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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 30 avril 2026 22 minComplaisantFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Changement climatique : "Il n'y a plus aucune région en Europe qui est épargnée", selon la climatologue Françoise Vimeux

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 30 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 67 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:15OuverteRéponse directe

    Pourquoi est-ce que nous sommes les plus touchés par le réchauffement en Europe ?

  • 18:09OuverteRéponse partielle

    Ne faut-il pas dire qu'il faut changer radicalement notre mode de vie ?

  • 16:32OuverteRéponse partielle

    Diriez-vous que la guerre au Moyen-Orient accélère la transition énergétique ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:27Françoise VimeuxChiffre
    « On a atteint un réchauffement de près de plus de 2,5 degrés par rapport à l'ère pré-industrielle. »
  • 3:56PrésentateurChiffre
    « Il a fait 35 degrés en Norvège cet été. »
  • 4:56PrésentateurChiffre
    « Un million d'hectares partis en fumée en France. »
  • 9:04PrésentateurChiffre
    « 139 milliards de tonnes de glace en 2025 »
  • 8:21Françoise VimeuxChiffre
    « mais leur volume aurait été moindre, de l'ordre de 10%. »

Temps de parole

  • Invité36 %
  • Présentateur28 %
  • Présentateur 218 %
  • Présentateur 316 %
  • Auditeur3 %

2,3 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, La Grande Matinale. On l'a tous vécu ou vu ces derniers mois. Pluie diluvienne, chaleur extrême, sécheresse, incendie. Aujourd'hui, le dérèglement climatique est palpable dans une Europe qui se réchauffe deux fois plus vite que le reste du monde. Au lendemain de la publication du rapport alarmant de l'Institut Copernicus, on en parle donc avec deux scientifiques de renom, Benjamin. Bonjour Françoise Vimeux. Bonjour. Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Vous êtes climatologue et directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement. Avec nous également, Jean Jouzel, bonjour. Bonjour à tous et à toutes.

Merci d'être avec nous ce matin sur France Inter. Voix bien connue des auditeurs paléoclimatologues et ancien vice-président du GIEC. Et venez avec nous, chers auditeurs, vos questions, vos observations sont les bienvenues au 01 45 24 7000 et sur l'appli Radio France. Alors, l'année 2025 a été la troisième année la plus chaude au niveau mondial depuis le début des relevés météo et l'Europe. Et donc, en première ligne, il y a plus d'un demi-degré d'augmentation des températures par décennie depuis 1996. C'est deux fois plus que la moyenne du globe. Expliquez-nous, Françoise Vimeux et puis Jean Jouzel, pourquoi est-ce que nous sommes les plus touchés ?

1:21
Invité

Alors, en fait, l'Europe est un continent, vous l'avez dit, qui se réchauffe deux fois plus vite que la moyenne mondiale. On a atteint un réchauffement de près de plus de 2,5 degrés par rapport à l'ère pré-industrielle. Et il y a plusieurs raisons qui expliquent cette situation. La première raison, c'est que les continents se réchauffent plus vite que les océans qui emmagasinent la chaleur. Plus de 90% de l'excédent de chaleur qu'on met dans le système climatique, mais qui vont répartir cette chaleur sur toute leur épaisseur. Donc ça, c'est la première raison. La deuxième raison, c'est que l'Europe, c'est une région qui perd des surfaces blanches.

Ça peut être les neiges saisonnières, ça peut être les glaciers de montagne et c'est aussi la calotte du Groenland.

2:00
Présentateur

Plus que d'autres continents ?

2:02
Invité

C'est-à-dire qu'on a beaucoup de surfaces blanches par rapport à d'autres régions. Et ces surfaces blanches sont remplacées par des surfaces plus sombres, de la roche, de la végétation. Et c'est comme dans une voiture noire. Voilà, vous avez plus chaud dans une voiture noire qu'une voiture blanche. Donc ça vient amplifier la chaleur localement, ce réchauffement. On appelle ça, nous, une rétroaction positive. Il y a une autre raison qui touche l'Europe du Sud. C'est qu'on a de plus en plus de sécheresse. Donc nos sols sont secs. Et quand vous avez des sols secs, ça vient amplifier la chaleur. Pourquoi ?

Parce que quand vous avez encore un peu d'eau dans le sol, il y a une partie de l'énergie solaire qui est utilisée pour évaporer cette eau. Quand il n'y a plus d'eau dans le sol, toute l'énergie solaire est utilisée pour le réchauffer.

2:43
Présentateur

Ce que vous dites, c'est que, Jean Jouzel, on a tous les ingrédients sur le continent européen pour se réchauffer plus vite que les autres ? Oui. Par exemple, il y a deux fois la surface de la France en moins, enneigée au mois de mars 2025, il y a un an, disons que la moyenne. Donc ça a été vraiment très marqué en 2025. Il faut aussi voir que ce facteur 2, ce doublement du rythme de réchauffement, est un peu moins important en France. En France, par exemple, depuis le début du XXe siècle, le réchauffement est d'un peu plus de 2 degrés, alors que le réchauffement planétaire est d'un degré et demi. Il y a une amplification plutôt de l'ordre de 50% en France.

C'est moins d'un facteur 2 en France. Il est d'un facteur 2 en Europe globalement, parce qu'il y a toutes ces régions du Nord où, effectivement, le réchauffement peut être trois fois plus rapide que la moyenne. Donc c'est un peu cela. Donc ce n'est pas homogène, ce facteur 2, sur l'Europe, mais c'est très marqué, effectivement, comme l'a indiqué François. C'est ce qui est effectivement frappant quand on lit ce rapport de Copernicus, c'est que désormais, de l'Andalousie à la Laponie, plus aucune région n'est épargnée en Europe. On l'a vu cet été au Royaume-Uni, en Norvège, en Islande, qui ont connu leur année la plus chaude. Il a fait 35 degrés en Norvège cet été. Ça, c'est nouveau ?

4:02
Invité

Alors, en fait, moi, ce que je trouve vraiment bien dans ce rapport, alors, Copernicus fait un rapport tous les ans sur l'état du climat de l'année précédente. Là, il y a vraiment deux choses qui m'ont marquée. La première, c'est ce que vous dites. On voit vraiment qu'il n'y a plus aucune région en Europe qui est épargnée par les impacts du changement climatique. Et quand vous parlez des vagues de chaleur, c'est spectaculaire, parce que dans notre imaginaire, on pense que c'est uniquement l'Europe du Sud qui va en souffrir. En fait, là, on voit non. Vous l'avez dit, l'Europe du Nord a vraiment souffert de ces vagues de chaleur.

En sachant que les vagues de chaleur en Finlande, ce n'est pas les mêmes que les vagues de chaleur en Espagne. Chacun a sa définition.

4:35
Présentateur

Mais 35 degrés en Norvège, c'est vrai qu'on a du mal à se le figurer.

4:39
Invité

Alors, ce n'est pas tant la température que la durée de la vague de chaleur, qui a duré trois semaines, alors que les vagues de chaleur précédentes, qui en moyenne étaient à un peu près de la même intensité, ont duré beaucoup moins de temps, environ dix jours.

4:52
Présentateur

Jean Jouzel, de la même façon, il y a eu des incendies monstres l'été dernier qu'on a vus. Un million d'hectares partis en fumée en France. On se souvient de ce feu jamais vu dans le département de l'Aude. Et là encore, des pays qui étaient épargnés qui ne le sont plus, ce sont le Royaume-Uni, les Pays-Bas, l'Allemagne. C'est ça l'Europe qui nous attend, hélas, dans les années à venir, c'est-à-dire des incendies qui vont se multiplier, et pas seulement dans des départements du quart du sud de la France, mais aussi dans le nord, en Bretagne. C'est ça aussi ce que nous dit ce rapport Copernicus, Jean Jouzel ? Oui, les risques d'incendies sont évidemment amplifiés.

Enfin, les risques d'extension des incendies, une fois qu'ils ont démarré, sont amplifiés par à la fois les vagues de chaleur, la combinaison des vagues de chaleur et de sécheresse, qui vont généralement assez souvent ensemble. Et effectivement, ça a été une année à incendie. Alors, le million d'hectares, je pense que c'est pour l'Europe. Voilà, donc, mais beaucoup de pays sont touchés, bien sûr. On a vu pour la péninsule ibérique, mais des régions comme la Bretagne, effectivement, ma Bretagne natale ou bien l'île de France, deviennent, disons, très vulnérables, de plus en plus vulnérables par rapport au feu de forêt, au risque de feu de forêt. Donc, c'est bien quelque chose qui est là.

Moi, ce que je peux dire actuellement, c'est ce que l'on vit actuellement, et bien c'est ce que l'on envisage depuis 50 ans. C'est ça qu'il faut bien avoir à l'esprit, c'est-à-dire que cette intensification des événements extrêmes, des pluies torrentielles, des sécheresses à répétition, des vagues de chaleur de plus en plus longues, de plus en plus fréquentes, de plus en plus vraiment intenses, et bien c'est ce que nous envisageons depuis 50 ans dans les rapports successifs du GIEC. C'est les effets concrets du réchauffement climatique confirmés par ce rapport Copernicus, oui. Bien sûr.

Ce que vous nous disiez en préparant cet entretien, Françoise Vimeux, c'est qu'en 2100, pour continuer sur les incendies, la région parisienne pourrait avoir les mêmes risques d'incendie que l'arrière-pays méditerranéen aujourd'hui, et que la forêt d'Orléans pourrait brûler comme la garrigue du Var.

6:52
Invité

Oui, bien sûr. En fait, c'est ce que dit Jean. On voit que le risque d'incendie qui, il y a encore quelques années, était cantonné dans le sud de la France, en particulier dans le sud-est, et bien il remonte graduellement vers le nord avec le degré de réchauffement. Et si on reste sur la trajectoire sur laquelle nous sommes aujourd'hui, qui nous emmène malheureusement à une France à plus 4 degrés en 2100, c'est ce que vous dites en fait. Tout le territoire hexagonal aura un risque incendie non négligeable. Et d'ailleurs, ça pose en fait des problèmes à la sécurité civile, puisque vous savez qu'aujourd'hui, il y a une solidarité entre régions lorsqu'il y a un feu quelque part.

Si ça brûle partout en même temps, c'est un vrai problème.

7:30
Présentateur

Et pour l'instant, d'ailleurs, l'essentiel des moyens est déployé dans le sud, dans la moitié sud de la France.

7:35
Invité

Oui, parce qu'aujourd'hui, c'est là où le risque est cantonné, mais ça va vraiment évoluer et ça peut évoluer vite.

7:40
Présentateur

Alors, ce qui va aussi parler à nos auditeurs, ce sont les inondations, parce qu'on en a encore aussi connues pendant de très longues semaines, cette année notamment dans l'ouest de la France. Et là, ce que vous dites, et qu'il faut que vous nous expliquiez, c'est que les pluies diluviennes et les inondations, paradoxalement, augmentent les risques d'incendie. Ça veut dire quoi ?

8:00
Invité

Alors, non, je ne crois pas que j'ai dit ça. En fait, on a des pluies torrentielles qui engendrent des inondations. Ces pluies torrentielles, elles sont beaucoup plus intenses, beaucoup plus fréquentes. Les études d'attribution qui ont été faites, par exemple, sur les pluies torrentielles qu'on a eues en début d'année dans le sud-ouest de la France, elles nous disent que, oui, ces pluies, elles auraient pu arriver dans un climat non modifié par l'homme, mais leur volume aurait été moindre, de l'ordre de 10%.

Et puis, ce que l'on voit, c'est que ces pluies-là, elles ont duré vraiment très très longtemps et les dégâts qui ont été engendrés, heureusement, des dégâts matériels seulement, mais sont quand même énormes. Et ça, ça veut dire qu'au niveau des assurances, on va avoir des modifications dans les années à venir.

8:40
Présentateur

On va parler dans ce grand entretien des solutions qui peuvent être mises en place, aussi de la façon dont l'actualité et la crise énergétique résonnent avec le constat qui est posé par l'Institut Copernicus. Mais encore un mot, là encore, sur le constat avec vous, Jean Jouzel, sur ce qui est dit sur l'accélération de la fonte des glaces, en particulier dans les Alpes et au Groenland. Il y a notamment ce chiffre stupéfiant, 139 milliards de tonnes de glace en 2025 qui a été perdu dans l'immense glacier du Groenland. Ça veut dire sans piscine olympique toutes les heures. Là encore, concrètement, pour ceux qui se disent que la fonte des glaces, c'est loin.

Les conséquences concrètes, Jean Jouzel, de ce phénomène climatique ? Alors, les conséquences concrètes, d'abord, c'est quelque chose, disons, le Groenland perd de la glace depuis les années 90 à cause du réchauffement climatique. Les conséquences concrètes, ce sont d'abord l'élévation du niveau de la mer. Ça joue pour, disons, 20% de l'élévation du niveau de la mer. L'élévation du niveau de la mer est deux fois plus rapide aujourd'hui qu'elle n'était il y a une trentaine d'années. Ça joue aussi par l'arrivée d'eau douce. Cette eau douce arrive dans l'océan Atlantique Nord et ça risque de modifier la circulation océanique.

On parle d'arrêt du Gulf Street, de modification de la circulation océanique. Là, il y a une influence potentielle sur ça et sur le cycle du carbone également. Mais c'est avant tout l'élévation du niveau de la mer qui est un problème parce que c'est quelque chose qui se passe très loin de nous, au Groenland, mais aussi en Antarctique actuellement, contribue de plus en plus à l'élévation du niveau de la mer. Une grande incertitude par rapport à cette élévation du niveau de la mer à horizon de la fin du siècle, c'est justement le comportement des grandes calottes glaciaires Groenland et Antarctique.

L'autre contribution à l'élévation du niveau de la mer, c'est le fait que l'océan se réchauffe, alors moins vite que les continents, mais de façon suffisante pour se dilater. Donc on parle d'expansion thermique. Donc on a vraiment, dans ce réchauffement climatique, les ingrédients pour une élévation du niveau de la mer qui peut être très importante et avoir des conséquences en France, mais surtout dans d'autres pays, disons dans d'autres régions côtières très peuplées. Donc ce sont des conséquences extrêmement importantes.

Un mot aussi, Françoise Vimeux, sur ce paradoxe, et là il faut l'expliquer aux auditeurs, puisqu'on comprend que le réchauffement climatique en Europe, accéléré, est aussi causé par le fait que, paradoxalement, la pollution est moins importante que dans d'autres continents. Alors là, il faut expliquer, parce qu'on pollue moins et ça se réchauffe plus vite.

11:12
Invité

Oui, c'est un phénomène au niveau mondial. Ce qui se passe, c'est que vous avez un réchauffement qui est dû au fait qu'on met des gaz à effet de serre dans notre atmosphère. Mais les activités humaines, ce n'est pas que ça. On a aussi de la pollution atmosphérique qui met dans notre atmosphère des toutes petites particules qu'on appelle aérosols. Et ces petites particules, elles ont en fait un effet refroidissant. Donc aujourd'hui, si on n'avait que les gaz à effet de serre, le réchauffement climatique serait déjà de plus 1,5 degré. Il est seulement, avec des gros guillemets, de plus 1,3 degré. Parce qu'on a une pollution atmosphérique qui vient masquer ce réchauffement.

Ce qui se passe, c'est qu'on a de plus en plus de politiques d'amélioration de la qualité de l'air. Et c'est très bien, évidemment.

11:50
Présentateur

Et il faut continuer, bien sûr.

11:51
Invité

Et il faut continuer, bien sûr. Et donc, comme ces politiques, elles sont efficaces, et donc c'est même un exemple que quand on veut, c'est efficace et on y arrive, et bien finalement, on masque moins le réchauffement dû au gaz à effet de serre. Et c'est pour ça, par exemple, que sur la dernière décennie, il n'y a pas une accélération du réchauffement, mais le taux de réchauffement par année ou par 10 ans est plus important qu'auparavant. Il y a juste un petit truc que je voulais rajouter sur ce rapport dont on n'a pas parlé. Il a vraiment un gros focus sur l'océan qui entoure l'Europe, de la mer de Norvège jusqu'à la Méditerranée.

Et ce qui est vraiment frappant, là, c'est de voir le nombre de vagues de chaleur marine, les canicules marines, très intenses, qui ont touché même dans la mer de Norvège. Et donc ça, encore, ça peut être très contre-intuitif.

12:36
Présentateur

Avant de parler énergie, politique, climatique, juste un mot sur ce phénomène qu'on attend de retour, sans doute cet été, El Niño, dans le Pacifique, qui inquiète les observateurs du climat. Qu'est-ce qui peut se passer ? Pourquoi c'est potentiellement inquiétant ?

12:52
Invité

Alors, en fait, d'abord, les événements El Niño, ce sont des événements naturels qui arrivent tous les deux à 7 ans. Il est très probable qu'il y ait un événement El Niño qui se déclenche au début de l'été. On n'a aucune idée aujourd'hui de quelle sera son intensité. Donc il y a beaucoup de buzz autour de est-ce que ça va être un super El Niño, c'est-à-dire hyper intense, avec des très grosses conséquences. Aujourd'hui, on n'est pas capable de le dire, il faut attendre l'été. Et ça inquiète, parce que quand on a un événement El Niño, ça a un pouvoir réchauffant qui se superpose à celui du changement climatique. Et on rappelle le phénomène El Niño,

13:24
Présentateur

c'est des canicules très intenses ?

13:27
Invité

C'est la température de surface de l'océan dans le Pacifique qui augmente de part et d'autre de l'équateur. Et ça a un impact sur toute la bande tropicale. Et quand vous faites finalement la moyenne mathématique de la température à la surface de la Terre, elle augmente parce que le Pacifique équatorial, c'est un quart de la surface de notre planète. C'est ce qui s'est passé en 2024, année la plus chaude qu'on ait enregistré. On a eu un El Niño qui s'est développé en 2023 et on voit souvent l'anomalie de température sur la deuxième année. Avec des effets jusque chez nous ? Non.

En fait, nous n'avons pas d'études scientifiques robustes, de résultats robustes, qui nous montrent qu'il y a un lien entre le climat en Europe, sur la France hexagonale et El Niño. En revanche, il y a un lien pour nos territoires ultramarins.

14:09
Présentateur

D'accord. Mais en tout cas, ce n'est pas parce qu'El Niño revient qu'on aura un été de chaleur extrême en France métropolitaine.

14:15
Invité

Non, il n'y a pas aujourd'hui de résultats qui nous montrent qu'il y a des connexions entre El Niño et le climat en France hexagonale.

14:22
Présentateur

Jean Jouzel, il faut qu'on parle de la question de l'énergie qui est centrale, qui est évidemment intimement liée à celle du réchauffement climatique. On voit dans ce rapport qu'il y a des choses qui avancent. C'est vrai, des énergies renouvelables qui ont fourni près de la moitié de l'électricité en Europe l'an dernier. Est-ce que là, vous y voyez une raison de se réjouir ?

Et il faut aussi faire le pont, le lien avec la crise énergétique que l'on vit en ce moment, l'augmentation du prix des énergies fossiles qui, peut-être cyniquement et paradoxalement, et difficilement pour ceux qui payent leur plein beaucoup plus cher à la pompe, peut permettre d'accélérer la décarbonation de l'économie ? Oui, d'abord rappeler que l'augmentation de l'effet de serre qui est à l'origine du réchauffement climatique est liée pour les trois quarts à notre utilisation des combustibles fossiles. C'est important de le rappeler, je crois, parce que c'est au cœur ce lien climat-énergie du problème dont nous discutons aujourd'hui.

Et donc, ce lien climat-énergie, évidemment, il faut absolument, oui, c'est une bonne nouvelle que, par exemple, pour l'Europe, on a près de la moitié de notre électricité. Malheureusement, on utilise toujours beaucoup de combustibles fossiles pour l'énergie elle-même, mais de notre électricité d'origine renouvelable. La Chine aussi, disons, le renouvelable se développe très rapidement en Chine et c'est une bonne nouvelle, même si ça commence effectivement à plafonner, à légèrement diminuer les émissions en Chine. Donc, c'est ce qu'il faut faire. Et d'ailleurs, dans ce contexte, le plan d'électrification en France est bienvenu et devrait être ambitieux.

Il aura dû être lancé, mis en œuvre depuis très longtemps, c'est très clair. Vous parlez des annonces qui ont été faites il y a deux, trois semaines par le Premier ministre. De fait, c'est 10 milliards d'euros par an d'ici 2030 pour électrifier nos usages, un million de pompes à chaleur installées, des aides pour passer à la voiture électrique. Ce qu'on constate en ce moment, c'est que tout à coup, ces modes de transport, d'énergie nouvelle deviennent extrêmement désirables avec la guerre au Moyen-Orient. On aurait tous envie d'avoir aujourd'hui une voiture électrique et une pompe à chaleur de ne pas dépendre des carburants, de ne pas dépendre du gaz.

Est-ce que vous diriez, comme Jean-Marc Jancovici la semaine dernière sur Inter, que la guerre au Moyen-Orient est un coup de pied dans le derrière pour accélérer la transition énergétique ?

16:43
Invité

Oui, bien sûr. Sur le fond, je suis d'accord. Après, sur la forme, je crois qu'il faut faire très attention à ne pas essayer de trouver d'aspect positif à une situation de guerre quelque part dans le monde. Donc, moi, je pense qu'il faut

16:56
Présentateur

garder une certaine

16:59
Invité

décence sur ces aspects-là. Mais effectivement, moi, ce que je voudrais dire là-dessus, c'est qu'on voit à quel point aujourd'hui, on est encore dépendant dans notre vie quotidienne, que ce soit notre vie individuelle ou professionnelle, des énergies fossiles et à quel point cette crise qui dure seulement depuis quelques semaines, finalement, nous touche tous. Donc, à mon avis, c'est ça le point important.

17:20
Présentateur

Alors, on a justement un appel de Jean-Louis au standard. Jean-Louis, d'Angers, bienvenue.

17:26
Auditeur

Vous avez une question, je crois. Oui, bonjour. Oui, je voulais poser la question aux deux personnes qui sont là, que face aux constats terribles qu'ils nous présentent et aux perspectives encore plus terribles qui arrivent, est-ce qu'il n'est pas tant pour eux, en tant que scientifiques, de haut de leur expérience et de leur connaissance, même si les scientifiques sont contestés en ce moment, de dire qu'il faut absolument changer radicalement notre mode de vie, arrêter, par exemple, de prendre l'avion dans tous les sens, arrêter de faire venir des marchandises de l'autre bout du monde avec des accords comme le Mercosur, etc. Toutes ces choses qui amplifient largement le phénomène.

Voilà ma question. Merci Jean-Louis.

18:01
Présentateur

Réponse de Jean Jouzel sur cet appel à sans doute davantage de radicalité dans les changements de mode de vie. Qu'est-ce que vous pensez de cette question de Jean-Louis ? Oui, j'ai beaucoup participé au rapport du GIEC et je suis assez en phase avec l'idée, la mission du GIEC qui est de disons vraiment d'apporter les éléments de décision aux décideurs politiques mais ce sont des décisions politiques. Nous avons cette dualité entre le GIEC, les rapports de la communauté scientifique et puis les conventions climat et c'est vraiment une décision politique, évidemment.

Donc, en termes de scientifiques, je pense qu'il nous faut apporter notre témoignage et les rapports du GIEC sont très clairs, évidemment. Oui, mais Jean-Louis, vous avez bien sûr et on comprend que les scientifiques restent à leur place mais est-ce que quand vous voyez les débats politiques, quand vous voyez la façon dont, par exemple, on est revenu sur certains éléments du Green Deal à l'échelle européenne, est-ce que parfois vous vous dites en fait, on a beau alerter, ça ne va pas assez vite et est-ce que parfois même ça vous met en colère ?

Oui, je le dis, je le dis, maintenant je ne suis plus actif, donc je suis très libre, je ne suis plus au GIEC, le GIEC, on nous demande un certain devoir de réserve, ce n'est plus le cas pour moi, je me suis engagé, par exemple, sur le Green Deal avec Pierre Laroutourou sur l'Europe et le pacte finance-climat, je m'engage, je m'engage effectivement en tant que citoyen mais c'est vrai que, disons, dans la communauté scientifique, j'aime bien cette mission d'apporter les éléments et ce sont des décisions, disons, politiques, qu'on ne peut pas dissocier ce que l'on vit aujourd'hui, c'est vraiment, ce n'est pas un jeu, c'est assez terrible ce qu'on vit aujourd'hui, ce qu'on est en train de mettre en route quand on regarde ce que fait Donald Trump, disons, cette idée de continuer à émettre des gaz à effet de serre, donc effectivement, il faut vraiment, bon, en tant que citoyen, j'aime bien témoigner mais disons, c'est une décision politique, ce sont nos hommes politiques qui doivent prendre le taureau par les cornes et nous n'y rêvons pas en France, par exemple, les émissions ne diminuées que de 2% l'an dernier ni vraiment pas, donc j'espère un sursaut au niveau français, au niveau planétaire par rapport à ces décisions qui sont éminemment politiques et qui entraînent toute la société.

Donc Françoise Vimeux, la tendance, l'objectif à horizon 2100, aujourd'hui, et c'est aussi ce que documente l'Institut Copernicus, les objectifs ne sont pas en passe d'être tenus.

20:17
Invité

Alors aujourd'hui, ça dépend de quel objectif on parle, si on parle des objectifs de l'accord de Paris de limiter le réchauffement au niveau mondial en dessous de 2 degrés, on n'est pas sur les bonnes trajectoires, on va sur une trajectoire qui nous emmène à pas tout à fait 3 degrés à la fin du siècle. Donc c'est clair, on n'est pas sur les bonnes trajectoires. Je voudrais quand même dire peut-être quelques mots plus optimistes, parce que si j'étais venue il y a 10 ans avant l'accord de Paris, je vous aurais dit qu'à la fin du siècle, on allait plutôt au niveau global vers un réchauffement de 4 degrés et donc 5 degrés en France.

On a fait quand même des efforts, ça ne va pas assez vite, ça ne va pas assez fort, mais on fait quand même des efforts et c'est efficace. On a gagné 1 degré à horizon 2100 sur le réchauffement. Aujourd'hui, il y a 35 pays qui diminuent leurs émissions de gaz à effet de serre pas assez vite et j'en l'ai rappelé, la France en fait partie. Avant l'accord de Paris, il y avait moins de 20 pays qui diminuaient leurs émissions. Donc ça va quand même dans le bon sens, mais malheureusement, on est encore sur des trajectoires d'émissions de gaz à effet de serre qui sont trop hautes.

21:12
Présentateur

Merci, et on verra si cette crise économique liée à la guerre au Moyen-Orient sera de nature à accélérer la sortie des énergies fossiles davantage que les promesses et les accords signés dans les sommets pour le climat toutes ces dernières années sans objectif et sans contraintes. Merci François de Vimeux et Jean Jouzel d'avoir été avec nous au micro d'Inter.