La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ?
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Bonjour, ravi de vous retrouver pour le débat de midi qui, pour le dernier service de la semaine, va aborder le grand sujet de l'été, à savoir l'eau. La France a soif, plus d'une centaine de communes ont déjà mis en place des restrictions d'eau, l'herbe est brûlée et une majorité de départements au sol craquelés subissent les conséquences de la canicule. L'eau que l'on pensait éternelle est une chose que l'on voit fragile. Alors moi je fais partie de cette génération à qui on a dit l'été 1976, c'était quelque chose. Il faisait tellement chaud, l'herbe était brûlée, il y avait même des coupures d'eau dans la région.
Mais bon, comme le voisin avait un puits, ça allait, mais ce n'était pas facile. En écoutant ce genre de témoignages, j'ai désormais l'impression d'être une sorte de Marty McFly de la canicule en 2022. On retourne dans le passé, en pire, face à la pénurie d'eau. Il existe des plans, des arrêtés préfectoraux, des envies politiques, mais elles semblent bien faibles face au drame qui vient et qui se manifeste déjà. On parle de restrictions, que l'on préfère au terme rationnement. Et d'un coup, les préoccupations que l'on croit allait réserver au pays du Sud nous deviennent quotidiennes. Il y a les gestes citoyens, mais il y a également l'agriculture.
C'est le domaine qui utilise 45% de l'eau en France. Alors comment changer tout ça ? Depuis, l'eau devient rare. Dans certains départements, on assiste à des dégradations de réserves, comme en Vendée, des vols de mètres cubes également. Les golfes et les piscines sont visés. Alors les prochaines vacances risquent d'être tendues. Le précieux liquide provoque des tensions dans un pays déjà cisaillé de fractures. La guerre de l'eau aura-t-elle lieu ? On en parle dans le débat de midi. Jean-Mathieu Pernin, le débat de midi, sur France Inter.
Vous savez ce qui va se passer ? Eh bien nous allons bientôt manquer de l'eau. Et c'est pourquoi je bois devant vous un verre d'eau précieuse, puisque avant la fin du siècle, si nous continuons un tel débordement, elle manquera. A lundi, je vous dis au revoir et j'espère vous revoir pour vous expliquer notre projet global d'avenir. Merci mes amis.
Voilà René Dumont, assez visionnaire en 1974. C'était son spot télé pour l'élection présidentielle. Concernant l'eau, on attend vos réactions par mail sur l'appli Inter ou via Twitter. Hashtag le débat de midi. Allez-y, on adore vous lire. Et eux, ils se sont pressés pour s'installer à la table du débat de midi. Et nous recevons aujourd'hui Marie Péténati. Bonjour.
Bonjour Jean-Mathieu.
Alors vous êtes hydro-géologue au BRGM, qui est le Bureau de Recherche Géologique et Minière, spécialiste de la recherche d'aquifères et de la recherche maîtrisée des nappes. C'est bien ça ? C'est bien ça. Exactement. On reçoit également Sylvain Barone. Bonjour.
Bonjour.
Vous êtes spécialiste des politiques de l'eau à l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, l'alimentation et l'environnement. Et vous êtes en duplex depuis France Bleu, Gare, L'Auxerre. Également Antoine Gattet. Bonjour.
Bonjour à toutes et tous.
Vous êtes vice-président de FNE, la France Nature Environnement, spécialiste des politiques publiques de l'eau, représentant de FNE et au Conseil économique, social et environnemental, groupe Environnement et Nature, et membre du directoire du réseau juridique. Et vous êtes en duplex depuis Limoges, un duplex assuré par France Bleu Limousin. Et Jean Launet, bonjour. Bonjour. Vous êtes président du comité national de l'eau, ancien député et élu local. Alors, commençons directement par la question aussi qui nous intéresse tous. Le 5 août dernier, Elisabeth Borne a qualifié la sécheresse que nous traversons comme la plus grave de notre histoire. Est-ce que c'est vrai, Marie Penati ?
Alors, au niveau des aquifères, avec le dernier bulletin hydrogéologique qu'on a publié, effectivement, par rapport à des mois de juillet précédents, sur certaines zones, on va avoir des niveaux de nappes qui sont bas, à très bas, et des niveaux où on aura plus de recul. À la fin de la période de vidange qui est classique l'été, on aura plus de recul pour classer cette année exceptionnelle. Mais Météo de France l'a dit, au niveau des températures, au niveau des sécheresses des sols, on est sur une année particulièrement sèche.
Jean Launay, par rapport à l'eau, on cite souvent cette sécheresse comme celle de 1976. Est-ce qu'il y a une différence avec celle de 1976 ?
J'ai mémoire de celle de 1976, mais celle de 2003 aussi. Celle que nous vivons cette année a la caractéristique d'être forte, d'être longue. Et on peut dire aussi que ces épisodes de sécheresse, à part l'an dernier, où il y a eu une pliviométrie normale, ces périodes d'épisodes sont récurrentes. Je crois qu'il faut considérer que ces phénomènes n'auront rien d'inédit dans l'avenir, c'est-à-dire des demain.
C'est ça. Sylvain Barone, par rapport à 1976, 2003, il y a une différence en 2022 ?
Alors, on peut, oui, inédit, on peut comparer l'épisode de cette année à celui de 1976. On a un déficit de recharge dès l'hiver, un manque de pluie, et puis des vagues de chaleur successives. Et donc des situations très tendues dans tous les départements, particulièrement tendues dans certains territoires. Comme l'a dit Jean Launay, ces épisodes exceptionnels vont être amenés à se répéter. Et donc tout ça pose évidemment un certain nombre de questions pour la gestion de l'eau.
C'est ça. Antoine Galet, toute la question que tout le monde se pose aujourd'hui, par rapport au réchauffement climatique et par rapport aux prévisions, aujourd'hui tout de même assez affinées de la température, du climat, est-ce que c'était prévisible ?
Alors oui, c'était prévisible. En tout cas, le risque était prévisible, il était prévu, puisqu'on a eu un mois de mai 2022 qui était le plus chaud et le plus sec depuis 1960, en particulier dans le sud-ouest, on a des températures mensuelles très supérieures aux normales habituelles, notamment de plus de 4,7 degrés en juillet. On a des déficits de plus de plus de 50% dans certains départements. Donc on pouvait tout à fait anticiper le risque. Après, l'anticipation du suivi des cours d'eau et des mesures n'a pas encore été complètement bonne, et faute en particulier de moyens pour ce mécanisme de suivi des sécheresses qui a été réformé en juin 2021.
Et en fait, on est sur la première année, cette année, de mise en œuvre d'un mécanisme de suivi et puis de mesures qui a été rénové.
Mais alors pourquoi ? Alors finalement, ça peut paraître une question un peu benoine, mais pourquoi on n'a pas agi alors, si on le savait ?
Alors en fait, c'est la vraie question en fait. En fait, il faut bien comprendre qu'on est en période de sécheresse. Ce qu'on appelle la sécheresse, c'est une situation anormale. C'est tout à fait normal d'un point de vue naturel qu'on ait des hautes eaux, qu'on ait des bases eaux. Ce qui est anormal, c'est qu'en période de bases eaux, on ait des débits tellement faibles qu'on se retrouve avec des gros problèmes sur l'utilisation des usages et même des cours d'eau qui sont en assec et des milieux aquatiques qui sont détruits. Par exemple, en Creuse aujourd'hui, 40% des cours d'eau qui sont suivis sont en assec. C'est-à-dire qu'on a une disparition totale de la faune, de la flore.
On a des préjudices écologiques très importants qui vont se faire ressentir. Mais tout ça, ça relève d'une politique globale de gestion de l'eau et ça relève, pour la gestion de la crise, d'une bonne mise en œuvre des mécanismes de gestion de crise. Et encore une fois, en 2017 et 2019, on a bien vu que ces mécanismes étaient à améliorer. Nous, on a largement participé à France Stature Environnement à faire remonter les problèmes de mise en œuvre et on est aujourd'hui sur cette nouvelle mise en œuvre.
On va en parler de ça, mais juste avant Marie Pétanati, une question toute simple qui revient souvent quand on discute avec nos amis en disant qu'il y a une sécheresse, qu'il n'y a plus d'eau et tout le monde dit qu'on attend qu'il pleuve. Est-ce que ça suffira juste de se dire un peu de pluie et ça y est, ça revient ?
Alors ça ne suffira pas, surtout pas en ce moment. La recharge va s'effectuer au niveau des aquifères plutôt cet hiver. La vidange va continuer jusqu'au mois d'octobre. Par contre, en effet, pour les cours d'eau, pour la végétation, oui, il faut qu'il pleuve. On attend la pluie immédiatement. C'est la première solution attendue. Maintenant, ça c'est à court terme. On attend la pluie et aussi on respecte les restrictions pour que les niveaux remontent.
Ça veut dire qu'aujourd'hui aussi, si on est en situation de sécheresse, il n'a pas assez plu cet hiver aussi à cause de ça ?
Exactement. On a eu un hiver où les pluies se sont arrêtées deux à trois mois avant la période escomptée. Et c'est pour ça qu'on observe ces niveaux si bas actuellement dans les nappes. Nappes qui, je le rappelle, soutiennent les débits des rivières en été. Et donc, on observe des étiages très forts, qu'ils soient au niveau des rivières ou au niveau des nappes, parce que les pluies se sont arrêtées vers le mois de février. Et c'est beaucoup trop tôt pour permettre de renouveler les stocks.
Parce que ce qui est assez impressionnant, c'est qu'on voit des coins de France où d'habitude, il y a plus de stocks. Alors, on plaisante souvent autour de la pluie dans l'Ouest, en Bretagne. Mais là, c'est concret. En fait, on se rend compte que ce sont tout de même des paysages, ce sont des régions qui sont habituées à la pluie. Et là, il en manque, clairement.
Et là, il en manque, clairement. Le mois dernier, effectivement, on a enregistré des précipitations qui étaient très faibles par rapport aux années précédentes, par rapport aux moyennes de Météo France et périodes de référence. Et donc, les pluies efficaces, ces pluies qui vont réussir à recharger la nappe, elles sont très basses aussi. Et c'est pour ça qu'on observe cette sécheresse aussi.
Alors, le manque d'eau, c'est un sujet qui revient souvent. Et en février dernier, c'est tenu un Varenne de l'eau. C'était une concertation, en fait, qui s'est déroulée sur six mois avec 1 400 participants, qui faisaient suite aux Assises de l'eau, qui s'était tenu en 2017, sur le cycle de l'eau en 2019. Jean Lonnet, vous avez participé à ces concertations. Qu'est-ce qui en est sorti ? Et en quoi, aujourd'hui, finalement, ces discussions ont servi pour que l'on appréhende ce phénomène auquel nous sommes confrontés aujourd'hui ?
Je vais revenir sur le Varenne, mais si vous me permettez de reprendre une autre chronologie, c'est d'abord de citer, puisque vous évoquiez la question de l'anticipation. Moi, je suis de ceux qui disent que l'eau n'a jamais été portée aussi haut dans l'agenda politique de notre pays. Les Assises de l'eau ont eu lieu en 2018 et 2019, sur le petit cycle et sur le grand cycle de l'eau, même si chacun ici autour de la table est d'accord pour dire qu'il y a un cycle unique de l'eau.
Mais on a traité dans les Assises de l'eau à la fois des questions de réseau, d'interconnexion de réseau, de la qualité de l'alimentation en eau potable, mais aussi des économies d'eau et du partage de la ressource en eau. Et puis, sur le mot anticipation, je l'aime bien ce mot, et je l'ai promu dans le cadre du Comité national de l'eau, en transformant ce qui s'appelait le Comité de suivi hydrologique en Comité d'anticipation et suivi hydrologique. Ça veut dire qu'il n'est rien sorti qu'il-même ? C'est que justement, c'est qu'on a une manière différente d'appréhender notre rapport collectif à l'eau.
À la fois la gestion quantitative, une meilleure coordination entre les préfets dans les bassins et les sous-bassins versants, une meilleure connaissance du grand public par l'accès au site ProPluvia, et tout ça parce que j'ai demandé justement, et j'ai été suivi par Emmanuel Wargon, qui était alors en charge du secteur en tant que secrétaire d'État, j'ai demandé à superposer les données de nos scientifiques de Météo France, du BRGM, du CNES, du CNRS, et le rapportage des différents observateurs de terrain, que sont l'Office français de biodiversité, voie navigable de France ou OEDF, et qui nous avait permis de voir, dès le mois de mars de cette année, les zones qui seraient en tension.
Et alors aujourd'hui, et bien sûr, on observe avec la durée de la sécheresse et les pics de canicule, que c'est l'ensemble du territoire national sur lequel il faut faire jouer la solidarité, et essayer de ne pas opposer les usages, mais de les hiérarchiser, parce qu'on est en termes d'urgence, pour ne pas vivre une guerre de l'eau.
On va en parler de cette hiérarchisation, justement, mais Sylvain Barone, pour vous, je reviens sur cette anticipation. Aujourd'hui, il y avait une possibilité d'imaginer, de ne pas être dans cette situation, et de se dire qu'on n'allait pas réfléchir à comment, et même faire des émissions sur la sécheresse ?
Effectivement, il y a beaucoup d'indicateurs qui annonçaient un été particulièrement sec. Je voudrais préciser que la gestion de l'eau, c'est certes un problème d'hydrologie, mais c'est aussi beaucoup un problème social et politique. Donc, on peut distinguer la sécheresse, qui est une manifestation biophysique, et la pénurie, qui fait référence à des usages de l'eau. Or, ces usages, tels qu'on les régule en France, reposent plutôt sur l'idée de conciliation.
On cherche à concilier des usages différents, agricoles, industriels, domestiques, et aujourd'hui, il se pose la question de la priorisation, il me semble, et pas simplement réfléchir à la priorisation en période de crise, comme c'est le cas aujourd'hui avec les arrêtés sécheresses, mais il y a tout un enjeu, me semble-t-il, à réfléchir à cette priorisation hors période de crise, justement pour anticiper, en ayant des débats, des réflexions sur les usages à préserver, peut-être des usages à faire évoluer.
Ça veut dire, Antoine Gaté, qu'il y a une conséquence de non-choix politique aussi ?
Oui, complètement, il y a une conséquence, la sécheresse, c'est vraiment le révélateur de l'échec de la politique de l'eau en France depuis 30 ans. On s'est engagé en 92, en 2000, dans la directive cadre à reconquérir la qualité écologique des eaux, c'est-à-dire à faire en sorte que les milieux aquatiques fonctionnent bien et que comme ça, on puisse utiliser ces milieux. Et au lieu de faire ça, on a sans cesse adapté l'environnement à des pratiques agricoles, en particulier productivistes d'un autre temps, qui sont très destructrices aujourd'hui.
Il faut quand même le dire, les assises de l'eau en 2019, elles ont abouti à quelque chose de clair, il y avait tous les acteurs autour de la table, c'était un objectif de réduction des prélèvements toute l'année, de 10% dans les 5 premières années, de 25% d'ici 15 ans. Et ces 25%, ils ne sont pas sortis de nulle part, ils viennent des rapports, en particulier du GIEC, qui nous annoncent des déficits de ressources en eau de 25% d'ici 2050.
Ce qui s'est passé avec le Varenne, c'est que, et nous on a refusé de participer au Varenne à France Nature Environnement pour ça, c'est qu'un seul usage, l'usage agricole, qui est le plus responsable en été, a voulu faire sa discussion à elle toute seule, sans les autres acteurs, pour pouvoir imposer des choix qui sont liés à une politique agricole productiviste qui, encore une fois, n'a pas fait sa transition écologique.
On va en parler dans un instant de l'agriculture qui est vraiment au cœur de ce problème, mais il y avait une chose tout de même, Jean Lonev, vous qui êtes président du Comité National de l'Eau, est-ce que vous trouvez qu'on fait assez d'éducation autour de l'eau ?
On n'en fait jamais assez et c'est le moment justement de profiter d'une période de tension et de crise pour accélérer se porter à connaissance et au grand public. Mais moi, je voudrais un peu rebondir. Oui, bien sûr,
mais juste sur ce sujet, sur l'éducation de l'eau, parce que c'est quand même aussi un sujet. On va parler dans un instant des entreprises de l'agriculture. On a aussi notre part, nous, citoyens. Est-ce que vous pensez qu'on est au courant ?
Écoutez, j'ai mentionné tout à l'heure le site Propluvia. Ça fait partie des sources d'informations. Il faut aller les chercher. Je pense que c'est du ressort des politiques publiques aussi de donner à connaître. C'est ce que nous faisons dans le cadre du Comité national de l'eau. Et c'est sûr que l'éducation et dès l'enfance, dès le premier âge, la sensibilisation aux économies d'eau, c'est quelque chose de primordial et qui doit revenir en haut du calendrier personnel de chacun, de l'usager individuel, du consommateur, mais aussi de l'usager économique, quelle que soit la nature de son activité économique, y compris l'agriculture.
Là-dessus, je suis d'accord avec Antoine Gaté, mais je conteste un peu, mais Antoine Gaté ne sera pas surpris parce que nous nous connaissons bien dans le cadre du Comité national de l'eau. Moi, j'ai du mal. J'ai dit, il y a eu les assises de l'eau, phase 1, phase 2. J'en étais coordinateur général de la phase 1 et chargé des sujets de gouvernance dans la phase 2. J'ai été impliqué aussi sur le Varenne, sur les stratégies d'aménagement des territoires, sur le Varenne agricole de l'eau et du changement climatique.
J'ai toujours considéré, pour ma part, que ce n'était pas anormal de continuer de décliner les assises, pas d'en dénaturer les conclusions, mais de les décliner sur l'usage le plus important en termes de quantité. FNE, et je le regrette, a refusé d'y participer. Enfin, il y a mis un peu les pieds quand même parce qu'ils ont participé à un comité national de l'eau dédié que j'ai organisé sur le sujet. Mais si on ne pose pas le sujet, les sujets compliqués sur la table, et je pense que le Varenne en a été l'occasion pour amener à une prise de conscience accélérée des changements nécessaires en matière de pratiques agricoles. J'en suis persuadé.
Ça, c'est noté, mais moi, je voudrais vous faire entendre un son. Alors, voilà, quand on ne fait pas d'éducation forcément à l'eau, il y en a d'autres qui s'en chargent et c'est le cas du compte YouTube et tout le monde s'en fout et c'est vrai qu'à un moment, on s'est dit le ballot, tout le monde s'en fout.
L'eau qu'on consomme, elle vient des glaciers, des nappes phréatiques et des neiges éternelles. Mais quand un climat se rachauffe parce qu'on s'en fout, forcément, ça fait fondre les glaciers, ça pollue les nappes phréatiques et ça tue les neiges éternelles. Et ça, c'est balèze. Et nous, pendant ce temps-là, parce qu'on s'en fout, on balance en masse du mercure dans les nappes phréatiques en Guyane pour faire remonter les paillettes d'or à la surface. qui fait pousser des fraises toute l'année. Ou alors, on fabrique des bouteilles d'eau en plastique. Et fabriquer une bouteille d'un litre d'eau, ça consomme trois litres d'eau. On fait n'importe quoi !
Alors bientôt, avec toutes nos bonnes idées, en 2030, il y aura un quart d'eau potable en moins sur la planète. Et vu la démographie, on prévoit qu'il y aura trois humains sur sept qui n'y auront pas accès. Oui, bonsoir. Est-ce qu'on ne pourrait pas trouver un système pour que l'eau potable n'aille pas dans mes toilettes, s'il vous plaît ? Parce que l'eau potable, c'est gentil, c'est précieux, c'est ton ami. Et nous, on chie dedans tous les jours. Et tout le monde s'en fout.
Voilà le compte YouTube Tout le monde s'en fout en 2017. Il est vrai, Marie Peténati, vous êtes hydro-géologue, mais moi j'ai une question juste aussi en tant que citoyenne. On a un confort par rapport à l'eau. Il est vrai, aujourd'hui, on l'a tout le temps en permanence. On prend des douches de 10 minutes, un quart d'heure. On est heureux, comme ça. Est-ce que c'est ça aussi, ce confort et cette peur de ne plus avoir accès à ce confort qui peut provoquer des tensions comme on voit en Vendée quand on s'attaque à des réservoirs, à des vols d'eau comme il y a eu le cas en Ardèche ? Vous pensez ?
Vous l'avez vu, ça s'exprime déjà par ces actes-là. Et la vraie question, c'est le partage de l'eau. C'est le partage de l'eau à tous les niveaux. Alors, le petit trait humoristique est effectivement tout à fait à propos. ça permet aussi de faire prendre conscience de la rareté de la ressource. Mais au-delà des petites mesures de diminuer les doubouches, de faire des efforts, de récupérer les eaux de pluie dans son jardin, il va y avoir des solutions à mettre en œuvre à plus grandes échelles. Et on travaille depuis des années dessus.
Vous parliez d'anticipation, mais c'est aussi au niveau de la recherche de trouver les bonnes solutions et notamment au-delà des solutions qui doivent être prises en mesure d'agro-écologie pour réduire en fait le besoin en eau de certaines plantes, d'adapter les cultures au climat, d'avoir des moyens aussi d'irrigation qui sont plus performants. Tout ça, ça a été dit pendant le Varenne, par exemple. On a aussi des solutions palliatives comme utiliser d'autres ressources en eau, notamment les eaux usées traitées, et aussi des moyens de stockage d'eau dans les aquifères.
Donc ça, ça nécessite de la recherche, on y est, ça nécessite une gouvernance de l'eau, et là je pense qu'on a les invités autour de la table pour bien en parler, voilà, ça nécessite de concilier sur le territoire, sur chaque territoire à la bonne échelle, les demandes, les besoins et d'apporter ces solutions sur lesquelles on travaille.
Sylvain Barone, vous êtes spécialiste des politiques de l'eau, je disais à l'Institut National de Recherche pour l'Agriculture, juste un mot en termes de pédagogie, là on a reçu des messages, il y a par exemple Maryse qui trouve ahurissant que les gens qui ont des potagers ne puissent pas entretenir leurs légumes alors que parallèlement les terrains de golf peuvent être arrosés, beaucoup de questions autour des terrains de golf qui nous arrivent aujourd'hui par l'appli Inter et par le mail sur Radio France, France Inter, est-ce que vous trouvez aussi Sylvain Barone qu'il y a un problème de pédagogie
autour de nous ? Il y a plusieurs questions dans la question, effectivement la pédagogie, les petits gestes pour l'environnement, tout ça c'est effectivement très important, il s'agit de faire l'éducation, de sensibiliser, mais il ne faudrait pas que ça, ça conduise à ignorer les causes structurelles de la pénurie d'eau, vous vous rappeliez dans votre lancement que la consommation nette d'eau c'est l'agriculture à 45%, ça monte à 80% l'été, donc les marges de manœuvre ne sont pas les mêmes partout, alors certes il faut responsabiliser tout le monde, mais tout le monde n'a pas la même responsabilité je dirais dans les usages de l'eau.
Ensuite, cette crise elle met à l'épreuve vraiment notre système de gestion de l'eau, elle pose vraiment des questions importantes en termes de légitimité des usages, d'équité de traitement, ce que vous avez dit sur les golfs, ça peut générer des sentiments d'injustice, on voit ça un peu tous les jours dans différents médias, donc des personnes qui ne peuvent pas arroser leur potager alors que les golfs arrosent à côté, d'ailleurs les agriculteurs se plaignent aussi que les golfs puissent continuer à irriguer, à arroser leur green alors qu'eux ne peuvent pas arroser comme ils le souhaiteraient leur culture, donc il y a tout un tas de débats aujourd'hui qui sont à suivre et peut-être à poursuivre après cette période de crise sur quels sont les usages légitimes et quels sont les usages qu'il faudrait faire évoluer.
Faire évoluer, allez on continue à en parler, bien sûr on va voir que des solutions existent et notamment puisqu'on le parle depuis le début notamment par rapport à l'agriculture très gourmande en eau, c'est la suite du débat de midi. C'était Billy Elish avec I didn't change my number sur Inter. On parle de la France qui a soif, on parle de l'eau puisque vous savez une centaine de communes sont déjà en pénurie en raison de la canicule. Alors on va juste faire un point précis puisqu'on a eu un message et juste pour le préciser une chose, Antoine Gattet sur la pluie Inter, on peut vraiment aujourd'hui dire qu'il y a un lien entre réchauffement climatique et sécheresse ?
Alors oui, évidemment il y a un lien dans le sens où ça aggrave et qu'on sait très bien que quand on a des mois chauds, quand on a des stocks d'hiver qui ne préparent pas la période d'été et quand on sait qu'on va avoir dans les années qui viennent de moins en moins d'eau disponible, ça on le sait, on l'anticipe, il faut déjà qu'on l'anticipe.
Mais on est dans une situation encore plus difficile puisqu'on doit anticiper les changements climatiques dans une situation où on a déjà à faire face à l'échec des politiques publiques de l'eau et à des milieux naturels qui sont totalement dégradés et au fait qu'on n'arrive pas à mettre en oeuvre l'objectif qu'on s'est donné en 2000 et qu'on devait atteindre en 2015 qui était la reconquête du bon état écologique des eaux parce qu'encore une fois l'idée c'est que vraiment l'homme s'adapte à la nature et pas l'inverse. Et sur ce point là on a un vrai souci de politique publique.
Alors politique publique bien sûr au coeur de ce problème l'agriculture vous l'avez dit l'agriculture consomme déjà 45% de l'eau en France alors et bien la FNSEA principale syndicat agricole dénonce l'usage de l'eau pour les loisirs et demande une priorisation pour l'agriculture. Jean Launay ça veut dire il faudrait commencer déjà à prioriser et est-ce qu'aujourd'hui l'agriculture doit être prioritaire par rapport à tout autre domaine ?
Pour ma part je pense qu'il faut concilier les usages au maximum et il est difficile de les hiérarchiser mais de mon point de vue le premier usage c'est celui de l'alimentation en eau potable la question de l'accès à l'eau particulièrement encore difficile dans nos outre-mer c'est un point que l'on doit traiter et c'est la responsabilité des élus des élus locaux je l'ai été pendant 25 ans d'assurer à leurs consommateurs et à leurs concitoyens que l'eau coule au robinet donc on voit bien avec les coupures qu'on vit actuellement que tout le monde n'a pas forcément pris ses responsabilités sur les investissements nécessaires à faire pour interconnecter les réseaux pour sécuriser l'approvisionnement des communes une question de solidarité encore donc pour moi le premier des usages c'est l'alimentation en eau potable ensuite bien sûr et je partage ce point de vue avec Antoine Gaté le bon état des milieux aquatiques pas de biodiversité s'il n'y a pas si nos rivières subissent des assèques répétés et fréquents moi je dis souvent dans mes discours publics que l'eau est le marqueur du dérèglement climatique et quand on dit dérèglement c'est évidemment avec la tendance au réchauffement elle est le marqueur par ses excès mais aussi par ses manques et c'est ce qu'on voit actuellement avec la sécheresse des sols les incendies de forêt les cultures atrophiées la diminution des réserves madame Peténati l'a mentionné tout à l'heure avec la question des nappes profondes et puis les coupures d'alimentation en eau potable je viens d'en parler c'est ça alors satisfaire les usages il faut faire des arbitrages il va falloir le faire de façon permanente
oui c'est ça alors Sylvain Barone on est aujourd'hui véritablement dans un monde agricole qui se dit prêt à changer ou pas par rapport à ça
alors le problème des politiques de l'eau c'est les difficultés en fait à faire prendre en compte les objectifs qu'elle formule par les autres politiques publiques et en particulier par les politiques agricoles mais pas seulement aussi par les politiques d'aménagement qui impermeabilisent les sols les politiques industrielles etc je rebondis sur le Varenne de l'eau puisqu'on n'a pas été tout à fait au bout de la discussion il conduit alors globalement il conduit quand même à faire le choix d'une relance des politiques d'irrigation qui donne quand même une impression de retour vers le futur je m'explique après les années de sécheresse de la fin des années 80 début des années 90 suite également à des lois environnementales on a plutôt fait le choix de limiter les politiques d'irrigation ou de les réserver au soutien des tiages des cours d'eau en période sèche depuis quelques années on assiste plutôt à un retour en puissance de ces politiques d'irrigation portées par des acteurs assez puissants vous avez évoqué la FNSEA on peut évoquer aussi le ministère de l'agriculture qui est sur cette posture là mais aussi des grands élus locaux et qui pose vraiment question concrètement est-ce qu'on peut continuer à irriguer en plein été un hectare de culture avec plusieurs milliers de mètres cubes d'eau est-ce que ce modèle est véritablement soutenable c'est une vraie question
mais derrière l'eau Sylvain Barone c'est parce qu'en fait il y a aussi l'élevage industriel enfin c'est tout un modèle que l'on voit c'est-à-dire que c'est pas les agriculteurs qui par plaisir déversent cette eau c'est parce qu'il faut nourrir cet élevage industriel qui on le sait déjà est responsable d'une très importante pollution et participe au réchauffement climatique est-ce qu'on le voit c'est-à-dire que c'est un on commence à tirer une ficelle et c'est tout qui vient en même temps
alors effectivement si on prend le cas du maïs par exemple qui nécessite beaucoup d'eau au moment où il y en a le moins c'est-à-dire l'été le maïs c'est essentiellement enfin en majorité pour l'alimentation animale donc c'est effectivement tout un système alors l'agriculture elle est multiple il ne s'agit pas de stigmatiser les agriculteurs une grande partie de l'agriculture n'y rigue pas d'ailleurs ou utilise peu ou pas d'eau vous avez des représentants agricoles qui sont tout à fait opposés à un usage intensif de l'eau par exemple dans les deux serfs la confédération paysanne s'oppose au projet de bassine et puis la vraie question ici c'est comment accompagner aussi ce changement de modèle c'est-à-dire comment on accompagne le changement de culture vers des cultures moins gourmandes en eau comment on favorise l'agroécologie beaucoup plus qu'on ne le fait aujourd'hui et que ne le fait la PAC donc il y a un vrai enjeu à accompagner des agriculteurs qui ont investi enfin qui font parfois dans l'ensemble un peu ce qu'ils peuvent qui ont investi donc qui sont pris par ces investissements qui sont pris aussi dans des relations de dépendance avec les groupes agroalimentaires avec lesquels ils signent des contrats dans lesquels ils s'engagent sur certaines productions ils s'engagent parfois également à irriguer leur culture donc il faut absolument penser cet accompagnement
Marie Péténati sur justement tout ce système aujourd'hui qui tient par rapport à l'eau on se rend compte sans eau il n'y a pas d'élevage intensif pas d'élevage industriel
sans eau il n'y a plus de vie
tout simplement tout simplement
je pense qu'il faut enfin je pense c'est une des conclusions aussi du Varenne auquel j'ai participé sur les solutions il faut repenser le système agricole avoir plus de mesures agroécologiques par exemple des espèces de substitutions qui seraient moins gourmandes en eau et on ne peut pas en effet penser à cette transition à court terme voilà alors c'est ça
c'est là où j'allais vous poser la question vous parlez en effet des plantes moins gourmandes en eau mais on se dit alors c'est le maïs le maïs forcément en France on est une deuxième production végétale derrière le pays il y a 16 millions de tonnes dans notre pays changer 16 millions de tonnes on se dit c'est impossible de respecter une sorte de calendrier pour battre ce réchauffement climatique et battre la sécheresse
je pense que sur ces questions là je ne suis pas la meilleure placée pour répondre mais c'est vrai que comme on disait c'est un effort de chacun pour gérer cette ressource en eau donc sur chaque filière et chaque filière agricole on ne va pas y avoir que la filière du maïs il va falloir repenser ce qu'on peut faire à l'avenir pour mieux gérer l'eau alors ça va passer aussi par des mesures qui vont directement concerner des échanges avec par exemple des choses qui se font déjà sur Clermont-Ferrand l'irrigation des cultures à partir d'eau usée traitée ça représente quand même pas mal de milliers de mètres cubes centaines de milliers de mètres cubes par an et c'est ces mesures là qu'il va falloir accélérer c'est les mesures aussi de révision du matériel d'irrigation on en a parlé et puis des choses qui sont plus de l'ordre du changement de pratique de culture et ça c'est sûr que ça va prendre du temps et ça il faut qu'il y ait de la pédagogie de la formation il faut que sur le terrain il y ait des choses qui soient mises en place pour qu'on arrive à progresser dans les futures années pour mieux gérer cette ressource en eau et cette demande en eau qui doit absolument diminuer
sur les eaux usées je fais une petite parenthèse on le sait il y a trois pays qui sont très en avance qui sont le Koweït Israël Singapour il paraît alors je ne sais pas si c'est vrai vous allez me dire sur l'utilisation de ces eaux usées il paraît qu'il y a un cap psychologique aussi qui joue beaucoup dans cette utilisation comme quoi finalement on pourrait craindre d'utiliser ces eaux usées parce qu'on ne sait pas véritablement comment elles sont traitées est-ce que vous diriez que la variable psychologique joue aussi dans le fait de peu les utiliser
je crois que la variable psychologique elle joue pour tout le monde pour tous les sujets encore une fois je ne veux pas esquiver la question mais en fait tout ça c'est de la pédagogie c'est-à-dire qu'à partir du moment où les gens sont au courant d'où provient l'euro qu'ils savent quelle est la filière de traitement comment l'eau arrive jusqu'au robinet il n'y a plus de barrière psychologique on peut l'affronter et sachez qu'une étude d'il y a quelques années d'une sociologue disait que plus de 50% de la population pensait que leur eau du robinet venait directement des stations d'épuration
donc voilà
il n'y avait pas de barrière psychologique donc c'est vraiment une pédagogie de diffuser l'information pour sensibiliser tout le monde à ses usages de l'eau d'où provient notre eau comment elle est traitée et comment la réutilise
alors on parlait tout à l'heure de faire des réserves d'eau et en ce moment il y a un sujet qui intéresse énormément c'est le sujet des bassines voire des méga-bassines mais au fait qu'est-ce que c'est ?
une méga-bassine qu'est-ce que c'est ? c'est un énorme cratère plastifié et donc rendu étanche au milieu entouré d'une digue en moyenne une méga-bassine fait 8 hectares c'est l'équivalent de 8 terrains de foot et certaines peuvent aller jusqu'à 18 hectares les méga-bassines ça ne se remplit pas grâce à l'eau de pluie mais par un pompage dans les nappes et les cours d'eau la construction de ces trous d'eau se fait à l'aide de très importants financements publics enfin l'eau des méga-bassines est utilisée notamment pour des cultures d'exportation
voilà les méga-bassines alors Antoine Gatet ce sont des projets alors là enfin même ça existe véritablement les méga-bassines et ça fait polémique on sent une véritable tension dans l'idée d'aller piocher dans la nappe phréatique pour se garder de l'eau
oui alors après il ne faut pas se tromper de débat quand même on n'est pas sur une seule agriculture on est sur plusieurs types d'agriculture on est sur le fait qu'on a un problème avec l'agriculture irriguée et l'agriculture irriguée aujourd'hui en France c'est 6% de la surface agricole utile c'est tout pourtant cette agriculture là est soutenue et continue d'augmenter plus 14% dans les dernières années donc c'est pas que la question de la consommation d'eau c'est bien aussi la question plus globale de la destruction des milieux et des nestés de réparation de restauration des milieux on a détruit des zones humides on a détruit des haies on a détruit la répicile on a recalibré des cours d'eau on a appauvri les sols avec ce modèle agricole productiviste des dernières années si on répare les fonctionnements naturels des eaux c'est pas des centaines de milliers de mètres cubes qu'on récupère c'est des millions de mètres cubes c'est à dire que avant le milieu naturel se débrouillait très bien tout seul pour gérer les eaux d'hiver pour les relarguer progressivement dans les eaux d'été avec un fonctionnement écologique en particulier grâce au sol qui fonctionnait très bien donc c'est ça le sujet quand on nous dit aujourd'hui on va faire des bassines on peut en faire autant qu'on veut les bassines ça ne règle pas le problème si on fait des bassines aujourd'hui ça a été fait en Espagne la sécheresse est encore plus dure aujourd'hui en Espagne on va avoir des problèmes encore plus importants demain et on va être obligé de continuer à faire des bassines demain et surtout on ne remet pas en question un modèle agricole productiviste global qui est un modèle destructeur et aménageur là où on devrait normalement dans le cadre des politiques de l'eau faire en sorte que les milieux aquatiques fonctionnent bien pour que les usages de tous soient importants il faut faire attention dans la responsabilité elle est commune mais elle est quand même différenciée dans l'eau potable et dans les usages vous avez de l'eau qui est prélevée et qui est restituée au milieu dans l'usage agricole et en particulier sur cette agriculture irriguée l'eau est prélevée mais elle n'est pas restituée et c'est bien ça le problème
ça paraît assez étonnant quand on découvre ça elle n'est pas en fait finalement elle n'est pas réutilisée
c'est à dire que vous avez une eau agricole pour les plantes qui s'évapore pareil quand on a des grandes retenues de ce type là on ne le dit pas assez toutes ces grandes retenues là il y a une part importante de ces retenues qui ne va pas être utilisée l'été mais qui va s'évaporer l'été donc on est sur une fuite en avant d'un modèle productiviste agricole qui refuse de se remettre en question contrairement à tous les enjeux de politique agricole qu'on a mis sur la table et auxquels on s'est engagé depuis longtemps et donc ces solutions techniciennes là ce n'est pas des solutions alors que ponctuellement la question du stockage pour certaines pratiques se pose pourquoi pas mais le sujet n'est pas là encore une fois le sujet c'est vraiment un sujet plus global d'agriculture et c'est un sujet plus global de milieu naturel et notamment de sol
voilà on le voit Nadou par exemple qui nous a écrit sur l'appli Inter quand on irrigue du maïs destiné à la méthanisation d'ailleurs à l'évage industriel est-ce raisonnable alors qu'on demande aux particuliers de se restreindre on voit en effet qu'il y a deux poids deux mesures qu'on a du mal à le comprendre de temps en temps Jean Lonnet en effet est-ce qu'il faut continuer aujourd'hui autour de ces bassines que le ministère de l'agriculture continue à les subventionner
alors peut-être rappeler que le Varenne agricole de l'eau et du changement climatique était sous double double parrainage des deux ministères de l'agriculture et de l'écologie bien sûr j'entends bien que le terme irrigation et quand on parle particulièrement du maïs il est très connoté négativement mais je veux aussi rappeler qu'on a bon nombre d'entreprises qui font de l'innovation et de la recherche du développement et qu'il est possible d'avoir recours à une irrigation elle-même éco-efficiente c'est-à-dire beaucoup plus économe justement dans l'accès à la ressource en eau et l'agroécologie c'est très bien voilà exactement et j'ai défendu le point de vue lors du Varenne de la nécessité d'avoir une connaissance exhaustive des prélèvements je suis persuadé qu'aujourd'hui ce n'est pas encore le cas et tout ça contribue à justement obscurcir la qualité du débat l'exhaustivité des comptages et des prélèvements d'eau c'est quelque chose qui me semble être primordial si on veut aborder un débat de façon apaisée je pense aussi que si vous le permettez juste un mot par rapport à la politique d'artificialisation des sols il y a un lien très fort avec la politique d'urbanisme et d'équipement des villes et des infrastructures je pense que tous ces sujets de disparition des zones humides de traitement et d'utilisation des eaux pluviales de la réutilisation des eaux usées traitées tout ça doit être accompagné aussi d'une lutte contre l'artificialisation des sols principalement en milieu urbain
Oui alors justement un petit mot Sylvain Barone nous avons des mails notamment de la part de Marivonne et d'autres qui nous disent à propos de sur les villes pourquoi ne pourrait-on pas rendre obligatoire dans les constructions neuves l'installation de citernes de récupération d'eau de pluie est-ce que ça par exemple ça pourrait être une solution
Oui mais encore une fois Non il faut faire feu de tout bois sur ces questions là donc je ne veux pas opposer le fait de récupérer l'eau et le fait de changer de modèle il faut tout utiliser je pense qu'il faut par contre se prémunir d'une croyance qui consisterait à penser que la solution est dans la technique je pense que c'est un mirage si on prend la réutilisation des eaux usées une question sur laquelle j'ai beaucoup de collègues qui travaillent sur ces sujets là c'est une solution qui est très intéressante mais qui ne peut être que très localisée pour différentes raisons si on prend le goutte à goutte qui est une forme d'irrigation de précision qui permet d'économiser de l'eau à la parcelle en fait il y a pas mal d'études qui montrent que quand on arrive à économiser l'eau à la parcelle souvent il y a ce qu'on appelle un effet rebond et que du coup on va irriguer plus de parcelles ou qu'on va irriguer des cultures qui ne l'étaient pas avant et donc tout ça peut conduire à une augmentation de la consommation globale de l'eau donc c'est pour illustrer l'idée ça peut être contre-productif en fait ça peut être contre-productif en tout cas ça doit certainement pas nous empêcher ou retarder des réflexions beaucoup plus globales et beaucoup plus structurelles sur notre modèle de développement
Allez l'or bleu est au coeur de notre discussion aujourd'hui quelle solution et bien pour le préserver c'est dans un instant dans le débat de nuit
C'est drôle c'est drôle c'est drôle on voit bouger des lèvres face au miroir on se demande encore à qui l'on a fait et quelqu'un viendra-t-il un jour accompagner nos silences doit-on croire en cette chance avance avance avance ne retiens pas ta peine la nuit c'est fait pour épuiser les poèmes avance encore ton visage jusqu'à la lumière et sous tes pas des sourires que tu ne vois pas qui t'éclaire et ton visage déjà qui se tourne en arrière ne va pas là-haut pourtant tes rêves t'ont guidé tu dis c'est pas le moment et puis le moment d'après tu dis c'est déjà trop tard demain peut-être mais demain tout redémarre tu ne vas la nuit s'avance ne retiens pas ta peine la nuit c'est fait pour avance encore ton visage jusqu'à la lumière ils sont devenus coiter ils ont fait des métoires qu'as-tu appris
Baptiste Baptiste W. Hammond avec jusqu'à la lumière sur Inter France Inter le débat de midi Jean-Mathieu Pernin dans le débat de midi on parle d'un sujet qui revient très régulièrement dans toutes les discussions c'est l'eau comment faire face comment essayer de préserver cette richesse qui avec la sécheresse est en train de fondre alors on voit ça aussi avec Marie Pettinati à votre avis est-ce que se restreindre aujourd'hui est la seule solution ?
Alors se restreindre c'est la première solution c'est celle qu'il faut respecter sur le dernier bulletin hydrologique on a vu ça c'est assez exceptionnel que les restrictions qui avaient été mises en place ont une incidence sur le ralentissement de la baisse du niveau des nappes je rappelle qu'en période estivale le niveau des nappes baisse naturellement et comme il n'a pas plu le mois précédent entre les deux mois d'édition de ce bulletin et bien on observe que sur des zones on a un effet bénéfique des restrictions d'usage donc ça c'est la première chose à respecter au niveau des solutions qui sont plus globales on a parlé de plusieurs choses bon l'agroécologie effectivement s'adapter sur ce secteur dans les industries et ça se fait de plus en plus les industriels optimisent l'utilisation de leur autre process avec une deuxième vie donc il y a des choses qui se font de ce côté-là il y a des progrès qui ont été faits dans ce domaine ensuite au niveau des collectivités on est de plus en plus sollicité pour penser la gestion de l'eau de façon intégrée donc ça nécessite d'avoir beaucoup de données donc ça c'est déjà une première chose d'améliorer et j'en parlais d'avoir des données sur les prélèvements de comprendre comment vont réagir comment vont réagir les systèmes pour savoir comment gérer l'eau pour retourner à un équilibre mais pas créer de nouvelles ressources vraiment ça c'est important donc on va avoir la récupération des eaux de pluie qui peut ça je pense que ça parle à chacun d'entre nous on peut le faire avec des citernes dans son jardin ça c'est sûr pour son usage personnel mais il y a des métropoles comme le Grand Lyon qui a fait de grands aménagements pour réduire déjà les îlots de chaleur pour réinfiltrer les eaux de pluie donc le plus souvent à la parcelle et que la nappe en bénéficie rapidement sur Bordeaux aussi on travaille sur ces questions de gestion d'eau pluviale à l'échelle de la métropole
donc il y a déjà des choses qui sont en train de se faire il y a une prise de conscience qui commence on va dire
c'est une prise de conscience qui est là depuis quelques années au niveau des collectivités et qui nous sollicite sur ces sujets et qui sont financés par des instruments de recherche pour qu'on avance là-dessus et financés par les agences de l'eau aussi pour avancer sur ces sujets
Alors Jean Launay Eric Piolle le maire de Grenoble écologiste s'est dit favorable à une tarification progressive de l'eau c'est-à-dire plus on utilise plus on paye est-ce que ça serait ça ce genre de solution aujourd'hui face à la sécheresse ?
ça peut être le cas il appartient puisque la gestion de l'eau elle appartient encore aux communes ou aux communautés de communes il appartient à chacun sur son territoire d'en décider collectivement dans le cadre de l'assemblée délibératrice qui porte le sujet mais je pense qu'il y a un point qu'il faut rappeler c'est qu'on ne crée pas de ressources on ne crée pas de ressources supplémentaires la ressource en eau elle est donnée et le sujet qui est devant nous c'est le fait qu'elle tombe dans des quantités quelquefois très violentes quelquefois très fortes de façon très violente et puis avec des périodes de rareté comme on en vit actuellement donc ne créant pas de ressources forcément on est obligé de se poser les questions du partage et puisque vous évoquiez tout à l'heure la question des citernes moi je suis pour ma part favorable et je suggère à ma place que pour les constructions individuelles de demain les permis de construire soient conditionnés l'obtention des permis de construire soient conditionnés à la fois à la mise en place d'une citerne et aussi d'une serre pourquoi ?
parce que dès lors qu'on a un peu de terrain autour de la maison individuelle pourquoi ? parce que certes il n'y a pas d'agriculture sans eau mais on peut aussi aller vers une alimentation plus locale vers des circuits courts et tout ça est un ensemble de politiques individuelles ou de politiques que les politiques publiques peuvent accompagner ou promouvoir
c'est ça mais Antoine Gaté on le voit on a beaucoup de messages à ce propos c'est est-ce que tout simplement il faut faire comprendre à quel point aujourd'hui l'eau se raréfie en frappant au portefeuille est-ce qu'il faut que la police intervienne davantage chez des particuliers ou alors que l'on aille aussi frapper au portefeuille des entreprises pour montrer l'exemple et essayer de monter le niveau des amendes
alors c'est vrai alors c'est vrai que la question de la taxation des usages est une vraie question aujourd'hui c'est pas les principaux consommateurs qui payent les politiques de l'eau en France c'est le particulier qui n'est pas le principal consommateur donc il faudrait commencer par taxer les usages de consommation massive et en particulier l'agriculture irriguée ça c'est un point important après quand on met en place des systèmes quand on met en place du droit de l'environnement et du droit de l'eau en particulier ça peut être effectivement bien qu'on arrive à le mettre en oeuvre et pour ça il faut des mécanismes de police administrative et des mécanismes de contrôle et éventuellement des mécanismes de sanctions je sais que Sylvain Baron en a beaucoup travaillé sur ça sur le fait qu'il n'y a pas du tout assez de moyens aujourd'hui dans les offices français de la biodiversité par exemple pour assurer le contrôle et la sanction des dégradations environnementales et des destructions des zones humides en particulier sur ces éléments donc le contrôle la sanction effectivement après tout ça il faut quand même le rappeler ça fait 30 ans qu'on a des institutions partout sur le territoire et dans chaque bassin versant parce qu'en fait il y a autant de problématiques d'eau qu'il y a de bassin versant et chaque bassin a sa problématique particulière dans lesquelles tous les acteurs de l'eau sont réunis dans lesquelles on est censé mettre en place des planifications pour traiter tous ces problèmes-là et c'est ce que je disais en début d'émission le fait est que cette sécheresse montre bien qu'on est sur un échec de ces politiques-là et cet échec il est en particulier au fait qu'un certain nombre de lobbies en particulier le lobby agricole productiviste posent des vrais problèmes sur la définition des volumes prélevables sur les mesures à mettre en oeuvre donc on a aussi ce problème-là qui fait que la justice sociale aujourd'hui n'est pas n'est pas n'est pas effective moi je reviens sur ce que disait Marie tout à l'heure elle a tout à fait raison on voit ça par rapport au débat entre le potager et de production familiale qui touche d'ailleurs il y a beaucoup de familles pauvres qui utilisent ça et c'est leur nourriture annuelle en milieu rural c'est très important c'est très important comme production et effectivement quand on voit par ailleurs que les golfs ont eux été négociés avec le ministère les mesures qu'ils devaient prendre en cas de sécheresse en fonction des crises des différents seuils on se dit qu'il y a effectivement deux poids deux mesures dans la façon dont on traite ces politiques-là et c'est dommage
et Sylvain Varone c'est ça c'est-à-dire qu'aujourd'hui il faudrait une législation plus contraignante ?
alors là aussi on peut jouer sur tout un tas d'instruments effectivement Antoine Gatté rappelait qu'en termes de redevances je rappelle que les redevances qui sont payées aux agences de l'eau sont payées à 90% à peu près par les usagers domestiques or ils ne représentent qu'une vingtaine de pourcents des prélèvements en eau donc il y a sans doute un enjeu à réfléchir à aller un peu plus vers de la fiscalité écologique alors les redevances de l'eau c'est pas du principe pollueur-payeur c'est pas de la fiscalité écologique c'est un autre principe l'idée c'était d'équiper le territoire national en station d'épuration au réseau donc on a mis le niveau de ces redevances à un niveau jugé politiquement acceptable on peut réfléchir à une évolution de ces redevances on peut jouer aussi sur la police de l'eau effectivement l'Office français de la biodiversité manque cruellement de moyens pour assurer ces contrôles on peut jouer sur la connaissance je pense que c'est indispensable pour avoir des diagnostics partagés on peut avancer aussi sur la vraie concertation on a plein de dispositifs de concertation je pourrais vous énumérer tout un tas de sigles donc ça veut dire que tout de même
il y a les instruments pour le faire on peut le faire
mais il n'y a rien à inventer
de nouveau en fait
on peut on a des instruments qui sont tout à fait intéressants qui sont parfois dévoyés qu'on pourrait utiliser à meilleur escient par exemple sur la concertation il y a des dispositifs qui existent mais il y a aussi beaucoup de négociations qui sont réalisées en marge de ces dispositifs de concertation entre des acteurs puissants donc ça pose tout un tas de questions
je voudrais vous faire écouter à quel point aujourd'hui l'eau est un problème pour tout le monde et parfois ça peut pousser à faire aussi la recherche de l'eau des choses assez effrayantes vous allez l'entendre certains préconisent une certaine radicalité comme au Canada c'est le nouvel or blanc du Canada dans ces icebergs de l'eau douce préhistorique totalement pure l'eau glace s'est formée il y a plus de 10 000 ans bien avant toute pollution humaine ces colosses ont accompli une migration de plus de 2000 km des glaciers du Groenland jusqu'à Terre-Neuve l'eau potable qu'ils renferment se vend dans le monde entier l'exploitation des icebergs mode d'emploi Voilà donc c'était un sujet France 2 en 2016 Marie Péténatine vous imaginez des solutions aussi radicales un jour que celle-ci qui semble totalement surréaliste absurde et effrayante en même temps
Non bah absolument pas en tout cas c'est pas c'est pas en ce sens qu'il faut aller clairement encore une fois l'exploitation des icebergs c'est peut-être aussi l'illustration des extrêmes et de je cherche de la nouvelle ressource à tout prix alors qu'elle est là elle est dans nos rivières elle est sous nos pieds et c'est à nous de mieux la gérer
C'est ça en tout cas c'est exactement le message aussi qu'on voulait entendre merci beaucoup en tout cas à vous quatre le débat de midi va desservir tout simplement le couvert merci beaucoup donc Marie Péténatine merci Sylvain Barone Antoine Gattet et Jean Lonnais également merci au service technique de France Bleu Limousin et France Bleu Gare Lozère pour avoir assuré cette liaison cette émission a été préparée par Stéphanie Valois Anaïs Poncin programmation musicale Juliette Lorphelin également réalisée par Théo Raison et à la technique c'est Benjamin Troncin un petit mot tout de même pour vous dire que c'est fini pour moi le débat de midi en tout cas j'ai été très très heureux de pouvoir vous présenter cette émission remarquable pendant trois semaines avec une équipe très étonnante et fabuleuse et toujours pleine d'idées donc c'est toujours très excellent de travailler avec eux merci donc également à Victorien Thomas Pénélope Tricard et Benjamin Woutok lundi ça sera donc Thomas Chevineau et oui il reviendra ça y est aux commandes peut-on se déplacer sobrement voilà une belle question je vous souhaite un très bon week-end sur France Inter bien sûr