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InterviewFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 16 août 2021 16 minComplaisantActualité / polémiqueImmigration & asileCulture, médias & sportSécurité

Atiq Rahimi : "On a donné le destin de l’Afghanistan dans les mains des associations"

Source d'origine 2 locuteurs

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Attaque 70 %Défensif 30 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:46OuverteRéponse directe

    Comment regardez-vous la situation actuelle en Afghanistan ?

  • 2:24OuverteRéponse directe

    La colère est contre qui, Atik Raimi ?

  • 5:01OuverteRéponse directe

    Qu'en est-il pour les journalistes et artistes afghans aujourd'hui ?

  • 6:51OuverteRéponse directe

    Les talibans d'aujourd'hui sont-ils moins terribles que ceux des années 90 ?

  • 9:00OuverteRéponse directe

    La fermeture d'un pays, c'est aussi la terreur à huis clos ?

  • 10:20OuverteRéponse directe

    Les pays voisins et européens vont-ils accueillir les réfugiés afghans ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:08InvitéFait
    « Depuis la guerre civile en Afghanistan, en 1994, quand elles ont commencé, leur arrivée sur le territoire afghan. »
  • 1:44InvitéFait
    « Ça a été quelque chose, voire un échec presque programmé, dirais-je même. »
  • 2:18InvitéFait
    « Il n'y avait pas une volonté d'en finir une fois pour toutes avec les talibans. »
  • 2:55InvitéFait
    « J'ai parlé avec les gens du ministère de la Culture et du ministère des Affaires étrangères et même de l'éducation pour créer même une école de Sciences Po en Afghanistan. »
  • 3:23InvitéFait
    « On a donné tout le destin d'Afghanistan dans les mains des associations. »
  • 4:18InvitéFait
    « La colère d'abord, évidemment, contre tous les djihadistes, bien sûr, c'est comme ça. »
  • 7:03InvitéFait
    « Soyons pas naïfs. »
  • 7:40InvitéFait
    « Ils ont un programme d'effacer la culture, l'histoire d'un peuple. »
  • 11:07InvitéFait
    « Tous ces pays voisins, ils ont refermé leurs frontières. »
  • 11:48InvitéFait
    « Ces talibans-là, ils sont maintenant plus armés, plus expérimentés que 1996. »
  • 13:20InvitéFait
    « Il n'y aura plus de nourriture, il n'y aura plus d'électricité, il n'y a pas, même déjà, pas d'électricité. »

Temps de parole

  • Invité77 %
  • Présentateur23 %

0,6 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Culture, les matins d'été, Chloé Cambrolat. Oui, nous souhaitions en effet prolonger cette matinale consacrée à la situation en Afghanistan. Avec vous, Atik Raimi, bonjour.

0:12
Invité

Bonjour.

0:13
Présentateur

Merci beaucoup d'être en ligne avec nous sur France Culture, écrivain, réalisateur, prix Goncourt pour Singuet-Sabour-Pierre de Patience en 2008. Vous êtes né à Kaboul, vous avez vous-même obtenu l'asile politique en France en 1984. Vous êtes à l'origine d'une tribune publiée il y a quelques jours par Le Figaro et intitulée « Les pays occidentaux doivent sauver les journalistes et les artistes afghans ». Nous allons en parler, mais d'abord votre sentiment sur ce qui se passe en ce moment même en Afghanistan, la vitesse à laquelle la situation a évolué, évolue. Comment regardez-vous cela ? Qu'est-ce que cela provoque chez vous, Atik Raimi ?

0:50
Invité

Évidemment, une immense tristesse et la colère, bien sûr. Mais je ne suis pas du tout ni étonné ni surpris par ce qui est arrivé. Malheureusement parce que c'était quelque chose qu'on attendait depuis le début. Vous voyez, depuis la guerre civile en Afghanistan, en 1994, quand elles ont commencé, leur arrivée sur le territoire afghan. Donc on savait que voilà d'où est-ce que ça venait, cette armée des ténèbres, qu'on a été soutenue politiquement, économiquement et militairement par des pays étrangers, comme le Pakistan, comme l'Arabie Saoudite, comme l'Iran, comme la Chine, comme la Russie, etc. Donc voilà, ça a été quelque chose, voire un échec presque programmé, dirais-je même.

Donc oui, moi je pense plutôt à tous ces Afghans, à toutes ces femmes, à tous ces artistes, à tous ces jeunes qui vivaient avec tant d'espoir là-bas après le 11 septembre. Moi-même, j'étais là-bas, un mois sur deux, j'étais là-bas pour créer des ateliers, être auprès des Afghans et des jeunes. Mais on voyait déjà à ce moment-là, dès le début, qu'il n'y avait pas une volonté d'en finir une fois pour toutes avec les talibans. Malheureusement.

2:24
Présentateur

La colère, elle est contre qui, Atik Raimi ?

2:27
Invité

La colère d'abord, évidemment, contre tous les djihadistes, bien sûr, c'est comme ça. Et puis contre les hommes politiques corrompus afghans. Et puis aussi contre tous les puissants qui ont soutenu ce gouvernement. Et de l'autre côté, ceux qui ont soutenu aussi les talibans. On n'a pas cherché une solution. Dès le début, je me rappelle, dès le début, à ce moment-là, après le 11 septembre, je suis venu, j'ai parlé avec les gens du ministère de la Culture et du ministère des Affaires étrangères et même de l'éducation pour créer même une école de Sciences Po en Afghanistan pour créer des cadres politiques. Tout le monde applaudissait, mais personne n'a eu la volonté de créer une telle école.

Ni les Américains, ni les Européens. Personne. Donc, on a donné tout le destin d'Afghanistan dans les mains des associations. On n'a pas essayé de rendre autonome un peuple. Au contraire, on a fait de ce peuple, on a donné une image des braves guerriers, des braves indépendants, etc., des héros, etc. Mais, non, on n'avait pas besoin de tous ces adjectifs. On avait besoin de la paix dans ce pays. On avait besoin de la liberté dans ce pays. Pas des adjectifs, pas des mots comme ça qui remplissent des bouches pour montrer que voilà, ce peuple, on soutient ce peuple brave, etc. Nous, on a créé, on a créé vraiment un peuple guerrier comme ça. Et puis, les talibans, d'où est-ce que ça venait ?

Mais, vous voyez, ça fait 20 ans qu'ils se battent. Oui, mais d'où vient leur argent ? D'où viennent leurs armes ? On se pose, pourquoi on ne se pose pas tant de questions ? Pourquoi on n'a pas mis la main, enfin, on n'a pas pressé sur l'État pakistanais ? Qui les aident, qui les, évidemment, les auberges, ils sont tous présents, ils étaient depuis le début à la frontière afghano-pakistanaise. Il n'y avait pas de volonté, un point c'est tout. Parce qu'il y avait tant de jeux et des enjeux géopolitiques dans la région, qu'évidemment, après, ça devient presque une sorte de mystère pour tout le monde.

4:58
Présentateur

Aujourd'hui, Atik Raimi, c'est le sauf qui peut, avec l'évacuation précipitée des ressortissants occidentaux. Il y a quelques jours, je le disais, vous aviez alerté sur le sort des journalistes, des artistes afghans. Qu'en est-il pour eux aujourd'hui ?

5:15
Invité

Écoutez, on a beaucoup travaillé, c'est avec le cabinet de M. le Président Macron, mais aussi avec mes amis artistes un peu partout dans le monde. On a fait des listes des jeunes et des artistes et des journalistes à sauver, bien sûr. Donc, on a envoyé à l'ambassade de France toute cette liste, avec les renseignements possibles pour avoir tous ces jeunes-là au portail de la main pour les évacuer et les faire venir, soit en Europe ou soit ailleurs. Donc, on les attend. Chaque instant, je reçois des messages que voilà, il y a telle personne qui a pu monter dans tel avion, etc. On les attend, mais l'histoire n'est pas finie, je crois.

Il reste encore beaucoup de jeunes qui vivent dans une incertitude totale, dans l'apport, dans les craintes. On verra.

6:20
Présentateur

Emmanuel Macron a dit effectivement, enfin en tout cas l'Elysée a fait savoir hier, effectivement, qu'il y avait évidemment une attention pour les journalistes, les militants des droits de l'homme, les artistes et personnalités afghanes particulièrement menacées. Dans la tribune à Tikraimi, vous citiez le nom de plusieurs personnalités assassinées ces dernières semaines. Le photographe Danif Siddiqui, le poète historien Abdullah Attefi, le poète et journaliste d'Aoua Khan Menapal. C'est aussi une réponse à ceux qui pensent peut-être que les talibans d'aujourd'hui sont moins terribles que ceux des années 90 ?

6:59
Invité

Oui, soyons pas naïfs. Soyons pas naïfs. On a vu déjà, vous voyez, en 2001, depuis que les talibans voulaient, ils avaient lancé de détruire les bouddhas de talibans, tout le monde ici, ah non, non, non, non, ce sont des menaces, etc. C'est juste des déclarations et des provocations, etc. Mais on a vu, non. Vous voyez, avec ces gens-là, regardons leur visage, comment ils sont quand ils entrent dans le palais. Vous voyez, eux-mêmes, ils n'y croient pas. Vous voyez, donc ils sont là, ils ont un programme d'effacer la culture, l'histoire d'un peuple. C'est tout. Ça, ils sont contre la civilisation. Ils sont contre, justement, la liberté. Ils sont contre la démocratie.

Ils sont contre de l'humanité, complètement. Vous voyez, donc comment peut-on croire à tous ces gens-là ? À part d'être trop naïfs, je ne sais pas pourquoi, de temps en temps, il y a des discours que de l'autre, des talibans modérés. Mais d'où sortent ces termes-là ? Même eux, les talibans, quand ils entendent ça, ils rigolent. Vous voyez, les talibans modérés, ce sont des termes qu'on invente ici. Eux, ils sont dans une autre logique. Ils sont là, ils n'ont aucune volonté pour construire un pays. Au contraire, ils sont là pour détruire une civilisation. Vous voyez, un point, c'est tout. Là, l'Arabie Saoudite est derrière eux depuis des décennies, des décennies. Pourquoi ?

Personne ne remet pas en question tous ces pays-là.

8:54
Présentateur

Sans prendre à la culture et aussi à l'information, à l'information libre, à Tikrami, puisque vous alertez en particulier sur le sort des artistes et des journalistes. C'est aussi refermé un pays, c'est-à-dire, c'est aussi la terreur à huis clos.

9:14
Invité

Bien sûr, bien sûr. Vous voyez, c'est... Là, déjà, même pendant ces 20 dernières années, les artistes, les journalistes, ils travaillaient pour témoigner de leur horreur. Vous voyez ? Évidemment, c'était eux, la première cible de ces barbares. depuis 2001 qu'ils ont commencé à assassiner, vous voyez, les artistes, à menacer des artistes et des journalistes. Depuis tout le temps, ils étaient comme ça. La culture, la liberté, pour eux, ce sont des termes complètement étrangers. Ils s'est peints dans leur mentalité, dans leur esprit. Ils ont complètement... C'est ça. On ne peut pas raisonner avec ces gens-là avec notre logique, à nous. Vous voyez ?

C'est ça qu'on oublie dans les négociations avec ces gens-là.

10:20
Présentateur

Il y a aussi, bien sûr, plus largement, à Tikrami, au-delà des personnels des ambassades, au-delà de ceux qui ont, et c'est important aussi, travaillé avec les militaires Afghanistan ou des autres forces de l'OTAN, il y a aussi les Afghans, plus largement, qui vont fuir, qui tentent de fuir, déjà. Et là, on voit déjà la Turquie qui fait construire un mur de béton le long de sa frontière avec l'Iran. On entend aussi certains s'inquiéter, déjà, d'un afflux de réfugiés en Europe. Là encore, la réponse, l'attitude des pays de la région, d'une part, et européens aussi, va être importante à Tikrami.

11:06
Invité

Bien sûr. Tous ces pays voisins, ils ont refermé leurs frontières. Tadjikistan, Ouzbékistan, Turkmenistan, tout ça, l'Iran, eux, par des craintes. Pakistan, par solidarité avec les talibans, bien sûr. Donc, non, la situation n'est pas la même que lorsqu'ils étaient venus au pouvoir en 1996. Vous voyez, c'est d'abord, la population, ils ont eu déjà cette expérience avec les talibans. Donc, ils craignent de plus en plus. Ils fuient, bien sûr. Et deuxièmement, ces talibans-là, ils sont maintenant plus armés, plus expérimentés que 1996. Encore une fois, les Afghans, ils ne sont pas dupes. Ils savent ce qui les attendent, bien sûr.

Donc, oui, il y aura, forcément, si on ne s'occupe pas de toutes ces villes, il y aura encore une catastrophe humanitaire dans la région et chez les Afghans. Bien sûr.

12:12
Présentateur

Et il faudra aussi, voilà, pouvoir se rappeler de ce qu'il et elle fuient et se rappeler, sans doute, qu'ils préféraient vivre dans leur pays et se rappeler que nous, qui n'avons jamais vécu ça, ne savons pas ce que c'est. L'exil ne s'écrit pas, il se vit. C'est ce que vous écriviez dans la Ballade du Calame en 2015.

12:33
Invité

Oui, malheureusement, voilà, c'est, je pense, ce pays, longtemps, je ne voulais pas du tout croire à une sorte de fatalisme qui frappe ce pays-là, ce peuple. Mais là, de plus en plus, on se dit, écoutez, l'histoire se répète dans ce pays-là. pourquoi ? Et puis, toujours, l'exil, maintenant, depuis 40 ans, quand on vit dans une sorte d'errance, errance politique, errance humanitaire, errance culture, etc. Oui, donc, bien sûr, ces gens-là, et maintenant, ils se déplacent à l'intérieur d'Afghanistan, sachant que il n'y aura plus de nourriture, il n'y aura plus d'électricité, il n'y a pas, même déjà, pas d'électricité.

Et c'est donc, vraiment, on va verre une sorte de catastrophe humaine là-bas dans ce pays-là, et puis, de l'exil sur l'exil, on essaye de les faire venir ici, en Occident, soit, pourquoi pas, oui, moi aussi, je me suis battu pour les faire venir, mais je me pose des questions, ok, une fois venu, une fois arrivé ici en France, ou en Allemagne, ou aux Etats-Unis, ou au Canada, peu importe, mais qu'est-ce qu'ils vont faire ?

Vous voyez, tous ces jeunes-là, évidemment, ils préfèrent de rester dans leur pays, mais là, vous voyez, rester encore dans les rues, au bord de Canal Saint-Martin, dans les rues, et déjà, j'ai fait appel au début pour demander aux ambassades d'ouvrir leurs portes pour les accueillir, pour les protéger, et là, évidemment, le pays, de les accueillir, mais dignement, il faut qu'on ait des résidences, il faut qu'on ouvre, et puis, Mme Martine Aubry m'a appelé il y a quelques jours pour, évidemment, annoncer sa solidarité avec les Afghans, avec ses artistes, et proposer, évidemment, une résidence là-bas.

De même, l'opéra de Lyon, Richard Brunel, qui a parlé avec le maire de la ville de Lyon, où aussi, ils sont prêts à accepter un certain artiste là-bas, de leur donner une résidence. De même, le printemps des comédiens à Montpellier, Jean Verla, qui a dit oui, ils sont solidaires, ils cherchent une solution. Donc, et là, maintenant, je fais une sorte d'appel, donc je profite de votre antenne, de lancer encore une appel, pour tous les pays, aussi bien en France qu'ailleurs, de trouver une solution pour leur donner une résidence à ces artistes et à ces journalistes, bien sûr.

15:30
Présentateur

Merci, merci beaucoup à Tikrami d'avoir été en ligne avec nous ce matin. Je rappelle que la plupart de vos livres sont publiés chez POL. Le dernier, c'était en 2020, l'invité du miroir. Merci beaucoup.