu'il ne va pas y avoir d'effondrement du pays. Mais à long terme, on continue à saper nos fondations, puisqu'on ne va pas être capable de faire toutes les réformes qu'il faut faire. On n'est pas du tout engagé sur une réduction du déficit public. Et on ne fait pas les choix structurants qui auraient dû être les nôtres sur le fait de bien répartir la charge de repaiement de la dette, de résorption du déficit, la charge entre actifs et inactifs, tout ce genre de choses. Donc, c'est un peu une situation tragique au sens où tout se passe finalement pendant le scénario noir. Mais comme il n'y a pas de déflagration, il n'y a pas non plus de prise de conscience immédiate.
Et donc, on peut continuer comme ça longtemps jusqu'au jour où on sera vraiment comme la Grèce. C'est-à-dire que les taux vont vraiment augmenter, dépasser l'Italie. C'est une voie possible. Et une autre voie, c'est qu'on continue un peu comme ça, bon an, mal an, jusqu'à la présidentielle de 2027. Et que là, il y ait un choix plus clair qui soit fait et qu'on puisse être mis sur une trajectoire pérenne.
Allez, on va revenir un petit peu avant 2027. Ce qui se dessine pour les prochains jours, c'est une loi spéciale qui serait déposée au Parlement pour permettre, je cite Emmanuel Macron, à la continuité des services publics et de la vie du pays en appliquant pour 2025 les choix de 2024, donc du budget pour 2024 avant une reprise des discussions budgétaires l'année prochaine. Quel impact tout cela va-t-il avoir en attendant sur nos finances publiques ?
En fait, c'est très difficile à dire parce que tout le monde pense qu'il va y avoir une loi spéciale mais aussi qu'ensuite le projet de loi de finances et le projet de loi de finances pour la sécurité sociale seront revotés, peut-être dans des formes différentes. Et donc, on aura quand même des changements par rapport à 2024. Mais si on restait dans ce scénario très improbable où en fait on garde ce qu'on avait en 2024, déjà il y a plein de complexités techniques, c'est-à-dire que constitutionnellement en fait on ne reprend pas 2024 mais c'est au plus on fait comme 2024.
Mais normalement l'Étoile doit limiter au maximum et doit juste faire ce qui doit être fait pour assurer la continuité de la vie de la nation. Donc personne ne sait vraiment de quoi il s'agirait mais globalement on se dit le déficit serait de l'ordre de 6%. Donc le déficit serait un peu plus élevé que ce qu'avait proposé le gouvernement Barnier. Mais en fait la charge serait très inégalement répartie, c'est-à-dire qu'il y a des gens comme les agriculteurs qui vont perdre plusieurs mesures qui auraient été bénéfiques pour eux. Il y a des gens qui vont payer plus d'impôts, par exemple qui vont rentrer quand ils commençaient à payer l'impôt.
Et en revanche, les plus riches, les entreprises, elles, échappent au surcroît d'impôts qui avait été prévu par le gouvernement Barnier.
Parmi les sujets qui ont fâché, il y a eu celui des retraités. Le gouvernement voulait reculer de 6 mois l'indexension des pensions sur l'inflation inacceptable pour une bonne partie de la classe politique. Vous, vous écriviez dans une tribune, dans les échos, les retraités aisés devraient contribuer davantage au redressement des comptes publics.
En fait, il y a un constat simple, c'est que les dépenses liées aux retraites vraiment créent beaucoup de déficits. Vous regardez la dette accumulée depuis 2017. La moitié de la dette accumulée, c'est les déficits liés aux retraites, des régimes de la fonction publique et de tous les autres régimes. Et ensuite, on peut voir aussi que les retraités qui aujourd'hui sont à la retraite ont un taux de rendement élevé. C'est-à-dire que souvent, on dit, oui, mais ils ont cotisé, donc leurs retraites sont dues, c'est vrai, mais il faut regarder le taux de rendement.
Et en fait, pour eux, c'était un bon investissement au sens où ils ont un taux de rendement assez bon par rapport aux générations actuelles qui, elles, ont des taux de rendement projetés beaucoup plus faibles. Donc, il y a une question d'inégalité intergénérationnelle. Et ensuite, on voit que les retraités aussi épargnent beaucoup plus que les actifs. Donc, ça veut dire que d'une certaine manière, ils ont suffisamment de fonds disponibles et plein d'indicateurs comme le taux de pauvreté sont aussi beaucoup plus faibles parmi les retraités. Pas tous.
Et c'est pour ça que du coup, la proposition, c'était de dire, on fait contribuer les retraités aisés et on pourrait les faire contribuer au prorata de leur importance dans la dépense publique qui est très, très, très élevée. Souvent, je pense pour la plupart des Français, on dit oui, le déficit, il faut que l'État réduise ses dépenses. En fait, quand vous regardez les chiffres, le gros des dépenses, c'est les dépenses de retraite, c'est les dépenses de santé. Ce n'est pas du tout les dépenses du train de vie de l'État. Mais c'est très difficile politiquement de défendre cette position.
Politiquement, c'est quelque chose qui n'est pas passé.
Et ce qui est particulièrement intéressant, c'est que le gouvernement est censuré techniquement sur cette mesure-là. Le Rassemblement National refuse que les retraités aisés puissent avoir une désindexation partielle de leur retraite. Donc, vous voyez, ce n'est quand même pas un effort très important. On demande beaucoup aux actifs et aux autres. En retraité, on ne demandait quasiment rien. Même ça, ça ne passe pas.
Ce n'est pas l'avis de tous les retraités.
En tout cas, vous voyez, faire partager l'effort à tout le monde, ça paraît assez normal. En particulier, vu les rappels historiques que je faisais, me semble-t-il. Mais donc, ça, ce n'est pas passé. Et donc, ce qui est aussi intéressant, c'est que les retraités plutôt ne votent pas pour l'Assemblée Nationale, justement. Ils votent plutôt pour les formations du centre. Les retraités, c'est un votant sur deux, un électeur sur trois. Et donc, c'est très difficile de changer d'équilibre. Mais je pense que ce sera en fait nécessaire. Autrement, notre pays ne pourra pas résorber son déficit, investir dans l'éducation, investir dans l'innovation, investir dans l'avenir.
Il ne nous reste plus qu'une minute, mais j'ai une question. Est-ce que le plus tôt, il y a une loi spéciale qui est adoptée ? Le mieux, ce sera ?
Oui, parce que ça va résoudre plein d'incertitudes, et notamment pour les fonctionnaires gestionnaires. Aujourd'hui, ils ne savent pas en fait quels crédits ils vont avoir pour 2025. Donc, il faut par exemple planifier des choses à l'hôpital, ou vous êtes dans l'armée, vous ne pouvez plus acheter vos hélicoptères, vos porte-avions, plus faire de recrutement. Donc, le plus tôt, ces éléments-là, la loi spéciale, mais aussi qu'un PLF et PLFSS soient votés, le mieux, ce sera.
Le plus tôt, le mieux, ce sera. Merci beaucoup.
Merci à vous.
Xavier Jarevel, membre du Conseil d'analyse économique, professeur à la London School of Economics. Et vous étiez l'invité. Écoute France Info.