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Interviewfranceinfo — L'invité éco (sur Site radio)· 9 janvier 2024 8 minFond programmatiqueÉducation & rechercheSolidarités & famille

Éducation : améliorer le système scolaire est "plus facile à faire" avec "un personnel qui se sent considéré", selon l'économiste Esther Duflo

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 10 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:32OuverteRéponse directe

    Sur France Info, cette nomination, qu'est-ce qu'elle envoie comme message, comme signal, selon vous, aux profs et aux élèves ?

  • 2:46OuverteRéponse directe

    Et comment est remédié justement ?

  • 2:59FerméeRéponse directe

    Est-ce que c'est une bonne idée ?

  • 4:38OuverteRéponse directe

    Et donc vous, ce que vous préconisez, c'est plutôt d'aborder les questions des inégalités scolaires de manière empirique à travers des expérimentations et après de voir un petit peu si elles fonctionnent ou pas.

  • 6:22FerméeRéponse directe

    Et donc il faut augmenter les rémunérations ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:30InvitéFait
    « le système éducatif français est en difficulté »
  • 1:54PrésentateurChiffre
    « la France recule, 22e aujourd'hui en maths, sur les 32 pays de l'OCDE, 24e en compréhension de l'écrit avec des inégalités scolaires qui sont très fortes »
  • 2:07InvitéChiffre
    « l'enquête PISA existe depuis 2000 et depuis 2000 la France a un score moyen relativement faible »
  • 2:30InvitéFait
    « La France est le pays de l'OCDE où l'origine sociale est la plus prédictrice des succès ou des difficultés en éducation »
  • 3:24InvitéFait
    « les expériences qui ont eu lieu dans d'autres pays ne sont pas concluantes pour les groupes de niveau permanents »
  • 5:03InvitéFait
    « la rémunération des enseignants est la plus faible par rapport aux rémunérations des autres gens au même niveau d'éducation »
  • 5:18InvitéFait
    « Les pays de l'OCDE où les enfants font le mieux, comme par exemple la Corée du Sud, sont les pays où les enseignants sont les mieux payés »
  • 6:14InvitéFait
    « les concours de recrutement ne sont pas pourvus »
  • 6:44InvitéPromesse
    « pour faire passer la France au niveau même moyen de l'OCDE, et si possible un petit peu au-delà du niveau moyen, c'est de commencer par avoir une augmentation de rémunération inconditionnelle »

Temps de parole

  • Invité71 %
  • Présentateur29 %

1,3 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonsoir à toutes et à tous et bonsoir à vous Esther Duflo. Bonsoir. Vous êtes prix Nobel d'économie, professeur au MIT, aux Etats-Unis et au Collège de France. Au Collège de France où vous allez ce vendredi inaugurer un cycle de conférences dédiées à l'éducation. L'éducation, justement, le tout nouveau Premier ministre Gabriel Attal en vient. Il a été à ce poste pendant moins de six mois. Un passage éclair après un tourbillon d'annonces médiatiques, nous disait tout à l'heure la secrétaire générale du premier syndicat des collèges et lycées, le SNES-FSU. Sur France Info, cette nomination, qu'est-ce qu'elle envoie comme message, comme signal, selon vous, aux profs et aux élèves ?

0:39
Invité

Je pense que la manière dont le signal a été reçu, c'est que le ministère de l'éducation a servi plus de tremplin que d'un droit où construire un projet. Les projets d'éducation, ça prend forcément beaucoup de temps à se réaliser.

0:54
Présentateur

Et là, ils ont à peine été lancés. Sachant qu'il y a un certain nombre de projets qui ont été lancés, on va y revenir. À partir de ce vendredi, vous lancez vous-même au Collège de France un cycle de conférences qui s'intitule « Agir pour l'éducation ». C'est vous qui l'organisez cette année. Et il est écrit sur le site du Collège de France que l'initiative est née en 2022 de la volonté des professeurs d'agir face à la situation de crise que traverse le système éducatif français. Ça veut dire qu'il ne tient pas ses promesses aujourd'hui ?

1:25
Invité

Le système éducatif français est en difficulté. Ça a été révélé le plus récemment par l'enquête internationale PISA qui a montré un déclin des performances en fin de collège puisque c'est des enfants de 15 ans qu'il faut néanmoins relativiser parce que c'est un déclin qu'on observe dans tous les pays de l'enquête PISA et qui est probablement lié au moins en partie au dérangement qui a eu lieu pendant l'épidémie de Covid.

1:54
Présentateur

Mais la France recule, 22e aujourd'hui en maths, sur les 32 pays de l'OCDE, 24e en compréhension de l'écrit avec des inégalités scolaires qui sont très fortes.

2:04
Invité

Elle recule et elle part d'un niveau faible. C'est-à-dire que l'enquête PISA existe depuis 2000 et depuis 2000 la France a un score moyen relativement faible et ce qui est encore plus inquiétant, des scores qui sont très hétérogènes. Oui, on a d'excellents élèves qui réussissent très bien au PISA et on a beaucoup d'élèves en grande difficulté. Ce qui est encore plus inquiétant, c'est que ces difficultés sont extraordinairement corrélées avec l'origine sociale. La France est le pays de l'OCDE où l'origine sociale est la plus prédictrice des succès ou des difficultés en éducation.

2:46
Présentateur

Et comment est remédié justement ? On a vu parmi les chantiers qui ont été lancés par Gabriel Attal, il a la mise en place de ces groupes de niveau au collège en 6e et en 5e dès la rentrée prochaine avec des groupes de niveau en maths et en français. Est-ce que c'est une bonne idée ?

3:00
Invité

La vérité, c'est qu'on ne sait pas si c'est une bonne idée parce que cela a très peu été évalué et ça n'a jamais été évalué dans les circonstances spécifiques du système français. Autant qu'on sache, pour la recherche qui existe, qui a été cataloguée par le laboratoire ID à l'École d'économie de Paris, les expériences qui ont eu lieu dans d'autres pays ne sont pas concluantes pour les groupes de niveau permanents.

Ce qu'on sait être très efficace, c'est l'attention portée à chaque élève des groupes de niveau beaucoup plus fluides qui correspondent à des performances qui peuvent changer rapidement, qui sont sous le contrôle des professeurs en fonction de ce que les enfants arrivent à faire à un moment ou à un autre. Mais les groupes de niveau figés, alors ils ne sont pas figés, on peut passer d'un groupe à un autre. Ce qui n'est pas figé, c'est la description qui en a été donnée. Parfois, ça s'appelle groupe de besoin. C'est l'idée que ce n'est pas figé. Mais en tout cas dans les annonces, c'était plutôt groupe de niveau.

Et comme Gabriel Alta n'est plus là pour superviser la manière dont ce sera mis en œuvre, on ne sait pas exactement. Mais ce qui est important, ce qui est vraiment important, et c'est pour ça que ce cycle de conférences est sur l'expérimentation, c'est qu'on ne sait pas. C'est peut-être une bonne idée, c'est peut-être pas une bonne idée pour la France. Et l'avoir lancé, le lancer, sans faire d'abord une véritable expérimentation, où on compare les performances dans certaines écoles qui ont mis en place ce système versus d'autres qui ne l'ont pas fait, pour savoir au bout d'un an quelles sont les performances avant de généraliser partout, ça aurait été une approche raisonnable.

4:38
Présentateur

Et donc vous, ce que vous préconisez, c'est plutôt d'aborder les questions des inégalités scolaires de manière empirique à travers des expérimentations et après de voir un petit peu si elles fonctionnent ou pas.

4:51
Invité

Voilà, il faut commencer par là. Et par ailleurs, un autre sujet sur lequel on a besoin, probablement on n'a même pas besoin d'expérimentation, c'est qu'une autre caractéristique de la France, c'est d'être un des pays de l'OCDE où la rémunération des enseignants est la plus faible. par rapport aux rémunérations des autres gens au même niveau d'éducation. Les pays de l'OCDE où les enfants font le mieux, comme par exemple la Corée du Sud, sont les pays où les enseignants sont les mieux payés.

Alors ça ne veut pas dire qu'il y a un rapport immédiat de cause à effet entre les salaires des enseignants et les performances, mais il y a quand même une réalité en France qui est que le collège est depuis longtemps, peut-être depuis toujours, le parent pauvre du système éducatif où il y a plus d'efforts, d'imagination et de ressources concentrées sur le primaire, pas assez mais plus, et sur le lycée avec au moins l'effort de la réforme Blanquer, portée disons sur ces deux extrêmes, avec beaucoup moins d'attention sur le collège. Donc cette attention sur le collège qui a été dans les annonces de Gabriel Attal était probablement très bienvenue, c'est bien qu'on s'attaque enfin au collège.

Mais une priorité absolue, c'est de recruter. Or, on n'arrive pas à recruter aujourd'hui les besoins minimaux, les concours de recrutement ne sont pas pourvus. Pourquoi ils ne sont pas pourvus ? Parce que la profession d'enseignant n'est pas attractive aujourd'hui en France.

6:22
Présentateur

Et donc il faut augmenter les rémunérations ?

6:25
Invité

Parce que c'est absolument... Des profs ? Je pense que ça a été mis en oeuvre aussi avec le fameux pacte. Ça a été mis en oeuvre, mais de manière partielle, de manière conflictuelle depuis le début, alors que ce qui aurait été nécessaire simplement de manière comptable pour faire passer la France au niveau même moyen de l'OCDE, et si possible un petit peu au-delà du niveau moyen, c'est de commencer par avoir une augmentation de rémunération inconditionnelle.

À partir de là, on aurait pu se mettre dans une position plus sereine pour commencer justement à se dire il y a des problèmes au collège, pourquoi ces inégalités se perpétuent, qu'est-ce qu'on peut faire, expérimentons-y comme ci ou comme ça. C'est beaucoup plus facile de le faire dans un environnement où il y a le personnel pour le faire. Ce personnel se sent considéré et pas traité comme la cinquième roue du carrosse à tous les tours d'impossibles.

7:24
Présentateur

Merci beaucoup Esther Duflo, invitée Éco de France Info ce soir, prix Nobel d'économie en 2019, professeure au MIT et au Collège de France. Vous inaugurez donc, à partir de ce vendredi, un cycle de conférences intitulé Agir pour l'éducation, c'est gratuit. Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada