PRÉSIDENTIELLES : DES ÉLECTIONS CONTRE LA DÉMOCRATIE
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« Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? »
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« En 1962, les députés qui y siègent sont encore les seuls à être directement élus par le peuple. »
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« Le 49.3 c’est vous ! »
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« De Gaulle a fait un coup d’État. »
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« Le changement de 1962 était illégal. Tout le monde s’accorde à le dire : c’était interdit. »
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« Macron a estimé qu’il avait un blanc-seing pour diriger la France. »
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« En 1962, les Français sont en état de choc et refusent de croire à ce qu’il se passe. »
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« Ce n’est pas le Conseil constitutionnel qui dirigera le pays si je suis Président. »
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« Le peuple n’a pas besoin du droit pour lui dicter sa politique. »
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Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans, je commence une carrière de dictateur ? Mon action à la tête de la République, plus tard, celle de présidents successifs, sont incompatibles avec le règne absolu et désastreux des partisans. Voulez-vous élire vous-même votre président au suffrage universel ?
Alors que les élections générales se profilent pour 2022, la situation politique en France est plus que jamais éclatée. Politiquement les partis ne se sont pas encore remis de la déroute de 2017. Idéologiquement les lignes se brouillent : Pécresse, Zemmour et Le Pen semblent sur la même longueur d’onde.
Il faut ressortir le karcher, il va falloir nettoyer tous ces quartiers qui sont devenus des zones de non-droit, voire même parfois, des zones de non-France. Malgré cet éclatement du paysage politique, un sujet reste au centre des débats : la gestion “jupitérienne” du pouvoir par le Président Macron. De Mélenchon à la droite traditionnelle, de l’UDI à Le Pen, l’hyper-centralisation des décisions de l’avenir de ce pays dans les mains du Président est un sujet qui préoccupe les Français.
Il est difficile d’être le roi de la France. Dans cette série de vidéos, nous allons justement essayer de décrypter, analyser et comprendre les grands enjeux de cette présidentielle : comment les institutions fonctionnent-elles ? C’est quoi la démocratie ?
Pourquoi, alors que la France est la patrie des droits de l’Homme, la démocratie et le pluralisme semblent autant en danger ? Qu’est-ce que l’élection directe du Président a fait à notre vie politique ? Alors je sais ce que vous allez me dire.
Ça a fait Benalla, les Gilets jaunes, la réforme des retraites, la loi sécurité globale, le passe sanitaire, le passe vaccinal, la Convention citoyenne sur le climat, le Grand débat, le confinement, le couvre-feu, les attestations, le monde d’après. Merde quoi… Et le problème est plus large, ce n’est pas juste Macron, c’est comment sont élus les Présidents en France. Bienvenue dans ce nouveau format de Blast que nous avons baptisé… Bon pour les présidentielles vous voyez le tableau.
C’est tous les cinq ans, ils promettent d'être féministes, écolos, et puis une fois élus, ils font le contraire voire pire. Tous des menteurs, des escrocs, des voleurs. Retenons cela : Le jour d’après, quand nous aurons gagné, ce ne sera pas un retour au jour d’avant.
Mais on va commencer par rappeler que le président est élu au suffrage universel direct. Universel parce que c’est tout le monde qui vote : tous les citoyens. Direct parce que ce sont les citoyens qui décident directement.
C’est nous qui mettons un petit bulletin avec le nom du Président dans une enveloppe. Ou pas de nom du tout, hein, même si pour l’instant ça ne sert pas à grand chose le vote blanc. Pour revenir à nos oignons, ça n’a pas toujours été comme ça l’élection présidentielle.
C’est en réalité assez récent dans l’histoire républicaine française : ce n’est que depuis 1962 qu’on élit directement les Présidents. Avant 1962, le Président était élu au scrutin universel indirect : c’est-à-dire que le Peuple ne votait pas directement pour le Président. Il votait pour des élus, des députés, des conseillers municipaux, des conseillers généraux, qui eux-mêmes, votaient pour le Président.
C’était un peu comme les sénateurs aujourd’hui. Du fait de ce suffrage indirect, le lien entre le Président et le Peuple était assez lointain avant 1962. Certes, ça pouvait présenter quelques problèmes démocratiques, mais ça avait aussi quelques avantages : comme tenter de limiter les ambitions présidentielles.
Quand on n’est pas élu directement par le Peuple, c’est plus dur de prétendre en être le seul porte-parole. Mais alors, que s’est-il passé pour que ça change ? En 1962, ça faisait presque 4 ans que le Général de Gaulle était Président.
Et donc, comme je viens de le dire, il était élu par un collège élargi, environ 80 000 électeurs, mais pas directement par le Peuple. Or, cette situation d’illégitimité gêne le Général depuis longtemps. De Gaulle a toujours eu un complexe du “sauveur de la France”.
Il voulait être cet ange-gardien directement choisi par le Peuple et mandaté par lui pour le représenter et le protéger. Déjà en 46, il rêvait d’un régime quasi-présidentiel, avec lui comme chef de l’Etat. Mais les Français, eux, à l’époque, n'en ont pas voulu.
Et du coup, De Gaulle est allé bouder à Colombey-les-Deux-Églises, en attendant sa revanche. Vous savez, c’est là que Nadine Morano, comme toute la droite, va quand elle a un coup de blues. En 1958, après une dizaine d’années très douloureuses pour la IVe République, embourbée dans des conflits atroces comme l’Indochine et l’Algérie, un cartel de généraux félons organise un coup d’État militaire à Alger.
Le Général de Gaulle voit alors son heure de gloire arriver. Enfin, sa nouvelle heure de gloire. Il y avait déjà eu : Paris outragée, Paris brisée, Paris martyrisée, mais Paris libérée.
Il est supplié par le Président de l'époque, René Coty, de venir à la rescousse de la France. C’est notre Raïs à nous, c’est monsieur René Coty. C’est comme ça qu’en juin 58, avant de devenir Président de la Ve, de Gaulle est nommé Premier Ministre de la IVe.
Il résout la crise et apaise la situation. Et c’est là qu’il fait revenir son projet déjà rejeté en 46. Mais de Gaulle ne peut pas tout décider tout seul.
Du moins pas encore. Il est obligé de négocier. Le projet qui aboutit, c’est la Ve République de 1958, celle-là même où le Président est élu par ce collège élargi au scrutin indirect : les 80 000 électeurs dont je parlais plus tôt.
C’est un demi-échec de prime abord. Mais n’oublions pas que le bon Général a été formé à la grande stratégie. Un petit repli tactique pour conforter ses positions n’est pas un mauvais coup.
Et c’est exactement ce qu’il fait. Il profite des gains qu’il a pu obtenir en 58 pour capitaliser sur sa personne et accroître encore sa présence et son aura. Soutenu dans son entreprise par son fidèle de toujours et Président de l’Assemblée nationale Chaban-Delmas, il domine la politique intérieure avec son nom.
Et ce même Chaban-Delmas, lors du congrès du mouvement gaulliste en 1959, assène à qui veut l’entendre sa nouvelle et subversive théorie : le “domaine réservé” du Président. Selon Chaban, le Président disposerait de matières qui lui seraient réservées : la diplomatie, les armées, la dissuasion nucléaire. Or, rien de tout cela n’est dans la Constitution.
On s’en bat les couilles, on s’en bat les couilles. On commence à ancrer dans l’esprit des Français une certaine vision de la fonction présidentielle. De Gaulle arrive donc à capitaliser sur son nom : il a mis fin à la guerre d’Algérie, à l’instabilité parlementaire et il engrange de beaux succès économiques.
C'est ainsi que désormais, le Général peut passer à l’action. Et un attentat contre sa personne va accélérer le processus. En août 62, la tentative d’attentat du petit Clamart lui confère une aura charismatique supplémentaire.
Et c’est ainsi qu’en septembre, il engage sa responsabilité personnelle sur le projet de se faire réélire directement par le Peuple et non plus par le collège élargi. Se pose alors la question des moyens : comment fait-on pour changer le mode d’élection du Président de la République ? Franchement, en vrai, on n’est pas loin de : “C’est moi le chef maintenant et tout le monde ferme sa gueule.” Sauf que son problème, c’est le mode d’élection des gouvernants, Président ou parlementaires, qui est particulièrement protégé : Bah normal, faut pas qu’on puisse le modifier tous les quatre matins.
C’est pour ça que le mode d’élection est inscrit dans la Constitution, la forme la plus haute de reconnaissance juridique, expression suprême de la volonté solennelle du Peuple. Et d’ailleurs, c’est à peu près partout pareil dans le monde. En France, ce mode d’élection est prévu à l’article 6 de la Constitution de 1958.
Pour que de Gaulle soit directement élu par le peuple, il faut donc la réviser. Mais c’est là où le tableau s’obscurcit. La Ve République, que le peuple français a adoptée directement à plus de 82% en 1958, donne des conditions de révisions précises, notamment pour éviter que la déroute de 1940 puisse se reproduire : Vous savez, ce moment où l’Etat s’est auto-dissout et a donné tous les pouvoirs à Pétain.
Maréchal, nous voilà ! Devant toi, le sauveur de la France ! En 1962, les souvenirs de Vichy sont beaucoup plus frais qu’aujourd’hui, et il faut donc que le projet de révision constitutionnelle soit adopté par les deux assemblées : le Sénat élu indirectement, mais aussi et surtout l’Assemblée nationale.
En 1962, les députés qui y siègent sont encore les seuls à être directement élus par le peuple. Et c’est là où le plan de de Gaulle prend un tournant plus “Baron noir” : l’Assemblée et le Sénat, pourtant tous les deux dominés par une majorité de droite, font savoir qu’ils refuseront de changer la Constitution pour qu’on élise le Président au suffrage universel direct. Ils considèrent cela comme un pas dangereux vers des institutions moins démocratiques.
On se demande ce qu’ils entendaient par là. Il y a la question du vote blanc. C’est une question qui depuis longtemps travaille notre démocratie.
Elle n’est pas négligeable et à juste titre les gens qui votent blanc nous disent : “Je veux être entendu, je veux que ce soit pris en compte.” Est-ce qu’il faut lui donner une reconnaissance particulière ? J’ai un moment été tenté par cette option, j’y ai beaucoup réfléchi et je ne la retiendrai pas.
Nos députés à l’époque s’opposent fermement à ce projet de monarchie présidentielle. De Gaulle est bloqué et son plan prend l’eau : impossible de réviser légalement la Constitution parce que les élus du Peuple s’y opposent. Allez dire à l’Élysée que notre admiration pour le passé est intacte mais que cette Assemblée n’est pas assez dégénérée pour renier la République.
C’était pas des Playmobils les députés à l’époque. Contrairement à aujourd’hui, tout le monde ne considérait pas encore le Président comme le chef suprême de la Nation. C’est alors que le Général à l’idée de faire ce que la plupart des dictateurs font : organiser un “référendum”.
Voulez-vous, dorénavant, élire vous-mêmes votre Président au suffrage universel ? Alors tout le monde se dit qu’un référendum a priori c’est démocratique, pas vraiment un truc de dictateur hein… Bah ça dépend. Dans ce genre de référendum, il suffit de paralyser les oppositions.
Autrement dit, s’assurer de ne pas être haï par plus de 50% des Français qui iront voter. Et pour ça, il y a la propagande. Et comment vous appelez un pays qui a comme Président un militaire avec les pleins pouvoirs, une police secrète, une seule chaîne de télévision et dont toute l’information est contrôlée par l’État ?
J’appelle ça la France, mademoiselle. Et pas n’importe laquelle. La France du Général de Gaulle.
Les députés, qui sont les seuls représentants directs, sont taxés de n’avoir que leurs intérêts et ceux de leurs partis à cœur. Mon action à la tête de la République plus tard celle de présidents successifs sont incompatibles avec le règne absolu et désastreux des partisans. Le 49.3 c’est vous !
D’ailleurs, cette culture anti-parlementaires est toujours bien vivante aujourd’hui. Il est une mesure depuis longtemps souhaitée par nos compatriotes, qu’il me semble indispensable de mettre en oeuvre, la réduction du nombre de parlementaires. Quand le Général annonce un référendum pour réviser la Constitution afin d’être élu directement par le Peuple, le Parlement s’y oppose vigoureusement.
Une mobilisation trans-partisane se met en place sous la houlette du Président du Sénat de l’époque Gaston Monnerville. Tous les partis représentés au parlement, à l’exception des Gaullistes font bloc contre ce projet. Et, chose inédite dans l’histoire de la Ve République : l’Assemblée nationale utilise la censure, le seul outil dont elle dispose pour contraindre l’exécutif à revoir sa copie.
Pour la première fois et, jusqu’à ce jour, la dernière, le gouvernement de la Ve République est congédié par les députés. Ambiance, genre… Mais dehors les romanos ! Mais de Gaulle s’y attendait.
Il faut reconnaître que le Général était un fin stratège. Alors qu’il est publiquement et totalement désavoué par les représentants du Peuple, alors que son gouvernement a été censuré, il décide de dissoudre l’Assemblée nationale. En dissolvant l’Assemblée, il s’assurait d’avoir le palais Bourbon vidé de ses députés : dissouts, ils ne peuvent se réunir : la législature est arrivée à son terme, son terme prématuré.
Il décide alors de se passer du consentement des élus directs du Peuple en détournant une procédure qui fait illusion de façon bien pratique : le référendum législatif. Alors, comme c’est un peu technique, on est allés chercher pour vous un super pro des trucs techniques. Prévu à l’article 11, il permet au Président, sur proposition du Premier ministre, de soumettre au Peuple un projet de loi concernant l’organisation des pouvoirs publics entre autres.
Le problème, c'est que la Constitution a explicitement prévu une partie entière consacrée à sa propre révision, c’est l’article 89. Avec cette procédure, on commence par consulter les élus du Peuple, on discute et les deux Assemblées doivent voter en termes identiques le projet. Puis, une fois que les représentants du Peuple sont d’accord, le Président a deux options : soit le soumettre de nouveau au congrès, la réunion solennelle des deux assemblées, pour un vote aux trois cinquièmes.
Soit il peut en faire un référendum. C’est comme ça qu’on a fait en l’an 2000 pour le passage du septennat au quinquennat. C’est quand même pas compliqué.
On ne va pas non plus répéter quinze fois. Voilà, des questions ? On voit ainsi que même dans la procédure prévue par la Constitution, le Peuple peut tout à fait être consulté.
C’est pour cela que l’article 11 et son référendum sur les pouvoirs publics n’a rien à voir avec la révision de la Constitution et ça coule de source : si la Constitution a une partie littéralement appelée “De la Révision” : c’est là qu’il faut chercher pour réviser. Et pas dans l’article 11 qui sert essentiellement à passer des lois normales directement par le Peuple. Et c’est ainsi, alors même que c’est interdit, que de Gaulle utilise une simple loi pour modifier la Constitution et amender l’article 6 pour se faire élire personnellement et directement par le Peuple.
Et personne ne l’a arrêté. Bon, légalement, plus personne ne pouvait. Le Sénat n’en a jamais eu le pouvoir et l’Assemblée était déjà dissoute.
De Gaulle a fait un coup d’État. D’ailleurs, pendant longtemps, les forces de gauche ont considéré ce passage au suffrage universel direct orchestré par de Gaulle comme un coup d'État. Oui, le changement de 1962 était illégal.
Tout le monde s’accorde à le dire : c’était interdit. Le Conseil d’État l’a dit, à la quasi-unanimité, le Conseil constitutionnel aussi dans une consultation officieuse, les deux chambres du Parlement et plus généralement tous les partis politiques. Sauf les Gaullistes, évidemment.
Cependant ce mode d’élection s’est reproduit et répété au fil des années et il est désormais largement admis que l’article 6 de la Constitution prévoit bien l’élection du Président au suffrage universel direct. Biberonné par une propagande d’État, le peuple français a validé son référendum, contrairement à ce qu’il avait répondu en 1946. Puis, il a élu de Gaulle Président au suffrage universel direct avant de lui donner sa majorité à l’Assemblée nationale.
Et là, triple coup de soufflet : la violation de la Constitution entérinée, la présidentialisation des institutions validée, la défaite du Parlement consommée. On croit toujours que les coups d'État, c’est chez les autres, mais ça a bien eu lieu chez nous en 1962. Vous vous rendez compte de ce que ça a fait à la démocratie ?
Parce qu’elle est là, la question de fond. Aujourd’hui, les élections sont, dans la pratique, considérées comme valides. Mais 1962 pose évidemment des problèmes démocratiques majeurs.
Si le recours au Peuple est, par principe, une bonne idée en démocratie, il faut toujours se souvenir que les constitutions ne sont pas là pour décorer : non seulement elles sont la volonté directe du Peuple mais elles servent à empêcher justement ce genre de manœuvres. Le Peuple en 1958 a décidé d’adopter une procédure de révision de la Constitution particulière. Et cette procédure, vous imaginez bien qu’elle n’était pas là pour faire joli.
La Constitution, par les pouvoirs qu’elle donne aux hommes politiques, doit être solennellement protégée. Cet abus de pouvoir, loin d’être une consécration de la souveraineté du Peuple est encore une fois le stigmate des caprices présidentiels. Il faut par ailleurs souligner la violence des procédés politiques employés par le Général : au lieu de discuter, dissoudre, au lieu de négocier, passer en force.
Tout ça pour accroître encore et toujours son pouvoir personnel. La France du général de Gaulle. Les Peuples souverains adoptent des constitutions pour limiter, encadrer et contrôler le pouvoir de leurs représentants.
Et en démocratie, il n’y a rien de plus grave qu’un militaire, à la tête de l’État, qui viole la Constitution pour la réviser et changer les règles de son propre poste, qui méprise et piétine le Parlement et qui préfère le coup de force à la négociation démocratique. Et même si le Peuple a effectivement plébiscité ce mode d’élection, le problème n’est pas là. Il est dans l’abus de pouvoir dangereux dont cet acte est devenu le modèle pour les Présidents suivants.
Et c’est là le problème de fond : les gouvernants doivent être surveillés et contrôlés. Leurs compétences doivent être limitées et la concurrence entre les pouvoirs doit être mise en place pour éviter qu’ils n’en abusent. Sans de forts contre-pouvoirs les gouvernants font ce qu’ils veulent et piétinent les constitutions que les Peuples ont directement érigées pour se protéger.
C’est un peu ce qui s’est passé ces 5 dernières années. Plébiscité par 66% des voix et porté par une majorité parlementaire dans la foulée, Macron a estimé qu’il avait un blanc-seing pour diriger la France. Alors qu’en réalité, la majorité des Français s’est contentée de faire barrage à l’extrême droite en mai 2017 puis s’est désintéressée des législatives, comme le prouve le taux d’abstention record en juin de la même année (51,3 %). 1962 est la première marche des nombreux dysfonctionnements de la Ve République aujourd’hui : c’est l’affaire, trop peu connue mais banale d’un militaire en fin de carrière qui viole la constitution et piétine les élus directs du Peuple pour accroître son propre pouvoir.
Faut faire attention avec les référendums, ça peut vite déraper. Le problème avec le référendum de 1962 n’est pas qu’on en ait appelé au Peuple pour réviser la constitution. C’est justement une option qui est possible après la discussion avec le Parlement.
Le problème de ce référendum, c’est qu’il a été instrumentalisé par un gouvernant pour concentrer encore plus de pouvoir sur sa personne au mépris des décisions fondamentales que le Peuple avait prises 4 ans plus tôt, à savoir la Constitution de 1958. Le référendum, c’est la pilule pour faire avaler le crime. En 1962, ça semblait impensable que le Général puisse se comporter de la sorte.
Le libérateur de Paris, le héros de la seconde Guerre Mondiale, ne pouvait pas faire un coup d’État. Pourquoi voulez-vous qu’à 67 ans je commence une carrière de dictateur ? Et pourtant, les faits sont têtus.
En 1962, les Français sont en état de choc et refusent de croire à ce qu’il se passe. Et cet effet de torpeur, de sidération, a bien été compris par les gouvernants : on peut gouverner par la transgression. D’ailleurs, ces comportements se sont répétés : immixtion du Président dans la politique intérieure, puis dans la révocation du Premier ministre, puis même dans ce qui est signé en Conseil des ministres, pour aboutir dans la double figure sarkozienne et macronnienne d’un Président jupitérien, décideur de tout, mais responsable de rien.
En somme, la Ve République, c’est un peu l’histoire du syndrome de Stockholm : les Présidents ne cessent d’abuser de leurs pouvoirs, de piétiner les droits du Peuple, de leurs représentants au Parlement et ailleurs et parviennent malgré tout à persuader les Français que tout ceci n’est que pour leur bien. Aujourd’hui, cette culture présidentielle lancée par de Gaulle compte de nombreux héritiers : Macron avec les gilets jaunes, la Convention citoyenne pour le climat et la destruction de l’hôpital public en pleine pandémie. Mais aussi Zemmour.
Car, si le Président Macron maintient encore un attachement verbal à une démocratie de façade, on a vu que le polémiste reconverti était beaucoup moins complexé à l’idée de gouverner par la force : Ce n’est pas le Conseil constitutionnel qui dirigera le pays si je suis Président. Ça veut dire quoi ? Il faut quand même des règles de droit monsieur Zemmour.
Oui il y a des règles de droit mais il y aussi le Peuple. Et le Peuple a besoin du droit pour le protéger. Non non, le peuple n’a pas besoin du droit pour lui dicter… Le peuple n’a pas besoin du droit pour le protéger ?
Le peuple n’a pas besoin du droit pour lui dicter sa politique. En gros, si on agite la légitimité du peuple, on peut faire ce qu’on veut. C’est le piège des présidentielles.
Les Français risquent de mettre, ou remettre, au pouvoir pour cinq ans un individu qu’ils ont pourtant majoritairement rejeté, des programmes qu’ils ont détestés et un régime qui les maintiendra encore bâillonnés. 2002, 2007, 2012, 2017, 2022, c’est encore et toujours la même histoire. Ainsi se noue une relation toxique et dysfonctionnelle entre le Peuple et le pouvoir : toujours déçus mais toujours en quête du sauveur parfait, les Français admirent et chérissent leurs ravisseurs.
Bon, c’est vrai que ce constat peut paraître désespérant, mais, il faut quand même retenir de tout ça que le pouvoir, il est entre nos mains. Allez, je vous laisse avec une petite citation inspirante genre… S’ils veulent un responsable, il est devant vous, qu’ils viennent le chercher ! Abonnez-vous et faites un don à Blast.