Discours de Raphaël Glucksmann au lancement du Mouvement du 1er juillet
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 50 %Attaque 35 %Défensif 15 %
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 5:29Raphaël GlucksmannFait
« interdit aux associations françaises de distribuer de l'eau et de la nourriture à des êtres humains à Calais. »
- 6:02Raphaël GlucksmannFait
« Moi, je réponds que quand Gérard Collomb est ministre de l'Intérieur, il y a besoin d'avoir une gauche en France. »
Temps de parole
- Présentateur100 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle claude-sonnet-5 · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonjour à tous. On ne va pas se mentir, il ne fait pas très beau. Il fait même très moche. Le fond de l'air est frais, le PS est moribond, les verres sont à l'agonie. Et pourtant, moi, je suis heureux. Je suis heureux d'être ici. Je suis heureux aussi qu'une nouvelle ère s'ouvre. Alors, elle s'ouvre, cette nouvelle ère, sur des ruines. Mais ces ruines, elles étaient inévitables. Elles étaient nécessaires. Il fallait, en fait, que le vieux meure pour que quelque chose de neuf puisse advenir.
Il fallait que des vieilles structures politiques qui ont trahi trop de promesses, qui ont tari trop de pensées, que ces vieilles structures politiques qui ressemblent de plus en plus à des églises sans fidèles ou à des états-majors sans troupes, et bien que ces vieilles structures politiques disparaissent et laissent la place à quelque chose d'autre, quelque chose d'excitant, quelque chose d'enthousiasmant, quelque chose qui fasse à nouveau envie à un peuple de gauche qui, lui, n'a pas disparu. J'en suis convaincu.
Alors, on nous explique très doctement que l'espace n'existe pas, que finalement, eh bien, il faut choisir entre un monarque et un prophète, que la raison, c'est évidemment et uniquement Macron, et que l'opposition, c'est évidemment et uniquement Mélenchon. Eh bien, moi, je ne crois pas du tout à ces évidences qui n'en sont pas. Moi, je crois que s'il y a une leçon à tirer du succès, du triomphe même, on peut le dire, on peut l'admettre, d'En Marche ces derniers mois, eh bien c'est que le paysage politique n'est jamais ossifié, que les choses ne sont jamais acquises, que tout peut changer très vite, et que fondamentalement, eh bien, plus rien ne sera jamais ossifié. Et qu'il y a cet espace.
Il y a cet espace. J'en suis convaincu pour une gauche qui soit résolument démocratique, résolument sociale, résolument écologique et résolument pro-européenne. Oui, et cet espace que nous allons faire exister tous ensemble, chacun selon nos prérogatives, nos orientations, nos désirs, eh bien cet espace, ce sera un espace de délibération collective. Collective. Parce que moi, je n'en peux plus de ce culte français de l'homme présidentiel. Moi, je pense qu'on peut vivre sans roi, et qu'on peut vivre aussi sans prophète. Moi, je pense qu'on peut dire « nous » au lieu de « je ». Je pense qu'on peut vivre sans sectarisme ni césarisme.
Et je pense surtout que « à vos ordres, chef », ne peut pas être le slogan de la gauche. Alors, je préférerais toujours, moi, le chaos des débats enfiévrés, eh bien, au silence assourdissant des sectes. Montesquieu écrivait que lorsque vous entrez dans un territoire qui s'appelle République, et que tous les gens sont d'accord avec leur chef, eh bien, ceci n'est pas une République, ceci est un cimetière. Et donc, ce que nous devons inventer ensemble, c'est un mouvement qui n'est pas ce caporalisme des cimetières. Un mouvement qui vive un espace commun. Un espace commun qui soit un espace progressiste.
Parce qu'au renouvellement de Macron, il ne faudra pas opposer des gardiens de musée à la mine aigrie. Au renouvellement proposé par Macron, qui, à mon avis, n'en est pas un, eh bien, il faudra opposer une invention permanente. L'invention des nouveaux droits sociaux du XXIe siècle. L'invention de cette transition écologique qui reste notre horizon absolu et qui n'en est qu'à ses débuts. L'invention d'une démocratie réellement européenne, d'une Europe réellement démocratique. L'invention, la réinvention de ce vieux rêve de Hugo, d'une fédération européenne démocratique. C'est cela que nous devons faire ensemble. Inventer les droits du XXIe siècle.
Inventer les conquêtes sociales du XXIe siècle. Alors, on nous dira que nous sommes utopistes. Que, eh bien, nous sommes de doux rêveurs. Mais qu'est-ce que c'est que la politique ? Il faut s'intéresser. Qu'est-ce que c'est que la politique, si ce n'est pas cela ? Inventer de nouveaux horizons pour transformer le réel. Si la politique, c'est juste, puisque c'est le grand mot aujourd'hui, être pragmatique. Si la politique, c'est juste gérer le réel, alors il faut la laisser aux technocrates. Et il faut la laisser aux comptables. Mais la politique, ça ne peut pas être cela. La politique, ça ne sera jamais cela. Et cet espace, ce sera un espace de lutte.
On en parlera, puisqu'il y a des gens qui viendront témoigner là-dessus. Ce sera un espace de lutte pour que les droits des plus faibles sur notre territoire ne soient pas constamment violés. Et les plus faibles aujourd'hui, parmi les plus faibles, ce sont les migrants et les réfugiés. Et au moment où on est ici, où on se parle, eh bien, notre police, la police française, interdit aux associations françaises de distribuer de l'eau et de la nourriture à des êtres humains à Calais. Eh bien, nous combattrons cela. Alors moi, j'ai l'habitude, on va nous taxer de bisounours. Tout ça parce qu'on explique qu'en gros, en France, eh bien, un être humain a le droit de boire de l'eau.
Ça vous vaut d'être taxé d'être bisounours. Mais on assumera cela. Et quand on nous dit qu'on n'a pas besoin de gauche en France, moi, je réponds Gérard Collomb. Moi, je réponds que quand Gérard Collomb est ministre de l'Intérieur, il y a besoin d'avoir une gauche en France. Quand on me dit qu'il n'y a pas besoin de gauche en France, eh bien, moi, je réponds Gérard Darmanin. Je pense que quand Darmanin est ministre du Budget, il y a besoin d'une gauche en France. Je réponds Calais, je réponds Laroya, je réponds délit de solidarité. Je réponds que dans un pays où il y a ce délit de solidarité, eh bien, il y a besoin d'une gauche humaniste et droit de l'homiste même en France.
Je réponds qu'on a besoin de solidarité. On a besoin de gauche, oui, mais alors pas de cette gauche qui a mené exactement la même politique que Gérard Collomb pendant cinq ans vis-à-vis des réfugiés et des plus faibles. Pas cette gauche-là, pas cette gauche qui, face au drame des réfugiés, n'a pas osé prononcer un quart du dixième des mots qu'a su trouver une chancelière de droite en Allemagne. Mais pas non plus d'une gauche qui flirte avec le nationalisme, avec le souverainisme, avec l'autoritarisme. Pas d'une gauche qui, quand elle voit le drapeau européen dans l'Assemblée nationale, s'explique « C'est quoi ça ?
» Eh bien, ça, c'est le drapeau d'une Europe unie qui est un vieux rêve de la gauche française, exactement, et qui est notre avenir. Nous voulons d'une gauche sans poutinisme, sans autoritarisme, sans faiblesse vis-à-vis des régimes autoritaires parce qu'elle n'est elle-même pas autoritaire. Une gauche capable de se mobiliser pour Alep ou pour Grozny, tout aussi bien qu'elle s'est mobilisée hier pour Santiago du Chili contre Pinochet. Alors, chers amis, on ne doit pas se résigner, parce que quand on voyage en France, ce que je fais tout le temps, il n'y a jamais eu autant d'associations, il n'y a jamais eu autant de forums, il n'y a jamais eu autant de débats, d'agoras.
L'énergie existe absolument partout dans ce pays. Le désir et l'envie aussi. Les rêves, enfin, existent. Mais il faut inventer le nouveau langage politique, le nouveau débouché politique, la nouvelle idéologie, oui, n'ayons pas peur du mot, la nouvelle idéologie politique qui corresponde à ses rêves, à ses désirs, à ses envies. Il faut tout reprendre à zéro, il faut accepter de tout reprendre à zéro, y compris notre langage. Vous savez, nous utilisons à gauche des mots qui se sont progressivement vidés de leur substance, qui ne veulent plus rien dire. On prend un exemple, vivre ensemble.
On a péroré pendant des années au Parti Socialiste sur ce vivre ensemble, tout en acceptant de vivre de plus en plus séparés, tout en acceptant que des ghettos arrivent sur le territoire national. Alors, ce qu'il va falloir faire, ce n'est pas prôner le vivre séparé à la place du vivre ensemble, mais c'est redonner du sens à cela, redonner de la substance à notre propre vocabulaire. Et là-dessus, ce ne sera pas un concert de hip-hop ou des petites mains jaunes qui vont suffire à recréer un peuple.
Donc, il faut reconstruire des structures communes, inventer un service civique universel, faire en sorte que les Français qui naissent à Paris, à Trappes, à Saint-Malo, dans un village alsacien ou dans un village du sud de la France, eh bien, se croisent à nouveau, fassent à nouveaux peuples ensemble, appartiennent à des structures collectives qui n'existent plus ou qui sont toutes en crise aujourd'hui. Et ça, c'est notre tâche à tous, pas seulement aux politiques, mais aussi à tous les citoyens. C'est une tâche immense qui nous attend aujourd'hui et tous les jours qui suivent pendant des mois et des mois, des années et des années.
Eh bien, moi, c'est ça qui me réoptimise parce que c'est exaltant. Voilà pourquoi je suis heureux. Alors oui, je pense que le PS, je suis désolé, je pense que le PS doit mourir. Mais je pense que la gauche, elle, va vivre. Je pense... J'ai croisé des amis qui appartiennent à un autre parti politique. Je pense aussi que les Verts sont déjà morts. Mais je pense que la grande aventure de la transition écologique n'en est qu'à ses débuts. Je pense que l'Europe, oui, telle qu'elle est aujourd'hui, est dans une impasse. Mais je pense que nous en sommes qu'au début de la grande aventure politique européenne, de la création d'une démocratie européenne.
Alors on n'a pas le droit, aujourd'hui, d'écouter ceux qui nous disent que nous n'avons pas d'espace. On n'a pas le droit d'écouter, aujourd'hui, même notre propre résignation. On n'a pas le droit d'être résigné. Parce que, finalement, nous n'avons plus ni structure, ni monarque. Eh bien, c'est une excellente nouvelle. Nous allons enfin pouvoir penser par nous-mêmes. Et nous allons pouvoir, enfin, agir ensemble. Donc, faisons que cet enterrement des vieilles structures de la gauche soit une grande fête, une grande célébration et le début d'une nouvelle aventure. Voilà. Merci beaucoup et bon courage. Merci.
Merci. Merci. Merci. Merci.