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interviewC à vous (sur YouTube)· 3 avril 2026 11 min

Crise de carburant : les raffineurs, profiteurs de guerre ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

On a des obligations de publication de prix. Je veux que, dès la semaine prochaine, on ait ce taux. - M.Bouhafsi: Ca veut dire que chaque matin, sur ce site... - R.Lescure: On le fera à 10h du matin pour que les Français sachent qu'aujourd'hui, il y a 95 % des stations, peut-être demain moins, qui sont correctement approvisionnées.

Les données ne sont pas toujours tout à fait à jour. - A.Bégot: On parle beaucoup des prix depuis de longues semaines.

On a dépassé 2 euros pour le litre de sans-plomb. On est largement au-dessus pour le litre de gazole. Les grandes surfaces et les stations-services ont été accusées de profiter de cette crise.

Je recevais cette semaine T.Cotillard, le président du groupe Les Mousquetaires. - Beaucoup de nos stations sont à la marge zéro.

Le sujet, c'est la marge des raffineurs. Total, c'est 20 à 30 %. Il y a quelques semaines, ils ont fait un achat au bon prix.

Ils ont mis la main sur 70 cargaisons qui leur ont permis de bénéficier de 1 milliard de profits en plus. - A.Bégot: Les profiteurs de guerre, c'est les pétroliers? - Je pense que le gouvernement peut les convoquer. - R.Lescure: Je me méfie des crises où on pointe du doigt les uns et les autres.

On a vérifié qu'il n'y avait pas d'abus. - A.Bégot: Vous allez contrôler les raffineurs? - R.Lescure: Je souhaite le faire sur les raffineurs.

Les raffineurs, c'est un sujet européen, pas national. Il y a une bonne partie de l'essence qui a été distribuée chez monsieur Cotillard qui n'est pas raffinée en France. J'ai écrit à la Commission européenne.

J'ai envoyé une lettre pour lui demander de faire une enquête dans les raffineries européennes pour s'assurer qu'il n'y avait pas d'abus. - A.Bégot: Vous, ministre de l'Economie français, vous ne pouvez rien faire, pas demander des comptes à une entreprise française comme Total?

Non, mais... - R.Lescure: On les a vus toutes les semaines.

J'ai échangé avec le PDG de Total. Si on souhaite objectiver les choses, tant qu'on parle de la France...

La DGCCRF dépend de Bercy. Si on souhaite parler des raffineries, il faut le faire au niveau européen. Ce qui est important, c'est de faire les choses au bon moment.

J'en connais qui ont demandé des baisses de TVA dès le 1er jour du conflit. On sait que ça ne sert à rien d'autre qu'éventuellement enrichir les intermédiaires, et absolument pas à aider les Français, à part appauvrir l'Etat. Je ne sais pas où sera cette crise dans 3 semaines ou 3 mois. - A.Bégot: Vous êtes quasi certain qu'ils n'en profitent pas? - R.Lescure: Je souhaite faire les choses de manière rigoureuse.

La Commission fera une enquête. S'il y a des abus, on sera capables de réagir, y compris par des prélèvements de fiscalité. Quand on réunit les distributeurs et les raffineurs, je leur demande si on a un problème d'approvisionnement.

Il y a une partie du kérosène qui vient du Golfe. Ce que je souhaite, c'est qu'on ne manque pas d'essence en mai. Pour ça, je vais voir à la fois T.Cotillard et des raffineurs.

Je ne mets pas les gens les uns contre les autres. S'il y a des comportements abusifs, on les gérera. Ce qui m'importe aujourd'hui, c'est qu'on gère cette crise de manière aussi méthodique que possible et qu'on n'ait pas de problème d'approvisionnement en France. - M.Bouhafsi: Total a décidé de plafonner les prix à la pompe jusqu'à mardi prochain.

T.Cotillard explique que c'est de la concurrence déloyale. - R.Lescure: Aujourd'hui, il y a une volatilité historique du gazole et du pétrole sur les marchés.

Quand ça monte, ça monte bien. Si ça baisse, même si c'est pour quelques jours, je leur demande de baisser également. Après, chacun a sa stratégie.

Derrière les déclarations des uns et des autres, il y a des stratégies commerciales. Ce qui m'intéresse, c'est qu'il n'y ait pas d'abus. On s'en est assurés. 5 % de stations étaient en dehors des clous.

On a fait des enquêtes. Je ne souhaite pas qu'on profite de cette crise pour diviser les Français, les opposer les uns aux autres. Cette crise, nous ne l'avons pas choisie.

Nous ne sommes pas partie de cette guerre. Nous faisons face tous ensemble à ce choc. Si on pouvait un peu être solidaires dans les chaînes de production, et pas seulement de l'essence, ce serait peut-être une manière différente d'habitude de gérer cette crise.

Ce serait peut-être favorable à nous tous. - M.Bouhafsi: S.Lecornu a envisagé des nouvelles aides ciblées.

Pouvez-vous nous dire lesquelles ce soir? L'idée, c'est de fournir un coup de pouce financier à certains secteurs, comme les aides à domicile ou les infirmières libérales. Qu'est-ce que vous leur dites, aujourd'hui? - R.Lescure: On va continuer avec la même méthode.

D'abord, rappeler ce qui existe déjà. Cette année, on a envoyé des chèques énergie à près de 4 millions de foyers français. La prime d'activité va augmenter pour ceux qui travaillent. - Y.Goosz: Ca, c'est pas nouveau.

L'an prochain, vous faites quoi? - R.Lescure: Non, c'est pas nouveau, mais j'adore notre capacité collective à oublier que le modèle social est unique au monde.

Des chèques énergie, il y en a pas ailleurs. J'insiste là-dessus. On a parfois tendance à oublier qu'une des raisons pour laquelle la France souffre moins dans les crises que les autres, c'est qu'on est mieux protégés.

Notre stratégie, depuis le début de cette crise, c'est de focaliser des aides ciblées sur ceux qui sont les plus exposés. Vous avez cité des professions en première ligne. Ca fait partie des travaux qu'on mène sous l'égide du Premier ministre.

N'oublions pas que chaque euro public doit être efficace. Un certain nombre de mesures proposées aujourd'hui par le RN ou LFI conduisent à arroser du sable ou à organiser les pénuries. On fait ça avec méthode, de manière aussi...

J'allais dire, de manière aussi sérieuse que possible. Ce sujet est sérieux et il nous concerne toutes et tous. - M.Bouhafsi: Un porte-conteneurs CMA CGM a passé le détroit d'Ormuz en déclarant avoir un propriétaire français.

Est-ce que d'autres porte-conteneurs pourraient passer? Les Iraniens estiment qu'on n'est pas un pays ennemi? - R.Lescure: Depuis 4 semaines, un peu plus, le président agit tous les jours pour contribuer à pacifier, désescalader le conflit et commencer à préparer l'après.

Quand la France propose une coalition de pays volontaires pour sécuriser le détroit d'Ormuz...

Ca a de l'écho. J'étais en Asie. Ca intéresse le Japon.

Le Royaume-Uni, l'Espagne, la Grèce aussi...

Le fait que la France soit au coeur des négociations diplomatiques, non pas comme une partie au conflit, mais comme une partie, qui, du fait de sa présence historique dans la région, notamment au Liban, de sa capacité militaire...

Heureusement qu'on a doublé les dépenses militaires en France. Aujourd'hui, on est capables de peser. - Y.Goosz: Les pétroliers battant pavillon français, ils passent? - R.Lescure: Non.

A ce stade, un navire est passé. Tant mieux. Ceux qui étaient passés jusqu'à présent était plutôt des navires à pavillon iranien, chinois, indien.

Ils allaient plutôt en Asie. Attention...

Je suis la situation au jour le jour. Il faut être très prudent. Sans désescalade militaire, ça va être compliqué de préparer la suite.

La France est au coeur de sa préparation. - M.Bouhafsi: Aujourd'hui, la Banque de France a publié les chiffres des défaillances d'entreprises.

Le chiffre ralentissait depuis 2023, mais il augmente pour le 2e mois de suite. - R.Lescure: C'est jamais une bonne nouvelle quand il y a des entreprises qui font faillite.

En France, on crée plus d'entreprises qu'on n'en a jamais créé. De ce fait, il y a aussi plus d'entreprises qui n'arrivent pas au bout de l'aventure. On crée 2 fois plus d'entreprises aujourd'hui qu'il y a 25 ans.

Il y a à peu près autant de défaillances quand ça va mal qu'il y a 25 ans. Dans le secteur des technologies, de l'industrie verte, de l'éolien, des énergies renouvelables, qu'on est en train de relancer, on a plutôt une dynamique positive. On a aussi une économie française plutôt résiliente.

Quand les entreprises font faillite, il faut s'assurer que les salariés soient bien traités. En France, il y a des entreprises dynamiques qui continuent à progresser aujourd'hui. C'est aussi ça, la fierté française. - M.Bouhafsi: Il y a peu d'éléments pour se réjouir dans le monde.

Il y en a un cette semaine: Céline Dion. Elle a choisi Paris pour 10 dates. Sait-on combien ça va rapporter à l'Etat français? - Y.Goosz: Est-ce qu'il y a un surplus C.Dion? - R.Lescure: Je l'espère.

En tant que Franco-Canadien, je suis très heureux que C.Dion ait choisi Paris pour une tournée. 10 dates, 50 000 places, 500 000 Français et étrangers qui vont en profiter...

Je pense qu'il va y avoir du tourisme...

J'ai vu quelque part qu'il y avait 9 millions de personnes... - M.Bouhafsi: 9 millions d'inscrits.

C'est du jamais-vu. - R.Lescure: 9 millions de personnes qui vont participer au tirage au sort.

Je l'ai pas fait, mais certains de mon équipe l'ont fait. Ils ont reçu un e-mail. - M.Bouhafsi: 1 chance sur 27, exactement. - A.Bégot: On a lu des chiffres jusqu'à 1 milliard. - M.Bouhafsi: Entre 1,3 milliard et 1,6 milliard.

On a vu que pour des concerts de Beyoncé, ça ramenait environ 250 millions d'euros. Il y en avait 3. Si on multiplie par 3, ça fait 1 milliard. - R.Lescure: Je vois qu'on cherche des cagnottes partout.

On a une bonne nouvelle. Profitons-en.