Fin de vie : "Une réforme de société que les Français attendent depuis longtemps", souligne Philippe Lohéac de l'ADMD
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« On est raisonnablement confiant dans le fait que c'est une réforme de société que les Français attendent depuis longtemps. »
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« Tous les sondages constants indiquent qu'entre 85% et 95% des Français sont favorables à cette loi de légalisation. »
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« Nous, on souhaite que cette loi soit une possibilité pour tout le monde et que chacun en bénéficie s'il le souhaite ou pas. »
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« Ce qui donne la mort, c'est la maladie. »
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« Le CCNE, Comité Consultatif National d'Éthique, nous indique que dans les soins palliatifs, 9% des personnes demandent une aide active à mourir et 3% la réitèrent même si les soins sont bien menés. »
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« On estime que 3%, c'est le chiffre de personnes qui pourraient bénéficier d'une aide active à mourir. »
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Il est 6h20, c'est une réforme sociétale majeure, un texte de nombreuses fois amendé, reporté, une loi sur un sujet aussi grave que complexe, la fin de vie, le fait de pouvoir disposer de sa mort. Le débat sur le droit à l'aide à mourir revient en seconde lecture à l'Assemblée après son rejet fin janvier par le Sénat. Trouver un compromis relève-t-il d'une mission impossible ? Le travail parlementaire pourra-t-il être mené à son terme d'ici à la fin du quinquennat, comme l'a promis Emmanuel Macron ? Bonjour Philippe Loéac.
Bonjour Mathilde Munos.
Vous êtes délégué général de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité, association créée en 1980 et qui compte aujourd'hui 85 000 adhérents. Est-ce que vous êtes confiant ?
On est raisonnablement confiant dans le fait que c'est une réforme de société que les Français attendent depuis longtemps. Tous les sondages constants indiquent qu'entre 85% et 95% des Français sont favorables à cette loi de légalisation. Non pas pour en bénéficier eux-mêmes, mais simplement pour ouvrir le champ des possibles, pour permettre cette possibilité pour ceux qui en ont besoin. En vérité, dans ce débat, on est sur une question du pouvoir. Est-ce que le pouvoir sur notre propre vie nous appartient ? A nous, que nous soyons personnes en fin de vie, femmes, gays ? Ou est-ce que c'est un pouvoir qui doit appartenir aux religions, qui ne supportent pas qu'on dévie du chemin tracé ?
Ou bien d'une certaine partie des médecins paternalistes qui décident qu'ils ont le droit de vie ou de mort sur chacun d'entre nous ?
Mais vous comprenez que c'est quand même un sujet qui renvoie forcément à l'intime. Chacun se forge ses convictions en fonction de son vécu, de sa construction intellectuelle, culturelle, religieuse, en effet. Ça ne doit pas intervenir dans le débat, selon vous, ça ?
Si, bien sûr. Pour chacun, chacun de nous aura le droit de choisir ce qu'il décide pour lui-même. Personne n'aura le droit de décider pour les autres. Et c'est cela que nous reprochons dans ce débat. C'est que l'altruisme, l'ouverture aux autres, devrait nous permettre de comprendre qu'il faut ouvrir ce champ des possibles, pour que chacun puisse décider pour lui-même quand le moment sera venu. On a des cas de personnes qui se sont opposées, je pense à une ancienne secrétaire d'État, Lionel Jospin, à cette réforme de société, et qui, le moment venu, parce qu'ils avaient la possibilité d'avoir accès à la Suisse, ont pu payer les 12 000 euros pour y aller.
Nous, on souhaite que cette loi soit une possibilité pour tout le monde, et que chacun en bénéficie s'il le souhaite ou pas. Et même si on est opposé, qu'on considère que les autres, son voisin, ses proches, pourraient, s'ils le souhaitent, avoir cette possibilité.
Et qu'un médecin ou un soignant ait le droit de dire non, non, je n'injecterai pas ou je ne donnerai pas le produit létal ?
Évidemment, c'est un geste d'importance, et la clause de conscience est indispensable dans ce type de réforme de société.
Donc, je vous repose juste ma première question. Est-ce que vous pensez, comme celui qui porte cette loi depuis le début, Olivier Falorni, que ce texte, voilà, il pourrait être entré en application dans un an ? Début de l'an prochain, c'est ce qu'il dit ?
Bien sûr, le 27 mai, l'Assemblée nationale, en première lecture, a voté un texte d'équilibre qui satisfait l'année dernière, le 27 mai 2025, un texte d'équilibre. Et on va aller, avant la fin de l'année probablement, à un texte d'équilibre qui permettra à chacun de trouver une possibilité de bénéficier d'une aide active à mourir, s'il le souhaite, sans obliger personne et surtout pas les médecins.
Et sur la tenue des débats, parce que jusqu'à présent, ça a été plutôt cordial, sauf là, la dernière fois au Sénat, fin janvier, là, ça a été un peu plus tendu. Vous vous attendez à quoi, là ?
Oui, on comprend bien que l'élection présidentielle commence à se dessiner dans le paysage politique français et que certains groupes du Sénat, en particulier, ont voulu se positionner sur un débat, ramenant leurs électeurs à des positions très conservatrices sur les sujets de société. Voilà, on s'y attend.
Vous pensez vraiment que c'est la proximité de la présidentielle ?
Bien sûr, mais l'Assemblée nationale aura le dernier mot et l'Assemblée nationale est beaucoup plus équilibrée que le Sénat et représente le peuple français.
Alors, il y a plusieurs choses qui font débat. Il y a le principe même d'aider quelqu'un à mourir. On l'a abordé, évidemment, ça, on ne mettra pas tout le monde d'accord sur ce sujet-là. Sur les modalités d'application, en gros, de qui donne la mort ? Est-ce que vous comprenez qu'il puisse y avoir débat ? Le fait de dire, si le malade en est capable, c'est forcément lui ou pas ?
Alors d'abord, je vais vous reprendre, pardonnez-moi. Ce qui donne la mort, c'est la maladie. Et avant tout, c'est la vie. L'aide active à mourir, elle ne fait qu'anticiper un moment qui est inévitable lorsque la médecine s'est déclarée impuissante à guérir et que les souffrances sont réfractaires. Ça n'est pas rien de rappeler ça. C'est poser le cadre. Non, le médecin ne fera jamais mourir son patient.
Après, nous, on souhaite que le patient ait le choix entre l'euthanasie, l'administration d'un produit létal par un tiers et le suicide assisté, l'auto-administration de ce même produit létal en fonction des possibilités de chacun, des possibilités physiques et des possibilités, disons, culturelles et intellectuelles de chacun.
Vous l'avez rappelé, effectivement, les critères pour être éligibles, une souffrance insupportable, impossible à apaiser par des traitements, évidemment être atteint d'une maladie incurable. est-ce que cette loi pourrait concerner combien de personnes en France ? Est-ce qu'on a une idée d'un ordre de grandeur ? C'est très compliqué, évidemment.
Écoutez, le CCNE, Comité Consultatif National d'Éthique, nous indique que dans les soins palliatifs, 9% des personnes demandent une aide active à mourir et 3% la réitèrent même si les soins sont bien menés. On estime que 3%, c'est le chiffre de personnes qui pourraient bénéficier d'une aide active à mourir. Et si on regarde la Belgique, les Belges sont un peu nos frères, là-bas, c'est 3,5% des décès qui sont le fait de l'administration d'un produit létal. Donc, on aura ce niveau. Donc, c'est marginal. Je le conçois, c'est très marginal. Pour autant, la démocratie s'enrichit de protéger les minorités.
Et en la matière, il n'est pas anormal d'écouter des personnes qui ont cette demande légitime parce qu'elles sont arrivées au bout de leur vie et que la médecine s'est déclarée impuissante à les guérir et à les soulager.
Vous évoquiez les soins palliatifs. Enfin, c'est une autre proposition de loi. Les deux textes ont été dissociés. Il y a encore des gens qui meurent dans des conditions qui ne sont pas dignes aujourd'hui en France ?
Bien sûr. Il y a des gens qui n'ont pas accès aux soins palliatifs. Il y a des gens qui se trouvent confrontés à des médecins qui refusent de mettre en place la loi Leonetti et la sédation profonde et continue maintenue jusqu'au décès. Il y a des personnes qui sont obligées de s'exiler en Belgique où c'est devenu de plus en plus compliqué. À peu près 110 à 120 personnes françaises partent en Belgique chaque année. Et puis la Suisse qui autorise le suicide assisté pour les étrangers mais à des coûts qui ne sont pas négligeables puisque c'est à peu près 12 000 euros pour un Français qui souhaite bénéficier du suicide assisté en Suisse.
Et donc on suivra attentivement évidemment cette nouvelle lecture seconde lecture qui débute aujourd'hui à l'Assemblée sur ce texte sur le droit à l'aide à mourir. Merci beaucoup Philippe Loéac, délégué général de l'Association pour le droit de mourir dans la dignité. Vous étiez l'invité du 5-7.