Drones russes : et maintenant la France ? - C dans l’air - 15.11.2025
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
... - A.Casse: Bonsoir à tous.
Bienvenue dans "C dans l'air". C'est une guerre qu'on oublie, et elle se rapproche de nous, autour de la France, qui a été survolée par des drones. Plusieurs sites militaires ont été visés.
Une usine qui produit de la poudre a été survolée également. Difficile de ne pas y voir la main de la Russie. Des drones qui deviennent des snipers en Ukraine.
La chute attendue de Pokrovsk, cette ville du Donbass, annonce-t-elle la victoire russe? Les drones russes sont-ils en train de devenir l'alpha et l'oméga de la guerre? Drones russes: et maintenant, la France?
C'est le thème de notre émission. Bonsoir, M.Burgot.
Vous êtes grand reporter à France Télévisions. Vous avez été maintes fois en Ukraine. Vous avez écrit "Loin de chez moi" aux éditions Fayard.
M.Jégo, bonsoir. Vous êtes journaliste au "Monde".
Vous avez été correspondante à Moscou pendant 10 ans. A.Bellanger, bonsoir.
Vous êtes journaliste, éditorialiste spécialiste des questions internationales. On va regarder les villes françaises qui ont été survolées ces derniers temps par des drones. On trouve une base militaire, un site qui produit de la poudre à Bergerac, un convoi à Mulhouse, des dépôts de munitions à Brière.
Est-ce que ça peut être le fait du hasard? - Col M.Goya: Probablement non.
Même s'il y a d'autres survols de drones dont on ne parle pas. Ce n'est pas le fruit du hasard. Nous avons la carte de la France, mais il y a d'autres pays européens qui sont touchés. - A.Casse: Ca nous interpelle, parce que c'est récent.
On voit que ces attaques se multiplient. Enfin, ces survols. - Col M.Goya: Pour l'instant, il n'y a aucune agression.
C'est quelque chose que nous aurions pu anticiper. Pour l'instant, nous avons des survols de petits drones, des drones FPV, qui sont pilotés à distance. Pour l'instant, c'est très difficile de savoir d'où ils viennent. - A.Casse: Pas forcément de la Russie? - Col M.Goya: Sans doute.
Mais ça peut aussi être des petits malins qui font de la provocation. - A.Casse: Vous disiez qu'il y avait eu d'autres pays.
A chaque fois, ce sont des pays qui soutiennent l'Ukraine. On voit le point commun. - Col M.Goya: Peut-être.
Il y a assez peu la Hongrie ou la Slovaquie. Mais il y a forcément un lien. Ce sont des sites sensibles.
Est-ce qu'il s'agit d'espionnage? Est-ce qu'il s'agit de tester les défenses de drones? Est-ce qu'il s'agit d'intimider?
On ne sait pas très bien. Tant qu'on n'ira pas attraper véritablement des opérateurs, tant qu'on n'aura pas remonté la filière, on ne saura pas. - A.Casse: Si jamais un drone nous attaquait demain, est-ce qu'on est prêts? - Col M.Goya: Il y a plusieurs types de drones.
Il y a tous ces petits drones qui survolent nos sites. Ils sont assez difficiles à appréhender. Au radar, c'est tout petit.
Ca ressemble à un oiseau. Donc c'est difficile à voir, à repérer. Pour ça, il faut des moyens spécifiques.
Il faut des capteurs acoustiques, des radars millimétriques, des infrarouges. - A.Casse: On parlait de sites sensibles.
Il n'y a pas de brouilleurs? - Col M.Goya: Pendant les JO, on peut faire des bulles antidrones, maintenant.
Cela va permettre de repérer, de brouiller et d'intercepter, s'il le faut, avec certains moyens. Mais on manque de moyens pour tout protéger en même temps. - A.Casse: Si c'est bien la Russie qui est derrière, est-ce que notre réponse serait à la hauteur? - A.Bellanger: Ca survole les aéroports, des usines d'armement.
Ca survole à peu près partout dans l'Europe des zones sensibles. Il y a 4 zones qui sont clairement liées à l'industrie de l'armement, à l'armée française ou à des noeuds ferroviaires. Ca intéresse particulièrement les Russes, qui attaquent tout particulièrement les noeuds ferroviaires ukrainiens.
C'est une forme d'avertissement. On comprend pourquoi nous sommes totalement désarmés. L'UE est un peu un club de commerçants.
La libre circulation des biens et des services que nous prônons va mal avec la façon dont les Russes, leurs agences ont perturbé ce qui devait être ouvert à l'ensemble de nos économies. Cette espèce de contradiction, les Russes en tirent avantage pour perturber notre espace aérien et nos vies communes. - A.Casse: Question. - Col M.Goya: Je l'évoquais un peu tout à l'heure.
Un petit drone, ça ressemble à un oiseau. Vous commencez à avoir des drones qui vont commencer à imiter le vol des oiseaux. On ne peut pas repérer tous les oiseaux de France.
Ca devient compliqué. C'est tout petit, ça vole très bas, c'est relativement lent. C'est plus difficile à repérer qu'un objet qui va très vite.
On peut le faire à vue. Il faut des gens qui surveillent le ciel en permanence. On développe des moyens techniques, notamment des radars qui regroupent un peu tout ce que j'évoquais tout à l'heure.
On progresse. - A.Casse: Ce sera prêt quand? - Col M.Goya: C'est déjà prêt, mais il manque un peu de quantité. - A.Bellanger: Les Ukrainiens ont annoncé qu'ils étaient très avancés sur les drones.
Ils mettent en production massive des intercepteurs de drones qu'ils appellent des OctoPulse. Peut-être que la solution est du côté de l'Ukraine. - A.Casse: On va aller en Ukraine dans un instant.
Cela fait des semaines qu'on dit que la ville de Pokrovsk va tomber. On va regarder une vidéo filmée par un soldat russe qui montre la colonne russe qui avance. Les Russes essayent d'infiltrer la ville.
On va voir comment ils se servent du brouillard. Maryse, vous y êtes allée en janvier dernier. Quelles sont les dernières informations qui vous viennent de cette ville? - M.Burgot: Les choses ont beaucoup évolué, notamment grâce à cette nouvelle méthode utilisée par les Russes.
Ils ne rentrent plus avec des blindés. Mais à la faveur du brouillard et du très mauvais temps qu'il y a eu ces derniers jours, ils rentrent en moto ou à vélo. Ils prennent à revers les forces ukrainiennes qui sont encore à Pokrovsk, mais qui ont beaucoup de mal.
C'est une situation très difficile, au point que V.Zelensky a quand même dit aujourd'hui à un journal américain: "Je ne demanderai pas à mes soldats de se battre à Pokrovsk pour des ruines." Ils ont intégré l'idée que Pokrovsk comme Myrnohrad sont perdues, sont tenues en tenaille.
C'est la première fois dans l'histoire que deux villes assiégées ne tiennent que grâce aux drones aériens et terrestres. Ce sont les drones terrestres ou aériens qui larguent des munitions, de l'eau. C'est une ville qui va tomber. - A.Casse: Est-ce qu'on est en train de vivre un point de bascule dans cette guerre? - M.Jégo: Oui et non.
Pokrovsk, ça fait 4 mois que les Russes s'acharnent dessus. Elle n'est plus pour les Ukrainiens le globe logistique qu'elle était. Les voies de communication ont été coupées.
Les troupes ukrainiennes sont approvisionnées par drones. Poutine va présenter ça comme la prise de Berlin. Il n'a rien à offrir à sa population en termes de gains.
Nous sommes dans la 4e année de guerre. Il n'y a rien d'autre à faire que d'essayer de monter en puissance. Pokrovsk n'est pas encore prise.
A 40 %, elle serait aux mains des Russes. Mais les Ukrainiens tiennent le coup. C'est vrai qu'elle va tomber.
Mais comment les Ukrainiens vont décider d'en sortir de façon ordonnée ou désordonnée pour faire le moins de dégâts possible? - M.Burgot: Il ne peut pas y avoir énormément de pertes comme il y en a eu dans cette ville. - A.Casse: Dans la guerre en Ukraine, les drones jouent un rôle capital.
Ils seraient responsables de 3/4 des pertes humaines. V.Zelensky promet un accord historique.
Qu'est-ce que ça veut dire? - Kiev à nouveau frappée au coeur dans la nuit de jeudi à vendredi. 6 morts et des dizaines de blessés dans une attaque massive menée par l'armée russe, qui a tiré en une seule fois plus de 400 drones et 19 missiles, saturant les défenses aériennes ukrainiennes.
Touchés notamment, un hôpital et des immeubles d'habitation. - Mes cheveux ont pris feu. J'ai commencé à les éteindre.
Puis j'ai allumé ma lampe torche. J'ai attrapé mon chien et le temps que je me retourne, le mur avait disparu. Les portes ont été soufflées.
Il y a eu des flammes partout. Les voisins criaient. - Cette nuit encore, la capitale ukrainienne a subi des coupures de courant, comme quasiment tout le pays, le fruit des nombreuses frappes russes sur les réseaux électriques et gaziers, à l'approche de l'hiver.
Sur le front, les difficultés s'accumulent dans le Donbass. La ville de Pokrovsk menace comme d'autres villes de tomber après un an de combats acharnés. V.Poutine le promet déjà depuis plusieurs semaines. - A Koupiansk et à Pokrovsk, l'ennemi est encerclé. - La nouvelle stratégie russe se révèle très efficace via l'infiltration par petits groupes qui progressent grâce au brouillard. - Ils ont massé de nombreux groupes d'assaut et ils arrivent à infiltrer l'opposition parce que nous manquons de soldats.
Quand il y a des combats, on repousse une unité d'un bâtiment. Mais une autre unité arrive à s'installer dans une autre maison et à rassembler des troupes. - Si elle tombait, Pokrovsk serait la plus grande ville conquise par l'armée russe.
L'armée ukrainienne n'abdique pas pour autant. Elle frappait hier un important dépôt de pétrole dans le sud de la Russie. Kiev continue d'appeler ses alliés à renforcer leurs sanctions économiques prises par D.Trump contre les géants pétroliers russes. - Cela entraîne une perte de 50 000 dollars pour la Russie l'an prochain.
Et nous espérons que les principaux pays s'efforceront de réduire au maximum leurs importations de produits russes. - A la télévision britannique, hier soir, D.Trump reconnaissait une forme d'impuissance. - J'ai déjà réglé 8 guerres.
Mais il m'en reste une. J'ai pensé que j'avais une très bonne relation avec le président Poutine. Je pensais que ce serait plus facile, mais on va y arriver.
On met beaucoup de pression sur les Russes. - Les Européens, pendant ce temps, s'inquiètent de voir la menace aérienne se rapprocher, avec maintenant la France. A Mulhouse, mardi soir, une colonne de chars Leclerc de retour d'exercice a été survolée par un drone suspect.
Rien que cette semaine, 2 autres sites militaires ont été survolés. Les dépôts de munitions de Brienne et de Mertzwiller dans le Bas-Rhin, après l'usine de poudre de Bergerac, lundi. A chaque fois, drones et pilotes restent introuvables. - C'est un drone du commerce, classique, de volume raisonnable.
Mais il faut aller plus loin. L'enquête est en cours. - Rien ne permet d'accuser la Russie, soupçonnée après les survols d'aéroports en Belgique, au Danemark ou en Allemagne.
Mais le sujet était bien hier au menu d'une réunion entre ministres européens de la Défense. - Notre réponse ne peut pas être dans les mots. Elle doit être dans les faits, dans les actes. - La lutte antidrones sera l'un des sujets principaux de la 9e visite lundi à Paris de V.Zelensky. - A.Casse: Question. - A.Bellanger: Ca fait tellement de semaines maintenant que V.Zelensky prépare sa population et l'Europe à la chute de Pokrovsk et de Koupiansk.
On oublie toujours Koupiansk, mais c'est une ville importante. Elle est très déportée au nord. Ce sont 2 villes plus que symboliques qui risquent de tomber dans les jours ou les semaines qui viennent.
J'émets l'hypothèse qu'il vient faire un tour diplomatique pour faire diversion, pour recueillir au moins un peu de grandeur... - A.Casse: Il n'a jamais employé cette expression avant.
Il nous prépare quelque chose, forcément. - A.Bellanger: La France est tout de même à la tête de cette coalition des volontaires, qui s'est engagée à soutenir l'Ukraine, notamment après la signature d'un cessez-le-feu ou d'un accord de paix, et à fournir des troupes.
Peut-être qu'il y a de cela dans cette rencontre à Paris. Par ailleurs, il va se rendre à Madrid. C'est étonnant, car a priori, il n'y a pas grand-chose à obtenir des Espagnols.
Ils ne veulent pas dépenser beaucoup plus de leur PIB en aides à l'Ukraine ou à l'Otan. Il y a aussi quelque chose d'un peu ronflant, peut-être pour faire diversion par rapport à un moment très difficile qu'ils vivent sur le front et à l'extérieur du front. Je rappelle que les Russes ont réussi en quelques semaines à mettre hors de service quelque chose comme 60 % des capacités de production de gaz ukrainien, juste avant l'hiver.
Ca signifie que l'Ukraine a des difficultés sur le front et des difficultés intérieures. C'est ce que cherche Poutine. - A.Casse: Vous êtes tous d'accord là-dessus?
C'est de nouveau pour demander de l'aide et essayer de tourner une page? - M.Jégo: Oui, je pense.
Les Ukrainiens sont en grande difficulté. A Pokrovsk, les Russes ont mis leur unité de drones, qu'ils ont créée en août 2024. C'est quelque chose de très pointu grâce auquel ils arrivent à frapper derrière les lignes ukrainiennes et à déstabiliser les opérateurs de drones ukrainiens, les centres logistiques...
Sur le terrain, les reportages le disent: depuis que ce Rubicon, cette unité de drones russes, est active, c'est terrible. Plus que jamais, l'Ukraine a besoin d'aide, de soutien pour le développement de son industrie de drones, qui est très bonne aussi, mais vous voyez comme ça va vite. On peut rajouter que les Russes, dans leur fabrication ou amélioration de drones dont ils se servent énormément sur le champ de bataille, sont aidés par les Chinois, qui leur donnent des puces électroniques très pointues auxquelles les Ukrainiens n'ont pas toujours accès. - A.Casse: Pour essayer de comprendre, on va regarder de quoi il a besoin.
Cette guerre des drones, on ne se la représente pas assez. Je lisais le reportage du "Figaro Magazine". Il dit: "Dans l'obscurité, avec une vision thermique, c'est comme être un arbre de Noël dans le noir." Ca explique pourquoi les avancées se font entre chien et loup le soir. - M.Burgot: C'est ce qu'ils appellent "l'heure grise".
Ces drones ont totalement changé le paysage que nous avons sous les yeux. Quand on va là-bas, il y a 4 ans, on ne voyait pas ces blindés encagés. Tous les blindés sont encagés...
Vous avez cette apparition de brouilleurs sur tous les véhicules. Ce n'est plus possible de rouler sur ces routes, notamment celles qui mènent à Pokrovsk, sans être dans un véhicule de l'armée avec des brouilleurs ultra efficaces qui, avec les nouveaux drones à fibre optique...
Ce sont des lignes... - A.Casse: Sur des dizaines de kilomètres? - M.Burgot: Sur 15 ou 25 km.
C'est insensible au brouillage. Vous ne pouvez pas les éviter. Ca a totalement changé le paysage, le ciel et la terre.
Quand vous roulez, c'est impressionnant de voir tous ces filets sur des kilomètres et des kilomètres...
La dernière fois que je suis allée dans cette région, en mai, il n'y avait pas tout ce tissu au-dessus de vous. Dans les champs, maintenant, vous vous emmêlez les pieds dans la fibre de ces drones à fibre optique. Ca jonche le sol.
Tout a changé. C'est devenu la domination absolue du drone. - A.Casse: Il y a la zone qui part du front et qui va jusqu'à l'endroit où les drones peuvent aller au plus loin.
Est-ce qu'on est en train d'assister à une guerre sans soldats? - Col M.Goya: Non.
Il faudra toujours des soldats. C'est l'objet de mon livre. A la fin, ce ne sont pas des drones à la place des fantassins, mais des fantassins avec des drones et contre des drones. - A.Casse: On parlera tout à l'heure de l'IA, qui est peut-être en train de supprimer le soldat... - Col M.Goya: Non, arrêtez.
Il faut toujours des gens pour planter les drapeaux et les tenir. La bataille de Pokrovsk est menée par des fantassins. Tout à l'heure, on a vu qu'il y a beaucoup plus de fantassins, des soldats de combat rapproché, maintenant, qu'en 2022.
La colonne que l'on voyait circuler dans le brouilleur fait penser à "Mad Max" ou à des colonnes de djihadistes. - A.Casse: Ca vous fait penser à "Mad Max", ça? - Col M.Goya: Bien sûr.
Il faut des hommes pour prendre le terrain, le contrôler ou le défendre. Vous avez la ligne de contact, entre les 2 adversaires, et de part et d'autre, vous avez au moins 10 km de drones dans le ciel. 10 km, comment vous faites alors que vous avez des snipers dans le ciel partout? - A.Casse: Des snipers qui évoluent à quel point?
On parle Même de drones mères, de drones mamans qui ont plusieurs drones en leur sein. - Col M.Goya: Il y a une énorme diversification des drones.
Vous avez des Baba Yaga qui portent des petits drones, ce qui permet d'aller un peu plus loin. Ils portent des drones qui, eux-mêmes, sont plus petits. D'autres ont des munitions destinées à taper.
Vous avez des drones relais radio. On les met dans le ciel. Ca permet de communiquer plus loin.
Les Ukrainiens en ont fabriqué 4 millions. Ce ne sont plus des équipements, mais des munitions, tellement c'est consommable et tellement ça évolue. - A.Casse: J'insiste sur l'IA.
C'est le système qui permet aux drones d'accrocher une cible à 400 m de lui. - Col M.Goya: Il commence à s'autosuffire.
On parlera peut-être des bombes guidées. C'est un peu différent. Maintenant, on introduit de l'IA dans un drone et il se débrouille tout seul.
Vous n'avez plus besoin de le commander, au moins sur sa partie terminale. Il a des banques de données, des photos. Il regarde ce qu'il y a autour de lui et il va sur ce qui correspond à la photo. - A.Casse: On pourra même lui donner un visage pour cibler une personne? - Col M.Goya: Dans l'absolu, oui. - A.Casse: C'est peut-être là que se trouve le vrai tournant de la guerre.
La course à l'IA déterminera le gagnant de cette guerre. - M.Jégo: Absolument.
Dans l'unité russe intégrée, il y a l'utilisation de l'IA, les ingénieurs, les opérateurs de drones. Ils vont créer une école pour former des gens à fond. Non seulement la guerre est loin d'être finie...
On parlait de la coalition des volontaires, mais il n'y a plus de pourparlers ni de négociations. Il n'y a plus l'idée d'un cessez-le-feu. Poutine est dans son obsession, sa fixation obsessionnelle, d'avoir quelque chose à dire pour montrer qu'en 3 ans, il a quand même gagné quelques villes.
Il est prêt à tout. Tout est mis au service de la guerre, l'économie, tout... - A.Bellanger: Pour revenir sur les drones, j'ai tendance à expliquer qu'on est en train d'assister à un basculement de la guerre et de la façon de la conduire, un peu comme quand on est passés de la guerre en antenne à la massification d'armée.
Ces drones sont à la portée de tout le monde. Avant, la guerre était conduite par des gens qui avaient une technologie supérieure. Je parle d'il y a 5 ou 10 ans.
Ils avaient des avions supérieurs, des tanks supérieurs...
Au début de la guerre en Ukraine, on disait ça. Il fallait donner du meilleur matériel à l'Ukraine pour qu'elle puisse se battre contre les bouzins mis à la disposition des soldats par les Russes. On se rend compte qu'aujourd'hui, ce n'est plus la peine.
Aujourd'hui, avec 3 francs 6 sous, n'importe quel opérateur international est capable de mener une guerre moderne, massive, à partir de drones. C'est un basculement de la guerre, de la même manière qu'au XVIIIe siècle, on est passés de la guerre en antenne à la massification de la grande armée. Un million d'hommes ont traversé l'Europe.
Des armées internationales battaient toutes ces armées monarchiques européennes. Là, on assiste à la même chose: une massification avec des moyens mis à la disposition de tout le monde. - A.Casse: Maryse, vous allez souvent sur le terrain.
Vous avez vu cette guerre changer. Est-ce que vous avez l'impression d'assister à la guerre du futur? - M.Burgot: Oui.
A chaque nouveau reportage, on voit les choses évoluer. La dernière grande évolution, ce sont les drones à fibre optique, qui terrorisent les fantassins. C'est simple.
C'est impossible de retourner à Pokrovsk, où j'étais en mai. - A.Casse: Les journalistes n'y vont pas? - M.Burgot: Pas que je sache, en tout cas pas à l'intérieur de la ville.
On n'a même plus de tranchées contiguës. Tout cela est un peu parsemé à cause des drones. Ce à quoi j'ai assisté la dernière fois, ce sont des fantassins qui s'enterrent dans des trous.
Je disais qu'il fallait sortir, pour filmer, mais on voit que ce n'est pas possible. Ils sont enterrés dans des trous et y restent pendant des heures. Ils sortent et mangent peu, car il ne faut pas aller se soulager à l'extérieur.
Les rotations de soldats sont extrêmement difficiles, quasiment impossibles. Vous avez des soldats, à Pokrovsk, qui font 1 ou 2 mois d'affilée car on ne peut pas les évacuer. Ca évolue, ça change énormément. - A.Casse: Ils sont dans quel état d'esprit? - M.Burgot: Quand je les ai vus, c'était au moment où la 155e brigade mécanisée avait beaucoup de désertions.
C'était au moment où il y avait énormément de brigades venues se former en France. On était allés les voir. On nous disait: "Je comprends les déserteurs et je les excuse.
C'est extrêmement dur." Il disait déjà: "De toute façon, il faudra que l'on se retire de cette zone de Pokrovsk, parce qu'on n'y arrivera pas." C'est puissant de voir un commandant d'une brigade dire ça, lui qui, en plus, a une très bonne réputation. - A.Casse: Que penser aujourd'hui, en novembre? - M.Burgot: Ils sont dans cet état d'esprit que partage le président ukrainien.
Il dit: "On ne va pas demander à nos soldats de se battre pour les ruines de Pokrovsk." Ils sont dans l'état d'esprit de se retirer en bon ordre, faire le moins de victimes possible et ne pas renouveler ce qu'il s'est passé à Bakhmout, où ils ont tenu et ils sont partis trop tard. - A.Bellanger: J'ai une indication de ce que pensent les soldats et la population ukrainienne.
C'est la réflexion qu'a faite le chancelier Merz il y a quelques jours, en s'adressant aux Ukrainiens, en disant qu'il fallait qu'ils retiennent leurs hommes. - M.Jégo: Il a dit ça à Zelensky jeudi. - A.Bellanger: Il a dit ça car le nombre de jeunes hommes ukrainiens arrivant en Allemagne était passé de 100 par semaine il y a quelques semaines à 1000 par semaine aujourd'hui, des jeunes hommes entre 18 et 22 ans.
Ca correspond à une nouvelle loi ukrainienne qui permet à ces jeunes hommes de pouvoir quand même sortir... - A.Casse: Ca fait penser à un journaliste qui racontait qu'un nombre important d'Ukrainiens voulaient fuir Kiev, avaient envie de partir.
On va en Russie, à Moscou, retrouver S.Tronchet. Vous êtes correspondant à Moscou depuis 2021 pour Radio France.
Cette prise de Pokrovsk dont on parle depuis le début de l'émission, V.Poutine veut en faire un symbole. - S.Tronchet: Clairement.
Il y a des zones stratégiques...
Coupure son. - A.Casse: Je vous interromps.
On ne comprend pas ce que vous dites. On va essayer de rétablir la liaison. On reviendra tout à l'heure à Moscou.
Restons sur Pokrovsk, colonel M.Goya. Est-ce que les Ukrainiens peuvent encore tenir longtemps?
Faut-il qu'ils se retirent? On va voir une carte pour évaluer les options qui s'offrent aux Ukrainiens aujourd'hui. - Col M.Goya: Ils sont dans une optique où ils ont acté la perte de la ville d'à côté. - A.Casse: On a la carte sur grand écran. - Col M.Goya: La manoeuvre actuelle de Pokrovsk, c'est d'arriver à se replier en perdant le moins de soldats et de matériel possible.
Ce sont des manoeuvres toujours très compliquées. Peut-être que les Ukrainiens ont un peu tardé avant de commencer cette manoeuvre de repli. Mais c'est en cours.
L'avantage d'avoir des batailles aussi longues...
On a les batailles les plus longues de l'histoire. Il faut un an pour s'emparer d'une petite ville. Même la Première Guerre mondiale allait beaucoup plus vite.
Ca va si lentement que les Ukrainiens ont déjà anticipé la suite. Ils ont eu le temps de se préparer, ce qui veut dire qu'au-delà de Pokrovsk, il y a des lignes de défense. Mais ce ne sont plus des lignes de défense, plutôt un échiquier de positions très dense et profond qui fait qu'après la ville de Pokrovsk, les Russes buteront à nouveau sur des zones de défense.
Ils n'avanceront pas plus. Le fait que ce soit un noeud logistique, c'est fini depuis longtemps. - A.Casse: Jusqu'où les Ukrainiens peuvent-ils partir s'ils se replient, si ce n'est pas trop tard?
Vous parliez de ces drones omniprésents qui saturent le ciel. - Col M.Goya: Sur la ligne de front, vous avez la zone des fantassins, la zone des opérateurs radio.
Les fantassins s'infiltrent. En défense, vous avez des petites équipes dans des troupes sur un grand échiquier, en attaque. Elles essaient de s'infiltrer.
Elles essaient de s'incruster dans le dispositif ukrainien afin de faire avancer les dronistes derrière, qui feront avancer les drones pour frapper plus loin. C'est la manoeuvre telle qu'elle se présente. Comme ça, 2 villes ont été encerclées.
Les Ukrainiens ont fait une manoeuvre de dégagement. Ils ont contre-attaqué pour essayer d'écarter les Russes, de les stopper, afin de pouvoir replier tous ceux qui sont au fond de la poche. Tout cela se fait alors qu'il faut des heures pour sauver un blessé, pour envoyer un robot terrestre aller récupérer des blessés et les ramener.
Dans tous ces mouvements, c'est toujours très compliqué. Au passage, la bataille peut durer encore des jours ou des semaines. - A.Casse: Pour vous, il n'y a aucun doute sur l'issue?
C'est V.Poutine qui gagne? - Col M.Goya: Oui.
Il y aura un grand défilé de la victoire. Bien sûr que ce sera une victoire. - M.Burgot: Sur des ruines. - Col M.Goya: Le vrai objectif, c'est Kramatorsk.
Si les Russes s'en emparent, ils pourront dire qu'ils ont conquis... - A.Casse: La prise de Pokrovsk... - Col M.Goya: Plus maintenant.
Le secteur sera contenu par la suite. Peut-être que les Russes porteront leurs efforts un peu plus au nord et en direction de Kramatorsk et de Sloviansk. Mais globalement, il n'y a pas forcément beaucoup d'effets après la prise de Pokrovsk. - A.Casse: On essaie de retourner à Moscou.
S.Tronchet, rebonsoir. Est-ce que V.Poutine revendique déjà sa victoire? - S.Tronchet: Effectivement, il y a eu un certain empressement du côté de l'état-major de l'armée russe à annoncer la prise de Pokrovsk, parce qu'il y a quasiment 15 jours, le chef d'état-major russe avait annoncé l'encerclement total des soldats ukrainiens.
Mais ce n'est pas le cas. A Pokrovsk, il y a un couloir assez restreint qui leur permet de pouvoir évacuer et être ravitaillés. Le Kremlin a fait de Pokrovsk une espèce de totem, comme auparavant, il l'avait fait avec Bakhmout, au sens où il en veut par là la preuve que son armée avance.
Eventuellement, au cas où l'on pourrait envisager des négociations, ce ne serait qu'avec une Russie que l'on considérerait comme étant en position de force, avec beaucoup de données. Il y a une dimension très psychologique de part et d'autre sur ce qui se passe actuellement à Pokrovsk. Côté ukrainien, on n'est probablement pas pressé non plus de libérer la zone parce qu'il s'agit aussi de dire aux Russes que rien ne leur sera donné facilement.
Il y a le brouillard de la guerre au propre comme au figuré. Il y avait pas mal de brouillard sur la zone ces derniers jours, ce qui a permis aux Russes d'avancer, mais avec probablement de très lourdes pertes, encore une fois, côté russe. Mais ça, ça n'est pas nécessairement une donnée du côté de l'Ukraine. - A.Casse: Il ne faut pas sous-estimer cette dimension psychologique dont parle S.Tronchet. - M.Jégo: Absolument.
Côté russe, il n'y a pas grand-chose à mettre du côté de la victoire. On parle de 20 000 hommes par mois au niveau des pertes. C'est une saignée, côté russe.
On voit que ça s'accélère. - A.Casse: Il y a aussi les sanctions américaines. - M.Jégo: Oui.
On appelait sous les drapeaux 2 fois par an, une fois en hiver et une fois au printemps. Maintenant, c'est étalé sur toute l'année. Récemment, dans les régions russes et partout à Moscou, dans le métro, dans les magasins, il y a eu des interventions où des jeunes hommes étaient arrêtés et directement conduits au recrutement militaire. - A.Casse: Les gens qui nous regardent ont envie de savoir ce qui se joue à Pokrovsk.
Est-ce que la prise de Pokrovsk peut changer le cours de la guerre en Ukraine? - A.Bellanger: La question, c'est: que veut faire V.Poutine de cette victoire à Pokrovsk?
Est-ce qu'il veut faire le préalable à une victoire pour ensuite entamer des négociations? C'est une hypothèse. Je l'ai longtemps défendu parce que je suis un éternel optimiste et que je pense que cette guerre a une fin.
On approche les 4 ans de la grande guerre patriotique, la Seconde Guerre mondiale face aux nazis. Peut-être qu'il y a à la fois une date et une opportunité. Et plus ça va, plus je me range à l'avis de mes collègues, qui pensent que ça ne suffira pas à Poutine.
Pokrovsk est une étape. Ca va lui montrer qu'il est capable de continuer à vaincre sur le front ukrainien. Ce qu'il veut, c'est à la fois des victoires militaires et un effondrement de l'Ukraine, à la fois par des rappels antérieurs de l'Ukraine, sur des objectifs ferroviaires et énergétiques.
Il n'a pas changé. Pokrovsk ne lui suffira pas. Cet homme a faim.
Il veut manger encore. Il faut que l'Ukraine s'effondre. - A.Casse: Je vous vois dire non avec la tête. - M.Burgot: Il reste sur ses positions maximalistes.
S'il réussit à prendre Pokrovsk, il y aura une suite. Il gagne du temps. Il veut prendre un maximum de territoires avant un éventuel cessez-le-feu.
Il devait rencontrer D.Trump et ça ne s'est pas fait, parce qu'il veut encore gagner du temps et prendre le maximum de territoires avant un éventuel cessez-le-feu. - A.Casse: On vous emmène ce soir près du front de Pokrovsk, sur un point de stabilisation.
Il y a quelques semaines, une de nos équipes a passé 24 heures dans cet hôpital de fortune. - Dans la nuit noire, la lumière d'une ambulance. Elle nous vient du front, à une poignée de kilomètres.
Un lieu tenu secret. Une maison abandonnée, transformée en hôpital de campagne. Les soldats blessés reçoivent les tout premiers soins. - Tu as perdu connaissance? - Oui. - Avec ses camarades, cet homme a été frappé par un drone au moment de la relève. - Le drone a tué un des gars.
C'était un drone FPV. Je ne sais pas d'où il est venu. C'était calme.
Notre véhicule est arrivé et les drones se sont rassemblés dans le ciel d'un coup. Au bout de 2 m, ils nous sont tombés dessus. - Les drones FPV, des drones kamikazes.
Une des plus grandes menaces sur le front. - La particularité de ce drone, c'est qu'il a une grande puissance de frappe et une zone d'impact importante. Même si les blessures infligées ne sont pas graves, le personnel est mis hors de combat pendant un certain temps.
C'est une arme efficace contre l'infanterie, contre nos combattants. - N'aie pas peur. Je vais essuyer tes pieds. - J'ai honte de mes pieds.
Cela fait 15 jours que je ne les ai pas lavés. - Vous avez passé 15 jours sur les positions? - Oui.
Il n'y a rien de honteux. - A peine soigné, il regagnera les tranchées qu'il occupe depuis 2 mois, avec une détermination intacte. - Je n'ai pas grand-chose à vous dire.
Je vous souhaite de ne jamais vivre la guerre. La mort, c'est tout ce que tu vois sur le front. Tout cela prendra fin et l'Ukraine triomphera. - Les blessés les plus graves sont évacués à l'arrière. - Il y a des patients souffrant de blessures par balles qui sont restés plusieurs jours sur le front car il était impossible de les évacuer.
On leur a largué des médicaments à l'aide d'un drone. Ils ont pris les médicaments, les comprimés et tout s'est bien passé, Dieu merci. Est-ce satisfaisant?
Non. Mais la guerre est la guerre. C'est comme ça. - On a plus d'arrivées la nuit parce que les évacuations ont lieu à ce moment-là, quand il fait noir et qu'il y a des nuages.
C'est souvent plus facile d'évacuer les blessés parce que les véhicules sont moins visibles par l'ennemi. L'évacuation est malheureusement très compliquée car les convois sont ciblés par les drones. Avant, ça prenait en moyenne 2 heures.
Et maintenant, cela peut prendre jusqu'à 12 jours pour trouver une fenêtre pour évacuer les blessés. - Ce soldat a presque de la chance. Il n'aura mis que 20 heures à arriver ici avec une main cassée.
Pour l'équipe de soignants, aux vagues de blessés succèdent de longues heures d'attente. Quelques heures de sommeil dans ce cauchemar permanent. Ce médecin monte la garde, épuisé aussi par les incessantes manoeuvres diplomatiques. - Il peut toujours arriver qu'un drone ou un missile tombe dans un endroit considéré comme relativement sûr.
Mais les pourparlers, tout ça, je n'y prête pas attention. C'est trop difficile de chercher à suivre constamment les informations. Je l'ai fait au début.
Mais c'est trop dur de s'inquiéter pour tout. Le fait que je m'inquiète ici ne changera absolument rien. - Au petit matin, comme un jour sans fin, un nouveau blessé arrive. - Inspire.
Pour l'instant, l'essentiel est de voir s'il n'y a rien de grave et de nettoyer pour éviter toute infection. Ensuite, tu iras à l'hôpital pour faire la radio. - Dehors, le chant des oiseaux masque un temps le bruit de la guerre.
En 24 heures, 26 soldats sont passés sur les lits de cet hôpital de fortune. - A.Casse: On est forcément marqués par ces images et ces témoignages.
Il y a ce soldat qui a honte de montrer ses pieds et qui ne s'est pas lavé depuis 15 jours et d'anciennes maladies qui ressurgissent, comme la gangrène gazeuse, une infection bactérienne mortelle que l'on avait connue en 14-18. - Col M.Goya: Oui.
Il y a des soldats qui restent dans des trous pendant des semaines, des mois, parfois 2 mois. Ils sont là pour rester dans le trou et le tenir. En termes d'évacuation sanitaire, il y a un principe qui s'appelle l'heure dorée.
Si on arrive à évacuer un soldat blessé gravement en une heure et qu'il est sur la table du chirurgien, il a 80 % de chances d'être sauvé. Mais là, il faut oublier. Pour ceux qui sont le plus en avant sur cette ligne de contact, vous pouvez y aller à pied et vous mettez 4 gars pour porter le blessé, c'est une catastrophe.
De plus en plus, cela se fait avec des robots. Il faut imaginer un petit robot qui va venir récupérer le blessé. Il faut imaginer le gars sur la civière avec le robot qui va pendant des heures, de nuit, circuler comme ça avec la menace des drones pour arriver jusqu'au point de regroupement. - A.Casse: C'est ce que l'on voyait dans le reportage.
Même par drone, on va livrer des médicaments car il est impossible de les faire circuler. - M.Burgot: Il y a cette grande difficulté à évacuer les blessés.
On évacue prioritairement les blessés très graves. - Col M.Goya: Et les corps.
C'est important d'évacuer les corps, ne serait-ce que pour que la famille touche une pension. Il faut la preuve que l'homme a été tué. - M.Burgot: Et c'est parce qu'on n'évacue que les blessés très graves que vous avez cette gangrène gazeuse. - A.Casse: Ce sont des bulles qui se font sous la peau. - M.Burgot: Oui.
On peut en voir si on reste longtemps sur le front. C'est un peu leur terreur, maintenant. Auparavant, vous aviez ces équipes de médecins pas trop loin du front.
On se disait: "Si je suis blessé, je vais être évacué et on va me soigner." Maintenant, les soldats enterrés dans ces trous se disent que s'ils ne sont pas grièvement blessés, ils ne vont pas être évacués. Et peut-être que ça va mettre 2 ou 3 jours avant qu'on puisse le soigner.
Cela augmente encore plus la pression extrême de ces soldats qui sont sur le front. - A.Bellanger: Je me suis fait une réflexion terrible.
Ca rend futile et indécent...
Par exemple, les discussions qu'il y a en Europe pour savoir si la Belgique donnera son autorisation pour utiliser les fonds russes qui sont sur l'une de ses banques. Je comprends la position de la Belgique qui n'a pas envie de se retrouver à garantir ces 200 milliards et qui a peur de perdre sa réputation. Mais quand on regarde ce reportage avec des soldats se faire blesser et risquer la gangrène gazeuse...
Peut-être qu'il serait temps de montrer ces reportages au ministre belge qui se pose la question de savoir si oui ou non... - A.Casse: Je voulais poser un autre élément sur la table.
Le pouvoir ukrainien est ébranlé comme jamais par un énorme scandale de corruption. Il est question aujourd'hui de 86 millions d'euros. Peut-être que ce sera plus demain.
C'est l'un des très proches de V.Zelensky qui est visé. - M.Jégo: Oui.
C'est vrai pour Zelensky. La situation est très difficile. Probablement qu'il vient à Paris pour ça, pour chercher du soutien et aussi peut-être donner des explications.
Il y a 2 organismes en Ukraine: le parquet anticorruption et le bureau anticorruption. Il y a une enquête qui a duré 15 mois, 1000 heures d'écoute. Ils ont révélé un réseau de blanchiment d'argent lié à la principale entreprise énergétique du pays, Energoatom, qui alimente les centrales nucléaires.
C'est un proche de Zelensky, puisque c'était son partenaire en affaires quand il a commencé sa carrière d'acteur. C'est T.Minditch, un producteur.
Il y a un fil russe là-dedans parce qu'il y a un ancien député ukrainien qui aujourd'hui est un sénateur russe, qui est aussi là-dedans. Donc c'est un scandale de corruption déplorable et très embarrassant pour Zelensky. - A.Casse: C'est l'énergie. - M.Jégo: Il y a des coupures d'électricité, des coupures d'eau chaude.
Il y a beaucoup de mécontentement au sujet de ce qui vient de se passer. - A.Casse: On parle de corruption.
Quelqu'un est venu le chercher. - M.Jégo: Ce serait une fuite de ce parquet anticorruption.
C'est ce que le chef du parquet anticorruption a laissé entendre, qu'il y avait eu une fuite et que l'acolyte de Zelensky, monsieur T.Minditch, a pu quitter l'Ukraine sans problème avant la perquisition et la mise en cause de sa personne et de ses proches. On peut rappeler que ces pays sont extrêmement corrompus.
Tous les pays de l'ancienne sphère soviétique sont corrompus, comme la Bulgarie ou la Roumanie. C'est un très gros problème, aussi pour l'Ukraine. Il ne faut pas se masquer la vérité.
Ces 2 organismes ont bien travaillé. J'entends Déjà tous les prorusses de la terre qui vont dire: "Ces Ukrainiens sont pourris. Pourquoi vous les aidez?" Il faut préciser qu'en Russie, la corruption est terrible.
On met en prison les gens qui luttent contre la corruption. - A.Casse: Allons à Moscou.
Pour respecter les temps, il faudrait que vous me répondiez en 30 secondes. Comment les Russes se servent-ils de ce scandale de corruption aujourd'hui? - S.Tronchet: La question des territoires est secondaire pour Moscou.
L'objectif de cette guerre, c'est d'abord d'arriver à un régime à Kiev qui soit plus accommodant pour la Russie. Ils utilisent ce scandale de corruption en disant: "On l'avait bien dit aux Européens. L'argent que vous donnez à l'Ukraine ne sert à rien.
Il alimente la corruption." L'état de corruption de la classe politique russe est abominable. C'est parfaitement documenté.
Ce ne sont pas des rumeurs. C'est une petite musique que l'on entend ces derniers jours, quasiment tous les jours dans les points presse de Peskov, au Kremlin. "L'Ukraine est un pays dramatiquement corrompu.
Nous le disons depuis toujours." Ce genre d'affaire ne risque pas d'arriver en Russie. - A.Casse: La mission de Zelensky est déjà assez difficile.
Ca lui en ajoute une autre. - M.Burgot: Oui.
Il a un problème de popularité. On voit que peu de choses fonctionnent. Au mois d'août, quand il dit aux jeunes Ukrainiens "vous allez pouvoir voyager à l'étranger", c'est clairement une mesure pour donner un peu d'air aux jeunes Ukrainiens, à la population ukrainienne.
Beaucoup de gens sont partis et ne reviennent pas. Il a tenté autre chose, avec un contrat très intéressant pour les jeunes Ukrainiens qui veulent bien s'enrôler. Mais ça ne marche pas.
Ils n'ont eu que 500 personnes alors qu'ils en attendaient plusieurs milliers. Les salaires sont relativement importants. C'est très difficile pour Zelensky, qui a réagi très vite.
Deux de ses ministres ont démissionné. Sa Première ministre a tout de suite pris la parole. C'est embarrassant, c'est très clair.
C'est endémique, la corruption. Comme le dit M.Jégo, dans ce pays, vous avez quand même un système anticorruption qui fonctionne.
Il y a eu de grandes manifestations il y a quelque temps parce qu'ils ont voulu, d'une certaine manière, entraver ce système anticorruption. Ca n'a pas fonctionné. - A.Casse: Puisqu'on parle de cette guerre des drones, on va voir comment les autres pays se préparent.
La Lituanie est sur le pied de guerre. Elle construit des abris antibombes pour ses habitants. Le pilotage des drones est enseigné dès l'école primaire. - A une centaine de kilomètres de l'enclave russe de Kaliningrad, au centre de la Lituanie, c'est l'une des 3 écoles où, depuis septembre, ces élèves suivent des cours d'un tout nouveau genre. - Alors, pouvez-vous allumer les simulateurs?
Vous vous souvenez comment faire? - 1 heure 30 par semaine après les cours, ils apprennent à piloter des drones. Tous sont volontaires.
Ca commence dès l'âge de 9 ans. - Le drone monte tout seul. Je bouge et il me suit.
Il me suit toujours. Je n'ai rien à faire. Vous apprendrez comment cela fonctionne. - Ce que j'aime, c'est voler à travers le parcours et contourner les différents obstacles. - L'apprentissage débute sur ordinateur, tel un jeu vidéo.
Quand ils seront prêts, ils passeront à la pratique. C'est une initiative du ministère lituanien de la Défense. Faut-il y voir l'intention de former les nouvelles générations aux périls de demain? - Les drones peuvent être utilisés par la police ou les pompiers.
Il existe de nombreuses possibilités. - Pour la défense aussi? - Oui.
Je pense que ce qu'ils apprendront ici pourra être utilisé pour la défense. Nous verrons le moment venu. - L'importance des drones dans la guerre en Ukraine n'a en tout cas pas échappé à cet enfant de 12 ans. - On peut se rendre utile avec un drone.
On peut transporter des bombes. On peut aider l'Ukraine à gagner la guerre. La Lituanie pourrait un jour être en guerre contre la Russie ou je ne sais quel autre pays.
Donc je veux pouvoir aider la Lituanie à gagner la guerre avec des drones. - Des craintes bien ancrées chez la jeunesse lituanienne et alimentées par de récents événements. En juillet et octobre, plusieurs drones russes ont survolé le petit pays balte. - Les recherches se poursuivent pour retrouver le drone qui a survolé la Lituanie en provenance de Biélorussie ce matin. - Ce drone était à quelques kilomètres de la frontière la semaine dernière.
Un autre drone s'est introduit clandestinement et a été abattu par les gardes-frontières. - Les autorités cherchent comment répondre efficacement. - Une menace russe prise au sérieux par le gouvernement lituanien, qui renforce la coopération avec les autres pays baltes. - Cela ne suffit pas à faire face à la menace que représentent les drones russes.
La Russie profite de cette situation. Oui, nous avons des lacunes à combler. - Fin du cours de drone pour le garçon, qui retrouve sa mère. - Comment ça a été avec les drones, aujourd'hui? - Super!
Mon père m'a parlé d'une sorte de guerre avec des drones. Avec lui, je regarde des vidéos sur YouTube pour voir comment cela fonctionne. Ca m'intéresse.
Je veux voir qui est le plus fort. On ne sait jamais ce qu'il peut arriver dans la vie. - Des jeunes Lituaniens déjà sensibilisés à l'école à la lutte contre la désinformation russe ou aux premiers secours. - Nous sommes assez patriotes.
Nous parlons à la maison de l'importance de protéger son pays, sa famille et tout ce que cela signifie. C'est notre avenir. - Pour l'instant, je me sens en sécurité, mais je ne sais pas si la Lituanie le sera encore longtemps.
Peut-être qu'à l'avenir, nous manquerons de soldats ou de militaires. Cela pourrait poser problème. - La peur de voir son quotidien d'enfant bouleversé.
Par crainte de nouvelles intrusions russes, la Lituanie annonce relancer la construction d'abris antibombes pour sa population. - A.Casse: Est-ce qu'on devrait faire pareil? - Col M.Goya: Bien sûr.
Mais je vois déjà tous les cris sur la militarisation de la jeunesse. Le drone, maintenant, c'est une arme. Les pays baltes sont les premiers concernés.
Ils sont sur la ligne de front. Ils savent très bien que la prochaine cible après l'Ukraine, c'est eux. - A.Casse: C'est même dit par les Russes. - Col M.Goya: Clairement.
Ils se préparent. Ce sont des petits pays. Pour se préparer, ils doivent mobiliser l'ensemble de la nation.
Ce sont les nations qui font les guerres. Pour se préparer, ils regardent ce qu'il se passe en Ukraine. Ce qui marche, ce sont les fortifications, les trous et les drones.
Donc ils investissent, ce qui va peut-être leur permettre de faire comme les Ukrainiens, de résister sur leurs lignes, avec leur petit pays. - A.Casse: Les Russes se préparent aussi. - A.Bellanger: C'est fascinant.
Ce reportage m'a rappelé que les Russes ont entièrement militarisé leur système scolaire. Aujourd'hui, les adolescents en Russie, à partir de 12 ou 13 ans, on leur apprend l'histoire militaire, les parades, mais aussi à utiliser des drones. L'entièreté du système scolaire russe a été adaptée aux besoins de la guerre.
Ca me rappelle ce qu'avait dit Poutine en décembre 2023. On lui demandait comment se gagnent les guerres. Il a dit: "Elles ne se gagnent pas avec des généraux, mais avec des professeurs et des instituteurs." Désolé, mon colonel.
C'est exactement ce qu'il a mis en place depuis plusieurs années: une école, un système scolaire public entièrement versés dans la militarisation. - A.Casse: On passe à vos questions SMS.
Question. - Col M.Goya: Oui.
Mais ce n'est pas nouveau. C'est un pays qui était pionnier dans l'aéronautique, qui l'est toujours et qui a toutes les compétences qu'il faut pour être à la pointe dans le domaine de tout ce qui vole. Finalement, pour les drones, on n'avait pas beaucoup de moyens.
A une époque, il y a eu la crise budgétaire. On s'est dit que ce n'était pas très important. On préférait faire de gros avions, chers et sophistiqués.
Ensuite, on a eu des débats du style: "Les drones, ça tue, ce n'est pas bien." Bref, on a pris beaucoup de retard. On le rattrape.
Tout le monde dans les forces armées s'est sensibilisé à cette question. On travaille, on développe beaucoup de nouveaux systèmes. Maintenant, il faut arriver à une production en masse.
Il nous manque la quantité. - A.Bellanger: Il faut comprendre les militaires.
Ils ont essayé de convaincre les politiques pendant des années qu'il leur fallait un gros bouzin en plus, une grosse frégate, des avions, des tanks...
Ils sont dépassés à la minute où le budget est là. On leur dit: "On va donner cet argent à des entreprises qui viennent à peine de naître et qui font des dizaines de drones par milliers." - Col M.Goya: Et les industriels aiment faire du gros, du coûteux, plutôt que du low cost. - A.Bellanger: Ils n'aiment pas avoir affaire à ces petits acteurs nouveaux qui proposent des drones low cost alors que les budgets sont là. - A.Casse: Question. - Col M.Goya: Non, ils n'ont pas fait 2000 km.
Les drones FPV, c'est quelques kilomètres de portée. Les drones de 2000 km, ce sont des gros drones, comme ceux qui bombardent l'Ukraine en permanence. A priori, ce sont des drones du commerce que l'on peut trouver un peu partout. - A.Casse: Question. - M.Burgot: Elle a beaucoup de mal à renouveler ses effectifs.
Quand les Russes réussissent à enrôler 30 000 personnes de plus, les Ukrainiens réussissent la moitié, à peu près, même un peu moins. Quand ils essaient de proposer des contrats intéressants à leur jeunesse, elle ne vient pas. C'est difficile.
C'est le nerf de la guerre, quand même. Les drones, c'est important aussi. - A.Casse: Question. - M.Jégo: Bonne question.
On peut se le demander. Est-ce que ces envois de drones partout...
On a compris que c'était une façon de nous dire: "On est là, on ne vous oublie pas." Il y a quelque chose de provocateur là-dedans. Il y a peut-être une intention de renseignement. - A.Casse: Question. - Col M.Goya: Oui, on le poursuit, mais c'est assez difficile.
On le voit bien en France. On va voter le budget des armées bientôt. Ca coince.
Pour les pays baltes, les pays sur la ligne de front ou la future ligne de front, c'est plus facile de sensibiliser, de convaincre les gens qu'il faut faire un effort. Plus on s'éloigne de cette région, plus on arrive de notre côté et plus on dit: "Ce n'est peut-être pas si évident. Il ne va pas y avoir de chars russes qui vont débouler sur Paris." C'est un vrai combat, un vrai enjeu. - A.Casse: On en revient à la visite de V.Zelensky ce lundi en France.
Que peut-on lui donner? - A.Bellanger: Je fais partie de ceux qui regardent avec beaucoup d'admiration la façon dont l'Allemagne est en train de mobiliser des fonds ahurissants.
On a appris qu'il y avait 273 milliards qui allaient réarmer l'Allemagne. Il y a aussi la base industrielle allemande. Thyssen ouvre des usines en veux-tu en voilà pour produire des camions, des tanks...
Pendant ce temps, en France, on se demande si on va ouvrir une petite ligne ici ou là. Les industriels se méfient beaucoup de l'Etat français. On assiste à une technique qui remet l'Allemagne au centre... - A.Casse: Autre question. - M.Burgot: S'il admet un cessez-le-feu immédiat sans conditions, ça veut dire qu'il n'y aura pas de mesures de sécurité pour le futur.
Ca recommencera. Ce n'est pas possible pour lui d'accepter un cessez-le-feu sans conditions. C'est tout l'enjeu, avec ce qu'il va se passer à Paris aussi.
On va parler de cette coalition des volontaires, de comment on va protéger, aider, envoyer une forme de défense internationale... - A.Casse: Question. - Col M.Goya: Contre-attaquer du côté de Pokrovsk, c'est compliqué.
On manque d'hommes. Il manque 80 000 fantassins. - A.Casse: La réponse est non? - Col M.Goya: Une petite contre-attaque, oui.
Une grande contre-attaque pour reconquérir les territoires perdus, c'est compliqué. - A.Casse: Merci d'avoir été nos invités.
Tout de suite, "C à vous". - M.Bouhafsi: Bonsoir, Aurélie.
Sa mort avait ému la France entière pendant la nuit d'Halloween. Il traversait une rue du centre-ville de Lille. Mathis, 19 ans, a été fauché par un chauffard sous prototype d'azote.
Sa famille veut en faire un combat. La mère de Mathis est l'invitée de "C à vous" dans quelques secondes. On reviendra sur la remise en liberté de N.Sarkozy.
Le journaliste d'investigation L.Valdiguié sera sur notre plateau. A dans quelques secondes! - A.Casse: Cette émission est disponible en replay
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