"Chaque année, on augmente le capital pour nos salariés, et ça donne du sens", explique le PDG d'Eiffage
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« Après cinq mois de discussion, une réflexion autour d'une part de capitalisation fait son chemin, tout du moins au sein du patronat. »
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« Chez Fondax, ça fait bientôt 45 ans qu'on défend ces modèles. »
- 2:00Invité politiqueChiffre
« Il y a plus de 415 000 entreprises qui utilisent ces dispositifs. »
- 2:53PrésentateurChiffre
« L'épargne salariale, l'année dernière, c'était 13 milliards d'euros. »
- 4:50Invité politiqueFait
« Chez EFA, finalement, l'actionnariat de référence fondamental, c'est collectivement l'ensemble des salariés. »
- 5:34Invité politiquePromesse
« Ça représente un excellent équilibre du partage de la valeur à long terme entre les actionnaires externes et les actionnaires salariés. »
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Bonsoir à toutes et à tous, à l'heure où se terminent les négociations sur les retraites entre partenaires sociaux avec la deuxième réunion, la dernière réunion prévue demain. Après cinq mois de discussion, une réflexion autour d'une part de capitalisation fait son chemin, tout du moins au sein du patronat. Bonsoir Benoît de Ruffray.
Bonsoir Aguilé.
Vous êtes le PDG d'Effage, entreprise française bien connue des travaux publics. Vous êtes aussi à la tête de fonds d'acte, association qui promeut la participation des salariés à la vie de l'entreprise. Épargne salariale, retraite collective, est-ce que vous pensez que le débat que l'on a aujourd'hui sur l'avenir de notre système de retraite, et notamment le fait qu'il faut peut-être y introduire une part de capitalisation, parce que demain il n'y aura tout simplement pas suffisamment d'actifs pour financer les pensions de retraite des retraités, est-ce que c'est un bon moment pour pousser un certain nombre de sujets, à commencer par les sujets d'épargne en entreprise ?
Oui, je pense que c'est un bon sujet, parce que finalement c'est, d'abord c'est une exception un peu française. Chez Fondax, ça fait bientôt 45 ans qu'on défend ces modèles. Derrière l'épargne salariale, vous avez bien sûr la participation, vous avez les dispositifs d'intéressement, vous avez l'actionnariat salarié, donc on va encore plus loin.
On reviendra sur l'actionnariat plus tard.
Et de manière générale, c'est un excellent élément pour éduquer l'ensemble des participants de l'entreprise à l'intérêt de préparer des projets à long terme, et bien sûr ça pourra servir aussi à la retraite.
Et donc aujourd'hui, vous pensez qu'il y a un certain nombre de services qui commencent à se dire, peut-être que c'est une bonne idée, on a dû tous, en tout cas au sein des entreprises, voir si on voulait qu'on nous verse notre épargne salariale, ou s'il fallait la conserver au sein de l'entreprise. Est-ce que vous pensez que, justement, il y a une réflexion qui suit son cours, qui fait son chemin sur l'épargne salariale aujourd'hui ?
Oui, je pense en fait, quand vous voyez les entreprises, il y a plus de 415 000 entreprises qui utilisent ces dispositifs, il y a un continuum, j'aime bien dire, puisque c'est souvent la participation ou l'intéressement donne un supplément de capacité d'épargne et de pouvoir d'achat, et on voit très bien dans ces éléments-là que beaucoup de nos salariés en prennent une partie pour leurs besoins immédiats, en laissent quelques-uns pour leurs projets.
Vous savez, dans les cas de déblocage anticipés de l'épargne salariale, il y a bien sûr le projet immobilier, parfois, ou alors la naissance d'un enfant, et tous ces éléments-là sont très importants, et puis de manière naturelle, ils préparent aussi leur retraite. Ils sont conscients que, finalement, ils mettent une partie de leur épargne à très long terme. Ce sont des dispositifs, je pense, très intéressants, et surtout qui font comprendre les dynamiques économiques à tous.
Alors, l'épargne salariale, l'année dernière, c'était 13 milliards d'euros, et on voit que quand il faut choisir, justement, est-ce qu'on conserve cette épargne, ou est-ce qu'on l'aperçoit, 30% des salariés demandent à percevoir le montant, qui est imposable. D'ailleurs, comment est-ce qu'on peut inciter les salariés à ne pas percevoir tout de suite le montant disponible, parce qu'on se dit, on peut en avoir besoin immédiatement ?
Je pense que ce qu'il faut, c'est continuer cette éducation sur le long terme. Quand les entreprises, aujourd'hui, qui ont tous les dispositifs, on voit très bien, on a beaucoup d'exemples, sur lesquels c'est plutôt 30-40% qui est perçu immédiatement, et le reste qui est mis à long terme, mais forcément, ça nécessite soit des dispositifs d'épargne de retraite collectif, ou des dispositifs d'action à un salarié, qui donnent une capacité, dans des meilleures conditions fiscales, d'ailleurs, de proposer cette épargne de long terme.
Donc, vous, vous dites aux salariés qui nous écoutent, enfin, aujourd'hui, c'est trop tard pour cette année, mais pour l'année prochaine, qu'il vaut mieux ne pas percevoir sa part d'épargne de salariés.
Je pense que ça dépend de la situation de chacun. Et il y a des moments où on peut, il y a des moments où on peut un peu moins, mais en tout cas, on est capable de réguler entre le besoin de court terme et le besoin de moyen et long terme.
Alors, parlons maintenant d'un des sujets qui vous tient à cœur, c'est l'actionnariat salarié. Au sein d'EFA, l'entreprise que vous présidez, 80% des salariés sont actionnaires. Les salariés détiennent plus de 20%, plus de 21% même des parts de l'entreprise. Qu'est-ce que ça change concrètement ?
Ça change que, chez EFA, finalement, l'actionnariat de référence fondamental, c'est collectivement l'ensemble des salariés. Et ce qui est très intéressant, c'est né d'une grande tradition, ça a permis en son temps, d'ailleurs, d'aider à garder l'indépendance de l'entreprise quand il y a eu le raid boursier de l'entreprise s'assire. Donc, les gens ont compris dans l'entreprise...
Ça a permis de ne pas vous mettre dans les mains du...
Exactement, d'un concurrent étranger qui avait des projets plutôt de séparation entre nos activités de concession et de travaux. Donc, ça a soudé beaucoup le corps social de l'entreprise. C'est désormais quelque chose qui est partagé. Chaque année, on augmente le capital pour nos salariés. C'est un événement dans l'entreprise. Et je crois que ça donne du sens, puisque vous vous sentez propriétaire quelque part d'une partie de vos actions. Et je dis toujours à l'ensemble de nos équipes, même chez leurs clients, quand ils sont chez un client, l'excellence de leur travail, c'est aussi une part de ce travail qui reviendra.
Il faut vous dire que les dispositifs de partage de la valeur dans l'entreprise, quand on additionne ce qui vient par la participation, l'intéressement, et cette part du résultat qui revient finalement aux salariés actionnaires, ça représente un excellent équilibre du partage de la valeur à long terme entre les actionnaires externes et les actionnaires salariés.
Et qu'est-ce que ça change au sein de l'entreprise en termes de dialogue social ? Peut-être que ça ne change rien d'ailleurs. Ce sont deux choses séparées.
Oui, mais fondamentalement, ça intéresse...
Entre le syndicat et la direction que vous représentez.
Je peux vous assurer que la capacité de garder l'indépendance stratégique au sein du groupe, quand on est orienté sur où est-ce qu'on veut réinvestir, nous, on est fondamentalement européens, et bien oui, on continue d'investir en Europe, et forcément, ça intéresse, puisque les investissements de l'entreprise, c'est les emplois aussi de demain, et le développement de l'emploi. Donc, il y a une vraie cohérence d'ensemble entre l'action à un salarié et le dialogue social de l'entreprise.
Vous avez l'impression qu'il s'est amélioré avec les salariés qui montent au capital petit à petit ?
Il a toujours été là depuis assez longtemps, et les salariés sont finalement directement impliqués dans cette gouvernance de l'entreprise. On parle beaucoup de SG, et pour moi, vous savez Isabelle, l'épargne salariale en général, tous les dispositifs, fondamentalement, ils changent des choses sur le S, l'aspect social-sociétal, puisqu'on partage de la valeur, mais aussi sur le G, puisque forcément, vous comprendrez que les actionnaires salariés sont très représentés auprès du Conseil, et donc à la stratégie de l'entreprise.
Alors, quand l'entreprise va bien, j'ai envie de vous dire, et quand il y a des bénéfices à partager, mais quand ça va mal, est-ce qu'on est allé aujourd'hui chez Renault, à la sortie du site de Guyancourt, où vous avez dû suivre l'actualité comme nous, Lucas Deméo est parti, l'action a dévissé, elle a perdu plus de 7%, et les salariés disaient, nous, la campagne d'actionnaire et salarié vient de se terminer, et on a perdu, nos actions ont perdu de la valeur. Qu'est-ce que vous pouvez dire à des salariés comme ça, qui aujourd'hui se retrouvent aussi, ils ont un peu l'impression d'être les dindons, de la farce ?
D'abord, fondamentalement, l'actionnaire et un salarié, et l'action, l'actionnaire en général, ça représente du risque, et c'est du moyen, du long terme, voire du très long terme. Et c'est surtout ça qu'il faut garder à l'esprit. Ce que je dis toujours, dans les entreprises qui pratiquent l'actionnaire et salarié, pour moi, ce qui est important, c'est que ça soit l'affaire de tous, quelle que soit son ancienneté, et que chacun raisonne par rapport à ses capacités d'épargne. Il ne faut pas se tromper. On doit investir ce qu'on peut investir.
Mais le dispositif français, mais on prend le risque aussi, donc il faut le faire en conscience par rapport à ses capacités, et surtout ne pas le faire avec des aléas journaliers, qui sont le propre des marchés financiers, c'est bien du moyen, du très long terme.
Et ça permet de garder une entreprise française.
Exactement. Fondamentalement, française, voire européenne, dans notre cas, c'est européen, puisque les dispositifs sont aujourd'hui ouverts à tous les pays dans lesquels nous sommes durablement implantés. Parce que fondamentalement, je dis toujours à mes équipes, et de manière générale à des entreprises qui pratiquent l'action à un salarié, c'est comme Pierre de Coubertin. L'essentiel, c'est de participer. Mais chacun en fonction de ses moyens. Et c'est ça qui, pour moi, donne de l'engagement à très long terme sur la performance de l'entreprise.
Merci beaucoup, Benoît Deruveret, PDG. Des Fages, invité éco de France Info ce soir.
Merci beaucoup, Benoît. Merci beaucoup.