Budget 2026 : "Ne plus vivre à crédit, c'est un travail de tous, si chacun apporte sa pierre, ça ne sera douloureux pour personne", estime le président de l'U2P
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« Le pire n'étant jamais certain, les sujets que nous avons évoqués ont probablement tous une solution. »
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« Nous avons réaffirmé, nous, organisation patronale, notre souhait d'avoir une réponse mesurée, graduée aussi, et en tout état de cause européenne. »
- 2:38PrésentateurFait
« Donald Trump a suspendu notamment ceux qui visaient ou viseraient l'Union européenne pour 90 jours, 3 mois. Ça, ça ne vous rassure pas ? »
- 3:32PrésentateurChiffre
« Vous avez forcément parlé d'un chiffre, 40 milliards. Ce sont les efforts qu'il faut trouver, dit le ministre de l'économie, pour le budget 2026. »
- 5:45Invité politiqueFait
« On ne peut plus continuer à vivre à crédit comme nous le faisons depuis 40 ans. Ce n'est plus possible de remettre aux générations futures le poids de la dette que nous consommons aujourd'hui. »
Temps de parole
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France Info. Bonsoir à toutes et à tous. Nous allons parler ce soir de ce Conseil des entreprises qui s'est tenu ce matin au ministère de l'économie. Nouvel outil de co-construction avec les entreprises sur les sujets qui les concernent, dit le ministre Éric Lombard. Autour de la table, les représentants des organisations patronales dont notre invité. Bonsoir Michel Ficon. Bonsoir. Président de l'UDEP, l'Union des entreprises de proximité, concrètement artisans, commerçants, professions libérales, bref, les deux tiers des entreprises françaises. Comment ça s'est passé cette réunion ?
Écoutez, ça s'est passé bien sur la forme, sur le fond avec beaucoup d'inquiétudes. Mais le pire n'étant jamais certain, les sujets que nous avons évoqués ont probablement tous une solution.
Alors allons-y, qu'est-ce qui était à l'ordre du jour ?
Alors à l'ordre du jour, bien évidemment, ce sont les droits de douane mis en place par le président Trump qui perturbent un petit peu. Bon, nous avons réaffirmé, nous, organisation patronale, notre souhait d'avoir une réponse mesurée, graduée aussi, et en tout état de cause européenne, ce à quoi le gouvernement travaille sous l'impulsion du ministre de l'Économie et des Finances, que moi j'ai trouvé à sa tâche, et tout à fait calme, à hauteur de la situation. On ne répond pas à la folie par la folie, et je pense que c'est une bonne chose la façon dont on approche les sujets. Alors, il y aura plein de mesures dans les trois semaines qui seront annoncées. Ils vous ont donné quelque chose ?
Non, bien évidemment, il y a les sujets de GAFA, il y a le risque aussi de pénétration plus forte des Chinois qui vont voir leur marché aux Etats-Unis fermés. On a évoqué tous ces sujets, mais rien n'est arbitré, et en tout état de cause, ça ne pourrait être arbitré que de manière européenne.
Petite précision, les GAFAM, ce sont les géants du numérique américain, Google, Microsoft, Amazon, Apple, Facebook. La question d'une éventuelle imposition européenne de ces entreprises-là, vous, qu'en pensez-vous ?
Non, mais je pense qu'elle n'est pas exclue, mais il faut la faire de manière mesurée, il faut mesurer le retour que cela aura, une augmentation des prix pour nos concitoyens, bien évidemment. Et aussi, les rétorsions qu'il pourrait y avoir à des mesures de rétorsion, je pense à l'industrie touristique et particulièrement à nos hôteliers, qui sont dépendants, pour certains, à plus de 30% de leur chiffre d'affaires par une société qui s'appelle Booking, citons-la. Et donc, bien sûr, tout cela demande beaucoup de pondération et beaucoup de réflexion avant d'agir.
Qui sont des plateformes de réservation de lieux, de vacances en ligne. Pour revenir sur ses droits de douane, Donald Trump a suspendu notamment ceux qui visaient ou viseraient l'Union européenne pour 90 jours, 3 mois. Ça, ça ne vous rassure pas ?
Non, ce n'est pas rassurant, parce qu'il reste 10% tout de même de droits de douane. Dans sa grande générosité, il est passé de 20 à 10. Bon, merci, mais il en reste tout de même 10. 10 pour l'ensemble des produits qui vont sur son sol, mais également 25 pour l'acier, l'aluminium et d'autres dispositions. Non, je pense que les 3 mois, il faut les utiliser à négocier, mais pour négocier, il faut être armé. Parce qu'avec la façon dont le président Trump traite les sujets, il ne respectera que ceux qui sont forts. Donc, il faut qu'on prenne des forces, qu'on prenne des armes pour y aller.
Et c'est ce à quoi, aujourd'hui, le ministère de l'économie et des finances s'emploie avec ses partenaires européens.
Michel Bicom, vous avez parlé de droits de douane ce matin, vous avez parlé budget aussi. Vous avez forcément parlé d'un chiffre, 40 milliards. Ce sont les efforts qu'il faut trouver, dit le ministre de l'économie, pour le budget 2026. Donc, celui qui va être construit là, maintenant. Si on veut arriver à réduire le déficit, ça, il a abordé ce sujet.
Bien sûr, on a passé une bonne partie de ce premier conseil des entreprises sur la construction du projet de loi de finances 2026 et du projet de loi de finances de la sécurité sociale aussi. Oui, 40 milliards, ce n'est pas facile à trouver, surtout que ça vient après un budget 2025 qui était déjà difficile à rééquilibrer. Ça nécessitera, il faut le dire, l'effort de tous et de l'État.
Et notamment des petites entreprises que vous représentez.
Aussi, des petites entreprises, parce que lorsqu'on va demander aux collectivités locales de réduire la voilure d'une partie, je ne sais pas combien se chiffreront les arbitrages entre l'État, les collectivités locales, les contribuables les plus aisés, les entreprises, dit-on, mais les entreprises, il faut y aller avec beaucoup de précaution, parce que derrière l'entreprise, il y a de l'emploi. Et si on déséquilibre autour de l'entreprise, c'est l'emploi que l'on touche. Donc, il y aura ce travail à faire. Nous, nous avons exprimé deux sujets qui ont déjà été affectés, sur lesquels je pense qu'il ne faut pas aller plus loin.
Le premier, c'est la formation, et notamment la formation des plus jeunes, les contrats d'apprentissage.
Donc, vous dites, on ne touche pas, vous ne voulez pas qu'on touche aux aides à l'apprentissage ?
Il ne faut plus toucher, parce que ça a déjà été fait, il ne faut plus toucher à l'apprentissage. C'est une chance pour nos gamins qui rentrent en apprentissage. 80% de ceux qui rentrent pour préparer un CAP, un BEP ou un bac pro, en apprentissage, retrouvent un travail à la sortie. On a besoin de plus en plus de Français qui travaillent dans notre pays. Et puis, le deuxième sujet, c'est celui de l'abaissement des exonérations de cotisations sociales sur les bas salaires. S'il y a des exonérations de cotisations sociales, c'est bien parce que dans notre pays, le coût du travail est trop élevé.
Et je l'ai déjà dit à votre antenne, il faut vraiment s'attaquer à ce sujet, du financement de la protection sociale de notre pays.
Demain matin, François Bayrou réunit une conférence des finances publiques. Vous êtes convié, vous y allez ?
Oui, bien sûr. Cette conférence, elle a pour but de faire partager la situation, fait que chacun prenne bien compte de la situation. On ne peut plus continuer à vivre à crédit comme nous le faisons depuis 40 ans. Ce n'est plus possible de remettre aux générations futures le poids de la dette que nous consommons aujourd'hui. Franchement, ce n'est pas raisonnable. Il y a longtemps qu'on aurait dû le faire. C'est un travail de tous. Il va falloir privilégier les achats français. Il va falloir que chacun, sur la sécurité sociale, fasse un peu d'efforts. Si chacun apporte sa pierre à l'édifice, ça sera douloureux pour personne.
Mais vous, très petites entreprises, artisans, commerçants, indépendants, ça peut être quoi votre pierre ?
La pierre, ça va déjà être de réorganiser nos entreprises en fonction de marchés qui vont baisser. La consommation n'a jamais été aussi basse qu'en ce moment. Les défaillances des entreprises, vous savez, 66 000 entreprises qui sont parties au tapis, c'est déjà une pierre importante que l'on apporte. Les contrats des collectivités locales seront certainement plus faibles si on leur demande d'être à contribution. Les petites entreprises, elles vont avoir des difficultés. Mais moi, j'ai confiance dans leur capacité, dans leur résilience. Elles vont s'adapter. On doit tous imaginer que les subventions d'aujourd'hui, c'est les impôts de demain.
Michel Bicon, l'Association des maires de France, elle n'ira pas demain matin. Elle dénonce une séquence de communication, aucun ordre du jour détaillé ou document de travail n'a été fourni aux organismes convoqués, écrit-elle dans un communiqué. Est-ce que vous comprenez, vous, cet avis-là ? Est-ce que vous le partagez ? Est-ce que ça manque de précision ?
Non, franchement, je pense que ce sont des postures politiques qui sont menées. La politique et les postures politiques, elles nous ont menées dans la situation que nous connaissons aujourd'hui. Donc, il faut en sortir. La situation, l'Association des maires de France, comme des régions de France, comme des départements, tout le monde la connaît, la situation. Et s'exonérer de participer à un constat collectif et d'en tirer ensemble des conclusions, non, je ne crois pas que ça soit une bonne chose. Je regrette, moi, d'ailleurs, parce qu'on est souvent mis à contribution par les collectivités locales. Et notamment, il y a une taxe sur la mobilité de 0,15 qui pèse encore.
Et moi, j'appelle les collectivités locales à la modération fiscale sur les entreprises.
On entend votre appel sur France Info. Michel Picon, président de l'U2P, merci d'avoir répondu à notre invitation.
Merci à vous.