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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 29 janvier 2024 10 minContradictoireActualité / polémiqueAgriculture & alimentationEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

"Gabriel Attal n'a pas de solution, donc il choisit un bouc émissaire", dénonce Marine Tondelier

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:37OuverteRéponse directe

    Les Amis de la Terre, Greenpeace, Extinction Rebellion, main dans la main avec les céréaliers d'Île-de-France, ça vous semble cohérent, franchement ?

  • 1:15RelanceRéponse directe

    Alors pas en 1974, aujourd'hui ?

  • 1:48OuverteRéponse directe

    Les discours et les revendications de la FNSEA et de la Coordination Rurale sont-ils compatibles avec ces collectifs écologistes ?

  • 2:41RelanceRéponse directe

    Mais la coordination rurale, vous avez personnellement menacé, vous avez réservé un accueil, un comité d'accueil.

  • 3:50OuverteRéponse directe

    Et alors pour calmer justement la colère du monde paysan, Gabriel Attal, il commence par annoncer quoi ?

  • 4:06RelanceRéponse directe

    Ça a bien marché, ça a bien mis fin au mouvement. Non mais d'accord, mais c'est quand même ce qu'on appelle le retour d'une fiscalité brune.

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:07Invité politiqueChiffre
    « 84% des sympathisants des écologistes soutenaient spontanément le mouvement. »
  • 2:16Invité politiqueFait
    « Personne ne réfute le fait que c'est un problème, que 60% des oiseaux des champs aient disparu, disparu en 40 ans. »
  • 2:29Invité politiqueChiffre
    « 18% des agriculteurs vivent en dessous du seuil de pauvreté. »
  • 3:03Invité politiqueFait
    « Quand vous achetez un litre de lait Lactalis, vous payez 1,26€. Sauf que l'agriculteur, il est payé à peine 40 centimes. »
  • 3:11Invité politiqueChiffre
    « Lactalis achetait les 1000 litres de lait 455€ il y a un an, aujourd'hui c'est 405€. »
  • 3:19Invité politiqueChiffre
    « Les trois frères Lactalis, c'est 43 milliards de fortune. C'est ce que gagnerait un éleveur bovin en 2 500 000 années. »
  • 4:44Invité politiqueFait
    « Le gouvernement avait promis que ce serait réaffecté ces 70 millions aux agriculteurs. »
  • 4:54Invité politiqueFait
    « Quand vous vendez votre ferme, vous avez une exonération de droits de succession sur les 350 000 premiers euros. C'est la lettre 450 000. »
  • 5:36Invité politiqueFait
    « « Bandit », vous savez ce que ça veut dire ? Ça veut dire « homme malhonnête et sans scrupules ». »
  • 8:34Invité politiqueFait
    « On est en 2024, les enfants qui naissent cette année, on ne sait pas leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. »

Temps de parole

  • Marine Tondelier76 %
  • Présentateur24 %

3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

7h48, eh bien tiens Sonia De Villers, votre invitée ce matin est secrétaire nationale des écologistes et conseillère régionale EELV des Hauts-de-France. Gabriel Attal n'a pas hésité à désigner les écologistes comme ennemis du monde paysan. Pour lui répondre ce matin, 50 organisations écologistes se joignent à la mobilisation des agriculteurs dont ils affirment ne pas être les adversaires. Seulement voilà qu'on parle pesticides, gazoles ou encore méga-bassines, tous ces gens s'opposent parfois catégoriquement. Alors les imaginez, tous ensemble sur un tracteur, il y a de quoi en perdre son latin. Bonjour Marine Tondelier. Bonjour.

Les Amis de la Terre, Greenpeace, Extinction Rebellion, main dans la main avec les céréaliers d'Île-de-France, ça vous semble cohérent, franchement ?

0:45
Marine Tondelier

Bah oui, totalement.

0:46
Présentateur

Totalement ?

0:47
Marine Tondelier

Je ne vois même pas ce qui vous étonne. Le premier candidat écologiste à la présidentielle, c'était il y a pile 50 ans, en 1974, René Dumont était ingénieur agronome. Et c'est parce qu'il était ingénieur agronome qu'en étudiant cette science de l'agriculture, il était venu à l'écologie. Ça lui paraissait logique que si on ne protégeait pas les sols, que si on ne protégeait pas l'eau, alors on ne pouvait pas protéger l'agriculture. Et dans les premiers moments de ce mouvement de colère agricole, il y a eu un sondage qui a été fait, 84% des sympathisants des écologistes soutenaient spontanément le mouvement.

1:15
Présentateur

Alors pas en 1974, aujourd'hui ?

1:17
Marine Tondelier

Aujourd'hui, et c'est logique parce que ça fait des années, des décennies, que pied à pied, agriculteurs et écologistes ensemble combattent sur des sujets, contre les traités de libre-échange, de manière constante, seul au départ, nous avons dit que ce n'était pas possible. Sur l'histoire de préserver les terres agricoles, des anthropologistiques et autres, ça fait des années qu'on se bat ensemble. Sur l'histoire de mettre des produits locaux dans les cantines, c'est les maires écologistes qui sont en pointe là-dessus. Et si tout le monde faisait comme dans les villes écolos, on n'en serait peut-être pas là, c'est 3,4 milliards de repas chaque année.

1:48
Présentateur

Les discours et les revendications de la FNSEA et de la Coordination Rurale, Syndicat du Monde Agricole, sont-ils compatibles avec ces collectifs écologistes ?

1:57
Marine Tondelier

Je pense qu'on a beaucoup de combats convergents et notamment celui sur le partage de la valeur. On n'est pas d'accord sur tout. Et peut-être que dans notre histoire, il y a eu des préjugés mutuels entre les agriculteurs et les écologistes. Et qu'on n'est pas d'accord sur le rythme auquel il faut aller. Mais vous savez, moi je discute depuis des années, bien avant d'être secrétaire nationale des écolos, avec beaucoup d'agriculteurs. Personne ne réfute le fait que c'est un problème, que 60% des oiseaux des champs aient disparu, disparu en 40 ans. Personne ne réfute que c'est un problème, que les pesticides rendent malades les riverains, les français, mais aussi les agriculteurs.

Ils le savent. Le problème de base, c'est le problème du revenu. S'ils n'avaient pas autant de problèmes de revenu, 18% des agriculteurs vivent en dessous du seuil de pauvreté, alors ils seraient prêts à faire des efforts sur autre chose. Quand on est étranglé, on ne peut pas. C'est aussi simple que ça.

2:41
Présentateur

Mais la coordination rurale, vous avez personnellement menacé, vous avez réservé un accueil, un comité d'accueil.

2:46
Marine Tondelier

Des militants d'extrême droite du Lot-et-Garonne, dont chacun a bien vu depuis quelques jours qu'ils n'étaient peut-être pas dans la ligne de tout le reste des agriculteurs de France. Et ce n'est pas grave, j'y suis allée quand même. Voilà, qu'est-ce que je vous dise ? On n'est pas d'accord avec tout le monde. Mais les écolos sont aux côtés des agriculteurs et je vais même vous dire, tous les consommateurs devraient l'être. Parce qu'aujourd'hui, quand vous achetez un litre de lait Lactalis, vous payez 1,26€. Sauf que l'agriculteur, il est payé à peine 40 centimes. Lactalis achetait les 1000 litres de lait 455€ il y a un an, aujourd'hui c'est 405€.

Et donc il y a 80 centimes de marge, on ne sait pas où ils vont. Mais en fait on sait, les trois frères Lactalis, c'est 43 milliards de fortune. C'est ce que gagnerait un éleveur bovin en 2 500 000 années. Comment voulez-vous que ça se passe bien ? Et donc évidemment quand les gens sont étranglés financièrement, font l'objet de mépris, ils ne sont pas reconnus dans leur travail alors qu'ils nous nourrissent, qu'ils façonnent nos paysages. Et à la fin, vous leur dites, on va vous rajouter des exigences, des papiers, des normes. Et puis on va dire que c'est vous le problème, évidemment qu'ils se révoltent.

Et je vais vous dire, si les profs, si les infirmières, si les AESH, si tous ces métiers avaient des tracteurs, sans doute auraient-ils aussi bloqué Paris depuis longtemps.

3:50
Présentateur

Et alors pour calmer justement la colère du monde paysan, Gabriel Attal, il commence par annoncer quoi ? L'annulation de la hausse de la taxe sur le gazole non routier. Ça a bien marché, ça a bien mis fin au mouvement. Non mais d'accord, mais c'est quand même ce qu'on appelle le retour d'une fiscalité brune. Ça montre bien quand même que vous ne convergez pas dans vos luttes et vos combats.

4:11
Marine Tondelier

Ce que ça montre, c'est que l'écologie n'est pas acceptable et ne le sera jamais socialement si elle n'est pas juste. Quand vous dites à un agriculteur qui a besoin de son carburant pour aller travailler, que vous allez le taxer plus, il ne peut pas avoir recours à autre chose. Une fiscalité incitative, c'est quand vous dites, je taxe les cigarettes, les gens vont arrêter de fumer. Je taxe les voitures des gens qui habitent en centre-ville, ils vont prendre le métro. L'agriculteur, il ne va pas aller moissonner en vélo en fait. Il a besoin de son tracteur et la filière des tracteurs électriques, ça n'existe pas.

Et donc, tous les agriculteurs allaient être taxés 3 centimes le litre, c'était 70 millions en taux de recettes. Et le gouvernement avait promis que ce serait réaffecté ces 70 millions aux agriculteurs. Sauf que quand on a été regardé de près, ce sur quoi avait topé la FNSEA, c'était des contreparties qui allaient bénéficier aux plus riches. Par exemple, quand vous vendez votre ferme, vous avez une exonération de droits de succession sur les 350 000 premiers euros. C'est la lettre 450 000. Mais qui vend 450 000 euros sa ferme ? Pas les petits. Et donc, quand la FNSEA est revenue vers sa base, la réalité, c'est qu'ils se sont fait jeter. C'est ça, cette histoire.

Bercy et FNSEA avaient topé dans le dos de la majeure partie de la profession et ça ne pouvait pas fonctionner. L'écologie ne marchera jamais comme ça. Ce n'est pas notre écologie, c'est l'écologie des macronistes.

5:19
Présentateur

Marine Tondelier, justement, à propos des macronistes, quand Gabriel Attal désigne, s'en prend à ceux qui désignent les agriculteurs, selon lui, parce que je reprends ces mots, comme des bandits, comme des pollueurs de notaires, comme des tortionnaires d'animaux, qu'est-ce qu'il fait, Gabriel Attal ?

5:34
Marine Tondelier

Premièrement, « bandit », vous savez ce que ça veut dire ? Ça veut dire « homme malhonnête et sans scrupules ». Je n'en connais pas chez les agriculteurs, j'en vois par contre quelques-uns au gouvernement. Donc, si c'est ça qu'il cherche, il sait où les trouver. Et puis, on voit bien ce qu'il fait. Il n'a pas de solution. Il ne sait plus quoi dire. Et donc, comme c'est le cas des politiques depuis l'Antiquité, quand ils ne savent plus quoi dire, ils choisissent un bouc émissaire. Le principe du bouc émissaire, c'est que par nature, il est innocent, donc moi, ça me va. Mais on voit bien qu'il cherche à détourner l'attention.

Mais ce n'est quand même pas nous qui sommes ministres de l'Agriculture. Ça ne vous aura pas échappé. Le modèle productiviste, l'impasse dans lequel est le secteur, ce n'est pas nous qui l'avons mis en place. Ça fait même plutôt quelques décennies qu'on le combat. Donc, je pense que sa manœuvre s'est vue un petit peu. Et très sincèrement, de la manhonnêteté intellectuelle, ça existe en politique. Mais normalement, quand on est Premier ministre, on élève un peu le niveau. Donc, oui, c'est décevant. Vous vous êtes vue ? 1h30 vendredi matin. Ça s'est passé comment ? Je résumerai en deux mots. Aucun intérêt pour la question environnementale. Total incompréhension de la question sociale.

Et pas que celle des agriculteurs. Voilà. On était avec Cyril Chatelain et Guillaume Gontard, qui sont présidents du groupe écolo à l'Assemblée nationale et au Sénat. Et on est sortis en se disant, ouais, c'est un échange poli. On lui a expliqué nos idées, nous a expliqué les siennes. On n'a quand même pas grand-chose à voir les uns avec les autres. Et c'est tout à notre honneur, je pense.

6:46
Présentateur

Vous soutenez la méthode, pour le coup, là, des agriculteurs du monde paysan en colère. Vous approuvez les saccages, les feux. Vous approuvez le sanglier pendu par les pieds. Vous approuvez les blocages de route ?

7:01
Marine Tondelier

A votre avis. Tout ce qui touche aux vivants dans une lutte est un problème. Je ne vois pas ce que ça amène à la lutte d'aller pendre et éventrer un sanglier en place publique. Sanglier qui n'est pour rien dans le mal-être des agriculteurs. Je pense qu'on ne s'en prend pas aux bâtiments publics. Parce que les agents de l'ADREAL, dont le futur bâtiment a été explosé à Carcassonne, je pense qu'on doit pouvoir travailler en sécurité dans ce pays et ne pas être pris pour cible. Parce qu'on est agent de l'OFB, de la DDTM ou de l'ADREAL, quel que soit le mal-être agricole. Et puis les blocages, c'est une lutte. Dans une lutte, on a des moyens à sa disposition.

Moi, je pense qu'il ne faut pas recourir à la violence contre les personnes, qu'il ne faut pas recourir à la violence contre les biens matériels. Surtout quand on répand des viscères dans toute la ville, comme ça a été fait à Jean. Je peux vous dire que ce qui nettoie, ce n'est pas des gens dont les qualités de vie au travail sont beaucoup plus ambiables que celles des agriculteurs. Par contre, à un moment, il y a des manières de se faire entendre. Et on voit qu'ils ont raison, puisqu'on n'a jamais autant parlé d'eux. Et ils obtiennent des choses en ayant recours à ça. Peut-être que c'est ça qu'on aurait dû faire pendant les retraites.

8:00
Présentateur

Et les deux militantes écologistes qui ont aspergé la Joconde au Louvre hier matin de soupe à la citrouille ?

8:06
Marine Tondelier

Alors elles ont aspergé, c'était du butternut déjà pour être exact. Pardonnez-moi. Et puis, c'était la vitre de la Joconde. Je tiens à signaler que c'est vraiment de la désobéissance civile, c'est vraiment très très symbolique comme action. Et ce n'est pas très grave. Alors, je note par contre qu'elles sont en garde à vue depuis, qu'elles y sont toujours à l'heure où je vous parle. Et donc, on voit bien un moment qu'aujourd'hui, si vous êtes agriculteur et en colère, vous avez raison de l'être et vous avez raison de lutter. Mais quand vous êtes jeune, inquiet pour l'avenir du climat, et en fait, c'est logique.

On est en 2024, les enfants qui naissent cette année, on ne sait pas leur garantir que la planète sera encore habitable dans 30 ans. Et cette colère-là, elle est aussi légitime. Et tant qu'ils ne font pas exploser l'adréal de Carcassonne ou qu'ils ne mettent pas le feu au centre des impôts de Morlaix, je ne vois pas très bien le problème que ça pose.

8:49
Présentateur

Marine Tondelier, en octobre, vous avez réuni vos troupes dans la Drôme et au site d'Info Reporter, qui est plutôt de votre bord. Vous expliquez, jusqu'à il y a quelques mois, la plupart des membres Europe Écologie Les Verts qui passaient à la télé habitaient à Paris, entre Bastille et République. On ne peut pas demander aux gens de se sentir représentés par des personnes qui ne leur ressemblent pas.

9:08
Marine Tondelier

C'est vrai. C'est un des constats que j'ai fait en me présentant la direction de ce parti, moi qui ai grandi dans le bassin minier du Pas-de-Calais. C'est un parti d'écolo bobo urbain ? Non, c'est juste que mécaniquement, ceux qui sont invités souvent habitent à Paris, parce que c'est plus pratique, que c'est eux qui ont un peu l'audience des médias. Et je peux vous dire que depuis que je suis secrétaire nationale, ça ne m'aurait rien enlevé aux convictions écolo des personnes qui habitent et qui sont élues dans ces arrondissements, qui sont de vrais écolos aussi.

Mais Marie Pochon, qui est fille et petite fille de viticulteur, ouvrière agricole, on l'entend beaucoup plus, elle porte les questions agricoles à l'Assemblée. Benoît Biteau, qui défend la PAC et qui est lui-même éleveur en Charente, on l'entend beaucoup plus dans les médias. C'est un travail qu'on fait collectivement et c'est extrêmement important parce que ce mouvement est divers et il faut qu'on fasse valoir toute cette diversité. Merci Marine Tondelier. Merci à vous.

9:50
Présentateur

Et merci Sonia de Villers.