"Le Rassemblement national est nul sur les questions de travail", estime le député François Ruffin
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:15OuverteRéponse directe
Pourquoi le travail ?
- 1:36RelanceRéponse partielle
Comment vous différenciez du nouveau Premier ministre, François Ruffin, qui a prononcé 40 fois le mot « travail » dans son discours de politique générale et qui a consacré une minute de son discours de politique générale à l'Assemblée nationale à se préoccuper des horaires des agents de nettoyage ?
- 2:53OuverteRéponse directe
C'est la thèse de votre livre, c'est-à-dire qu'on a privilégié le coût du travail, c'est-à-dire à une stratégie low cost sur le travail, plutôt que le travail lui-même.
- 4:39OuverteRéponse directe
Alors, politiquement, justement, comment vous expliquez que plus les Français souffrent au travail, ou bien que plus leur souffrance soit peu entendue, mal entendue, mal comprise, ou alors carrément niée, plus ils se tournent vers le Rassemblement National ?
- 5:01RelanceRéponse directe
Parmi les électeurs de Marine Le Pen, 60% se disent pas assez reconnus professionnellement. Comment vous expliquez qu'ils se tournent vers Marine Le Pen ?
- 5:21OuverteRéponse directe
D'ailleurs, vous les appelez à ce syndiqué. Vous dites « syndiquez-vous, syndiquez-vous, syndiquez-vous ».
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:26Invité politiqueFait
« on entendait non aux deux ans de plus, non aux 64 ans, mais on entendait aussi beaucoup de mal-être, beaucoup de malaise au travail. »
- 0:38Invité politiqueFait
« des charistes qui, avec la commande vocale, étaient passés de 100 colis à 350 colis par jour »
- 0:51Invité politiqueFait
« des infirmières dont on use la vocation parce qu'elles n'ont pas le temps de prendre un moment sur le lit d'une mamie »
- 1:09Invité politiqueFait
« tout ça se traduit en mal de dos, en anxiété, en accident du travail, en maladie professionnelle »
- 1:16Invité politiqueFait
« On fait même bien pire, il faut voir que le travail s'est alourdi par rapport à il y a 40 ans. »
- 1:33Invité politiqueFait
« tout le médico-social qui aujourd'hui se porte très mal et sont quasiment paralysés. »
- 2:17Invité politiqueFait
« La première chose, ça a été les délocalisations, qui est une recherche du mal-travail à l'autre bout du monde. »
- 2:23Invité politiqueFait
« Ça a été le choix de la sous-traitance, qui est une maltraitance. »
- 3:27Invité politiqueChiffre
« Un ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, qui est de droite, avait chiffré rien que le stress à 4% du PIB. »
- 3:53Invité politiqueChiffre
« On a aujourd'hui plus de 100 000 départs pour inaptitude vers Pôle emploi par an. »
- 4:25Invité politiqueChiffre
« En 10 ans, ça a doublé. En 10 ans, on est passé de 50 000 personnes qui sortent broyées du marché du travail à 100 000 par an. »
- 7:24Invité politiqueFait
« dans un coin comme le mien, quand on a élargi avec généralité à la Slovaquie, à la Roumanie, et ainsi de suite, ça produit la délocalisation de Whirlpool, de Newell, de Magneti, Marelli »
- 8:29Invité politiqueChiffre
« un pays comme l'Ukraine, de 45 millions d'habitants, avec un salaire minimum qui est sous les 200 euros »
Temps de parole
- François Ruffin73 %
- Présentateur27 %
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Sonia De Villers, votre invitée ce matin et députée LFI NUP de la Somme. Et il publie aux éditions des Liens qui libèrent un livre intitulé « Mal travail, le choix des élites ». Le livre est petit et il est rouge. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Pourquoi le travail ?
Pourquoi ? Parce que déjà l'an dernier, pendant le conflit des retraites, quand on allait dans les manifestations ou sur les ronds-points, on entendait non aux deux ans de plus, non aux 64 ans, mais on entendait aussi beaucoup de mal-être, beaucoup de malaise au travail. Et avec cette expression qui revenait en boucle, qui était « On ne respire plus ». Donc c'était du mal au dos, c'était du mal aux épaules, mais c'était aussi ça. Et c'était des charistes qui, avec la commande vocale, étaient passés de 100 colis à 350 colis par jour et rentrant chez eux et disant à leurs femmes « Ok, ok, ok », répondant comme si ils étaient encore en commande vocale.
C'est des infirmières dont on use la vocation parce qu'elles n'ont pas le temps de prendre un moment sur le lit d'une mamie, mais qu'elles sortent de la chambre en reculant avec la pression du temps. Et donc, tout ça, ça produit un grand mal-être, un grand malaise au travail qui a un coût pour la société. Qui a un coût ? Alors évidemment un coût parce que tout ça se traduit en mal de dos, en anxiété, en accident du travail, en maladie professionnelle et en fait, bien pire que tous les pays européens qui nous entourent en la matière. On fait même bien pire, il faut voir que le travail s'est alourdi par rapport à il y a 40 ans. Et ça a un coût.
Ça a un coût pour la sécurité sociale, ça a un coût humain évident, mais ça a un coût aussi parce que ce sont des secteurs entiers, par exemple, tout le médico-social qui aujourd'hui se porte très mal et sont quasiment paralysés.
Comment vous différenciez du nouveau Premier ministre, François Ruffin, qui a prononcé 40 fois le mot « travail » dans son discours de politique générale et qui a consacré une minute de son discours de politique générale à l'Assemblée nationale à se préoccuper des horaires des agents de nettoyage ?
D'abord, vous savez, ils ont la valeur travail dans la bouche et en même temps...
En fait, toute la classe politique a la valeur travail dans la bouche.
Et depuis 40 ans, pas de problème, ils ont la valeur travail dans la bouche et depuis 40 ans, ils écrasent le travail. C'est un choix de nos dirigeants politiques et économiques depuis 40 ans maintenant d'écraser le travail. Alors ça se passe comment ? Ça se passe par... La première chose, ça a été les délocalisations, qui est une recherche du mal-travail à l'autre bout du monde. Et la France a fait bien pire que les pays qui nous entourent en la matière. Ça a été le choix de la sous-traitance, qui est une maltraitance. Et quand Gabriel Attal parle des femmes de ménage, il ne parle pas de la sous-traitance. Ici, j'ai vu la femme de ménage dans l'entrée du couloir à France Inter.
Ce n'est pas France Inter, ce n'est pas l'administration publique, c'est Atalian, c'est une entreprise privée. Donc si on ne règle pas les contrats de sous-traitance, on ne va pas s'en sortir. Bon, c'est la question des cadences. Et quand je dis « on ne respire plus », aujourd'hui, c'est la question des cadences. C'est la transformation de métiers qui avaient des statuts et des revenus en des bouts de boulot. Et ça, c'est la multiplication des contrats d'autants, d'entrepreneurs.
C'est la thèse de votre livre, c'est-à-dire qu'on a privilégié le coût du travail, c'est-à-dire à une stratégie low cost sur le travail, plutôt que le travail lui-même.
C'est-à-dire qu'il y a un choix des dirigeants économiques, mais ce n'est pas moi, vous savez, maintenant, sur tout ça, il y a des constats scientifiques d'économistes, de chercheurs, de sociologues du travail, et qui disent « voilà, depuis 40 ans, on ne considère pas le travail comme un atout, mais on le considère comme un coût qui est à diminuer et à écraser. » Et avec, je le redis, des conséquences économiques qui sont aujourd'hui importantes. Un ancien ministre du Travail, Xavier Bertrand, qui est de droite, avait chiffré rien que le stress à 4% du PIB. Donc on est sur des sommes qui sont absolument, aujourd'hui, gigantesques. Regardez, un chiffre. Je vous demande de retenir un chiffre.
100 000, parce que c'était le point de départ, en fait, de mon enquête sur le mal-travail. C'était, on me parlait d'inaptitude. De plus en plus de gens qui me disaient « dans ma boîte, il y a des collègues qui partent pour inaptitude ». Je me demandais si c'était vrai. Donc j'ai demandé le rapport accident du travail maladie professionnelle, le faire pour éclaircir ce point-là. On a aujourd'hui plus de 100 000 départs pour inaptitude vers Pôle emploi par an. Je ne sais pas si on se rend compte. 100 000, ça veut dire que c'est plus, enfin c'est ma ville qui serait licenciée d'un seul coup, Damien.
C'est toute la construction automobile qui, chaque année, partirait broyer psychiquement ou physiquement. Et alors, là où on voit la complicité du ministère du Travail, la complicité de nos dirigeants, c'est que j'ai des échanges épistolaires avec eux, comme rapporteurs de la branche ATMP. Et ils me répondent « il n'y a pas de hausse ». C'est faux. En 10 ans, ça a doublé. En 10 ans, on est passé de 50 000 personnes qui sortent broyées du marché du travail à 100 000 par an. Et on nous dit « il n'y a pas de problème ». Si jamais, c'est le gros souci, on ne peut pas traiter ça politiquement si on refuse à le voir.
Alors, politiquement, justement, comment vous expliquez que plus les Français souffrent au travail, ou bien que plus leur souffrance soit peu entendue, mal entendue, mal comprise, ou alors carrément niée, plus ils se tournent vers le Rassemblement National. Parmi les électeurs de Marine Le Pen, 60% se disent pas assez reconnus professionnellement. Comment vous expliquez qu'ils se tournent vers Marine Le Pen ?
D'abord, le mal-travail n'est pas une fatalité. Ça a été un choix. Je le redis, c'était un choix. Et disons-le, c'est un choix qui rapporte gros. Pourquoi on ne règle pas ce problème ? Parce que c'est un choix qui rapporte gros. Parce que ça supposerait un partage du pouvoir à l'intérieur de l'entreprise et de faire que les salariés puissent discuter de comment ils s'organisent, comment ils sont pressurisés.
D'ailleurs, vous les appelez à ce syndiqué. Vous dites « syndiquez-vous, syndiquez-vous, syndiquez-vous ».
C'est le mode, l'outil qu'on a aujourd'hui pour s'impliquer dans le monde du travail, c'est le syndicat. Moi, j'en appelle.
Et d'ailleurs, vous précisez au passage que grâce au syndicat, trois Français sur quatre se sont restés mobilisés tout au long de la bataille des retraites.
Donc les syndicats sont un outil. Moi, ce que j'en appelle, c'est qu'il y a des solutions qui sont classiques en la matière des préventeurs, des médecins du travail, de l'inspection du travail, la reconnaissance des troubles psychiques en maladie professionnelle, parce que c'est une épidémie.
Pourquoi Marine Le Pen ? Pourquoi est-ce qu'il se tourne vers le Rassemblement National ?
Pourquoi je m'intéresse au travail ? C'était votre première question. Et c'est bien pour cette raison-là aussi. Pourquoi ? Parce que je vois que dans un coin comme le mien, la Picardie, le Rassemblement National, le Front National, en vérité, c'est installé par le travail. C'est installé par le travail méprisé, le travail délocalisé, qui fait qu'on a du ressentiment dans l'entreprise qui bascule en ressentiment public. Et si ça, ce n'est pas pris en charge avec une transformation de la colère en espoir, eh bien, ça reste du côté du Rassemblement National. Alors que, et c'est là que je pense qu'on a une chance, on a un boulevard devant nous. Pourquoi ?
Parce que le Rassemblement National, au fond, est nul sur les questions de travail. Il n'a rien à dire sur l'intérim, il n'a rien à dire sur les CDD, il n'a rien à dire sur les auto-entrepreneurs, il n'a rien à dire sur l'univers du travail aujourd'hui.
Mais ça fait combien d'années que la gauche est dans l'opposition ? Ça fait combien d'années que Jean-Luc Mélenchon est dans l'opposition ?
Je peux vous parler. Pour moi, ça fait 40 ans que je suis dans l'opposition, je pense que je suis né dans l'opposition.
Pourquoi est-ce que les ouvriers ont-ils placé la candidate du Rassemblement National en tête avec 68% de leur suffrage ? 68% des suffrages ouvriers ! Pourquoi est-ce qu'ils s'intéressent à Marine Le Pen et pas à Jean-Luc Mélenchon ?
Madame de Villers, vous savez, personne n'a plus conscience que moi de cette difficulté aujourd'hui dans le pays. Personne ne se bagarre plus que moi pour récupérer un électorat populaire. Maintenant, ça ne se fait pas en claquant des doigts, ni pour Jean-Luc Mélenchon, ni pour moi.
Quand on a un Front National qui est installé depuis le milieu des années 80, et qu'en vérité, on a une gauche qui a été une gauche d'accompagnement, qui a par exemple accepté les allergissements européens sans que ça pose de difficultés, dans un coin comme le mien, quand on a élargi avec généralité à la Slovaquie, à la Roumanie, et ainsi de suite, ça produit la délocalisation de Whirlpool, de Newell, de Magneti, Marelli, et je peux vous en citer 15 autres à la suite.
Justement, en ce moment, vous entretenez une relation épistolaire très intéressante avec Raphaël Glucksmann, qui sera le probable candidat du Parti Socialiste aux élections européennes, et vous vous opposez notamment sur la question de l'Ukraine. Lui, il dit, de toutes ses forces, il faut que l'Ukraine entre dans l'Union Européenne. Et vous, vous lui rappelez de toutes vos forces, les délocalisations, pardonnez-moi, dont votre région a souffert, et le million d'emplois industriels qui ont été détruits.
D'abord, les échanges que j'ai avec Raphaël Glucksmann se déroulent autrement que via l'étalage des rancœurs sur Twitter. Et il y a un désaccord qui est posé sur la table. Moi, ce qui ne me va pas du tout, c'est quand Raphaël Glucksmann dit « si vous êtes hostile à l'entrée de l'Ukraine dans l'Union Européenne, votez pour le RN ». On leur a fait déjà assez de cadeaux comme ça, ça va. Donc, quand il y a un pays comme l'Ukraine, de 45 millions d'habitants, avec un salaire minimum qui est sous les 200 euros, et une agro-industrie, je pense que ça pose des questions, et qu'on ne peut pas juste dire en termes de géopolitique et de générosité, c'est nécessaire.
Vous savez, la générosité, je l'ai dit, ce sont les ouvriers de mon coin qui l'ont payé sur les élargissements européens.
Mais qu'est-ce que vous faites de la guerre ?
Ce ne sont pas les idiotorialistes qui sont ici, ce ne sont pas les journalistes qui sont payés, ce ne sont pas les députés qui ont payé ça.
Qu'est-ce que vous faites de la guerre ? Qu'est-ce que vous faites de la guerre en Ukraine ? C'est un problème de bourgeois de s'occuper de l'Ukraine et des victimes de l'Ukraine ?
Pas du tout. Par contre, dire qu'il doit y avoir automatiquement une entrée de l'Ukraine dans l'Union Européenne, sans se poser les questions des conséquences que ça va pouvoir avoir sur notre agriculture et notre Indre-Russie, non. Il doit y avoir la possibilité d'interroger ça, de se demander à quelles conditions ça doit être fait, qu'est-ce qu'on met comme préalable à ça ? Ça peut être un basculement de plus pour notre industrie.
J'ai une dernière toute petite question. Il y a un hommage qui sera rendu demain pour les 42 victimes françaises des attaques du 7 octobre perpétrées par le Hamas. Il sera présidé par Emmanuel Macron. Est-ce que la France Assoumise y a sa place ?
Je pense que ce sont des moments, quand la nation pleure ses morts, où l'on devrait pouvoir se rassembler sans polémique nos politiques. Maintenant, j'entends autre chose. J'entends que des parents qui pleurent à leurs enfants ont tous les droits.
Merci.
Merci à vous.
François Ruffin