Narcotrafic, violences… La guerre est déclarée - C dans l’air - 11.11.2024
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 34 %Attaque 36 %Défensif 30 %
Questions et réponses
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- 2:12OuverteRéponse directe
Concrètement, de quoi parle-t-on ?
- 3:49FerméeRéponse directe
Ils envoient des vidéos de vos enfants, c'est ça ?
- 4:23ComplaisanteRéponse directe
Être docker, aujourd'hui, c'est une profession exposée.
- 4:50ComplaisanteRéponse directe
C'est leur culture, c'est leur approche de la vie et des choses, tout peut s'acheter.
- 6:27OuverteRéponse directe
C'est signe de quoi, quand le chef de l'anti-drogue, finalement, récupère 20 millions ?
- 8:50OuverteRéponse directe
Est-ce que du coup, on se souvient de cette spectaculaire évasion de Mohamed Hamra en mai dernier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 4:23PrésentateurChiffre
« 5 000 euros pour qu'un policier consulte un fichier. 50 000 euros pour qu'un greffier glisse une erreur dans la procédure. 100 000 euros pour qu'un docker cache un conteneur. »
- 6:18InvitéChiffre
« 20 millions d'euros en espèces. Cachés dans les murs chez lui. »
- 7:05InvitéFait
« Tout l'argent était blanchi dans l'immobilier en Espagne. »
- 7:13InvitéFait
« Le maire de Marbellia a été arrêté pour corruption. »
- 7:20InvitéFait
« Les magistrats, les avocats, les policiers à Marbellia en Andalousie étaient complices du trafic de stupéfiants. »
- 8:28InvitéFait
« Ces cas sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit, de magistrats qui, dans le huis clos de leur bureau, ont subi de véritables coups de pression. »
- 8:47InvitéFait
« Attention, on sait dans quelle école vont vos enfants. »
- 9:32PrésentateurFait
« Des narguilés, on ne les envoie pas par la fenêtre, c'est obligatoirement donné dans la cellule. »
- 10:39PrésentateurFait
« Plus l'État déserte, plus l'État effectivement s'absente dans certains domaines, que ce soit dans les cités, que ce soit sur le port du Havre, que ce soit auprès des dockers, etc. L'État part et arrivent justement les mafias, d'autres mafias qui fonctionnent de cette façon-là. »
- 15:41PrésentateurFait
« En milieu urbain, mais aussi, je viens de le voir, en milieu rural. »
- 16:58PrésentateurFait
« Je crains que nous soyons en train de perdre la guerre contre les trafiquants à Marseille. »
- 18:43InvitéFait
« C'est l'intérêt, d'ailleurs, pour les trafiquants d'employer, d'utiliser des mineurs ? »
- 20:51InvitéFait
« Aujourd'hui, un repenti, je veux dire, dans ce système pyramidal, il va vous dévoiler quoi ? Il va vous dévoiler trois ou quatre bricoles à un moment donné, il ne pourra pas dire grand-chose. »
- 25:12PrésentateurChiffre
« Un million d'euros qui est saisie aux trafiquants. »
- 25:16PrésentateurChiffre
« Pour un marché qui est estimé entre 3,5 milliards et 6 milliards d'euros. »
- 25:33PrésentateurChiffre
« Le moindre petit appartement à Dubaï coûte 400 millions d'euros. »
- 54:42InvitéChiffre
« 15 milliards de dollars de recettes fiscales en 4 ans. »
- 55:04PrésentateurFait
« Pas forcément, puisqu'il y a quand même des enjeux de santé publique massifs derrière. »
- 55:42PrésentateurPromesse
« Ils étendront le marché de la cocaïne ou des nouveaux produits de synthèse. »
- 56:14PrésentateurFait
« On a eu des cas flagrants récemment, sur la conduite sous stupéfiants. »
- 56:25PrésentateurFait
« Les cas de schizophrénie, quand on consomme à l'adolescence, c'est une réalité. »
Temps de parole
- Présentateur66 %
- Invité26 %
- Invité 24 %
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Bonsoir à toutes et à tous. Des narcotrafiquants toujours plus puissants, toujours plus violents et qui sont en train de corrompre les administrations de l'État. Hier, le ministre de la Justice, Didier Migaud, s'est inquiété de cas de corruption et d'intimidation contre des policiers et des magistrats. Aussi, pour éviter, je cite, une mexicanisation du pays, le gouvernement a décidé de traiter le trafic de stupéfiants comme le terrorisme, avec notamment la création d'un parquet spécialement dédié aux affaires de drogue.
Il faut dire que l'actualité des dernières semaines a montré une violence débridée qui s'invite dans des villes jusque-là épargnées, comme Poitiers qui a perdu sa tranquillité, je cite le ministre de l'Intérieur, une montée du trafic qui s'accompagne en retour d'une montée de la consommation, et ce, dans tous les milieux, dans tous les quartiers. C'est le sujet de cette émission de ce C'est dans l'air, intitulé ce soir, Narcotrafic, violence, la guerre est déclarée. Pour répondre à vos questions, nous avons le plaisir d'accueillir Clotilde Champerrache. Vous êtes économiste et criminologue, maîtresse de conférence au Conservatoire national des arts et métiers.
Votre livre, Géopolitique des mafias, est publié aux éditions Le Cavalier Bleu. Bonsoir. Frédéric Ploquin, bonsoir. Vous êtes journaliste d'investigation et spécialiste du grand banditisme et de la police. Vous venez de publier avec Joe Peraldi, Confessions d'un patriote corse, des services secrets au FLNC, c'est aux éditions Fayard. Audrey Goutard, vous êtes grand reporter, spécialiste d'effet de société à France Télévisions. Et Violette Lazare, vous êtes journaliste d'investigation au Nouvel Obs. Je cite votre enquête publiée début novembre, TIC, le minot devenu parrain de la DZMafia. Et je rappelle votre dernier livre, Le crépuscule de la brise de mer, c'est chez Robert Laffont.
Merci de participer à cette émission en direct. Alors Bruno Retailleau s'est inquiété de la corruption qui, dit-il, s'étend dans diverses administrations. Et hier, en effet, en écho, le ministre de la Justice Didier Migaud sur France Inter a fait état de menaces sur le personnel de greffe, sur les magistrats et sur les policiers. Concrètement, de quoi parle-t-on ? Eh bien, je vous propose d'écouter ce responsable syndical du port d'Anvers en Belgique qui témoigne des intimidations dont sont victimes les douaniers sur le port d'Anvers.
Il y a des douaniers qui ont été suivis jusqu'à chez eux à la maison. J'ai entendu des histoires des collègues qui ont reçu des coups de téléphone bizarres chez eux. Je sens que ça va s'empiler, oui. On a une famille, on a des enfants. Ça devient quand même vachement dangereux pour le moment pour faire ce boulot-là.
Au titre champ-perage, on comprend très bien que les douaniers n'ont pas signé pour se retrouver en première ligne face à des caïds qui sont avec des méthodes d'ultra-violence. Oui, alors il y a deux aspects. Il y a la violence qui, au moins, appelle dénonciation, mais il y a aussi la corruption qui est acceptée. Donc il y a les deux éléments. Il y a le bâton et la carotte, c'est ça que vous voulez dire ? Oui, et puis il y a aussi des rapports qui passent inaperçus parce que, justement, ils sont acceptés pacifiquement.
Le problème, c'est que maintenant, avec la montée de ce trafic de stupéfiants, vous avez des professions qui sont effectivement régulièrement sollicitées qui ont compris qu'accepter la corruption, ce n'était pas une affaire momentanée, parfaitement gagnante, que c'était rentrer dans un réseau de complicité avec « après, on revient vers vous ». Voilà, et si vous n'êtes pas consentant, là, on passe à l'intimidation. Donc il y a sans doute moins d'acceptation de la corruption pensée comme favorable. Et du coup, les trafiquants ont besoin d'intimider. Et effectivement, ils vont chercher les familles, ils donnent des petites phrases. Ils envoient des vidéos de vos enfants, c'est ça ?
Voilà, ils grandissent bien, c'est une belle famille, effectivement. Alors ça a un impact aussi sur la façon de travailler. Par exemple, des dockers du côté du Havre, ils avaient tendance à vivre ensemble dans le quartier des Neiges. Donc ils étaient très facilement identifiables. Il y avait cette fierté de dockers qui était affichée. Maintenant, ils hésitent à vivre dans ce quartier. Et ils ne se présentent plus clairement comme dockers parce qu'ils savent que ça attire aussi ce genre d'intimidation. – Frédéric Ploquin, c'est l'opinion d'ailleurs qui a publié le prix de la corruption. 5 000 euros pour qu'un policier consulte un fichier.
50 000 euros pour qu'un greffier glisse une erreur dans la procédure. 100 000 euros pour qu'un docker cache un conteneur. Être docker, aujourd'hui, c'est une profession exposée.
– En fait, ces trafiquants de stupéfiants, de plus en plus jeunes, sont dans une toute puissance, dans une forme d'impunité. Et ils croient que tout leur est dû, tout est achetable et tout a un prix. C'est leur culture, c'est leur approche de la vie et des choses, tout peut s'acheter. Donc ils ont un policier en face d'eux, ils ont un avocat en face d'eux, ils ont un magistrat en face d'eux. Ils vont commencer par essayer. C'est naturel en fait, c'est comme ça. D'abord, ils ont les moyens. Donc ils ont en caisse et en magasin beaucoup d'argent. Donc ils vont commencer par essayer de trouver la faille, la première faille.
Et s'il n'y a pas de faille, effectivement, dans leur culture, il y a cette deuxième idée que la violence, que le coup de pression est quelque chose de naturel chez eux, qui est quelque chose de… je veux dire, qui est inclus dans leur pratique quotidienne. Je veux dire, dans les cités, dans les quartiers dans lesquels ils ont grandi, le coup de pression est quotidien, on descend à la cave, celui qui ne veut pas, on lui donne des coups, on lui casse les jambes. C'est une culture, on va dire, de la violence qui peut ensuite… C'est leur outil de communication d'une certaine manière. C'est comme ça qu'ils appréhendent la vie et les choses.
Donc quand ils ont en face d'eux une porte fermée, ils essaient de la faire sauter. Ils essaient de la faire sauter à coups de millions, puisqu'ils les ont. Et là, on parle de la Belgique, mais il y a une affaire… Le port du Havre, ah non, à Douai. Et du Havre. Non mais on parle, je veux dire, ces jours-ci, il y a une affaire absolument gigantesque qui a explosé, qui a été rendue pour public en Espagne. Je ne sais pas si vous avez vu, mais en gros c'est un… C'est le chef de l'unité anti-drogue espagnole. Oui, donc le grand chef de la lutte anti-drogue.
De la lutte anti-drogue qui a été pris chez lui, alors avec 13 tonnes de cocaïne cachée.
Il n'était pas chez lui. Il y avait 20 millions en espèces. 20 millions d'euros en espèces. Cachés dans les murs chez lui. Donc on n'est pas au Mexique, là, on n'est pas en Colombie, on est en Europe. Et cette affaire, pour moi, elle est quand même là pour le coup…
C'est signe de quoi, quand le chef de l'anti-drogue, finalement, récupère 20 millions ? La tentation est trop forte d'y goûter.
Je ne sais pas si vous vous rendez compte de ce qu'on est en train de se raconter comme histoire. C'est comme si, je ne sais pas, moi, le directeur général…
On voit les images de la police espagnole.
C'est comme si le directeur général de la police nationale en France, tout d'un coup, on avait perquisitionné au ministère intérieur dans son bureau, puis il y avait, dans le coffre, ça débordait comme ça d'espèces dont on ne sait pas… C'est quand même ça. Donc l'Espagne est un pays européen corrompu depuis très longtemps par le narcotrafic. Je rappelle quand même que, je dirais au début des années 2000, l'Espagne blanchissait tout l'argent de la drogue française que les trafiquants français récoltaient. Tout l'argent était blanchi dans l'immobilier en Espagne. Je rappelle qu'en Espagne, il y a 20 ans, déjà, le maire de Marbellia a été arrêté pour corruption.
Les magistrats, les avocats, les policiers à Marbellia en Andalousie étaient complices du trafic de stupéfiants. Donc là, on découvre aujourd'hui cette situation. 20 ans plus tard, en Espagne, on a le chef de la police en des drogues qui a 20 millions cachés dans son bureau. Donc effectivement, on a raison de s'interroger sur ce qui pourrait arriver demain en France. Et les dockers, ils sont en première ligne, ils sont fragiles. Et vous voyez bien… C'est un métier que vous… Peut-il parler tout à l'heure du quartier des Neiges ? Le quartier des Neiges, il y a des… En fait, la particularité, c'est que dans le quartier des Neiges, il y a des jeunes… C'est où, des Neiges ? Au Havre ?
Au Havre, sur le port du Havre. En fait, ça donne sur le port. Et dans ce quartier, on grandit des jeunes qui sont devenus trafiquants et d'autres qui sont devenus dockers. Ils étaient à l'école ensemble. Et puis quand ils ont 25 ans, ils ont 25 ans tous, ils se connaissent par cœur, ils se tutoient. C'est pas compliqué. Là, vous êtes hyper exposés parce que c'est votre copain d'école qui arrive, qui toque à votre porte et qui vous dit « Attendez, tu vas juste déplacer ta grue de 4, 5 mètres ou de 10, 50 mètres tu vas me le mettre là et moi, la nuit, je vais y aller et tu vas me donner les clés et les codes. » Et c'est extrêmement difficile de résister.
En fait, c'est une corruption de proximité. C'est-à-dire que vous êtes dans l'intimité de la personne et vous la faites basculer. Après, eux, ils appliquent ça. Et je suis surpris, je trouve ça très bien que le ministre de la Justice aujourd'hui nous parle de ces cas, parce que ces cas sont beaucoup plus nombreux qu'on ne le croit, de magistrats qui, dans le huis clos de leur bureau, ont subi de véritables coups de pression. Apparemment, il y en a beaucoup plus qu'on imagine. Et ça va tout de suite, comme vous le disiez tout à l'heure. Attention, on sait dans quelle école vont vos enfants. Ils vont tout de suite à ce point-là de rupture, en fait.
Audrey Goutard, est-ce que du coup, on se souvient de cette spectaculaire évasion de Mohamed Hamra en mai dernier, dit la mouche qui, d'ailleurs, soit dit au passage, n'a toujours pas été retrouvée. Non, non. Est-ce à dire que, c'est vrai que, voilà, on voit, est-ce que le corps expéditionnaire savait parfaitement l'itinéraire des policiers ? C'est-à-dire que là, pour le coup, on a un exemple d'information peut-être soutirée auprès de magistrats ou auprès de policiers avec quelques billets ou avec quelques moyens de pression ? C'est plus que quelques billets. Ce qu'on peut voir dans cette affaire, vous avez raison de la montrer, elle est très exemplaire.
En fait, on voit que cet homme vivait dans sa cellule, notamment il est passé à la santé, il avait des narguilés, il avait neuf téléphones portables. Alors, aujourd'hui, l'administration pénitentiaire dit oui, oui, c'est facile de se procurer un téléphone portable, il suffit de l'envoyer par la fenêtre. Enfin bref, il y a des systèmes. Mais en fait, des narguilés, on ne les envoie pas par la fenêtre, c'est obligatoirement donné dans la cellule. Donc, on voit bien que cet homme vivait de façon confortable et continuait à mener son trafic et surtout a pu organiser sa fuite et organiser effectivement de façon extrêmement scénarisée et efficace cette spectaculaire attaque.
Et cette spectaculaire attaque, elle ne se fait pas comme ça. Ce commando incroyablement bien équipé n'arrive pas de façon comme ça, par hasard, à cet endroit-là, à ce moment-là et n'arrive pas à exfiltrer cet homme de façon aussi efficace et pendant aussi longtemps. Comme vous le disiez très justement, il n'a toujours pas été interpellé. Sans complicité, évidemment, et l'enquête est en cours aujourd'hui, donc effectivement, bon voilà, ça reste extrêmement discret, mais sans complicité d'une administration et de quelques brebis galeuses d'une administration. Et en tout cas, le système a bien fonctionné pour lui et il a pu prendre la fuite.
En fait, ce que je voulais dire aussi par rapport à tout ce qu'on s'est dit là, c'est qu'on voit bien que la nature a horreur du vide. Et plus l'État déserte, plus l'État effectivement s'absente dans certains domaines, que ce soit dans les cités, que ce soit sur le port du Havre, que ce soit auprès des dockers, etc. L'État part et arrivent justement les mafias, d'autres mafias qui fonctionnent de cette façon-là. Alors, ça peut être dans les cités, les islamistes, je fais toujours le parallèle, les islamistes, ou ça peut être le trafic de drogue, ça peut être etc., qui prennent la place de là où l'absent est, c'est-à-dire l'État.
L'État a disparu dans plein d'endroits de notre société et au résultat, effectivement, des délinquants qui rapportent de l'argent, qui font tourner une économie, qui savent faire peur, qui manient le bâton et la carotte, arrivent à prendre le pas et fonctionner comme ça, basé sur la terreur et aussi sur le gain. Violette Lazard, c'est redoutablement efficace, voilà, quand on sait manier la carotte et le bâton à ce point, on peut même s'inviter dans des quartiers où l'État n'a pas reculé et faire vaciller l'État, en l'occurrence, c'est ce qu'a dit Didier Migaud hier, des policiers et des greffiers qui se retrouvent confrontés en nez à nez face aux trafiquants.
Oui, je pense qu'il y a peut-être quelque chose qu'on a oublié de dire qui paraît évident, mais c'est la puissance financière colossale acquise aujourd'hui par les narcotrafiquants, en fait, et qui montre depuis quelques années, alors certes, il y a des territoires qui sont délaissés par l'État, où toute forme de criminalité a toujours, en fait, rempli les trous, c'est un peu ça, le voyou, il va aller là où il n'y a pas d'autorité, puis il va prendre cette autorité, s'infiltrer dans le tissu économique, le tissu politique, etc.
Mais là, en fait, il y a une espèce de bascule qui s'est faite, elle a daté précisément, je ne saurais pas, peut-être 4 ans, 5 ans, 6 ans, je ne sais pas, avec une puissance financière colossale acquise par ces narcotrafiquants, qui fait qu'ils ont une puissance potentielle, corruptive. – Vous les avez vus s'installer dans des quartiers qui tournaient, où l'État était présent, où il y avait des associations ? – Ah oui, tout à fait, aujourd'hui, on parle de Marseille, on va à Marseille, Marseille, l'école du crime, etc., mais en fait, il n'y a pas que Marseille, c'est un peu…
Alors, peut-être que ça rassure aussi de se dire, Marseille, ça a toujours été comme ça, il y a toujours eu des morts, c'est la violence, c'est normal, c'est Marseille. Sauf qu'en fait, les annonces faites par les ministres vendredi, ils auraient pu aller partout en France, c'est-à-dire que cette violence, elle est partout. Moi, il y a deux ans, pour le Nouvel Ops, je suis partie en reportage à Besançon. Besançon, c'est pas du tout… enfin, je veux dire, c'est une ville moyenne.
C'est une ville où il y a un quartier qui s'appelle Planoise, où il y a des logements sociaux, où il y a eu une dérive depuis 4-5 ans, avec des règlements de comptes absolument abominables, des courses-poursuites, des exécutions dans la rue, tout ça lié au trafic de drogue. Je veux dire, c'était dans l'imaginaire collectif, Besançon, c'est pas ça, c'est pas l'exécution sur un trottoir. Alors, le quartier de Planoise, c'est pas du tout… En fait, peut-être aussi, Marseille, il y avait un côté rassurant, parce qu'il y avait une explication. C'est des quartiers, les quartiers nord, délaissés par l'État. On ne peut pas y aller en transport en commun. Il n'y a pas de commerce.
Il n'y a pas du tout d'implantation d'aide sociale. Il n'y a absolument rien. Planoise, à Besançon, c'est l'inverse. Je veux dire, Planoise, on y va en tramway, on est à un quart d'heure du centre-ville de Besançon. Il y a des médiathèques, il y a des collèges, il y a des lycées, il y a des crèches, il y a une maison d'aide à l'insertion des femmes. Enfin, je veux dire, l'État est présent. Il y a absolument… Ce territoire n'est pas abandonné. Et les trafiquants ont clairement gagné. Je veux dire, quand on… Enfin, gagné… Peut-être pas, je ne sais pas, je ne veux pas dire la fin de l'histoire, peut-être qu'ils n'ont pas gagné. Mais en tout cas, ils étaient en situation de force.
Sur les façades des petits immeubles où je suis allée, il y avait des traces de Kalach, de tir de Kalachnikov, parce que deux semaines avant, ils avaient voulu reprendre un point d'île. Et j'ai parlé aux habitants qui vivent là. Il y a une balle qui est passée et qui s'est logée au-dessus, dans les toilettes d'un immeuble. Donc, on part… Et on est à un quart d'heure de Besançon, comme vous l'avez dit, dans un quartier… Du centre-ville en tram. Du centre-ville de Besançon. Alors, les violences liées à la drogue saturent l'actualité ces dernières semaines, à tel point que le ministre de l'Intérieur parle de mexicanisation du pays.
Ce week-end, Bruno Retailleau et Didier Migaud ont dévoilé un plan destiné à durcir la législation sur le trafic. Sujet de Laura Rado et Ilana Azinko. À Poitiers, c'est un adolescent de 15 ans, atteint d'une balle dans la tête jeudi soir, qui est toujours entre la vie et la mort.
Un nouveau règlement de compte sur fond de trafic de drogue. Il n'avait que 15 ans et il est la dernière victime de la guerre des gangs à Grenoble.
À la une de l'actualité, la litanie des faits divers liés au trafic de drogue. Depuis plusieurs mois, les fusillades sanglantes s'enchaînent. À Rennes, le mois dernier, un garçon de 5 ans est touché par deux balles dans la tête à l'issue d'une course poursuite. Dès sa nomination, le ministre de l'Intérieur fait de la traque de ses réseaux mafieux sa priorité. Aujourd'hui, les narcotrafiquants sont partout. En milieu urbain, mais aussi, je viens de le voir, en milieu rural. Ce point de bascule, il nous impose des choix. Soit il y a une mobilisation générale pour ce grand combat qui prendra des années, et on le gagnera, on le gagnera. Soit il y a la mexicanisation du pays.
De ce narcotrafic de plus en plus structuré, de plus en plus violent, Marseille est le symbole le plus dramatique. Plusieurs gangs s'y livrent une guerre sans merci. Le plus puissant d'entre eux, la DZ mafia, est considéré comme extrêmement dangereux. Certains de ses membres revendiquent même leurs crimes sur les réseaux sociaux.
Trafic de drogue, raquettes, meurtres,
la DZ mafia emploierait des petites mains de 14 ou 15 ans comme tueur à gage. Le mois dernier, le grand public la découvre dans cette surprenante mise en scène.
Nous avons assez d'hommes, de véhicules, de moyens pour agir. Nous en étions obligés.
Avec 49 morts en 2023, jamais le trafic de stupéfiants n'a fait couler autant de sang dans la cité phocéenne. Sur place, les magistrats se disent démunis. Je crains que nous soyons en train de perdre la guerre contre les trafiquants à Marseille. Alors face au fléau, vendredi, le gouvernement a voulu afficher un front commun. À Marseille, justement, le ministre de la Justice, issu de la gauche, et celui de l'intérieur, côte à côte.
Plusieurs leviers déterminants sont déjà à notre main. Et même à ma main, en tant que garde des Sceaux, elle ne tremblera pas pour mobiliser dès à présent toute la puissance de l'appareil judiciaire et structurer tout ce qui doit l'être sans attendre.
Les mesures dévoilées sont toutes inspirées d'un rapport sénatorial. Création d'un parquet national spécialisé, statut du repentier élargi, renforcement des moyens de l'OFAST, l'office anti-stupéfiant. 25 enquêteurs supplémentaires doivent être dépêchés à Marseille. On a besoin, quand on engage, un combat de cette sorte-là, qu'on gagnera bien sûr, d'unité nationale. Combat national, cause nationale, unité nationale. Ce plan, qui prévoit également de frapper les trafiquants au portefeuille, doit se traduire dans une loi attendue au Sénat le 27 janvier prochain.
Clotilde Champérache, Laura Radeau expliquait dans son sujet que la DZ mafia à Marseille employait des tueurs à gages de 14 et 15 ans. C'est quelque chose qu'il faut noter, ça, de remarquable, le rajeunissement des trafiquants aux méthodes ultra-violentes ? Alors, oui et non. Le rajeunissement, ce n'est pas si nouveau que ça. De toute façon, la délinquance juvénile, c'est un classique de la criminologie. En plus, il y a une instrumentalisation du fait qu'étant mineur, les peines seront moins lourdes. C'est l'intérêt, d'ailleurs, pour les trafiquants d'employer, d'utiliser des mineurs ? Initialement, oui, beaucoup.
Après, c'est aussi utiliser des têtes brûlées, c'est-à-dire des petits jeunes qui vont faire n'importe quoi sur commande. Et ça, c'est aussi une évolution du monde criminel, c'est-à-dire qu'on va déléguer, externaliser certaines opérations, notamment cette violence. Et, à mon avis, le chapitre de la violence mérite d'être traité indépendamment aussi du narcotrafic. C'est-à-dire qu'on a des jeunes qui ne sont pas impliqués dans le narcotrafic directement, qui ne participent pas aux organisations criminelles, qui sont capables de passer à l'acte simplement parce qu'on leur remet une arme. Et ça rejoint tous les faits divers sur les rixes, un mauvais regard dont je tue ou je frappe.
On est quand même dans une jeunesse qui est extrêmement violente, indépendamment des trafics. Et ça, il faudra l'affronter. Et ça concerne toute l'Europe, je pense. Frédéric Ploquet, on a l'impression, vous parliez de délégation, d'un système très pyramidal, très organisé, mais dont les têtes de réseau ne sont pas en France. Elles sont à Dubaï et sont-elles insaisissables ? Puisque ce sont elles qui tirent les ficelles, si j'ai bien compris, de ce qui se passe sur nos territoires abandonnés.
Je pense que ce serait beaucoup plus facile pour les services de police et de justice si c'était réellement pyramidal. En réalité, ça ne l'est pas. Excusez-moi l'expression, c'est le bordel. C'est-à-dire qu'on ne sait pas qui est chef, les chefs s'entretuent, les chefs se battent. Il y a un gars sur le terrain qui dit « c'est moi le chef », il y en a un autre en prison le lendemain qui dit « non, pardon, excuse-moi, c'est moi ». Et après, ils n'ont de cesse que de s'entretuer. Donc c'est beaucoup plus compliqué, finalement. L'image de pieuvre, elle est assez bonne, mais pieuvre avec je ne sais combien de têtes. Ce n'est pas une pieuvre avec une tête.
La pieuvre en Italie dont on parle, elle a une tête. Donc c'est relativement facile. Quand vous avez un repenti qui était assis à la droite du chef de Dieu et qui vient vous voir, qui vient voir la police et qui dit « je vais tout vous dire », il est utile parce que là, il peut tout vous dire réellement. Aujourd'hui, un repenti, je veux dire, dans ce système pyramidal, il va vous dévoiler quoi ? Il va vous dévoiler trois ou quatre bricoles à un moment donné, il ne pourra pas dire grand-chose. Donc là, c'est beaucoup plus difficile à appréhender justement que si c'était centralisé.
Et aujourd'hui, ce à quoi on assiste sur le territoire français, c'est à l'éclosion quasi spontanée de micro-PME de la drogue absolument partout. Donc au-dessus, il y a des multinationales, il ne faut pas se le cacher, on le sait, mais qui sont commandées effectivement de l'étranger ou qui sont entre les mains des Calabrais, des Colombiens, des Vénézuéliens, de qui vous voulez. Et sur place et en bas sur le terrain, au niveau des cages d'escalier, vous avez une explosion de micro-PME qui n'ont de compte à rendre à personne.
Qui se fournissent elles-mêmes, qui sont capables d'aller à Amsterdam ou en Espagne pour aller chercher le produit, qui sont capables de nouer des contacts aux Antilles pour avoir un accès direct à la cocaïne parce qu'elle arrive très facilement par là-bas. Et cette multiplication des petites cellules, ce serait du terrorisme, la France serait en danger massif, parce qu'à l'époque du terrorisme, il y avait un parquet mais il y avait un attentat, il n'y avait pas un attentat tous les jours.
Là, c'est tous les jours qu'un policier vous signale, nous signale, ou un gendarme, l'éclosion, l'apparition sur son terrain d'un personnage qui est beaucoup plus important qu'il ne le croit, qui ne l'a pas vu grandir, qui a déjà 2 ou 3 millions de côtés, qui a déjà à disposition les armes de guerre nécessaires pour s'imposer. Et donc, c'est pour ça que c'est compliqué. Et quand on leur parle de guerre, puisque c'est le langage martial qui est en vigueur aujourd'hui au sommet de l'État, je ne dirais pas que ça les fait bien rire, parce que ce serait... Mais j'ai presque envie de le dire. C'est-à-dire que ce mot « guerre », ça fait 20 ans qu'on l'utilise.
Attendez, ce n'est pas Bruno Retailleau qui le prouve et l'utilise. Ça a commencé avec Manuel Valls, et peut-être même avec Gaston Defer, et peut-être même à l'époque de la French Connection. Donc on leur fait la guerre. On leur fait la guerre avec les moyens du bord. Mais eux, ils savent qu'on ne va pas les tuer, parce que la guerre, ça tue. Mais ils savent qu'on ne va pas les tuer. Et ils savent que s'ils sont en prison, ils pourront continuer leur business, puisqu'ils le font. Donc, moi, ce que je peux vous dire, c'est que ça ne les impressionne pas outre mesure, et que ce n'est pas ça qui va les faire trembler.
Une guerre sans moyens, une guerre sans logistique, une guerre sans policiers spécialisés sur le blanchiment, une guerre avec une police judiciaire aussi pauvre que celle qu'on a aujourd'hui, avec des parquets aussi anémiés que celle qu'on a aujourd'hui, il va falloir des moyens. Et comme apparemment l'État n'a pas beaucoup d'argent, ça va être un peu compliqué, parce que ça coûte cher de faire entre guillemets la guerre.
Il n'empêche, Violette Lazare, d'abord dans les mots, dire qu'on va combattre la drogue comme on va combattre le terrorisme, et en sortant des moyens comparables, notamment la création d'un parquet spécialisé qui ne fera que les affaires de drogue. Est-ce que ça va permettre de systématiser, de mieux appréhender les trafiquants ? De toute façon, le but de ce parquet, ça ne va pas tout résoudre, mais au moins, ça permettra d'avoir une centralisation au niveau national de toutes les affaires. Après, comme il y a des liens, évidemment, entre tous les réseaux, ça paraît quand même assez évident et logique que ça ne peut être que bénéfique pour mener à bien les enquêtes.
À Besançon, ça peut être un réseau marseillais qui essaye de s'implanter à Besançon ? Oui, tout à fait. En fait, les trafiquants, aujourd'hui, on l'a vu dans plein d'enquêtes, ils franchissent un peu les échelons en bougeant. En général, ils viennent de Marseille, ce qui conforte cette idée de Marseille-école du crime, mais c'est un cliché qui est malheureusement vrai. Et puis, ils vont faire leur classe à Besançon, un petit peu dans le 92, Montargis, Nantes, ils vont absolument partout. Et puis, quand ils reviennent à Marseille, comme ils ont fait comme ça plusieurs postes et qui sont toujours vivants parce que c'est dangereux, ils montent un petit peu en grade.
Donc, oui, effectivement, pour en revenir à ce parquet, oui, ce parquet, c'est bien. Est-ce que ça va tout résoudre ? Non. Il y a quand même un point qu'on n'a pas abordé. Et je pense qu'effectivement, ils n'ont pas peur, la guerre, on ne va pas les tuer, etc. Oui, il y a un truc quand même que les narcotrafiquants, il y a un truc dont ils ont énormément peur, c'est que les autorités parviennent à mettre la main sur le magot, sur l'argent. Je veux dire, là, c'est quand même un point et c'est un trou dans la raquette énorme aujourd'hui. Les saisies, on n'arrête pas de dire qu'elles sont de plus en plus importantes.
Oui, elles sont de plus en plus importantes, mais c'est parce qu'en fait, la manne financière ne cesse de grandir. L'argent, il est blanchi en France, mais pas seulement. Vous avez parlé de Dubaï, il est investi à Dubaï. Il est investi comment ? Dans de l'immobilier. Donc, il y a trois jours, le parquet de Marseille s'est félicité. Il y a eu une... Non, il y a deux jours, je crois, samedi, au lendemain de la visite des ministres, il y a eu une saisie d'un peu plus d'un million d'euros, ce qui est assez rare et ce qui est une somme énorme. Un million d'euros qui est saisie aux trafiquants. Pour un marché qui est estimé entre 3,5 milliards et 6 milliards d'euros.
Oui, et pour des investissements, on le voit aujourd'hui grâce à des enquêtes, par exemple à Dubaï, avec des investissements dans des dizaines, des centaines d'appartements, le moindre petit appartement à Dubaï coûte 400 millions d'euros. Donc, cet argent-là, est-ce qu'un jour, les autorités françaises vont le récupérer ? Mais ça paraît compliqué. Mais c'est quoi le profil rêvé d'un trafiquant ? C'est de commencer petite main et de terminer avec un de ses appartements à 4 millions d'euros à Dubaï ? Oui, et en espérant ne pas être éliminé à 13 ans. Généralement, ils ont la vie courte. Généralement, ils ont la vie courte. Ils sont en prison, ils ont la vie courte.
La grande majorité, il y a des études américaines qui ont été faites, qui sont très bien faites, qui montrent qu'effectivement, pour un qui gagne, il y en a 1000 qui perdent. C'est-à-dire qu'ils ne gagnent rien, c'est des petits guetteurs qui finissent au caniveau, ou alors ils se finissent en prison, ou alors, pire, effectivement, ils se sont tués. Mais pour revenir, vous évoquiez ce nouveau parquet, ces nouvelles mesures, etc. Moi, j'ai l'impression que ça fait 20 ans que j'entends les mêmes choses. Et je suis tout à fait d'accord pour dire qu'en fait, il faut peut-être scinder les problématiques.
C'est-à-dire que d'un côté, il y a une violence extrême d'une partie de cette jeunesse qui se retrouve aujourd'hui avec des Kalachnikovs à la main. Et puis, il y a un trafic qui a toujours finalement existé. On est épaté par les milliards, mais en fait, ça existe depuis très longtemps. Sauf qu'aujourd'hui, c'est très visible. Ça n'était pas aussi visible avant. Et avant, enfin, on a tous fait des reportages dans ces cités, etc. C'est vrai que les tirs de Kalachnikov, ils n'étaient pas sur la voie publique. Et, pardon, juste les pouvoirs publics ont pensé qu'en mettant un tramway, qu'en repeignant les cités HLM, etc., on allait se sortir de cette paupérisation et de ces fléaux.
Et on se rend compte qu'on ne s'en sort pas. On a beau repeindre, le trafic continue. Et parce qu'on prend, je pense, le problème toujours par le même bout de la lorniette, et Retailleau à Marseille, c'en est une bonne illustration. C'est-à-dire qu'on voit systématiquement une approche répressive et non pas une approche sociale de ce phénomène. Alors, question de Yves à La Réunion, qui dit « Les vrais délinquants ne sont-ils pas les consommateurs sans qui ce commerce n'existerait pas ?
» C'est vrai que quand il est en PRH, il y a du trafic parce qu'il y a des consommateurs qui sont désormais partout, vous avez vu cette histoire, le majordome de Matignon, condamné à un an de prison pour trafic de drogue. Est-ce qu'au fond, ce trafic de drogue qu'on voit, y compris dans les villes moyennes, ça veut dire qu'il y a des consommateurs partout, dans tous les milieux et dans toutes les villes ? Oui, il y en a partout, dans tous les milieux sociaux, avec toutes les capacités financières. Enfin, il y a des riches, il y a des pauvres qui consomment. Mais il y en a partout parce qu'on est allé les chercher aussi.
Et ça, je pense qu'il faut le dire, culpabiliser le consommateur, ce n'est pas la bonne approche, il faut les responsabiliser, culpabiliser, dire « c'est à cause de vous », non. Dans ces cas-là, il y a plein de mécanismes. Qu'est-ce qui fait que la drogue est sexy ? Qu'est-ce qui fait qu'un consommateur qui va très bien, subitement, se dit « tiens, je vais consommer de la drogue ? » Alors, qu'il aille très bien, ce n'est pas forcément le point de départ. Je n'aurais pas de dire ça. Qu'est-ce qui fait qu'elle convainque aussi facilement qu'il y a autant de Français qui se laissent attraper par la drogue ? Déjà, on ne communique plus sur les drogues.
Je trouve qu'il n'y a pas de compagne, je l'ai dit plusieurs fois à maintes occasions, la ministre de la Santé aurait dû être présente à Marseille. Elle aurait dû accompagner, parce que si on a prohibé ces substances, c'est parce qu'elles font du mal. Ce qu'on oublie aussi, quand on les prohibit, c'est parce qu'il y a des addictions qui se créent. Donc, celui qui est consommateur addict, on peut lui dire que son pétard a le goût du sang, mais ça ne lui parle pas, il est au-delà, il est déjà parti sur une autre trajectoire.
Et puis, quand on a des mécanismes, parce que là, on parle de la violence, du deal de rue, mais il y a toute la partie invisible du trafic qui, parfois, est tout à fait pacifique. Et notamment, les grosses organisations criminelles qui sont derrière, elles s'entendent très bien. Eux, ils ne se tirent pas dessus, ils se partagent les marchés, ils se partagent les gains, et tout fonctionne bien. Il y a toute une partie de marketing, de livraison à domicile et de relance du consommateur.
La livraison à domicile, c'est ce qui fait que la drogue peut convaincre aussi dans les beaux quartiers, parce qu'on n'a peut-être pas forcément envie d'aller dans les points de deal, dans les quartiers hors de Montpellier. Voilà, ça désinhibe totalement la consommation. En plus, on a quand même une société où on parle de drogue tout le temps. Enfin, moi, au départ, je ne faisais pas attention, mais j'écoute beaucoup les chroniqueurs radio. Ils font des blagues qui parlent de drogue. C'est quasiment à chaque fois, la chronique, il y a une petite référence aux drogues. Alors, ce n'est pas une incitation à consommer, mais c'est d'en faire quelque chose du paysage quotidien.
Ça banalise le produit. Ça banalise le produit. C'est récréatif parfois. On appelle ça récréatif. Oui, oui. Mais même, parfois, il y a des drogues qui sont associées au milieu festif, parce qu'il y a toute une gamme de stupéfiants suivant les effets que vous voulez avoir. Vous voulez tout oublier, vous allez tourner vers l'opium. Vous voulez un petit coup de boost au travail, vous tournez vers la cocaïne et c'est dérivé. Vous voulez faire la fête, c'est la 3MMC. Enfin, vous avez des usages différents qui sont pour toutes les situations, finalement. Et puis, il y a la relance sur les réseaux sociaux.
Le jour où le RSA tombe, on envoie au client dont on sait qu'il est au RSA la petite offre promotionnelle qui va lui faire basculer. Et effectivement, quand c'est livré à domicile sur le lieu de travail ou dans un point concordé entre l'acheteur et le vendeur, vous ne prenez pas le risque d'être interpellé en pleine rue, d'aller dans une cité qui craint un peu, de rencontrer les mauvaises personnes. Donc, effectivement, pourquoi ne pas passer la commande ? Frédéric Ploquin, un petit coup de boost au travail. On prend de la cocaïne et c'est beaucoup plus répandu qu'on l'imagine dans tous les milieux.
La cocaïne a bonne presse, globalement. On le doit notamment au fait que, quand elle a démarré dans ce pays, elle était essentiellement composée par les happy few, par les rockstars, par les traders, par les journalistes, par les publicitaires. Ça, ça a duré 10 ou 20 ans. La cocaïne, nous, on la connaît, elle est dans le pays depuis le début des années 80. Et pendant 10 ans, ça a été la drogue des night clubbers, des gens chics, etc. Ça a été ça. Et puis, 10 ans plus tard, donc, eux, portent une responsabilité. Ces personnes qui ont popularisé la cocaïne, pour moi, portent une responsabilité. C'est les influenceurs. Que les petits consommateurs d'aujourd'hui. Ce sont les influenceurs.
Ce sont eux qui ont labellisé la cocaïne, le show business, en gros, qui ont labellisé la cocaïne, qui l'ont imposée comme un produit sympathique, etc. Et après, ça a fait tâche d'huile, si je puis dire, ça s'est répandu. Et on se retrouve 20 ans plus tard avec une cocaïne. Le majordome en question, je ne sais pas, il était cuisinier, d'après ce que j'ai compris. D'ailleurs, il était en arrêt maladie.
Ça veut dire qu'on retourne de la cocaïne dans les cuisines ?
Le majordome de Matignon, non, il n'était pas en poste. Il était, il faut le dire, il était en arrêt maladie. Il achète de la cocaïne. Et c'est vrai qu'aujourd'hui, 20 ans après, dans les cuisines, où il y a un rythme d'enfer, dans les campagnes, où le paysan, toute la nuit, il est là sur son tracteur, partout, en réalité, la cocaïne est devenue une espèce de moteur, de booster, de truc pour être bien, pour être dans le rendement, pour faire du chiffre et tout, on en prend. Et donc, c'est là-dessus que le gouvernement, puisque j'ai entendu dire que dans ce projet, dans ce programme, il y avait l'idée de reprendre la main en termes de communication.
Je trouve qu'il n'y a pas de raison que l'État ne communique pas. Je ne sais pas s'ils vont dire, un joint, ça ne va pas, deux joints, bonjour les dégâts. Je ne sais pas ce qu'ils vont dire, mais sur l'alcool, on l'a beaucoup fait. Mais je trouve qu'il n'y a pas de raison pour l'État d'abandonner le terrain, le champ de la communication, aux seuls trafiquants de stupéfiants qui, eux, communiquent extrêmement bien pour nous vendre leurs produits, avec des petits plus produits, des petits machins, etc. Donc, je trouve que faire sauter ce tabou, en fait, au sein du gouvernement, sur la communication, je trouve que c'est une très bonne idée. J'attends voir les premières campagnes de pub.
Cannabis, cocaïne.
On n'a pas encore en Europe ces fameuses drogues de synthèse. Enfin, on n'en a pas tellement. Le fameux fentanyl, la drogue des zombies, qui, aux États-Unis, fait des ravages, et des dizaines de milliers de morts. Oui, oui, c'est une des grosses craintes des autorités depuis quelques années. Aux États-Unis, je crois que les derniers chiffres, c'est 500 000 morts, au total, je crois, du fentanyl. Je crois que je ne me trompe pas, c'est considérable. Donc, c'est 50 fois plus puissant que l'héroïne. Voilà, ça fait la richesse de tous les cartels mexicains qui ont leur propre laboratoire pour le fabriquer et qu'il écoule, etc.
Bon, c'est vraiment un fléau public, un fléau de santé publique majeur. En France, il y a une crainte sur la venue de ces drogues de synthèse. Il y a eu quelques affaires depuis deux ans où il y a des drogues de synthèse, effectivement, il y a des réseaux de drogues de synthèse qui sont démantelés, mais ça reste à une échelle... Enfin, si on compare, en tout cas, avec les États-Unis, ça reste à une échelle... Pour l'instant, oui. Mais on le sait, tout ce qu'ont fait les États-Unis est arrivé ensuite en Europe, est arrivé ensuite en France. Donc, c'est peut-être juste une question de temps, de décalage dans le temps. Et ça va arriver.
Enfin, j'ai envie de dire, pourquoi ça ne nous arriverait pas, en fait ? Les capacités de production peuvent totalement être acquises par les trafiquants. C'est de la chimie, là ? Pas besoin d'opium ou de coca ? Non, non, il s'agit vraiment de chimie, de savoir-faire.
Mais attendez, la cocaïne, ce n'est pas un produit naturel. Ne dites pas ça au grand public. Ce n'est pas des belles plantes. Je veux dire, c'est une plante, au départ, très sympathique, qui pousse dans la montagne. Mais moi, je suis allé dans un laboratoire, je déconseille formellement à quiconque de s'en mettre dans les naseaux. Parce que dedans, vous mettez du pétrole, vous mettez de l'essence, c'est de la chimie. Tout à fait, il ne faut pas nous faire croire. Attention aux mots qu'on emploie.
Au côté bio de la... Non, mais ce n'est pas bien naturel.
Non, non, c'est un produit qui vous détruit le cerveau, pardonnez-moi. Quand vous voyez comment... Franchement, quand vous voyez la cuisine dans laquelle c'est fait... Mais loin de moi, il est de vouloir dire que c'est bio. J'insiste, quand vous voyez les bidons alignés de gazole, de machin, dans la jungle, avec laquelle ils vous font ça, je vous assure, ça vous fait peur. Vous ne mettriez même pas le petit doigt dedans. Et après, ils se le mettent dans le nez, dans le cerveau.
Le fentanyl a une histoire qui est intéressante, justement, puisqu'on parle de communication. L'histoire du fentanyl, c'est avant tout les antidouleurs aux Etats-Unis. C'est-à-dire qu'on a fait croire aux gens qu'ils pouvaient effectivement soigner leurs douleurs avec des opioïdes et des produits qui étaient extrêmement toxiques, qui étaient des drogues, des vraies drogues. Mais la communication a été favorable, si vous voulez, à ces produits-là. Et ça, petit à petit, il y a l'histoire du fentanyl qui est arrivée. Et c'est devenu en fait un énorme drame américain, alors qu'à la base, c'était une communication des laboratoires et des médecins qui laissaient voir que c'était formidable.
Généralement, il faut voir qu'en Europe et en France particulièrement, ces drogues chimiques ne marchent pas. Par exemple, l'LSD n'avait pas marché. À l'époque où il faisait des ravages en Angleterre, il faisait des ravages aux Etats-Unis, la France n'a pas été très pro-LSD, si je puis dire. Les Français sont des consommateurs, des gros consommateurs. Comment ? Consommateurs, oui. Vous n'êtes pas d'accord, peut-être ? Non, non, pas. Dans les années 70-80, c'était, voilà. Donc, pour ce qui est des drogues chimiques, elles arrivent en France et effectivement, elles sont présentées de façon très ludique. Elles sont roses, pimpantes, etc.
Et ce qu'il faut voir, c'est que là aussi, effectivement, comme vous le disiez, la communication est très importante et tellement importante que pour revenir sur le cannabis, quand vous regardez les études qui sont faites sur les adolescents d'aujourd'hui, ils trouvent que c'est plus poison, si je puis dire, de boire, de picoler que de prendre un joint. C'est-à-dire que le... Ça, c'est la communication a réussi. Dieu sait, ça veut dire vraiment que la communication est importante. Et pour eux, c'est plus un type alcoolisé, c'est pire que quelqu'un qui a fumé un joint puisque c'est considéré comme récréatif. D'où, effectivement, une contre-information à faire.
Alors, on l'a compris, le trafic de drogue ne se limite pas aux grandes villes. Les communes de taille moyenne sont désormais confrontées à la violence générée par ce commerce. Une équipe de cédants l'air s'est rendue à Charleville-Mézières où le maire manque cruellement de moyens pour lutter contre les dealers, Léo Seux et David Lemarchand, avec Constance Meillère. C'est lui, hein ? Oui, c'est lui. 21h ce soir-là à Charleville-Mézières, le début d'une seconde journée pour M. le maire. Boris Travignon embarque avec la police municipale pour une ronde. La ville de 46 000 habitants est touchée par le trafic de drogue.
Tout à l'heure, il y avait des gens qui étaient là, qui sont...
Voilà, qui n'ont rien à faire là. Et puis, il y a, a priori, un peu de trafic qui se fait. Les trafiquants sont partis, mais ils ont laissé derrière eux des signes de leur passage dans ce hall d'immeuble. Il y a des gens qui sont ici et qui stagnent ici, quoi, et qui restent ici. Alors, c'est pas parce qu'ils n'ont pas de chez eux, mais c'est parce que c'est ici qu'ils font leur commerce. Les boîtes aux lettres, on n'a pas le droit de les fouiller. C'est un espace privé, et donc, même s'il n'y a percé pas de nom dessus, ça peut devenir, effectivement, des cages, des planques. Enfin, tout le monde ici a des clés de facteurs pour ouvrir,
mais les seuls qui n'ont pas le droit de s'en servir, c'est les policiers.
Pour être moins visibles, les dealers squattent les caves. Un jeu du chat et de la souris entre policiers et trafiquants. Qu'est-ce qu'il y a, là ? Là, c'est pour nous. Ça, c'est un collègue.
Ah, oui. On dérange un peu. Oui, ça, je comprends qu'on les dérange. Mal qu'ils nous en veuillent un peu, parce qu'on passe quand même pas mal de temps à les mettre en échec et à les empêcher de faire leurs petites affaires.
Des nuisances liées au trafic. Bonsoir. On fait un petit tour.
Pour vérifier que tout se passe bien.
C'est tranquille, ici. Et des dealers qui gagnent peu à peu du terrain. Ça a commencé au bout de la rue, à une extrémité de la rue.
Et puis, effectivement, le 30, le 32, le 29, de l'autre côté, le 42. Enfin, voilà, successivement, on a eu des points de deal qui se sont déplacés et qui ont vidé les immeubles dans lesquels ils s'installaient.
Proche de la frontière avec la Belgique et le Luxembourg, Charleville-Mézière est un point de passage du trafic de drogue. En 10 ans, le maire a pourtant installé 130 caméras et doublé le nombre de policiers municipaux.
L'activité est tellement lucrative, il y a tellement de clients que finalement, il se trouve toujours quelqu'un pour venir reprendre la place
dès que vous en avez saisi quelques-uns qui sont en prison. Le crime a horreur du vide comme la nature.
Et donc, il y a de nouveau des candidats. Et avec même une forme de rajeunissement. Puisque un bon moyen d'échapper à la justice, c'est encore d'être mineur.
Une lutte sans fin et un maire qui ne se sent pas assez soutenu par l'État.
On a, je crois, poussé au maximum tous les curseurs. Et on se cogne aujourd'hui un peu aux limites aussi de ce que les policiers municipales peuvent faire.
Moi, je déplore qu'un policier municipal ne puisse pas aujourd'hui dresser une amende forfaitaire délectuelle pour consommation de drogue. Ce que tous les autres représentants des forces de l'ordre peuvent faire, un policier municipal ne le peut pas. On ne peut pas non plus faire de contrôle d'identité. On ne peut pas non plus procéder à des actes d'enquête. Aujourd'hui, notre pays a fait le choix du combat. Et je l'accepte complètement. Ce que je regrette, là encore, c'est que dans ce combat, aujourd'hui, on ne se donne pas les moyens de le gagner. Après des années de lutte, ce maire de droite se demande aujourd'hui s'il ne faudrait pas légaliser le cannabis.
Peut-être une façon pour l'État d'avoir un meilleur contrôle sur l'économie de la drogue. Frédéric Ploquin, question de Régis. Pourquoi les points de deal subsistent-ils alors que la livraison de stupéfiants à domicile est devenue une pratique courante ?
On peut considérer que, pour moi, la période du Covid a quelque part donné des ailes aux trafiquants de stupéfiants qui ont essayé de se réinventer. Le marché n'allait pas s'arrêter comme ça, même si c'était difficile de faire venir le produit d'Espagne, de Hollande, parce que les frontières étaient peu passantes et qu'eux, ils jouissent toujours du flux. Ils se mettent dans le flux. Donc, cette période du Covid leur a permis d'inventer d'autres façons d'aller vers le consommateur qui ne pouvait plus venir à eux. Et c'est là qu'on a vu se développer. Mais finalement, c'est aussi ce qui s'est passé pour le marché de l'alimentation dans les grandes villes.
où maintenant, vous n'avez plus cherché la pizza ou autre chose au restant. Elle vient à vous. Mais c'est exactement le même principe. En fait, ils se fondent dans les flux commerciaux ordinaires pour passer inaperçus. Donc, c'est une multiplication des petites mains comme ça qui vont en ville pour apporter le produit à domicile. Et dans les campagnes, c'est formidable parce qu'ils ne risquent pas grand-chose parce qu'ils se promènent en voiture avec des petites quantités de produits. Donc, s'ils se font arrêter, ça n'ira pas très loin. Et ça déculpabilise énormément les gens aussi de ne pas aller dans ces quartiers, dans ces cités.
Mais les points de deal, pour répondre à ce téléspectateur, subsistent quand même dans les endroits où il y en a énormément. C'est-à-dire que si vous allez dans une zone comme le 93, en fait, ce dont ils jouissent, c'est de la saturation et du nombre. C'est-à-dire que si vous avez 40 points de deal dans un secteur assez petit, c'est extrêmement difficile pour la police de tout contrôler, de les ennuyer. La police, elle tourne comme elle peut, elle arrive. Alors, eux, ils ont des sifflets, des machins. Ils se cachent au moment où la police arrive. Et puis après, ils ressortent de leur cave ou de leur voiture. Donc, en fait, ils pratiquent ça comme ça. Ils saturent, en fait, l'espace.
Ils s'approprient l'espace. Ils s'approprient le territoire, d'abord. Ensuite, ils saturent. Et c'est comme ça qu'ils progressent. Et c'est comme ça qu'ils gagnent. C'est-à-dire, en saturant un parquet local en enquête criminelle, ils sont certains que s'il y a 15 enquêtes criminelles au parquet, je ne sais pas où, à Poitiers, ou je ne sais où, à Angoulême, ou à Châteauroux, ils savent très bien qu'il n'y a peut-être qu'une enquête qui va déboucher parce qu'il n'y a pas assez de monde pour les traiter. Donc, ils pratiquent de cette façon-là. Et c'est pareil pour les points de deal qui sont devenus ringards, d'une certaine manière.
Ils sont un peu ringardisés avec la période du Covid, mais qui subsistent quand même dans certains endroits. quand on peut... En fait, à chaque fois qu'ils subsistent, c'est qu'il y a des moyens de locomotion pour y arriver qui sont extrêmement propices. Alors, une nouvelle station de métro, comme on disait tout à l'heure, une autoroute à Marseille, c'est vraiment les sorties d'autoroutes. Les points de deal à Marseille les plus florissants se situent vraiment... C'est très logistique, en fait. C'est là où les clients de l'extérieur de Marseille peuvent arriver, se garer facilement et repartir avec le produit. C'est là où ça arrive le mieux. Oui, en fait, c'est une question de...
Voilà, ils connaissent bien la logistique. La base du trafic de stupéfiants, c'est la science de la logistique, en réalité.
Clotilde Champérasche, on a vu le maire de Charleville-Mézières désemparé face à ces points de deal et ayant beaucoup de mal à les combattre. Et on a entendu dans le reportage, je cite, des points de deal qui vident les quartiers dans lesquels ils s'installent. Oui, parce qu'il y a une dimension de contrôle territorial derrière les stups, il y a aussi, je suis le patron de la cité, il y a un contrôle sur les allées et venues dans certaines cités parce que, justement, les narcotrafiquants veulent savoir qui est là, si c'est la police, si c'est quelqu'un qui peut éventuellement détecter des choses et donner des informations à l'extérieur.
Donc, pour la population qui n'a pas envie d'être contrôlée par ces criminels, la seule solution, c'est effectivement de partir. Alors, le trafic de drogue qui s'accompagne est généralement d'une dégradation de l'habitat là où il s'exerce. Je vous propose de voir ce petit reportage, ça se passe à Echirol, c'est dans la banlieue de Grenoble, où la maire d'Echirol, elle a dû carrément évacuer des immeubles entiers tant ils étaient devenus insalubres du fait des trafiquants. On regarde cet extrait.
Des installations électriques sans aucune protection. Dans l'immeuble, les dealers auraient pris leur quartier et squatteraient les appartements laissés vacants. Comment allez-vous ? La mairie d'Echirol a donc décidé d'évacuer les 80 logements.
Il y a un danger de mort permanent dans ce bâtiment lié aux installations électriques qui ont été dégradées par le deal qui est présent 24h sur 24. Violette Lazare, le deal forcément il est sale, il se dégrade. Il dégrade les boîtes aux lettres qui servent de planques, les caves qui servent de lieu d'échange. Oui, alors je pense qu'on peut quand même parler de deux... Ça peut faire de... Effectivement cette réalité existe. Le deal dégrade, rend le quotidien des habitants de ces quartiers complètement... Enfin ça devient invivable. Je veux dire, on a des mecs en cagoule qui sont devant les entrées, qui contrôlent, qui peut rentrer, qui ne peut pas rentrer.
Vous êtes contrôlée pour aller chez vous ? Oui, vous êtes contrôlée pour aller chez vous. Alors bon... À la fin on vous reconnaît. Voilà, au bout d'un moment où... C'est les invités, donc on n'invite plus personne. Donc les invités, il faut les signaler. Les caves sont généralement squattées aussi, c'est-à-dire qu'on va prendre ta cave parce qu'on en a besoin. Il y a des descentes de police régulièrement. Bon, enfin c'est invivable. Après il y a un autre paramètre qui est peu observé en France pour l'instant, mais qui par exemple existent beaucoup en Amérique du Sud, les cartels, etc. C'est-à-dire qu'il y a des groupes de narcotrafiquants qui au contraire vont prendre soin de leur quartier.
Et là c'est quand on passe quand même un peu dans une autre dimension. C'est quand on est dans une... Effectivement on peut parler de dérive mafieuse, de volonté de contrôler un territoire. Si on veut contrôler un territoire, il faut avoir les habitants avec soi. Pour avoir les habitants avec soi, il faut leur donner quelque chose. Donc soit on leur apporte de l'aide alimentaire, comme on est dans des quartiers quand même qui sont très défavorisés, où on leur apporte des loisirs. Alors il y a des quartiers, je crois que c'était au Mexique, où il y a des piscines qui sont construites parce que l'été il fait très chaud et il faut que les habitants puissent se baigner, etc.
Et alors ça ne se voit pas encore véritablement en France, ou alors on est passé à côté. Mais c'est vrai que Marseille par exemple, quand on voit la vidéo dont on a parlé en début d'émission de la DZ Mafia, qui dit, c'est pas nous, on n'est pas responsable de la mort d'un chauffeur de VTC exécuté d'une balle dans la nuque, c'est pas nous qui avons payé ce tueur à gage de 14 ans pour exécuter cet homme. Parce qu'il y a eu une émotion énorme, ça a déclenché une émotion énorme à Marseille.
Et bien dans cette vidéo, alors qu'ils sont responsables d'un nombre de meurtres les plus atroces les uns que les autres, enfin je veux dire, ils ne sont pas responsables de celui-là peut-être, mais ils sont responsables de tous les autres, la DZ Mafia. Donc bon, c'est quand même un petit peu ironique de venir se dédouaner de ce meurtre. Mais on peut peut-être, à travers cette non-revendication, voir une volonté de continuer à être soutenu par la population, à être soutenu dans les quartiers. Donc ils prennent soin de leur quartier. Donc là-dedans, c'est pour ça aussi que cette vidéo a été vue, et je pense à juste titre, comme le symbole d'une bascule un petit peu terrorisante.
C'est, ok, donc ils veulent prendre soin de leur territoire, ils veulent dominer un territoire, et là on ne parle plus de la même chose. On ne parle plus de criminels, de grands criminels, on parle d'autre chose. C'est compliqué d'ailleurs d'aller faire des reportages dans ces quartiers où les trafiquants tiennent les murs. La population, en fait, on voit non seulement, c'est très humiliant, on ne peut inviter personne, mais on a peur, en fait, et on n'ose pas d'ailleurs témoigner à visage découvert. Ça a évolué. Moi, je faisais des reportages il y a une dizaine d'années dans ces cités, j'en ai fait beaucoup, je pouvais parler même avec des dealers, etc.
Donc il y avait évidemment une peur des habitants qui hésitaient à nous parler, surtout que nous, nous avions des caméras, donc en tant que télévision, mais on y arrivait. On arrivait à travailler, à faire tant du côté des policiers que du côté des trafiquants. Aujourd'hui, encore récemment, des équipes de France Télévisions, donc sont parties, notamment à Saint-Ouen, ou à Marseille, dans des secteurs où moi j'allais il y a 10 ans, on n'y va plus, ça c'est sûr. C'est complètement, je dirais depuis le Covid. Il y a eu vraiment un basculement. Ces cités se sont encore plus enfermées. C'est un moment qui est aussi concomitant avec une baisse du nombre d'effectifs de policiers.
Donc il y a eu vraiment une prise en main par les trafiquants. Et puis, j'allais dire à mon époque, il y a une dizaine d'années, il y avait encore, j'allais dire, des gros bonnets, des gens qui tenaient les quartiers. On pouvait récupérer une espèce d'autorisation qui disait, bon, ok, l'équipe de France 2, on les laisse tranquilles, ils vont travailler. Et puis, ça se passait. Mais aujourd'hui, moi, journaliste, si je devais retourner sur le terrain, etc., je crois que je ne saurais même pas à qui m'adresser tant qu'il y a des PME, comme vous le disiez, des PME de la drogue. Et puis aussi parce que le tissu social, et je le répète toujours, le tissu social disparaît de plus en plus.
Avant, on avait des interlocuteurs lorsqu'on voulait aller aussi faire des reportages. C'était les éducateurs. Il y avait des grands frères du quartier. Mais ces grands frères du quartier, on les trouve de moins en moins. On en a un peu vu lorsqu'il y a eu les émeutes en juillet 2023. Mais c'est de plus en plus rare. On voit bien que ces quartiers sont de plus en plus paupérisés, de plus en plus en difficulté, qu'il y a une jeunesse de plus en plus violente, qui est récupérée par ces trafiquants. Mais en fait, ces jeunes sont violents. Ce n'est pas les trafiquants qui les rendent violents. C'est-à-dire que vraiment, par rapport à l'époque où moi je tournais, il y a vraiment une dérive.
Et je le redis, je suis désolée, mais une désertion des services publics, une désertion des associations pour X raisons de ces quartiers-là. Et voilà ce que ça produit. Alors en France, le débat se concentre beaucoup sur le volet répressif. Mais ailleurs dans le monde, la question de la dépénalisation, voire de la légalisation du cannabis, gagne du terrain. Avec des résultats souvent en demi-teinte, comme vous allez le voir dans ce sujet de Juliette Perrault et Christophe Roquet.
Dans ce coffee shop de Breda aux Pays-Bas, affluence inhabituelle des consommateurs de cannabis. Beaucoup de gens ont entendu parler de l'expérimentation aux informations. Donc beaucoup de gens ont décidé de venir immédiatement pour essayer l'herbe que nous avons. Des clients venus acheter du cannabis made in Pays-Bas. Jusqu'ici, la consommation était dépénalisée, la production illégale. Le pays réalise une expérimentation dans deux villes sur plusieurs années pour la décriminaliser. Tout le monde est heureux que nous puissions dire adieu à cette politique qui était hypocrite et illogique.
Car si vous pouvez acheter et vendre du cannabis, mais qu'il est illégal de le produire, ce qui est sûr, c'est que les marchés illégaux se développent instantanément. Alors les marchés illégaux sont dominés par des organisations criminelles et cela doit cesser. Parmi ces organisations criminelles, la mochromafia, réputée pour sa mainmise sur le trafic de cocaïne en Europe, via les ports d'Anvers et de Rotterdam. Un cartel de la drogue connu pour ses règlements de comptes sanglants, avec à sa tête un homme, Ridwan Taghi, arrêté en 2019, aujourd'hui condamné à la prison à perpétuité. Six années de procès et une affaire surnommée l'affaire Marengo, qui a marqué le pays par sa violence.
L'avocat du témoin à charge et ce journaliste d'investigation ont été assassinés par la mafia. L'affaire Marengo et les violences qui ont été commises par la suite ont provoqué un très grand choc. Cela a vraiment montré les graves conséquences du commerce de la drogue aux Pays-Bas. Une criminalité alimentée par le trafic de drogue, à laquelle un autre pays s'est attaqué, le Canada. Jusqu'en 2018, la vente de cannabis représentait 6 milliards de dollars de profit pour le crime organisé. Trois ans après son entrée en fonction, le Premier ministre Justin Trudeau annonce une grande réforme sur la légalisation du marché, une question de santé publique aussi, selon lui.
Le système actuel ne fonctionne pas pour empêcher nos jeunes d'avoir accès facile au cannabis. Dans beaucoup de pays, certainement au Canada, c'est presque plus facile pour un jeune d'acheter un joint que d'acheter une bière. Et ça, ça n'a aucune logique. Une légalisation qui concerne tous les aspects. Production, distribution, vente, importation, exportation et possession. Résultat, le marché est mieux contrôlé. L'âge limite est fixé, selon les provinces, entre 18 et 21 ans. Dans les points de vente, les teneurs en THC sont affichés sur les produits. Les consommateurs sont satisfaits.
Ça aurait dû se faire il y a bien longtemps. Des gens ici m'ont dit qu'ils avaient produit de l'herbe pendant 30 ans juste pour avoir leur marijuana thérapeutique. Maintenant, le fait qu'il y ait un magasin, que n'importe qui ayant l'âge requis
puisse y aller, c'est génial. Conséquence de cette nouvelle politique, des usines, soumises à des règles strictes, ont ouvert un peu partout dans le pays. Un business plutôt lucratif.
Aujourd'hui, la valeur des produits dans cette pièce est d'environ 6 millions de dollars canadiens. Ces dernières semaines, on a livré toutes les provinces, donc on a beaucoup moins de stocks aujourd'hui qu'il y a 3 ou 4 semaines.
Une activité imposée lourdement par les pouvoirs publics et qui rapporte gros à l'État. 15 milliards de dollars de recettes fiscales en 4 ans. Aujourd'hui, le commerce légal du cannabis au Canada génère plus d'argent que le marché illicite en régression.
– Alors, question au téléspectateur Clotilde Champérage, c'est Catherine. Légaliser la drogue ne coûterait-il pas moins cher au gouvernement ? – Pas forcément, puisqu'il y a quand même des enjeux de santé publique massifs derrière. Donc légaliser, déjà, ça ne supprimerait pas les trafics. L'exemple plus évident sur notre territoire, c'est le tabac, qui est légalisé, mais qui n'est pas libéralisé. Donc il y a un encadrement de la vente. On a une contrabande de tabac dont on ne parle jamais, mais qui est massive en France, qui est en croissance, avec déjà des règlements de comptes qui se font de plus en plus. Donc c'est aussi une problématique montante. Donc on ne supprime pas le trafic.
Et puis on est sur des réseaux criminels qui sont multidrogues. Donc même supprimer le cannabis, à la limite, ils étendront le marché de la cocaïne ou des nouveaux produits de synthèse. Donc ça ne résout pas le problème. Et encore une fois, ces substances, la cocaïne au départ était légale. C'était un produit légal, pharmaceutique. Et c'est parce qu'on en a vu les dégâts qu'on a décidé de l'interdire. Donc il ne faut pas oublier les raisons pourquoi on a prohibé et qu'il y a un impact sur la santé des personnes. Un impact aussi, par exemple, on a eu des cas flagrants récemment, sur la conduite sous stupéfiants. Ça n'est pas rien.
Ça cause des accidents avec des victimes qui n'ont rien demandé, qui n'ont pas consommé. Les cas de schizophrénie, quand on consomme à l'adolescence, c'est une réalité. Il y a un impact sur le cerveau, sur les neurones. Il y a cette problématique de l'addiction. Il y a aussi des gens qui sont tellement addicts que pour consommer, ils vont voler, ils vont se prostituer. Donc il y a tout un ensemble de choses dont il faut véritablement tenir compte pour pouvoir faire ce soi-disant calcul coût-bénéfice qui, moi, me pose problème en plus. Parce qu'au-delà du coût-bénéfice monétaire, il y a aussi des enjeux éthiques, il y a des enjeux de société.
Il y a des règles qui nous permettent de vivre ensemble. Et il faut aussi apprendre à les respecter. Il faudrait que, Ploquin, les pays qui ont légalisé le cannabis aujourd'hui, est-ce qu'on peut faire un bilan ou qui ont légalisé les drogues ?
Moi, je crois que le pays le plus intéressant qui va être le plus intéressant à suivre pour nous, c'est l'Allemagne. Parce que c'est proche, parce que c'est un peu le même contexte, etc. Ils ont adopté, ils ont voté le texte. Et ils sont en train de se prendre la tête pour la mise en pratique de la chose. Et ils ont un mal fou. Donc, moi, je trouve que ça va être très intéressant pour nous de suivre s'ils y arrivent, s'ils n'y arrivent pas, comment ils contrôlent ces magasins. Parce qu'il y a plein de possibilités. Mais je ne crois pas... Vous parliez d'argent. Moi, il y a un vieux vouillot qui me disait « Mais qu'il légalise, ça va boucher le trou de la sécu. » Ok, d'accord.
Mais une fois qu'on a dit ça, d'abord, est-ce qu'en France, on est capable aujourd'hui, est-ce qu'on a une Assemblée nationale qui serait capable d'aborder le débat de manière tranquille, sereine et professionnelle ? Je ne le crois pas. Je pense que le débat aujourd'hui, ce débat-là en France, malheureusement, on y met beaucoup trop d'idéologies pour en parler convenablement. Maintenant, il y a quelque chose qui me rassure, c'est cette fameuse commission sénatoriale qui montre que la classe politique est en train de prendre...
C'est la première fois que moi, je vois des hommes politiques prendre conscience de ce qu'est le crime organisé, de ce qu'ils représentent, de ce qu'ils pèsent, de la manière...
Est-ce que si on légalise, on fait tomber ce crime... Non, mais donc la classe politique française
est en train de faire un progrès colossal grâce aux magistrales d'ailleurs marseillais qui ont parlé, qui ont brisé leur propre omerta et qui s'en fait taper sur les doigts par le ministre de la Justice parce qu'ils l'ont fait. Mais je trouve qu'on a brisé le silence que ce que des policiers nous disaient depuis 20 ans maintenant, c'est en douce et qui n'étaient pas entendus. On les a renvoyés dans... On les a renvoyés dans leur... Alors, tout d'un coup, c'est sur la place publique. Donc, ce débat, peut-être, pourrait avoir lieu et auquel cas, on va mesurer les effets. Moi, ce que je pense, c'est que, comme le disait... C'était dit un peu dans le reportage, c'est que...
Et comme le disait Clotilde Champérage sur le tabac, si l'État prend en main la distribution ou la vente du cannabis, par exemple, moi, je vois deux écueils. Le premier, c'est que l'État ne pourra pas assumer la vente de cannabis aux mineurs hors que le cannabis, on sait qu'on le consomme très très jeune. On commence à le consommer très jeune. Donc, ça, c'est le premier écueil. Et le deuxième écueil, c'est qu'il y a quand même chez les consommateurs de cannabis la volonté, en général, d'acheter un bon produit qui fait de l'effet. Et que, forcément, les médecins, la santé publique va conseiller à l'État de vendre un cannabis qui ne va pas être trop fort.
Et donc, à partir de là, déjà, vous voyez les écueils. C'est-à-dire que vous aurez de la vente clandestine sur les mineurs, de la vente à moindre coût à plus bas prix parce qu'ils casseront les prix de l'État par les organisations mafieuses et de la vente d'un produit de meilleur marché. Donc, on peut essayer. Mais, et encore une fois, attendons l'exemple allemand. Allez, tout de suite, on revient à vos questions.
Alors, Jacqueline, dans les Pyrénées-Atlantiques, les trafiquants de drogue s'emprènent-ils aux familles des fonctionnaires qui les combattent ? C'est le risque. C'est le risque toujours, oui, puisqu'effectivement, on le voit bien dans les affaires. Alors, on l'a vu en début dans votre reportage sur le port, effectivement, on voit bien qu'il y a une pression sur les personnes et une pression sur ce qu'ils ont de plus précieux, c'est-à-dire leur famille, évidemment. Donc, on n'a pas d'exemple en France de fonctionnaires dont la famille aurait été attaquée. C'est l'intimidation. C'est l'intimidation. C'est l'intimidation. Mais un coup de fille en disant, tiens, j'ai vu ta fille.
Voilà, mais qu'il y aurait eu une agression comme dans les films, vous voyez, avec agression de la famille, enlèvement, etc. Pour l'instant, à ma connaissance...
Les terroristes l'ont fait. Les trafiquants du stupéfiant pourront le faire.
Voilà. Je ne dis pas que ça n'est pas faisable. Non, mais les terroristes l'ont fait.
Ils ont attaqué chez eux, les policiers français.
Il y a plus une volonté de corruption et puis, en fait, ils corrompent les fonctionnaires, que ce soit policiers, douaniers, dockers. Et puis, une fois que la personne a mis le doigt dans l'engrenage et qu'il veut s'en sortir, là vient l'intimidation. Parce qu'en fait, la personne ne se rend pas compte qu'une fois qu'elle va avoir filé un coup de main, rendu un servite, touché une enveloppe, ensuite, ça ne s'arrêtera plus jamais. Mais l'inverse, en tout cas, moi, je ne connais pas d'enquête où on a vu les trafiquants s'en prendre directement à l'entourage d'un fonctionnaire. Frédéric Ploquin, Sébastien dans le Calvados.
L'opération Place Net a-t-elle dérangé, même un temps soit peu, la DZ Mafia ? On a tous appris à connaître le nom de cette DZ Mafia qui règne donc sur le trafic depuis Marseille.
Ça les a un peu énervés, mais pas longtemps. C'est-à-dire qu'en gros, ceux que ça a le plus perturbé, ce sont ceux qui, ne touchaient pas leurs 100 euros quotidien le jour où il y avait l'opération de Place Net. Donc, ils perdaient 100 euros la veille, 100 euros le jour même, 100 euros le lendemain, puis après, ça revenait naturellement. Ceux-là se sont un peu énervés. C'est quoi cette DZ Mafia ? Donc, c'est la tête de coup ? Pour finir, ce que je trouvais intéressant dans l'opération Place Net, c'était le mot, c'était la communication que ça représentait et qu'effectivement, on parlait tout à l'heure des dégâts sociaux, collatéraux que ça amenait dans les quartiers.
Place Net, ça veut dire on va lutter contre toute la journée. En fait, le bruit, vous ne vous rendez pas compte. Aller dans un quartier un jour où ça dit, le vacarme, quand les policiers arrivent, les cris permanents, les coups de sifflet, c'est ça qui use les personnes, les familles qui vivent dans ces quartiers. Donc, ce mot a eu le mérite en gros de mettre le point là-dessus. Il faut faire un peu le ménage, en gros. Mais ça ne les a pas dérangés plus que ça, non.
Alain, est-il judicieux de dévoiler au grand jour le plan de lutte contre le narcotrafic ? Est-ce qu'il y a un peu de communication, Audrey Goutard ? On a entendu vendredi. Il y a énormément de communication et la volonté de montrer les muscles. C'est ce qu'on dit. Mais c'est ce que faisait Nicolas Sarkozy en disant je vais passer au Karcher. C'est ce que disait Manuel Valls en disant en employant des mots guerriers. Et puis après, on a eu Gérald Darmanin. Et là, effectivement, c'est autour de ces deux ministres sans le ministre de la Santé, c'est bien dommage, qui se présentent et qui annoncent des plans mais pour le moment, ils ne sont pas financés.
C'est ce qui est terrible dans ces histoires-là. C'est-à-dire que vous avez beaucoup d'annonces et puis finalement, les gens ne voient pas des résultats immédiats. Effectivement, l'avantage de l'opération PlaceNet, c'est qu'on voyait tout de suite des policiers qui intervenaient, etc. Même si le lendemain, les dealers étaient de nouveau sur place. Et ça a coûté quelques problèmes à un journal marseillais qui avait osé le dénoncer. Mais donc, au résultat, c'est vrai que là, pour le moment, tout ce qui a été annoncé n'est pas financé et puis de toute façon, il faudra attendre une loi début janvier prochain pour que ça prenne forme vraiment.
Donc voilà, pour le moment, c'est de la communication, pourquoi pas ? Donc Bruno Retailleau prend le risque de décevoir.
Là où il a été honnête, c'est le premier ministre de l'Intérieur qu'on entend qui dit ça ne va pas se résoudre tout de suite, ce n'est pas moi qui vais résoudre la question. C'est la première fois que j'entends ça. D'habitude, c'est moi, la semaine prochaine, c'est terminé. Là, il a au moins été honnête sur ce poids-là. Merci beaucoup
de nous avoir éclairés sur ce fléau de ce trafic. Vous restez avec nous tout de suite. C'est à vous avec Anne-Élisabeth Lemoyne. Bonsoir,
à haut risque jeudi au Stade de France. Les forces de l'ordre mobilisées pour éviter les scènes de violence qui ont choqué la semaine dernière à Amsterdam. Au programme également les cérémonies du 11 novembre en France mais aussi en Angleterre avec le retour officiel de Kate Middleton aux côtés de la famille royale. Enfin, un témoignage ce soir se dit d'une anthropologue franco-iranienne condamnée à 5 ans de prison en Iran. Elle a été libérée et de retour en France il y a tout juste un an.
Voilà, témoignage à suivre dans C'est à vous. Bonne soirée sur France 5 demain en Caroline Roux pour C'est dans l'air.