Droits de douane : "L'Europe se fait marcher dessus face à Donald Trump" (Antoine Armand)
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
La grande interview de repin à 8h14. Nous recevons Antoine Armand. Bonjour.
Bonjour. Député ensemble pour la République de Haute Savoie, ancien ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Antoine Armand.
Est-ce que les discours et les coups de semon du premier ministre François Bairrou dernier en date, c'était le 15 juillet, on suffit. On apprend ce matin qu'à 17h aujourd'hui sortira un podcast FB direct. François Bairou veut parler directement au aux français du budget, de la nécessité de redresser les comptes publics.
Il faut recourir à tous les dispositif pour convaincre les Français. Oui, je crois qu'il faut recourir à tous les dispositifs comme vous dites pour une raison très simple et je l'ai vécu comme bref ministre, c'est que nous n'avons pas aujourd'hui collectivement en France la conscience de la gravité de la situation. Je vous donne un seul exemple.
On parle souvent de 5 % de déficit. Vous en parlez à vos antennes, on en parle y compris dans les débats en société. 5 % de déficit, ça peut sembler pas beaucoup.
Qu'est-ce qu'il y a derrière ? Derrière, il y a 150 milliards d'euros de déficit de l'État. Alors, alors que nos recettes sont seulement de 300 milliards d'euros.
Mais si vous avez quelqu'un qui gagne 300 3000 € par mois et qu'il a 150 € de déficit, on voit bien que la situation est très grave. Donc oui, je crois que le Premier ministre a raison de vouloir communiquer communiquer toujours plus directement avec les Français pour qu'ils perçoivent la gravité de la situation et l'urgence de notre situation budgétaire. Bon, ça fait quand même 50 ans que la dette et le recours à l'emprunt ont été les pratiques favorites de notre pays pour financer notre système euh social.
C'est une facilité à laquelle il ne faut plus recourir. C'est une facilité à laquelle nous ne pourrons bientôt plus recourir parce que nous serons rattrapés, nous sommes déjà rattrapés par le remboursement de la dette. qui va dans les prochaines années le seul remboursement des des intérêts de la dette être le premier poste budgétaire de l'État devant l'éducation nationale, devant la défense.
Un pays digne de ce nom qui se projette dans l'avenir ne peut pas accepter ça. Et donc oui, vous avez raison de parler de de facilité parce que au fond quand vous discutez en France, vous trouvez souvent des gens qui veulent taxer davantage et vous trouvez très peu de gens qui veulent accepter de dépenser moins alors que c'est une nécessité. Et d'ailleurs, 72 % des interrogés dans un sondage les échos montrent que les efforts demandés seraient trop important.
Euh comment est-ce qu'on peut les convaincre ces Français ? Mais d'abord, je pense qu'il faut avoir une discussion concrète sur les différents sujets qui sont mis à l'œuvre. Est-ce que l'État peut continuer à réduire ce qu'on appelle son train de vie ?
Est-ce que les collectivités peuvent aussi parvenir à faire un effort équilibré qui ne met pas en cause l'investissement local ou est-ce qu'on considère avant tout que au fond rien n'est possible ? Nous sommes le pays qui dépense le plus dans l'Union européenne. Ça veut dire que nos dépenses publiques sont les plus importantes et en même temps nos impôts sont les plus importants de l'Union européenne.
Alors si on trouve qu'il y a pas de problème, moi je veux bien. Mais si on s'arrête une seconde sur le diagnostic, on est bien obligé de constater que dans chacun des domaines, on doit pouvoir faire des efforts, on doit pouvoir faire des économies pas sur le dos des services publics, mais tout simplement sur la question de l'efficacité de la dépense. C'est pour ça que la ministre du travail chance lance la chasse aux fraudes sociales.
Euh Catherine Vrin espère récupérer 13 milliards d'euros dans dans cette lutte. Elle a employé un mot euh trahison. Je vous cite la définition d'une trahison.
C'est le crime d'une personne qui trahit, qui passe à l'ennemi de manquer au devoir de fidélité. La frotte sociale est une trahison. Vous aussi, Antoine Armand, vous souscrivez à cette accusation.
Mais c'est un mot fort, mais c'est un mot qui traduit la gravité de du délit qui est commis quand on a une fraude sociale ou une fraude fiscale d'ailleurs. Pourquoi ? Parce que quand on est citoyen, on est citoyen, on contribue évidemment par des cotisations, par des impôts, on doit contribuer, mais on doit aussi, on a des devoirs, celui de l'exemplarité, celui de l'éthique, de ne pas voler dans la caisse de tout le monde parce que l'État, c'est censé être la caisse de tout le monde.
Et qu'est-ce qu'on observe aujourd'hui ? Et bien, on observe que la fraude sociale, la plus importante, elle vient souvent de quelques fraudeurs qui fraudent de grandes quantités d'argent public avec parfois des montages très compliqués dans le domaine de la santé, dans le domaine du social, avec parfois des sociétés écran et c'est extrêmement dur de trouver tous les responsables et c'est pour cela qu'il est absolument indispensable de le faire parce que sinon c'est un coup de canif dans le contrat social en permanence. C'est une manière de euh pour les gens qui payent des cotisations, qui payent des impôts et qui eux ne vont pas souvent réclamer telle ou telle aide.
Pour eux, c'est une manière de se dire "Oui, l'État prend en compte le besoin de justice." Alors, on peut faire des économies pour redresser les finances publiques, on peut aussi produire plus de richesse. Mais comment on produit plus de richesse si on se prend 15 % de droits de douane américain à partir de jeudi ?
C'est la menace qui a été brandie par Donald Trump. La France espérait engager un bras de fer dur avec les États-Unis, mais finalement et bien Orzola Vlon a serré la main du président américain et la France elle semble un peu noyée au milieu de l'Union européenne. Pourquoi on ne nous écoute pas Antoine Armand ?
Force de constater d'abord que la présidente de la Commission européenne n'a pas réussi. Elle n'a pas réussi à instaurer un rapport de force et elle n'a pas réussi alors que comme vous en parlez régulièrement sur vos antennes, ça fait des mois que cet accord est en discussion puisque les menaces de Trump ont maintenant des mois et bien qu'elle n'a pas réussi à trouver un accord. Alors, j'entends qu'on parle d'accord déséquilibré, mais disons-nous les choses.
C'est pas un accord déséquilibré, c'est un accord qui est fondamentalement mauvais puisque il s'agit pour donner le prime de nous imposer des droits de poines. Mais non seulement il y a pas de contrepartie, en plus devons acheter des énergies fossiles américaines et en plus nos entreprises devraient investir aux États-Unis. Donc de deux choses une ou bien c'est irréaliste.
Et dans ce cas-là, c'est symbolique. Mais ça veut dire quoi ? Ça veut dire que c'est de la soumission politique aux menaces de Donald Trump ou bien c'est très réaliste et dans ce cas-là c'est de la soumission économique et nous ne devons pas nous y résoudre.
Alors sans doute d'autres États européens se sont dit c'est un moindre mal, c'est une manière d'éviter davantage et c'est la logique de Donald Trump de toujours plus menacer. Mais nous devons continuer. J'ai entendu président de la République le gouvernement dire que le combat n'était pas fini.
Nous devons continuer pour obtenir des contreparties, pour obtenir des exemptions parce que l'Europe ne peut pas se faire marcher dessus toute la journée. Ce n'est pas une option pour notre continent, c'est pas une option politique face aux menaces de Donald Trump. Oui, mais Antoine Armand, vous faites partie du du socle commun et vous vous rappelez les propos du président de la République, du premier ministre, mais j'ai le sentiment quand même que le socle commun et le camp présidentiel s'expriment comme s'ils étaient dans l'opposition, comme s'ils n'avaient pas en fait la main.
Euh si si euh comme s'il n'était pas aux affaires finalement, il ne pouvait pas peser dans la discussion européenne pour contraindre la la présidente de la Commission européenne à aller dans le sens que la France souhaite. Il y a deux choses. La première c'est comme vous le savez l'Union européenne a la compétence de la politique commerciale.
Autrement dit, c'est la présidente de la Commission qui va négocier en direct avec nos partenaires commerciaux. Et là, il y a une première difficulté que Gabriel Atal avait d'ailleurs relevé, c'est que ce type d'accord dans une démocratie, dans des démocraties européennes doit pouvoir à un moment ratifié par le peuple, c'est-à-dire par le Parlement européen ou par les Parlements nationaux. Il n'est pas question qu'une personne puisse négocier l'ensemble de l'avenir économique du continent européen.
Et puis la deuxième chose, c'est que vous avez en Europe de très nombreux pays de plus petites tailles qui se disent "Au fond, il vaut mieux qu'on accepte toutes les concessions euh qui sont nécessaires auprès de Donald Trump. Pourquoi ? Et bien pour espérer que ça aille mieux.
Mais l'histoire et l'attitude de Donald Trump ces dernières années nous a montré que plus on accepte, plus on est considéré comme faible par le président des États-Unis et plus les conséquences sont lourdes. Donc notre travail, le travail de la France, c'est de convaincre ses partenaires qu'il faut dire stop et qu'il faut obtenir des contreparties. Mais quelle contrepartie on peut encore exiger la 48 he de l'entrée en vigueur ?
Il peut y avoir le le président, le gouvernement l'ont dit, il peut y avoir des contreparties dans les dans les secteurs qui sont exemptés. Il peut y avoir des contreparties également en terme d'investissement ou d'accords commerciaux et industriels. C'est une négociation très ouverte à l'image de Donald Trump.
Simplement, il faut et je sais que la France joue ce rôle dans ces dans ces jours-ci, il faut que l'Europe soit capable de montrer qu'elle est dans un rapport de force et que nous n'accepterons pas tout. Et c'est ça, je le dis ici avec du regret. qui a beaucoup marqué, c'est le sentiment au fond que la présidente de la Commission européenne se trouvait prête à accepter euh un rapport euh d'une puissance, les États-Unis, à un simple marché, l'Europe, l'Europe doit être une puissance parce qu'elle en est une.
Donc, elle doit se comporter comme une puissance politique et pas en permanence comme une puissance économique, mais un géopolitique. Alors, certains expliquent que l'attitude de la présidente de la Commission européenne était certes aux antipodes de l'attitude française qui voulait maîtriser l'animal politique Donald Trump et essayer au risque de se faire mordre d'ailleurs. Alors que là, Orelova, Vanerlion et bien elle a serré la main du président américain, de l'auteur de l'art du deal et donc l'affichage est là et désormais on a calmé Donald Trump et on pourrait peut-être rationnellement euh faire avancer euh nos euh nos nos volontés.
C'est le grand argument de des amateurs de la politique du moindre mal. Regardez, nous avons signé un deal, le président est maintenant le président des États-Unis est maintenant apaisé. Il y a une question qu'il faut se poser en permanence, c'est pour combien de temps et à quel prix ?
Pour combien de temps est-ce que nous avons ce deal et dans combien de temps le président des États-Unis va revenir toquer à notre porte pour dire finalement c'est pas 15 %, c'est 20. Et puis à quel prix ? Si c'est au prix de l'achat de 750 milliards d'euros de gaz de chiste, de pétrole et d'uranium américain pendant 3 ans, je ne suis pas vraiment sûr que ça va aller le coup.
Merci Antoine Armand. Merci beaucoup d'être venu en direct sur Europe 1, député ensemble pour la République de Haute Savoie, ancien ministre de l'économie, des finances et de l'industrie. Merci d'être venu avec nous en
Antoine Armand