Spécial "Super Tuesday USA" : "Les jeux sont déjà faits, ce sera un match Trump-Biden"
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Chapitres
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Questions et réponses
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En 2024, y a-t-il du suspense, des incertitudes ?
- 2:51OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il peut y avoir un peu de suspense ce soir dans ce Super Tuesday ?
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Donc pour vous, elle se retire ce soir ?
- 4:24OuverteRéponse directe
Pourquoi les investisseurs ont continué de mettre de l'argent sur la campagne de Nikki Haley ?
- 6:37OuverteRéponse directe
Aujourd'hui, la justice peut-elle l'empêcher encore d'être candidat ?
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Expliquez-nous ce qui se passe dans votre parti, le parti républicain.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Je crois qu'on est déjà fixé. »
- 1:32InvitéFait
« Nikki Ely, l'ancienne gouverneure de Caroline du Sud, n'a pas de chemin vers la nomination parce que mathématiquement, au regard des premières primaires et des premiers caucus, elle ne pourra pas remporter cette nomination. »
- 4:44InvitéChiffre
« On est face à un futur candidat du parti républicain qui est face à 91 chefs d'accusation dans 4 procès différents. »
- 5:36InvitéFait
« Plusieurs États avaient potentiellement invoqué le 14e amendement de la Constitution pour déclarer Donald Trump inéligible au vu de son action en marge des émeutes du 6 janvier. »
- 7:56InvitéChiffre
« On a fait un sondage il y a deux jours dans le New York Times qui montrait Trump gagnant avec 48% contre 43%. »
- 9:03InvitéFait
« Il y a aujourd'hui une domination totale de Trump sur votre parti. »
- 10:03InvitéFait
« C'est absolument véridique. On n'avait jamais vu ça. »
- 10:24InvitéFait
« Donald Trump est le grand favori pour la prochaine élection. »
- 12:53InvitéFait
« Donald Trump, c'est quand même quelqu'un qui a essayé de renverser la démocratie américaine en 2020 et qui n'accepte toujours pas les résultats de cette élection. »
- 13:23InvitéChiffre
« Joe Biden a 81 ans. »
- 13:40InvitéFait
« Pour les jeunes, pour les Noirs américains, pour les gens sans éducation universitaire, il y a une perte constante de soutien à Biden. »
Temps de parole
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C'est une table ronde ce matin sur la journée la plus attendue de la campagne présidentielle américaine tous les 4 ans. Le Super Tuesday, ce moment où des dizaines de millions d'électeurs de 15 états choisissent le candidat du camp républicain, du camp démocrate pour la confrontation finale. Pour en parler, au micro d'Inter, Célia Belin, spécialiste des Etats-Unis, directrice du Conseil Européen pour les Relations Internationales. Le CFR, c'est un think tank, comme on dit en français, indépendant. Roger Cohen, chef du bureau parisien du New York Times. Et Nicolas Conquer, porte-parole du parti républicain américain en France, le Grand All Party Overseas.
Bonjour à tous les trois et bienvenue à ce micro. Alors en général, le Super Tuesday, c'est la journée de toutes les surprises, de tous les rebondissements. Il y a du suspense, de l'incertitude jusqu'au bout de la nuit. Mais ça, c'était valable en général. Voilà, c'était avant. En 2024, y a-t-il du suspense, des incertitudes ? Demain matin, on sera fixé, ce sera le match retour. Trump-Biden en novembre prochain, Célia Belin.
Je crois qu'on est déjà fixé. En fait, il n'y a pas de suspense. On se demande même pourquoi en faire une journée spéciale et venir dans les médias pour en parler.
Ah bah, merci. On va passer un disque.
Exactement, parce qu'en fait, le sentiment, c'est vraiment que les Jeux sont déjà faits. Nikki Ely, l'ancienne gouverneure de Caroline du Sud, n'a pas de chemin vers la nomination parce que mathématiquement, au regard des premières primaires et des premiers caucus, elle ne pourra pas remporter cette nomination. Et donc, elle pariait peut-être sur un chemin judiciaire. Mais là, jusqu'à... Enfin, on le sait déjà un peu d'avance et ce sera un match Trump-Biden. Roger Cohen, vous aussi, ça vous demandait pourquoi vous vous invitez à ce moment-là ? Je suis content d'être ici, merci quand même. C'est gentil. Je ne suis pas entièrement d'accord avec Célia.
Je pense qu'il y a un peu de suspense dans le sens qu'il y aura une décision importante à prendre pour Nikki Haley. Est-ce qu'elle va continuer dans la campagne ? Et ça va dépendre de sa performance. Il y a des États plus libéraux, comme la Minnesota et d'autres, où elle pourrait avoir un résultat assez positif. Elle a gagné quand même dans le district de Columbia, c'est-à-dire à Washington, la première fois qu'une femme gagne une primaire républicaine. Et donc, je pense que quand même, la chose qui va compter, c'est est-ce qu'elle va se retirer ? Si elle se retire, est-ce qu'elle va déclarer qu'elle soutient Donald Trump ? Ce qui n'est pas clair. Elle pourrait se retirer et ne rien dire.
Ou est-ce qu'elle va continuer, ce qui va compliquer quand même la vie de Donald Trump ? Nicolas Conquer, votre avis à vous, est-ce qu'il peut y avoir un peu de suspense quand même ce soir dans ce Super Tuesday ? Est-ce qu'il y a des États où vous regarderez un peu les performances ? Ce que dit Roger Cohen, est-ce qu'elle va se retirer ou pas ? Est-ce qu'elle va soutenir Trump ou pas ? Alors, il y a plusieurs questions.
La première, c'est qu'effectivement, elle sort remontée un petit peu dans son estime, parce qu'après avoir enchaîné plusieurs défaites dans l'ensemble des États, à commencer par l'Iowa, où non seulement elle est arrivée troisième derrière Ron de Santis, là, elle remporte une petite victoire dans le district de Columbia, ce qui est assez révélateur. D'ailleurs, même pour Trump, elle est soutenue par toute la caste de l'establishment de Washington D.C.
Maintenant, dans le Super Tuesday, ces États, il y a à peu près un tiers des délégués à ramasser à la fin de cette soirée-là, et la majorité de ces États sont dans une logique winner takes all, c'est-à-dire que c'est le vainqueur qui va ramasser tous les délégués. Et je peux vous assurer qu'elle va sortir avec quasiment pas de délégués, et à la suite de ça, elle n'aura pas forcément le choix, elle n'aura plus les ressources pour se maintenir dans la course. Donc pour vous, elle se retire ce soir ? C'est derrière, est-ce que les investisseurs, les donateurs suivent dans une course qui est vouée à l'échec, dans laquelle elle n'a aucune chance de l'emporter ?
Est-ce qu'elle-même va faire le choix d'assurer un avenir politique en se préparant pour les prochaines échéances ? Ou est-ce qu'elle va elle-même continuer cette lutte et ses courages d'intestine en empêchant de se préparer à le combat final contre Biden ? Il n'a pas planifié des pubs ou des événements pour après, mardi. Donc ce qui indique qu'ils pensent quand même à se retirer. Vous parlez des investisseurs. Pourquoi les investisseurs ont continué de mettre de l'argent sur la campagne de Nikki Haley ? Pourquoi ? Parce qu'il y a une forme de résistance quand même au parti républicain de l'ancienne garde qui n'a pas envie de se donner complètement corps et âme à Donald Trump ?
Je pense qu'il y avait surtout une forme d'incertitude. On était une incertitude notamment judiciaire. On est face à un futur candidat du parti républicain qui est face à 91 chefs d'accusation dans 4 procès différents. Et jusqu'à il y a assez peu, on pouvait quand même légitimement s'interroger de savoir s'il allait être en mesure de se présenter, si les républicains et le public en général allaient se détourner de lui en cas d'une condamnation, voir s'il pouvait être à un moment vraiment pas en capacité d'être là puisque en prison.
Alors maintenant, on a vu, étant donné le déroulement de ces procès, qu'il est très peu probable en fait que Donald Trump soit condamné d'ici au mois de novembre. Parce qu'il y a une décision très importante de la Cour suprême, expliquez-la, qui est en gros une forme de blanc-seing à Trump. Non, il y a deux décisions. Alors il y en a une qui a eu lieu hier.
Hier, sur le Colorado.
Voilà, où le Colorado et le Maine également, plusieurs États avaient potentiellement invoqué le 14e amendement de la Constitution pour déclarer Donald Trump inéligible au vu de son action en marge des émeutes du 6 janvier en disant qu'il s'était rendu coupable d'insurrection. Et donc à ce titre, il ne pouvait pas se présenter. Et la Cour suprême a cassé cette décision.
En estimant que c'est au Congrès de prendre ce type de décision.
Voilà, que ce n'est pas aux États à l'unanimité. Donc là, c'est très très clair. En revanche, il y a une deuxième procédure. Enfin, il y en a de nombreuses, mais il y a une deuxième qui sera devant la Cour suprême, qui est de savoir si Donald Trump a une immunité totale en tant que président. Si ce dont il se serait peut-être rendu coupable le 6 janvier, il est en fait face à une immunité totale. Ça, la décision, ce sera finalement fin avril. Et donc, le fait d'avoir repoussé à fin avril repousse d'autant le procès. Donc, il y a très peu de chances qu'il soit condamné d'ici novembre. Et du coup, ça rend la possibilité de trouver une alternative à Trump inutile à ce stade.
Aujourd'hui, la justice peut-elle l'empêcher encore d'être candidat ? Ou quoi qu'il arrive, il le sera, Roger Cohen ?
Non, je crois qu'il sera candidat. Le premier procès criminel commence le 25 mars, donc d'ici peu. C'est la première fois qu'un ex-président des États-Unis confronte une telle chose. Ceci est le cas concernant Stormy Daniels et de l'argent qu'il aurait payé pour cacher le fait qu'il avait dû une histoire sexuelle avec cette femme. Et comme il a manipulé sa comptabilité pour cacher ce paiement, il y a quand même pas mal d'Américains qui pensent qu'un homme qui est confronté par tant d'accusations, enfin 91 quand même, n'est pas digne d'être le président des États-Unis. Mais ceci dit, je crois qu'il y a un écart d'enthousiasme important.
Enfin, les gens qui soutiennent Trump le soutiennent passionnément. Les gens qui soutiennent Joe Biden le soutiennent faute de mieux en général. Il y en a qui sont enthousiastes. C'est ce qu'on pouvait lire dans votre journal. Il y a quelques jours, on lisait le manque de mobilisation côté Biden des troupes par rapport à la folie Trump. Oui, on a fait un sondage il y a deux jours dans le New York Times qui montrait Trump gagnant avec 48% contre 43%. Bon, on est à huit mois quand même de l'élection, mais ça c'est un écart assez important. Et une des ironies de cette situation, c'est que Nikki Haley contre Biden dans les sondages, elle gagne, mais très largement.
Je pense qu'au fond, les Américains avaient l'impression sur Trump qu'ils vivaient mieux. Ils avaient plus d'argent et ils ne mettent pas dans leur tête le fait que Biden a dû confronter la guerre en Ukraine, l'inflation, une crise globale économique et que l'économie américaine a résisté quand même. Et que l'économie américaine va bien. Elle n'a pas eu de performance qu'elle a eue sous Trump, mais c'est pas mal. Mais ils ont l'impression de vivre moins bien. On va revenir à l'aspect économique, mais Nicolas Conquer, expliquez-nous ce qui se passe dans votre parti, le parti républicain. Il y a aujourd'hui une domination totale de Trump sur votre parti.
Il est le candidat, il y a une fascination, il y a un désir de Trump ? Déjà, c'est important de remarquer qu'il y a une unification du GOP. Le parti républicain est unifié et arrive à mobiliser toutes ses ressources en vue de mettre un républicain à la Maison Blanche, à l'horizon de novembre prochain. Ça se fédère autour de Donald Trump, mais au-delà d'une personnalité, c'est surtout la ligne qu'il incarne. La ligne America First, dans laquelle il y a différents candidats qui étaient à la primaire et qui ont un peu navigué dans cette même voie. On a vu des Rennes de Santis, on a vu des Vivek Ramasvani, donc c'est un courant assez majoritaire.
Derrière, ça n'empêche pas qu'il y a différentes voies qui se sont exprimées au cours de cette course à la primaire. Et même Nikki Haley, on voit qu'elle arrive à solliciter quelques votes. Mais on dit que, quand même, c'est des voix qui s'expriment en faveur d'autres candidats, ils vont revenir à la maison au moment de l'élection présidentielle. Ils vont se reporter sur la primaire et bien. Et vous, c'est votre candidat, par exemple ? Absolument, j'ai pu me porter sur d'autres candidats, parce qu'on le donnait pour mort il y a deux ans, Donald Trump, politiquement, personne ne lui donnait la moindre chance. Aujourd'hui, vous êtes un vrai de vrai Trumpiste.
Il marque le plus grand comeback historique en politique. Personne ne le voyait au vu de toutes les affaires. Ça, c'est une étagération. Non, c'est absolument véridique. On n'avait jamais vu ça. Il n'était jamais totalement hors de combat. Tout le monde, c'est pour ça, il est tellement, on voulait, maintenant, il n'était pas relevant, il n'était pas pertinent, tellement il devenait favorable. On est venu instruire toutes sortes de persécutions politiques, judiciaires, en vue de l'évincer de manière politique, plutôt que de laisser la voix des urnes s'exprimer. Donald Trump est le grand favori pour la prochaine élection. Et de fait, ce n'est pas ni Biden, ni le fait de le critiquer qui va...
Célia Belin, vous disiez à notre micro, Trump a une sorte d'emprise sur l'électorat républicain qui est absolument fascinée. Il y a une sorte de culte de la personnalité qui se poursuit, qui s'est ancrée. Quel est le ressort de cette fascination ?
On a aux Etats-Unis un premier phénomène qui est que Donald Trump, depuis 40 ans, 50 ans, est une célébrité absolue. Ce qui a été élue, la personnalité qui a été élue en 2016 face à une Hillary Clinton extrêmement décriée, c'est avant tout une célébrité qui s'est présentée, qui a été très fortement moquée par les médias à l'époque, en disant « ce n'est pas sérieux, voyons ».
Et une célébrité qui est mue par une idéologie nouvelle, qui vient d'une droite radicale populiste, qui a, à un moment, parlé aux Américains, dans le contexte d'une élection en 2016, où on avait une candidate tout à fait ancrée, présente depuis plus de 30 ans, dont les gens étaient fatigués également, et on a préféré la célébrité à la candidate fatiguée. Et manifestement, c'est encore le cas. Eh bien, c'est exactement le même cas. En fait, ce qu'on voit depuis trois élections, c'est ce phénomène des double haters, c'est-à-dire de la double haine pour les deux candidats.
C'est des électeurs américains, et là, il serait à hauteur de 19% d'entre eux, qui disent « mais moi, je n'aime ni Donald Trump, ni Joe Biden ». C'était le cas en 2016, Hillary Clinton, Donald Trump, et ça a profité à Donald Trump. En 2020, c'était le cas également, puisqu'il faut se souvenir que même si Joe Biden avait gagné ses primaires, il y avait eu cette vague progressiste qu'il n'incarnait pas. Et donc, beaucoup de gens ont dit « mais moi, je n'aime aucun des deux ». Mais ça a profité à Joe Biden.
Là, cette année, pour le moment, Joe Biden remporte un tout petit peu les double haters de quelques points, mais ce n'est pas, on le voit dans les derniers sondages, encore vraiment suffisant. Et en tout cas, il y a cette espèce de dégoût fluctuant. Et donc, la question qui va se poser pour les démocrates, c'est comment remobiliser ces double haters, ces gens qui disent « ne pas aimer aucun des deux ». Et peut-être, c'est en faisant monter les enjeux, en disant « finalement, avec Donald Trump, ce sera tellement pire. Vous avez beau ne pas aimer Joe Biden, Joe Biden, c'est le choix rassurant. Voilà, vous ne l'aimez pas trop, mais faute de mieux, prenez-le.
En revanche, il faut rejeter Donald Trump. Roger Cohen, comment remobiliser l'électorat démocrate ? Je pense que ça va être difficile. Il faut dire que Donald Trump, c'est quand même quelqu'un qui a essayé de renverser la démocratie américaine en 2020 et qui n'accepte toujours pas les résultats de cette élection et qu'il y a eu cet assaut au Capitole qu'on a tous vu. Et je pense qu'ils vont essayer de dire « est-ce que vraiment, à la fin, vous voulez un tel président ? » Le problème pour une mobilisation, c'est que Joe Biden a 81 ans. Il faut le dire très directement, c'est son âge. À part son âge, il n'a pas eu une mauvaise présidence, on ne peut pas le dire.
Pour les jeunes, pour les Noirs américains, pour les gens sans éducation universitaire, il y a une perte constante de soutien à Biden. Maintenant, Donald Trump est aussi capable de faire, je ne sais pas, d'autres gaffes, mais en général, il se compare à Navalny, il a fait toutes les choses que je viens de dire, mais le soutien pour lui reste très fort, y compris parmi ceux qui sont autour de cette table. Oui, Nicolas Conquer, on a donc... Il ne semble pas être gêné par un candidat qui se compare à Navalny. Vous n'êtes pas gêné par un candidat qui se compare à Navalny ou qui a voulu détruire la démocratie américaine ? Je reprends les termes de Roger Cohen en face de vous.
C'est effectivement, est-ce qu'il y a eu une instrumentalisation de la politique par l'exécutif ? Je ne vais pas rentrer plus dans la comparaison, mais de fait... Il s'est comparé à Navalny. La semaine dernière, il n'a pas condamné Poutine pour la mort de Navalny. Il y a différents opposants politiques qui ont été tués en Russie. Je pense que c'est les choses qu'il a pu condamner dans le passé. En ce qui le concerne, Donald Trump fait l'objet de persécutions politiques en raison d'une instrumentalisation de la justice et du ministère de la justice américain de Mary Garland par l'administration Biden. C'est des procureurs qui ont été élus sur des plateformes pour faire tomber Trump.
Ce n'est pas tant le crime, c'est qu'il faut abattre politiquement Trump. Pardon, j'essaie de comprendre, parce que c'est intéressant, j'essaie de comprendre. Il y a peut-être ce que vous dites, c'est-à-dire une persécution judiciaire, c'est ce que vous essayez de dire. Mais enfin, il parle, Trump. Il dit que Poutine fait du bon travail, qu'il continue, c'est notre allié, par exemple. Ça, vous êtes d'accord ? Je ne pense pas qu'il dise qu'il fait du bon travail. Il incite les membres de l'OTAN à payer leur contribution dans leur budget de défense, de manière à ce que ça ne pèse pas uniquement sur le contribuable américain de devoir financer l'effort de défense des autres membres de l'OTAN.
Et il obtient des résultats, ce faisant.
Question, Daniel, sur l'application, toujours pour essayer de comprendre le vote Trump, Célia Belin. Pourquoi donc une partie de la population vote Trump ? Motivation précise, raison, quel profil ? Énorme question, désolée.
Énorme question. En une minute, on a une population américaine dont on voit que vote en priorité pour Donald Trump une répartition géographique du cœur de l'Amérique et de la Bible Belt, de la ceinture biblique dont on dit cette Amérique conservatrice qui a toujours voté républicain.
Mais ce que Donald Trump a réussi à faire, c'est aussi à mobiliser la classe ouvrière blanche américaine, mais également, maintenant, on le voit, la classe ouvrière noire et la classe ouvrière latino, les Américains qui n'ont pas d'éducation universitaire et qui retrouvent chez Donald Trump un récit pour l'Amérique, ce récit qui est « America first », l'Amérique en premier, l'Amérique d'abord, mais aussi le récit de « Make America great again », redonner sa grandeur à l'Amérique.
Et donc, c'est un candidat qui joue sur la nostalgie, qui joue sur l'opposition, une forme de lutte des classes en disant « il ne vous écoute pas », qui joue sur les guerres culturelles, « vous êtes des vrais conservateurs » et de l'autre côté, il y a une dérive progressiste qui ne correspond pas à l'Amérique. Donc, c'est ces ressorts nostalgiques, ces ressorts conservateurs qui se réexpriment, mais c'est parce que c'est Donald Trump également, c'est-à-dire que c'est aussi une personnalité qui est sans tabou, qui fascine, qui est une célébrité, et qui est une forme d'emprise sur sa base électorale, qui est mobilisée derrière.
Un gourou, dit Samuel, notre auditeur. Il faut le voir comme un dirigeant de secte. Qu'est-ce que vous en pensez, Nicolas Conquer ?
Je pense que c'est un véritable chauvin. On a parlé de sa carrière en tant d'améniateur, de businessman à succès, et qui arrive à galvaliser les foules. Il fait des meetings où il réunit des dizaines de milliers de personnes.
C'est la politique, je ne vais pas vous faire de l'or, c'est vraiment la société du spectacle, il incarne ça à merveille, et on tremble, on pleure, on rit, lorsqu'on va à des rallies, il mobilise des gens qui attendent dans le froid des heures durant, et il est capable de prononcer des discours qui tapent sur les différents problèmes auxquels Joe Biden est en échec, et qu'il y a ce côté, alors que Joe Biden serait incapable de prononcer un discours de plus de 90 secondes avec un prompteur. Donald Trump, lui, arrive à mobiliser ces gens-là, et c'est lui à qui ils ont été... Qu'est-ce que vous répondez, Roger Cohen ? Voilà, Nicolas Conquer, il défend une position...
Je pense qu'il faut reconnaître qu'on vit dans un monde où le phénomène de Trump, ce n'est pas un phénomène isolé, on vit dans un monde post-idéologique, où la politique de l'émotion, la politique de la distraction, la politique justement du spectacle, est très forte, et où il y a une montée de soutien pour le nationalisme, contre l'immigration, et pour des leaders forts. Ça, c'est l'époque où on vit, et Trump incarne cette époque. Donc, ça donne une force plus large, dans un sens, à son mouvement.
On passe au standard d'Inter, on nous attend Tulip, Tulip qui nous appelle d'Occitanie. Bonjour et bienvenue. Bonjour. On vous écoute.
Eh bien, moi, j'ai une question, je suis désolée, c'est peut-être un peu idiot, mais en fait, je ne comprends pas pourquoi on ne parle jamais de Kamala Harris, cette femme qui donnait tellement d'espoir. Je ne sais pas si elle a fait quelque chose qui fait qu'on ne la voit plus, elle a disparu des radars, mais comment ça se fait que cette femme, qui avait l'air tellement incroyable au moment de la présidentielle, disparaît ? Pourquoi elle ne peut pas être la nouvelle présidente des Etats-Unis à la place de Joe Biden, il y a 2 millions d'années ?
La vice-présidente, la vice-présidente. Merci Tulip pour cette question, Roger Cohen.
Qui s'est déclarée il y a 3 jours, elle s'est déclarée il y a 3 jours prête. Justement, Tulip, elle vient de réapparaître comme ça, en déclarant qu'il devrait y avoir un cessez-le-feu immédiat à Gaza. Et je pense justement que Joe Biden a choisi de dire à Kamala ceci, parce qu'elle est restée tellement invisible. On lui a donné une question un peu empoisonnée pendant les 4 dernières années, c'est-à-dire l'immigration, qui ni les républicains, ni les démocrates ont pu résoudre les problèmes à la frontière avec la Mexique.
Et puis quand même, il y a une certaine humanité, parfois, qui semble manquer à Kamala, elle semble un peu froide, elle ne convainque pas les gens, mais là, elle est réapparue, et peut-être, parce que si on vote pour Biden, il a 81 ans, il y a une possibilité réelle, s'il est élu, qu'en fait, Kamala Harris deviendra présidente des Etats-Unis. Et donc, si elle reste sur le ticket, la seule personne qui est moins populaire encore que Joe Biden, qui a vraiment, il est aussi autour de 40% de Joe Biden, ce qui est extrêmement faible, personne n'est réélu sur cette base de popularité-là.
Et la seule personnalité qui est moins populaire que lui, c'est Kamala Harris, parce qu'elle a montré qu'elle a fait complètement d'inactions sur la gestion de la crise migratoire, et que dans ses différentes prises de parole à l'international, lors de l'invasion en Ukraine, ses propositions se sont avérées tout à fait une stratégie qui a été complètement fallacieuse, couvert d'échecs, et qu'elle n'a pas la stature pour endosser le rôle de président des Etats-Unis. Célia Belin ? Ça a été la déception, quand même, cette femme. Elle n'a pas réussi à émerger. C'est vrai que ce que disait Tulipe, notre auditrice, c'est vrai qu'il y a eu une envie de Kamala Harris il y a 4 ans. Elle n'a pas...
Ce n'est pas entièrement vrai. Kamala Harris était sur le ticket gagnant il y a 4 ans. Elle est devenue la vice-présidente, c'est-à-dire qu'elle a servi l'objectif qui était le sien de mobiliser une base progressiste, féminine, noire-américaine, diverse. Elle représentait tout ça. Ensuite, elle a eu énormément de mal en tant que vice-présidente. C'est un poste maudit, on le sait, les vice-présidents n'arrivent pas à sortir du lot. Très rarement, ils deviennent, en réalité, président s'il n'y a pas le décès ou la disparition du président en exercice. Mais elle a fait un peu son retour avec la problématique de l'avortement. Et depuis, le rejet par la Cour suprême de Roe v.
Wade et la remise en cause de l'accès à l'avortement sur l'ensemble du territoire américain et cette incapacité du Congrès de passer une loi fédérale pour protéger ce recours à l'IVG, on a Kamala Harris qui a repris de l'ampleur. Là, de nouveau, comme l'a rappelé Roger Cohen, elle essaie de se positionner aussi sur des questions de politique étrangère. Et je pense que, en particulier, la question de l'avortement va lui permettre de mobiliser ces marges qui sont absolument nécessaires.
Si Joe Biden doit l'emporter en novembre, ce sera sur cette question de l'avortement et du retour en arrière qu'a représenté la présidence Trump en disant qu'on ne peut pas le laisser retourner au pouvoir parce que ce phénomène va continuer. Les Américains perdent des droits, ce droit-là en particulier. Mais la campagne Biden-Harris essaie de faire le point de dire qu'il y a d'autres droits qui seront menacés si Donald Trump revient au pouvoir. Et donc, elle s'est avérée, elle n'est pas une excellente femme politique, on le sait. Elle a des chiffres d'approbation très bas, plus bas que ceux de Joe Biden. Simplement, sur certains thèmes, elle a fait porter sa voix et ça depuis 2022.
Roger Cohen, il y a quelques semaines vous étiez à ce micro, vous nous avez dit je ne crois pas que Trump sera réélu président. Vous le pensez toujours aujourd'hui ? en cette veille de Super Tuesday ? J'hésite plus qu'il y a quelques semaines, hélas, en lisant les derniers sondages et il y a une vraie possibilité que Donald Trump sera élu au mois de novembre. Tout le monde sait que je pense que ça serait quelque chose de très négatif pour le pays et pour le monde.
Le monde est beaucoup plus dangereux maintenant qu'en 2016 avec deux guerres en Europe, au Moyen-Orient et c'est un homme sans centre moral qui voit tout à travers son égo et c'est dangereux, c'est dangereux mais la possibilité est réelle.
Et vous, Nicolas Conquer, votre pronostic, je l'imagine ?
Bien sûr, nous on est très confiants mais je pense qu'il ne faut pas uniquement prendre ces sondages comme étant les vrais bulletins et qu'il va falloir mobiliser tout un appareil politique pour aller ramasser l'ensemble des bulletins là où les règles permettent. Les démocrates l'ont bien fait en 2020, ils ont obéi par les règles donc c'est à nous et le parti républicain va être très présent sur le terrain pour aller chercher chacune des voies là où il le faut pour qu'on puisse porter Donald Trump à la présidence.
Votre intime conviction Célia Belin sur l'issue de cette élection ?
La campagne n'est juste pas encore faite. Les américains sont en rejet des deux candidats en réalité malgré une base plus enthousiaste du côté de Donald Trump et donc les démocrates peuvent encore essayer de convaincre qu'il faut rejeter Donald Trump une nouvelle fois.
Merci à tous les trois Célia Belin, Roger Cohen, Nicolas Conquer. Merci beaucoup.