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DébatC dans l'air (sur YouTube)· 14 décembre 2024 65 minContradictoireActualité / polémiqueBudget & impôtsInstitutions & électionsImmigration & asileSanté

François Bayrou peut-il – malgré tout – réussir ? - C dans l’air - 14.12.2024

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 40 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:00OuverteRéponse directe

    Quel était son levier? E.Macron choisit qui il veut.

  • 6:00OuverteRéponse directe

    C'est le signe de quoi, M.Encaoua, un président qui se fait tordre le bras et qui semble hésiter jusqu'à la dernière minute?

  • 10:00OuverteRéponse directe

    Il y a eu pas mal de unes de presse, ce matin. On voit bien la complexité des débats et la subtilité.

  • 15:00OuverteRéponse directe

    Faut-il y voir un 1er signal envoyé au RN? F.Bayrou a réservé son 1er tête-à-tête hier soir à B.Retailleau, qui aimerait garder le ministère de l'Intérieur.

  • 20:00OuverteRéponse directe

    L.Fritel, on voit ce que c'est que la santé aux Etats-Unis quand elle est aux mains d'acteurs privés. N'y a-t-il pas, en France, cette crainte d'une dérive vers la privatisation de notre santé, quand on voit que le budget, qui a été retoqué, prévoyait que la Sécurité sociale ne rembourse plus que 60 % de la consultation chez le médecin?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:00A.de TarléChiffre
    « La France n'a toujours pas de budget et son déficit file au-delà des 6 %. »
  • 3:00C.MeeusFait
    « Il a tordu le bras d'E.Macron. E.Macron l'a reconnu. Je crois qu'il n'a pas énormément apprécié, même s'il n'a pas eu le choix. »
  • 5:00M.EncaouaFait
    « De deux choses, selon moi. D'abord, d'une vraie faiblesse politique. Forcément, c'est presque un 49-3 de la nomination, si j'ose dire. »
  • 7:00B.SananèsFait
    « F.Bayrou est le 6e Premier ministre nommé par E.Macron. C'est le seul à qui E.Macron doit quelque chose. »
  • 12:00M.EncaouaFait
    « Il a le même problème que M.Barnier. Il a le même âge, et ça fait longtemps qu'il n'est plus dans le chaudron politique. »

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

... - A.de Tarlé: Bonsoir. "Enfin les ennuis commencent", a lâché hier F.Bayrou au lendemain de sa nomination, reprenant les mots de F.Mitterrand.

F.Bayrou ne croyait pas si bien dire. Cette nuit, l'agence Moody's a dégradé la note de la France en s'inquiétant de "la fragmentation politique du pays".

C'est vrai qu'on se demande combien de temps F.Bayrou pourra rester à Matignon. Ce matin, M.Tondelier a reconnu avoir des envies de censure.

La patronne des écologistes s'offusque de ce que F.Bayrou ait commencé par recevoir hier soir à Matignon B.Retailleau.

On s'interroge sur l'équipe du futur gouvernement. La France n'a toujours pas de budget et son déficit file au-delà des 6 %. C'est le sujet de cette émission intitulée "Bayrou peut-il malgré tout réussir?" Pour répondre à nos questions, C.Meeus, du "Figaro-Magazine". "Le grand fiasco", c'est le titre de votre dernier article.

M.Encaoua, vous êtes journaliste politique, présentatrice de "Ca vous regarde", sur la chaîne parlementaire. L.Fritel, de "Paris Match" avec un article sur M.Le Pen et F.Bayrou.

B.Sananès, vous êtes analyste. 40 % des Français considèrent la nomination de F.Bayrou comme une mauvaise chose.

Merci de participer à cette émission en direct. C.Meeus, regardons ensemble quelques titres de presse. "La Dépêche du Midi", "Le Parisien"...

On a l'impression qu'il s'est auto-nommé Premier ministre. - C.Meeus: Complètement.

Il a tordu le bras d'E.Macron. E.Macron l'a reconnu.

Je crois qu'il n'a pas énormément apprécié, même s'il n'a pas eu le choix. - A.de Tarlé: Quel était son levier?

E.Macron choisit qui il veut. - C.Meeus: Ca, c'est dans la lettre de la Constitution.

Ensuite, vous avez la situation politique. Quand vous donnez à F.Bayrou la main sur une négociation dans un rapport de force, c'est compliqué de le gagner car F.Bayrou sait très bien faire un rapport de force.

Qu'a-t-il dit à E.Macron quand il l'a fait venir à l'Elysée? "Ce n'est pas toi que je vais nommer, mais S.Lecornu." C'était hier matin à l'Elysée.

F.Bayrou lui a dit: "Je t'ai suivi en 2016 pour faire de grandes choses, pas pour faire de petites choses." Qu'est-ce qu'il menace à ce moment-là?

Il dit à E.Macron: "Ce que tu n'es pas sûr de gagner sur ta gauche, tu vas être sûr de le perdre dans ta majorité." E.Macron ne peut pas se permettre, à un moment où il cherche à élargir le socle commun, à ce que la base de sa majorité éclate.

F.Bayrou lui dit: "Moi et le MoDem, on part dans l'opposition", avec toutes les conséquences que cela a. Il va dire qu'il est en désaccord, que ce qu'il fait ne lui convient pas et qu'il se prépare pour 2027.

Quand vous êtes dans l'opposition, vous hésitez à venir. Si vous voyez qu'au sein même de la majorité, ça ne va pas, alors vous laissez les autres s'arranger entre eux et vous n'y allez pas. Si F.Bayrou était parti sur un clash, E.Philippe aurait pu se poser la question de savoir ce qu'il faisait.

Il y avait un trop grand danger. quitte l'Elysée et qu'il n'est pas encore Premier ministre, consulte ses proches. Il en arrive à la conclusion qu'il n'a pas le choix. - A.de Tarlé: C'est le signe de quoi, M.Encaoua, un président qui se fait tordre le bras et qui semble hésiter jusqu'à la dernière minute? - M.Encaoua: De deux choses, selon moi.

D'abord, d'une vraie faiblesse politique. Forcément, c'est presque un 49-3 de la nomination, si j'ose dire. C'est être obligé à nommer alors qu'on est en Ve République.

C'est l'article 8 de la Constitution. Le président a le pouvoir des nominations, à commencer par son Premier ministre. Il arrive affaibli.

Il l'était déjà. Un peu plus ou un peu moins...

C'est le signe d'une forme d'aveuglement ou de déni sur la situation politique. Comment est-ce possible d'avoir un chef de l'Etat qui dissout? Tous les Français n'ont pas compris cette décision.

Les plus haut capés des dirigeants politiques n'ont pas compris cette décision. Il en est encore à se dire qu'il lui faut un animateur à ses côtés car il veut garder la main alors que la situation politique ne lui permet plus de garder la main. Il peut se croire plus intelligent, plus compétent.

La situation politique, c'est la séparation des pouvoirs. Il y a une Assemblée nationale et un pouvoir exécutif. Si vous ne pouvez pas faire passer vos réformes, il faut vous s'appuyer sur cette Assemblée, même si elle est fragmentée.

Il faut donc élargir. Personne ne comprenait pourquoi R.Lescure ou Lecornu, si c'était uniquement avec le but de garder la main.

Toutes les informations de coulisses le disent: Il n'a pas du tout apprécié M.Barnier. Ce n'est pas qu'il n'a pas aimé la personne, mais la manière de gouverner, c'est-à-dire de couper complètement le cordon entre Matignon et l'Elysée.

Il est donc affaibli. Ce n'est pas mauvais pour F.Bayrou, même si je pense que tout cet épisode restera dans le milieu du microcosme ou les lecteurs des quotidiens qu'on chérit.

Les Français ne vont pas s'intéresser à cet épisode. Ca renforce quand même F.Bayrou car il arrive et il s'impose.

Il est différent. Il est ambitieux et indépendant. C'est plutôt un plus pour lui. - A.de Tarlé: On va regarder la une de "La Marseillaise". "Macron à Matignon".

Comme si c'était E.Macron qui continuait à tirer les ficelles du gouvernement. - B.Sananès: Il y a une vraie différence politique.

F.Bayrou est le 6e Premier ministre nommé par E.Macron.

C'est le seul à qui E.Macron doit quelque chose. E.Philippe, E.Macron ne lui devait rien, c'était plutôt l'inverse.

Idem avec E.Borne, G.Attal ou J.Castex.

E.Macron doit son élection au ralliement de F.Bayrou.

F.Bayrou, à l'époque, fait de petits scores. Il est entre 6 et 8 % dans les opinions d'enquête.

Quand on teste une hypothèse sans Bayrou, on voit qu'il passe devant F.Fillon. Il est à touche-touche avec le leader de la droite.

Ce rapport de force, pendant plusieurs années...

E.Macron a nommé F.Bayrou au ministère de la Justice pour lui renvoyer l'ascenseur.

Mais ce renvoi d'ascenseur n'était pas...

De toutes les personnalités qu'on a évoquées, F.Bayrou est sans doute celui qui peut, par son poids politique, par son équation personnelle, ce qui est un atout et un handicap, on le verra dans les sondages...

Les Français le connaissent, donc il est beaucoup plus clivé par rapport à M.Barnier. Mais il a une vraie autonomie politique.

Il a des députés à lui, un groupe parlementaire, en partie. Il peut créer un rapport de force. En tout cas, c'est ce qu'il a fait hier, à un niveau qu'on n'avait jamais connu.

Peut-être une fois avec D.de Villepin et J.Chirac en 2005, quand D.de Villepin s'était imposé au moment où J.Chirac voulait nommer M.Alliot-Marie. - C.Meeus: Il y a aussi eu la situation intermédiaire avec M.Valls en 2014, qui s'oppose à F.Hollande en ayant négocié avec A.Montebourg.

Il dit la même chose à F.Hollande: "Soit tu me nommes, soit je m'en vais." - A.de Tarlé: On va voir le degré d'indépendance et d'audace de F.Bayrou.

Question. Est-ce qu'E.Macron avalera son chapeau? - L.Fritel: Le problème d'E.Macron, c'est que c'est un chef sans troupes aujourd'hui.

Même son parti Renaissance, même son groupe Ensemble pour la République, ne suivent plus le chef. Ils sont derrière G.Attal.

Les relations entre les deux hommes sont très mauvaises. On avait analysé déjà plusieurs fois cela. M.Barnier et E.Macron, c'était un couple exécutif qui n'avait pas de troupe derrière eux.

M.Barnier était une figure, mais pas la principale figure. Là, F.Bayrou, c'est le 1er allié numérique.

E.Macron se place dans une coalition dès 2017 avec le MoDem et son jeune parti En marche. F.Bayrou agit comme dans une démocratie parlementaire.

Il peut imposer ses vues. La question va être de savoir si F.Bayrou ne va pas être obligé de plier sous les oppositions et futurs alliés LR essentialistes.

C'est vrai qu'on peut imaginer des choses sur le couple exécutif, mais c'est surtout un couple qui va devoir avoir deux flotteurs, qui ne sont pas du tout prêts à travailler ensemble ou même à siéger ensemble. C'est là que va être la difficulté pour F.Bayrou.

Selon moi, il risque de se casser les dents. - A.de Tarlé: Après son bras de fer gagné contre E.Macron pour obtenir le poste de Premier ministre, F.Bayrou va devoir composer un gouvernement capable de résister à la censure. "Un Himalaya se dresse devant nous", a affirmé le nouveau locataire de Matignon, qui vient de commencer ses nouvelles consultations. - Une passation à Matignon entre deux amis de longue date.

Applaudissements. - M.Barnier: Bienvenue à l'hôtel de Matignon, cher François.

Il fait une fraîcheur roborative. Cela nous rappelle le Béarn ou la Savoie. - M.Barnier tire sa révérence. - M.Barnier: Je savais depuis le 1er jour, le 5 septembre, que le temps de mon gouvernement était compté. - Celui qui était ministre de l'Education il y a près de 30 ans endosse cette fois-ci le costume de Premier ministre. - F.Bayrou: Je n'ignore rien de l'Himalaya qui se dresse devant nous, des difficultés de toutes natures, budgétaires notamment, politiques, et puis de l'éclatement de la société dans laquelle nous sommes.

Je sais tout ça, mais il faut essayer. - Combatif, F.Bayrou a déjà gagné un 1er bras de fer avec le chef de l'Etat pour s'imposer à Matignon.

LFI brandit sans attendre la menace d'une motion de censure. Une censure un peu moins sûre pour les socialistes. Ils refusent d'entrer au gouvernement, mais attendent de juger sur pièces la méthode Bayrou. - O.Faure: Il n'y a pas d'acquis à la non-censure.

C'est au Premier ministre de nous donner les raisons pour lesquelles il est prêt à ne pas être censuré. Il faut mettre aux oubliettes le 49-3. Fini. - Vous lui demandez de renoncer au 49-3? - O.Faure: Il faut trouver des compromis texte par texte. - Le RN, allié de circonstance du NFP lors du vote de la dernière motion de censure, demande des gages pour ne pas renverser le futur gouvernement. - M.Le Pen: Vous me demandez s'il y a de nouvelles conditions.

Je vous dis que non. Ce sont toujours les mêmes. Je ne brandis pas la menace de la censure matin, midi et soir.

Je dis juste que je ne renonce pas à cet outil. - Faut-il y voir un 1er signal envoyé au RN? F.Bayrou a réservé son 1er tête-à-tête hier soir à B.Retailleau, qui aimerait garder le ministère de l'Intérieur. - M.Tondelier: On va attendre de voir ce qu'il fait.

Je vois mal comment il peut nous convaincre de ne pas le censurer, surtout s'il ne nous appelle pas et s'il reçoit B.Retailleau. Mais ça ne tient qu'à lui. - Alors que le gouvernement Barnier comptait 10 ministres issus des rangs des Républicains, ce matin, le parti se dit prêt à travailler avec F.Bayrou. - Ce n'est pas impossible que vous participiez à ce gouvernement? - Non.

Ce n'est pas un scoop. Mais ça n'est pas une certitude. Ce qui compte, c'est le contenu de la ligne proposée aux Français.

On va essayer de trouver un chemin pour faire en sorte que les mois à venir soient utiles. - Pour son 1er week-end à Matignon, F.Bayrou a entamé ses consultations avec notamment la présidente de l'Assemblée ce matin et son homologue au Sénat ce soir.

Des premiers rendez-vous rythmés en vue de constituer son gouvernement. - A.de Tarlé: Pour mieux connaître notre nouveau Premier ministre, je vous propose d'aller à Pau.

Bonsoir. Vous êtes journaliste à France 3 pour Sud-Aquitaine, E.Daycard.

Cela fait 10 ans qu'il est maire de Pau. Quel type de maire est-il? Quel a été sa patte dans cette ville de Pau? - E.Daycard: C'est un maire bâtisseur, qui a transformé la ville.

Il a revitalisé le centre-ville de Pau pour faire revenir les habitants. Ca a été ses premiers actes. Il s'est inspiré de la politique de Juppé à Bordeaux.

Il voulait refaire les façades des immeubles. Il a fait des espaces verts, des squares, des espaces pour des jeux pour enfants. Il a embelli la ville.

Il a fait des mobilités douces, avec des zones à 30 ou 20 km/h, des vélos en location. Les Palois lui sont redevables de cela. Hier, une équipe de France 3 Pau Sud-Aquitaine est partie à la rencontre des habitants.

Pour eux, il ferait un bon Premier ministre car il a embelli la ville, il a fait venir les habitants, il a fait revenir la culture. Ils ont un nouveau pôle culture avec un orchestre qui vient faire des concerts. Ils ont des festivals avec des conférences. - A.de Tarlé: "Maire bâtisseur", ça veut dire une flambée fiscale derrière.

Qu'est-ce que ça donne à Pau? - E.Daycard: Pas du tout.

Les impôts ont toujours été élevés. Il y a toujours eu de grands projets et donc des impôts importants. On ne va pas le nier.

Mais ils n'ont pas flambé. F.Bayrou, sa qualité, c'est qu'il ne va pas dépenser l'argent qu'il n'a pas.

La ville n'est pas surendettée, contrairement à d'autres villes. Il a réussi à trouver des subventions un peu partout, notamment de l'Europe. Je ne vais pas vous dire qu'on paye des impôts comme dans un petit village.

Mais par rapport à tout ce qui a été fait, ce n'est pas énorme. - A.de Tarlé: Il joue beaucoup de ses origines paloises, du Béarn.

Il retourne souvent dans la ferme familiale? C'est un fils d'agriculteur. - E.Daycard: C'est ça.

Il est fils d'agriculteur, petit-fils d'agriculteur. Il a toujours l'exploitation agricole. Il faut savoir que F.Bayrou a perdu son père très jeune.

Il a dû faire ses études tout en étant agriculteur. Il a passé son agrégation de lettres classiques tout en étant agriculteur. Il était bègue, il a vaincu son bégaiement.

C'est quand même une force de caractère, on ne peut pas le nier. - A.de Tarlé: Merci beaucoup pour votre témoignage depuis France 3 Pau Sud-Aquitaine.

On voit que les Palois apprécient leur maire. D'ailleurs, ils l'ont réélu. Et les Français? 29 % de bonnes opinions, mais il progresse de 8 points. - B.Sananès: F.Bayrou a une image positive.

Il fait de la politique depuis 1993, quand il arrive au ministère de l'Education nationale. Il a une popularité plus élevée auprès des électeurs du centre. F.Bayrou est le visage du centre, pour les Français.

On voit bien que son alignement politique a été d'affirmer l'autonomie du centre par rapport à la droite. Il a une image plus positive à gauche qu'à droite. Les électeurs de droite lui en ont toujours voulu de cette autonomisation.

Si on a une minute, sans faire de la paléontologie politique, quand F.Bayrou commence son engagement politique, le centre est à droite. Il travaille pour des personnalités du centre.

Quand il s'affirme après, en 2002, contre le parti unique de la droite, il va à un meeting politique de l'UMP, à Toulouse. Il monte à la tribune et dit: "Je suis contre le parti unique. Si nous pensons tous la même chose, c'est que nous ne pensons plus rien." C'est pour affirmer que le centre n'est plus un allié naturel de la droite.

Ca ira jusqu'à l'entre-deux-tours de 2007. - A.de Tarlé: En 2012, il appellera même à voter F.Hollande.

C'est "l'extrême centre", F.Bayrou. Mais hier soir, 1er acte politique à 8h30, alors qu'il vient de s'installer à Matignon.

Qui reçoit-il dans son bureau? B.Retailleau, le plus clivant de l'équipe M.Barnier.

On a vu que M.Tondelier a dit ce matin: "C'est mal parti. S'il commence à recevoir B.Retailleau, c'est mal parti." Elle avoue avoir des envies de censure. - M.Encaoua: Elle n'est pas députée.

Elle est cheffe de parti. - L.Fritel: Le nom de F.Bayrou est un irritant, chez LR.

Il s'est opposé à N.Sarkozy. C'est aussi lui qui a fait que la nomination de F.Bayrou a tardé. - A.de Tarlé: Ca vous a étonnée qu'il reçoive B.Retailleau en premier? - L.Fritel: B.Retailleau et les ministres LR au gouvernement ne veulent qu'une chose: rester.

On a pu voir ces derniers temps une sorte de bisbille entre B.Retailleau et L.Wauquiez, avec beaucoup de communication dans la presse.

Ca ne m'étonne pas que B.Retailleau ait voulu défendre son bout de gras tout de suite. En revanche, pour rester au gouvernement, est-ce que c'est intéressant et intelligent?

Pas forcément. La gauche s'est tout de suite braquée. Est-ce que c'est intelligent pour peser à l'avenir?

Oui. B.Retailleau est quelqu'un qui a gagné en autonomie par rapport à L.Wauquiez, et en stature, en jouant l'opinion ces derniers mois, avec l'effet d'annonce, la promesse de faire.

Il n'a pas eu le temps de faire. Ca veut dire qu'il y a encore un espoir pour ceux qui croient en B.Retailleau, d'autant plus s'il reste. - A.de Tarlé: F.Bayrou a commencé par le gouvernement.

Est-ce qu'il va y avoir des poids lourds? Est-ce qu'il va nommer B.Retailleau à l'Intérieur? - M.Encaoua: Ce que veut faire F.Bayrou, c'est surtout de ne pas se ligoter dans les délais logiques d'appareil et de parti.

Il se dit: "Je vais faire un gouvernement, 20 ministres resserrés avec des poids lourds." Il considère qu'un gouvernement doit parler aux Français. Après, on reviendra sur ce pacte de non-censure.

Pas sûr que ce soit la bonne méthode. Le gouvernement, c'est le reflet de qui va gouverner avec lui. Il a envie de garder B.Retailleau, mais B.Retailleau ne pourra pas rester s'il n'est pas garanti d'avoir une grande loi immigration, qui ne soit pas seulement la transposition du pacte européen sur les questions migratoires.

Là, il va y avoir un vrai sujet politique. En gros, il y a 3 très gros obstacles. Le 1er, c'est le budget.

C'est la chaîne de l'Himalaya. Celui-là, c'est même un sujet en soi. Le 2e, c'est l'immigration.

Vous avancez sur ce sujet, vous perdez sans doute la fameuse non-censure. En tout cas, si vous faites une loi immigration, il va falloir payer très cher aux socialistes le prix de la non-censure. Le 3e, c'est les retraites, dernier Everest.

Il a été un peu critique sur les retraites. Il parle d'une "conférence de financement". De là à accepter d'être le Premier ministre qui va geler la réforme des retraites, alors que l'on a les déficits que l'on connaît, c'est difficile.

Peut-être qu'en jouant l'opinion, B.Sananès nous dira si ça peut marcher, il peut jouer d'abord l'équipe, en disant qu'il faut des politiques. Ca, il en est complètement convaincu.

Pour lui, l'idée de mettre un techno à Matignon n'avait aucun sens. Il avait dit de façon assez violente: "Attention." Il veut des politiques.

Il sait que le gouvernement et le pacte de non-censure, la voie de passage, c'est très lié. Je ne comprends pas bien ce que veut dire M.Tondelier pour les écologistes.

Aucun écologiste ne veut y aller. La question des écologistes devrait être la même. Ce n'est pas cohérent, mais M.Tondelier n'est pas députée.

C'est l'avis de l'Assemblée nationale. La question, c'est LR. Est-ce qu'il embarque LR avec lui?

C'est plutôt en bonne voie. L.Wauquiez a dit: "Pourquoi pas." Mais si on a la même chose qu'un gouvernement avec un socle commun, avec des centristes, des macronistes et des gens de droite, il n'y a pas d'élargissement. - A.de Tarlé: C.Meeus, dans le documentaire "Dissolution", il théorise son gouvernement.

Il faut une coque et deux flotteurs, un flotteur de droite et un flotteur de gauche, visible. Dans son gouvernement idéal, il lui faut aussi une prise à gauche. - C.Meeus: Il y a plusieurs problèmes.

Comme a dit M.Encaoua, il ne veut pas se lier les mains avec les partis politiques. Les responsables des partis politiques, il essaie de les maintenir à l'écart.

Juste avant la passation de pouvoir, il y avait une réunion des ministres de droite au ministère de l'Agriculture, avec B.Retailleau, un peu en chef de file. - A.de Tarlé: L.Wauquiez vit mal la situation? - C.Meeus: A ce moment-là, il était en réunion visio avec les députés.

Ils ont dit: "On veut bien rester." Mais ils ont assez mal vécu ce qu'il s'est passé avec le gouvernement Barnier. On leur a dit: "Vous avez l'un des vôtres à Matignon, donc vous venez." Ils sont venus, mais ils se sont retrouvés à devoir avaliser les hausses d'impôts et la non-indexation des retraites, dont on se souvient qu'au printemps, c'était deux des lignes rouges de LR pour dire: "Si Attal le fait, on le censure." Ils ont dit à F.Bayrou: "Tu nous dis d'abord où tu veux nous emmener." La loi immigration, c'est un point fort.

On voit bien qu'il y a un problème. F.Bayrou n'était pas du tout sur la ligne Retailleau.

Il reprenait cette fameuse phrase: "Qui videra nos poubelles, qui fera la plonge?" Comme si les immigrés n'avaient que ces vocations. - A.de Tarlé: Il y a eu pas mal de unes de presse, ce matin.

On voit bien la complexité des débats et la subtilité. - B.Sananès: Il y a un état d'esprit depuis plusieurs jours qui est que les Français sont inquiets.

Ils sont parfois en colère. Ils sont assez las. Il y a une forme de lassitude sur ce spectacle politique.

Ils veulent que l'on s'en sorte. C'est vraiment important. La société française va mal, les Français ont des difficultés.

Ils ont le sentiment que les politiques pensent à autre chose. Le 2e point, c'est que pour eux, ça passe par une solution qui permettrait de trouver de la stabilité pour les 3/4 des Français, qui permette de dépasser les frontières politiques traditionnelles. Sur ces sujets-là, sur l'immigration et la justice sociale, il peut y avoir un débat politique très clivé, comme on le voit à l'Assemblée nationale.

Mais dans l'opinion, il y a des lignes qui rassemblent. Par exemple, on a près de 2/3 des Français qui sont pour une politique plus ferme en matière d'immigration. Dans le même temps, on a les mêmes 2/3 qui sont favorables à une politique sociale en termes de justice fiscale, de suspension de la réforme des retraites, qui suscite aussi une large adhésion.

Il y a un point d'équilibre. Au-delà de l'équilibre des personnes, F.Bayrou va aller chercher l'équilibre des voix.

C'est un équilibre politique. Aujourd'hui, l'équilibre juste de la société française est sur ce qu'était la formule de S.Royal en 2007. - A.de Tarlé: Plus de justice sociale et plus de fermeté sur l'immigration?

Mais ce n'est pas l'équilibre de l'Assemblée nationale. - B.Sananès: L'Assemblée nationale est partagée en trois.

Pour convaincre la gauche d'entrer au gouvernement, il faudra que F.Bayrou lâche 1 ou 2 totems. Il y aura la question des retraites et celle de la justice fiscale. - C.Meeus: Il a le même problème que M.Barnier.

Il a le même âge, et ça fait longtemps qu'il n'est plus dans le chaudron politique. Il n'était pas à l'Assemblée nationale, comme M.Barnier.

D'ailleurs, M.Barnier nous disait: "Je ne comprends pas cette Assemblée." Ce n'est pas celle qu'il a connue quand il était ministre.

C'est une Assemblée radicalisée. Pour F.Bayrou, c'est pareil.

Il ne connaît pas les gens de LFI. Et les députés socialistes, il les connaît très peu. F.Hollande, des gens de sa génération avec qui on peut parler.

Mais aujourd'hui, il doit parler avec des gens comme B.Vallaud. - L.Fritel: La différence, c'est que depuis 8 mois, il a vu les gens.

Il s'est préparé. Il avait compris qu'une censure allait venir. Il a pu rencontrer des personnalités politiques.

Une mécanique était en train de se mettre en place. Pour moi, c'est le même souci pour autre chose: leur capacité à tous les deux à se projeter sur plus de 4, 5 ou 6 mois. Aujourd'hui, l'Himalaya, c'est le budget.

C'est là que s'est perdu M.Barnier. Il a parlé de tout sauf du budget pendant 2 mois.

J'espère que F.Bayrou a compris que c'était ça, le sujet. - A.de Tarlé: Question. - M.Encaoua: Il est quand même chef de parti.

Il a 36 députés MoDem. - A.de Tarlé: C'est moins que ce qu'avait M.Barnier, avec 47 députés. - M.Encaoua: Mais M.Barnier n'était pas chef de parti.

F.Bayrou sait exactement ce que font ses députés, avec qui ils parlent. Ils sont dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale.

Ils sont à la gauche des macronistes, à côté des socialistes. C'est très important! - A.de Tarlé: On copine avec les députés socialistes? - M.Encaoua: Ce n'est pas que l'on copine, mais que l'on discute politique.

Vous avez M.Fesneau qui discute avec un B.Vallaud, un O.Faure.

Pendant le budget, vous parliez des questions de justice fiscale. Qui est-ce qui porte les compromis? C'est le MoDem.

J.-P.Matteï, c'est un grand ami de F.Bayrou.

Il a fait un amendement pour pérenniser la surtaxe sur les grands groupes et les grandes fortunes. - A.de Tarlé: C'est une taxe qui devait être temporaire.

Le MoDem a dit: "Non, la justice fiscale, c'est pour toujours." - M.Encaoua: C'est la gauche et les socialistes qui ont voté cet amendement.

F.Bayrou sait que ce qui doit jouer, c'est comment changer de pivot dans cette Assemblée nationale. Le groupe pivot était le RN.

Toutes les forces politiques qui se trouvaient à l'Elysée, et c'est en ça que cette réunion à l'Elysée autour d'E.Macron est importante, sont d'accord pour ne plus être dans les mains de M.Le Pen, pas forcément pour éviter à tout prix les censures.

Ce qu'ils veulent éviter, c'est une présidentielle anticipée. Pourquoi? Parce qu'ils ne sont pas prêts.

Si vous avez une présidentielle anticipée demain, vous avez 2 personnalités politiques qui sont prêtes: M.Le Pen et J.-L.Mélenchon.

La Constitution donne à peine un petit mois pour organiser cette élection. J'espère que ces gens ont l'intérêt général au coeur, mais ils veulent tenir ensemble. Le nouveau pivot, ce sont les 66 députés socialistes.

Il va falloir discuter sur le budget de justice fiscale. Je ne serais pas étonnée que l'on retombe sur la copie Barnier, qui a été censuré. Sur les questions de justice fiscale, de modèle social, le transport médical, la consultation médicale, les questions de service public...

Il faut faire des économies. Peut-être un peu moins de fonctionnaires, mais il faut préserver les services publics. Tout ça, c'est la gauche et le prix de la non-censure.

Pour moi, il y aura quand même un 49-3 sur le budget. C'est impossible. On est en train d'allier des contraires.

La droite veut moins d'impôts, la gauche en veut plus. La droite veut tailler dans les dépenses, ce qui est inconcevable pour la gauche. Ils vont aller au 49-3.

Mais quel est le prix pour ne pas censurer, derrière? Tout le monde a déjà ce scénario en tête. - A.de Tarlé: La nomination de F.Bayrou arrive alors que l'agence Moody's a dégradé la note française hier.

Un avertissement pour le nouveau Premier ministre, qui va devoir s'attaquer au mur de la dette. - C'est une annonce nocturne surprise. L'agence américaine Moody's, qui évalue la santé financière des pays, vient de dégrader la note de la France, passant de Aa2 à Aa3.

Le ministre de l'Economie démissionnaire, A.Armand, tente de rassurer. La France vient justement de trouver la solution.

F.Bayrou a-t-il vraiment De quoi se réjouir? Le nouveau Premier ministre hérite d'une situation économique compliquée, comme le lui rappelait son prédécesseur hier soir. - M.Barnier: Nous avons proposé un budget difficile où tout était difficile, pour réduire votre déficit.

Ce déficit n'a pas disparu, comme par enchantement d'une motion de censure. On aurait tort d'oublier ce déficit et la dette qui l'accompagne, faute de quoi ils se rappelleront brutalement à nous tous. - F.Bayrou: Devant une situation d'une telle gravité, ma ligne de conduite sera de ne rien cacher, de ne rien négliger, et de ne rien laisser de côté. - Faut-il y voir un message au précédent gouvernement?

Fin septembre, les Français se réveillaient avec une mauvaise nouvelle. - Le ministre des Finances a confirmé le dérapage du déficit. - C'est une véritable bombe budgétaire qui s'abat sur la France. - Plus de 6 % de déficit, bien loin des promesses budgétaires des années précédentes. - G.Attal: Je rappelle que le déficit était en 2020 de 9 %.

On l'a fait passer à 6 %. L'an dernier, il était de 4,7 %. - Un dérapage sur lequel B.Le Maire était sommé de s'expliquer.

L'ancien ministre de l'Economie retourne l'accusation. - Avec la censure, vous avez fait dérailler à nouveau la France. Devant qui est-ce que je prends la parole ce matin?

Je parle devant des parlementaires qui viennent de voter 60 milliards dans le budget 2025, après avoir proposé plus de 400 milliards de dépenses supplémentaires dans le budget 2024. Vous dites vouloir rétablir les comptes publics? Hypocrisie. - Le jour du vote de la censure, les ministres menaçaient même d'une crise politique, économique et financière, voire d'un scénario à la grecque.

Le président de la Cour des comptes avance une autre hypothèse. - C'est une situation à l'italienne, où on vit pendant des années avec des taux d'intérêt élevés, une dette élevée, et une économie qui reste sur une croissance faible. C'est une perte de dynamisme et de crédit. - Pour la première fois en 2024, les industriels européens ont davantage investi aux Etats-Unis que sur le Vieux Continent. - A.de Tarlé: P.Moscovici a été reçu par F.Bayrou à Matignon.

Vous ne le voyez pas à Bercy? - L.Fritel: Est-ce que ce serait dans l'intérêt de Bercy?

Regardez cette évolution de la notation. Standard and Poor's avait maintenu la note de la France il y a quelques semaines. Changer tout de suite l'attelage, ça pourrait encore plus affoler les marchés. - A.de Tarlé: C.Meeus, une question pour vous.

Votre journal a exhumé ce matin certains passages du livre de J.-M.Blanquer, ancien ministre de l'Education nationale, qui juge F.Bayrou, qui lui-même a été ministre de l'Education nationale.

Je ne sais pas s'il y a un passif entre les deux, Il est rhabillé pour l'hiver! - C.Meeus: Au moins, il n'aura pas froid cet hiver. - A.de Tarlé: Y a-t-il du vrai dans ce qu'il dit?

Quel souvenir A-t-il laissé quand il a été 4 ans ministre de l'Education nationale? - C.Meeus: C'est la critique que la droite lui fait depuis ses 4 années à l'Education nationale.

Deux critiques principales: il n'a rien fait... - A.de Tarlé: De 1993 à 1997. - C.Meeus: Et il a cogéré avec les syndicats.

Il leur a donné les clés. Ce sont les deux choses que déteste la droite, qui veut des réformes. Pour le coup, Blanquer en a fait plus en un peu plus de temps.

C'est cette principale critique. F.Bayrou, depuis cette période, n'a plus exercé de fonctions ministérielles en dehors de la parenthèse au ministère de la Justice.

Mais ça a duré 35 jours. C'est le magistère de la parole. "Il faut faire ça.

A sa place, je ferais ça." A un moment, ça agace la droite. Il a appelé à voter F.Hollande contre N.Sarkozy en 2012.

Ca, ça ne passe pas. N.Sarkozy a tout fait pour empêcher qu'il ait Matignon.

Ca fait un lourd passif à droite. On peut s'appuyer sur ce que F.Bayrou proposait pendant les campagnes présidentielles.

Ce sont quand même des moments de vérité. C'est le premier, à mon sens, qui a mis la question de la dette dans une campagne présidentielle. C'était risqué.

C'était à un moment où ce n'était pas la préoccupation première des Français. Mais il l'a installé dans le débat en 2007, en disant: "Il faut s'intéresser à la dette." Il avait un programme de 50 milliards d'économies, sans préciser complètement où il fallait les prendre.

Il y avait des réductions de fonctionnaires. On va voir ce qu'il en est. Il voulait augmenter la TVA de 2 points à l'époque.

Ca va être compliqué. A gauche, la TVA fait hurler car ça touche tout le monde de manière indéterminée. Ces dernières années, on a l'impression qu'il y avait un petit bémol sur le problème de la dette.

Au moment du "quoi qu'il en coûte", il n'a pas rué dans les brancards alors que ça augmentait considérablement le déficit. Quand il était au Plan, il y a eu des rapports pour faire attention, mais il a aussi réclamé un plan de relance, comme l'a fait J.Biden. - A.de Tarlé: Les marchés sont en attente de décision sur la dette.

Les Français sont-ils inquiets du niveau de la dette? Est-ce qu'ils s'inquiètent du fait que ça puisse étouffer l'économie? - B.Sananès: On a changé de temporalité.

La dette était une angoisse pour après-demain, c'est devenu une angoisse pour aujourd'hui. A l'époque, on se disait qu'il faudrait bien s'en occuper pour ses enfants. Dans les interviews, la place laissée à ce sujet n'était pas importante.

Les sondages n'en parlaient pas trop. C'est devenu une peur pour aujourd'hui. - A.de Tarlé: 86 % des Français sont inquiets du niveau de la dette. - B.Sananès: La plupart des Français considèrent que la situation économique s'est dégradée depuis le covid.

Ils ont vu le dérapage du déficit. Ce dérapage brutal à la rentrée 2024 a donné le sentiment aux Français que, finalement, ce n'était plus maîtrisé. C'est ça qui a entraîné une prise de conscience brutale qu'il fallait traiter le sujet.

F.Bayrou, dès 2007, a porté ce sujet. Il l'avait évoqué fortement, à nouveau en 2012.

Mais il va être attendu sur ses actions, sur le nouveau budget, sur sa capacité à porter des réformes. Dans l'image qu'on a de F.Bayrou, il y a quelques points positifs: il est sympathique, jugé de faire des compromis.

Mais sa capacité à réformer est la plus mal jugée. On se souvient de son passage au ministère de l'Education nationale, qui était plus une gestion du consensus. - A.de Tarlé: Pour revenir sur la critique de J.-M.Blanquer qui dit "Le verbe plutôt que l'acte, les joies de Narcisse plutôt que les travaux d'Hercule", F.Bayrou est quelqu'un qui aime manier le verbe, prendre son temps, qui donne l'impression...

On est incapables de dire ce qu'il a fait là-bas. Il a fait des rapports. - M.Encaoua: Il a produit plusieurs rapports.

Dans cette acidité de J.-M.Blanquer, il y a un peu de vérité. - A.de Tarlé: C'est le rôle de sa vie, à F.Bayrou. - M.Encaoua: Il y a un côté ambitieux et ivre de lui-même.

Il n'a jamais souffert d'un excès de modestie. C'est une force de caractère, ce bégaiement qu'il est parvenu à surmonter. F.Mitterrand était d'ailleurs très impressionné par cela.

Mais il a tout à prouver, et ce, dans un moment extrêmement difficile. La marche est très haute, et il y a une attente de toute la classe politique car c'est la réalité: personne ne voulait vraiment de lui. Les socialistes disaient en coulisse: "Il va prendre toute la place.

E.Macron n'en voudra jamais. Ce n'est pas lui qu'on veut." Ca va être difficile.

Maintenant, les ennuis commencent ainsi que la réalité. Ce n'est pas que de la politique politicienne d'appareil. C'est les Français, le pays, les inquiétudes, les conséquences économiques sur les entreprises qui n'investissent plus, l'incertitude, qui est le pire poison pour l'économie.

Place à l'action. Les résultats, il faudrait les avoir vite. Si la France n'a pas de budget en février ou mars, on va rentrer dans une zone de grande difficulté, avec des conséquences financières.

La note est déjà dégradée. - A.de Tarlé: L.Fritel, une question pour vous. - L.Fritel: Je suis contente de sa remarque.

Le désavantage, qui est aussi un avantage, de F.Bayrou, c'est son caractère. C'est aussi pour ça que ça peut être un bon profil.

Il va pouvoir négocier au forceps avec ses clans politiques, ses troupes de députés qui, aujourd'hui, sont dans un état hystérique à l'Assemblée nationale. Quand vous rentrez à l'Assemblée, tous les gens qui l'ont connue avant 2017 ne la reconnaissent plus, que ce soit L.Wauquiez ou R.Dati.

Ensuite, il y a une force politique qui s'est exprimée. Le groupe MoDem à l'Assemblée a pu avoir des ponts avec les socialistes. Il y a aussi une volonté de neutraliser le RN, dans la mesure où F.Bayrou, c'est quelqu'un qui a toujours respecté M.Le Pen.

Il l'a soutenue dans son procès. Il souffre lui-même de cette critique d'utilisation des parlementaires européens. - A.de Tarlé: Il a parrainé M.Le Pen qui a dit: "Il faudra qu'on s'en souvienne." Elle est reconnaissante envers F.Bayrou de l'avoir parrainée à un moment où il lui manquait des voix pour se présenter en 2022. - L.Fritel: Je l'ai lu, mais on ne me l'a jamais dit.

En tout cas, c'est quelque chose qui revient. Il prônait la banque de la démocratie, une façon de financer les partis pour qu'ils puissent se présenter. Le RN était allé chercher de l'argent aussi parce que personne ne voulait lui en prêter en France.

Mine de rien, ils ont pu avoir des combats différents, mais ils ont une considération l'un envers l'autre. Les élus du RN et les cadres du parti disent: "Avec lui, on va être considérés." Le RN parle des retraites, du pouvoir d'achat, des impôts.

Mais la vraie première ligne rouge du RN, c'est de ne pas souffrir du mépris de classe. - C.Meeus: Il faut qu'on revienne sur un point important: Que va faire E.Macron vis-à-vis de F.Bayrou?

On a parlé du RN, du Parlement. Est-ce qu'E.Macron va lui faciliter la tâche?

Rien n'est moins sûr. E.Macron a eu le bras tordu.

Ca fait mal. Il a la mémoire longue. En plus, à l'Elysée, le candidat à la présidentielle dans la série "Dans l'ombre", diffusée sur France Télévisions, on est en mode survie.

On est alors prêt à tout. E.Macron se souvient que F.Bayrou, c'est celui qui l'a mis dans le mur au moment de la réforme des retraites.

Souvenez-vous, en automne 2023, quand il y a eu ces questions qui se posaient sur la réforme des retraites. C'était en septembre 2022, pardon. Est-ce qu'on fait un projet de loi?

Est-ce qu'on fait un amendement et on le met dans le PLFSS, un peu en catimini, pour que ça passe rapidement? E.Macron était pour cette voie-là car il voulait que ça aille vite.

Qui lui a dit qu'il fallait prendre son temps et négocier? C'est F.Bayrou.

A l'époque, E.Macron l'écoute. Il y a aussi E.Borne qui est sur la même ligne.

Mais à la fin, Bravo, la négociation! Il sait que ce n'est pas simple avec F.Bayrou qui dit qu'il veut que le Premier ministre exerce la plénitude de ses fonctions. - A.de Tarlé: Parmi les dossiers brûlants que F.Bayrou va devoir traiter, il y a le budget de la Sécurité sociale avec le problème, entre autres, des déserts médicaux.

Ce sujet de l'accès aux soins n'est pas que franco-français. Aux Etats-Unis, il a pris une tournure dramatique avec un terrible fait divers dont nous allons vous parler. Il y a quelques jours, à New York, un jeune homme a froidement abattu le patron de l'une des plus grosses sociétés d'assurance santé du pays. - Il est 6h45, le 4 décembre dernier, quand B.Thompson, le patron de la 1re assurance santé américaine, est froidement assassiné en pleine rue.

La victime sortait d'une réunion d'investisseurs dans un hôtel de Manhattan. 5 jours plus tard, à 500 km de là, un suspect est arrêté dans un McDonald's. - Ca correspond aux éléments que l'on cherchait.

Il est aussi en possession de plusieurs éléments que nous pensons liés à cet incident. - Il s'agit d'un jeune homme de 26 ans, L.Mangione, fils de bonne famille et diplômé de la prestigieuse université de Pennsylvanie. - Des sources policières indiquent qu'il avait sur lui, au moment de son arrestation, un carnet avec plusieurs écrits. - Dans son carnet, l'homme s'en prend au système de santé américain, avec des notes laissant même penser à une préméditation.

Les enquêteurs vont également découvrir qu'il a lui-même gravé deux mots sur les balles de son pistolet: "delay" et "deny", "retarder" et "refuser". Torse nu, muscles saillants, il devient le symbole de la colère vis-à-vis du système de santé américain. Il est glorifié, une cagnotte est même créée.

Ses voisins de cellule lui apportent leur soutien. Au fil des investigations, à la recherche d'un mobile, les enquêteurs vont découvrir que l'homme souffrait d'une blessure au dos après un accident. - La blessure dont il a souffert a altéré sa vie.

C'est ce qui aurait pu le mener sur ce chemin. - Cela a même pris une tournure politique jusqu'à la Maison-Blanche. - C'est évidemment horrible.

La violence pour combattre la cupidité des entreprises est inacceptable. - Ce n'est pas comme ça qu'on obtient des choses dans ce pays. Celui qui a tiré sur ce PDG est un lâche, pas un héros. - Des condamnations et le début d'un débat sur le système de santé américain. - Rien ne justifie la violence.

Les réactions qui ont suivi ne m'ont pas étonné. - J'avais 3 ans quand mon père est mort car il ne pouvait pas obtenir le traitement dont il avait besoin. Mais la solution n'est pas de tuer les gens. - La gauche tente d'instaurer une Sécurité sociale depuis des années.

B.Sanders défend le Medicare pour tous. J'espère qu'ils ne vont pas prendre ce type, dont ils font l'éloge, et en faire un héros. - Un mouvement de soutien qui inquiète la police. - Un incident à grand retentissement peut avoir le même impact qu'un acte terroriste, avec la résonance que cela a en ligne et la possibilité que cela serve d'inspiration.

C'est pourquoi notre travail est de faire en sorte que l'on prenne très au sérieux toutes les menaces qui pourraient surgir. - Placé en détention, L.Mangione est dans l'attente de son transfert devant la justice new-yorkaise.

Il prévoit de plaider non coupable. - A.de Tarlé: L.Fritel, on voit ce que c'est que la santé aux Etats-Unis quand elle est aux mains d'acteurs privés.

N'y a-t-il pas, en France, cette crainte d'une dérive vers la privatisation de notre santé, quand on voit que le budget, qui a été retoqué, prévoyait que la Sécurité sociale ne rembourse plus que 60 % de la consultation chez le médecin? Les mutuelles devaient rembourser le complément. - L.Fritel: C'est le 3e sujet dans l'esprit des Français.

M.Le Pen, c'est là-dessus qu'elle a joué ses négociations face à M.Barnier.

En France, il y a une non-compréhension de l'impôt. Si vous regardez votre fiche de paye, vous payez pour un système de santé qui se réduit comme peau de chagrin. Depuis quelques années, la mutuelle prend de plus en plus de part dans le remboursement, plus que la Sécurité sociale.

Cette question a été au coeur des élections présidentielles. E.Zemmour avait axé sa campagne présidentielle sur cette embolie de l'imposition par rapport à l'Etat-providence français, prévoyant non pas une suppression, mais une réduction.

C'est une question très importante. Le RN a pu préempter un sujet qui a été déserté par la droite. La droite a voulu être responsable et donc être dans l'imposition alors qu'elle a toujours vanté la non-imposition.

Ca explique cette massification de l'électorat de droite nationale. - A.de Tarlé: Sur la santé, n'est-ce pas l'accès aux soins qui terrorise les Français?

Il faut 3 mois pour avoir un rendez-vous avec un ophtalmologue. - B.Sananès: Il y a un grand attachement au système de santé, au modèle social français.

Il n'y a pas de volonté de le remettre en cause. Mais il y a la peur que le système se dégrade, notamment à cause de cet accès aux soins. Il y a quelques semaines, 4 patients de l'hôpital de Langres avaient dormi dans le garage de l'hôpital car il n'y avait plus de lits aux urgences.

C'est une inquiétude, qu'on ne soit plus bien soignés. Il faut raccorder cela à l'impôt. On a le déficit qui augmente, et on a le sentiment, peut-être à tort, qu'on est moins bien soignés et qu'on a moins accès aux soins.

Dans les enquêtes d'opinion, on le sentiment que le déficit s'aggrave mais qu'en même temps, les politiques publiques ne sont pas meilleures et qu'elles se dégradent. Ce n'est pas le même sujet qu'aux Etats-Unis. Sur la question des complémentaires, on considère que le système est équilibré, même si l'Assurance-maladie, pour ceux qui n'ont pas accès aux complémentaires, pour les retraités et les jeunes, il y a plus de difficultés. - A.de Tarlé: On revient à vos questions.

C'était le plat préféré d'Henri IV. - C.Meeus: F.Bayrou a été le biographe d'Henri IV. - M.Encaoua: Et la réconciliation.

C'est ça qu'il nous promet. C'est l'édit de Nantes 2024. Saura-t-il réconcilier les forces politiques?

C'est ce qu'il promet. La barre est très haute. C'est l'agrégé de lettres qui prend les manettes de Matignon.

On parlait du verbe. Il a été enseignant. Bon courage à lui. - A.de Tarlé: Question.

Il y a le non-cumul des mandats, mais concernant les députés, pas les membres du gouvernement. - C.Meeus: Dans le gouvernement Barnier, certains ont conservé leur mairie, comme R.Dati avec la mairie du 7e.

Je ne suis pas sûr qu'avec Matignon, ce soit une solution et qu'il lâchera Pau. - A.de Tarlé: R.Dati pourrait-elle rester au gouvernement? - C.Meeus: Il faut demander à F.Bayrou. - L.Fritel: Il vaut mieux l'avoir pour soi que contre soi. - A.de Tarlé: Question.

Peut-on imaginer que le président s'est dit: "Il ne faut pas que vous sembliez être mes affiliés." - L.Fritel: E.Macron aime montrer qu'il a le pouvoir et qu'il est le maître des horloges.

Les chefs de partis se sont retrouvés autour de lui. Il a mis du temps à nommer son Premier ministre, avec une volonté de retourner dans l'arène, au grand dam de ses partisans, qui voudraient le protéger et faire en sorte qu'il soit le moins au-devant de la scène possible. Se posera à nouveau la question de sa démission. - A.de Tarlé: Vous ne croyez pas à la dispute feinte? - B.Sananès: C'est un sujet pour F.Bayrou.

Dans les premières enquêtes publiées, on voit que l'accueil est plus que mitigé. Les Français associent l'image que F.Bayrou a à celle d'E.Macron.

Ils pensent que ça ne marquera pas de changement de méthode. Pour Bayrou, il y aura un problème pour se démarquer d'E.Macron.

Notamment sur la politique sociale. On a beaucoup reproché à E.Macron d'être le président des riches.

Est-ce que F.Bayrou saura déplacer le curseur? Il va devoir s'affirmer encore plus que M.Barnier. - A.de Tarlé: C'est l'un de ses mantras.

Les élites parisiennes sont, selon lui, déconnectées du quotidien des gens. C'est un discours un peu facile. - M.Encaoua: C'est un marqueur.

Il a toujours eu 2 vies, F.Bayrou: une vie parisienne, avec son siège du MoDem rue de l'Université...

A Paris, il aime bien dire qu'il n'est pas de ce sérail. Il dit que les élites parisiennes sont dans un entre-soi, déconnectées. Lui, il a tout un storytelling, un récit politique.

Il est fils de paysans, d'agriculteurs. Il s'est mis en scène sur un tracteur. C'est quelque chose qui peut marquer les Français dans une forme d'incarnation, de volonté de prendre à témoin l'opinion pour embarquer au-delà des difficultés.

Mais à nouveau, on rentre dans le dur. Il devra montrer cette capacité à faire. - A.de Tarlé: On sent votre doute quant à sa capacité à passer à l'acte. - M.Encaoua: C'est un fin politique.

Mais les dossiers sont extrêmement difficiles. Il y a une situation politique difficile. Il faut faire des choix.

C'est presque impossible dans cette Assemblée. - L.Fritel: Quand on a accueilli M.Barnier, c'était comme un sauveur.

Pourtant, il s'est cassé les dents contre cette Assemblée. Il lui reste 4 mois pour boucler le budget. - A.de Tarlé: Merci d'avoir participé à cette émission.

A suivre, "C l'hebdo". - A.Casse: Dans un instant, un invité exceptionnel.

D.de Villepin sera avec nous. Que pense-t-il de la nomination de F.Bayrou à Matignon?

Comment juge-t-il la situation politique nationale? Y voit-il une crise de régime? On va l'interroger sur ses ambitions personnelles.

Vise-t-il la prochaine présidentielle? Et puis, un document dans la prison où est incarcéré P.Palmade.