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InterviewFrance Inter — Questions politiques (sur Site radio)· 14 novembre 2021 54 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileNumériqueÉconomie & entreprisesDéfense

Thierry Breton : "L'Europe n'est pas un nain diplomatique"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 67 %Attaque 23 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 89 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Quel est votre regard sur le chantage aux migrants imposé par Loukachenko à la frontière polonaise ?

  • 4:17OuverteRéponse partielle

    Est-ce qu'il y a un devoir humanitaire de l'Europe d'accueillir ces migrants ?

  • 7:47RelanceRéponse partielle

    Est-ce qu'on n'a pas l'impression d'une grande faiblesse de l'Union Européenne ?

  • 8:17RelanceRéponse directe

    Quelle est l'efficacité des sanctions contre la Biélorussie et est-ce que vous n'alimentez pas une escalade ?

  • 11:23RelanceRéponse partielle

    On a l'impression que l'Europe est un nain diplomatique, vous le dites vous-même ?

  • 13:28OuverteRéponse directe

    Est-ce que cette crise est un test pour la puissance européenne et l'unité de l'UE ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:27Invité politiqueFait
    « En son temps, Saddam Hussein avait employé le terme bouclier humain. Il n'était pas allé jusque-là. »
  • 15:29Invité politiqueChiffre
    « L'Union européenne dépend pour 30% de son approvisionnement en gaz de la Russie. »
  • 15:41Invité politiqueChiffre
    « 10% des approvisionnements russes transitent par la Biélorussie. »
  • 23:22IntervenantFait
    « Si on continue sur cette trajectoire, d'ici la fin du siècle, on est à plus de 2,4 degrés de réchauffement climatique. »
  • 32:23Invité politiqueChiffre
    « nous avons produit en Europe 2 milliards 300 millions de doses de vaccins »
  • 32:26Invité politiqueFait
    « on est le premier continent en matière de vaccins ARN messager »
  • 34:38Invité politiqueChiffre
    « le prix des conteneurs a été multiplié par 8 »
  • 44:28Invité politiqueFait
    « on aura à ce moment-là toute une panoplie de sanctions financières d'abord, mais on sait que ça ne les concerne pas trop, ensuite interdiction d'opérer voire démantèlement »
  • 49:23Invité politiqueChiffre
    « la planète c'est 40 zétabytes, c'est-à-dire 40 000 milliards de milliards de données »
  • 51:16Invité politiqueFait
    « en Allemagne on va avoir une coalition à trois, on voit la fragmentation »
  • 52:05Invité politiqueFait
    « le total de l'extrême droite c'est exactement le même total que lorsque Marine Le Pen rentrait en campagne en 2017 »

Temps de parole

  • Invité politique77 %
  • Présentateur9 %
  • Intervenant5 %
  • Intervenant 23 %

2,8 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:10
Présentateur

Bonjour et bienvenue dans Question Politique, le rendez-vous politique du dimanche de France Inter, de France Info, la télé en partenariat avec le journal Le Monde. Celui qui a accepté notre invitation à diriger de grandes entreprises, mais aussi l'économie de la France entre 2005 et 2007. Depuis 2019, il est commissaire européen en charge d'un très large portefeuille qui va du marché intérieur à la défense en passant par le numérique ou la crise sanitaire du Covid.

Il est donc l'invité idéal pour nous dire ce que peut et ce que ne peut pas faire l'Europe, une Europe sous pression, sous pression migratoire à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne, sous pression sanitaire avec le rebond actuel sur notre continent d'un Covid qui décidément ne veut pas mourir, sous pression économique aussi avec l'inflation qui s'installe et les pénuries qui posent la question de nos dépendances industrielles, sous pression aussi démocratique avec à la fois des mouvements populistes anti-européens et des agissements dangereux des géants américains du numérique. Autant de pression, autant de questions que nous poserons à notre invité.

Avec nous et en direct jusqu'à 13h, le commissaire européen Thierry Breton est l'invité de Questions Politiques.

1:15
Locuteur non identifié

Questions Politiques, Thomas Mégaroff sur France Inter.

1:23
Présentateur

Bonjour Thierry Breton. Bonjour. Merci beaucoup d'avoir accepté notre invitation pour vous poser des questions. Je serai comme chaque semaine en compagnie de la bande de questions politiques avec des nouveaux visages parfois. Cette semaine, Jeff Wittenberg de France Télévisions. Bonsoir. Bonjour Jeff. Bonjour Thomas. Bonjour à tous. Françoise Fressos du Monde. Bonjour Françoise. Bonjour à tous. Et Laurence Perron de France Inter. Bonjour Laurence. Bonjour. Et tout à l'heure, Alexandra Bensey nous rejoindra pour des questions d'économie. On parlera notamment de pénurie. Y aura-t-il des microprocesseurs à Noël ? C'est une question qu'on se pose tous peut-être aujourd'hui.

On va en tout cas en discuter. Et le hashtag Question Paul pour vos questions et vos commentaires. Le sujet est brûlant pour commencer cette heure d'entretien avec vous. C'est la situation qui se tend heure après heure. On a l'impression sans fin possible à la frontière entre la Biélorussie et l'Union Européenne, en l'occurrence la Pologne. Ce chantage aux migrants imposé par le dictateur non reconnu par l'Union Européenne, Loukachenko, le dictateur biélorusse. Quel est votre regard à vous ? On va approfondir, voir ce que l'Europe peut, ce qu'elle ne peut pas.

Ce matin, Joseph Borrell, dans les colonnes de nos confrères JDD, disait « L'Europe est en danger et nous, les Européens, on ne s'en rend pas compte ».

2:31
Invité politique

Oui, je crois qu'il y a une nouvelle situation qui ne concerne pas, et on va en parler évidemment, de la situation tragique que vivent aujourd'hui les femmes, les hommes, les enfants qui ont été attirés, on va dire, avec un cynisme absolument incroyable, de la part du dirigeant non reconnu par nous-mêmes du reste, M. Loukachenko, dirigeant russe, biélorusse pardon. Nous avons une situation évidemment qui est très difficile, on va y revenir. Elle ne concerne pas évidemment que les frontières polonaises, elle a concerné, et je tiens à le rappeler parce que c'est important, elle a commencé à concerner, comme vous le savez, la Lituanie.

On se souvient qu'au mois de mai, il y a eu ce détournement absolument invraisemblable d'un avion à Athènes-Vilnus. J'étais du reste moi-même deux jours plus tard à Vilnus, et déjà, le Premier ministre m'a indiqué qu'en mesure de rétorsion, parce que la Lituanie accueillait des opposants à ce régime voyou, qui est le régime biélorusse, par mesure de rétorsion, il y avait déjà ces velléités de se servir femmes, d'hommes, pour leur faire miroiter. Le fait que la Biélorussie pourrait être un passage vers un monde auquel ils pouvaient peut-être aspirer, c'est d'un cynisme absolument incroyable, et bien entendu, nous ne l'acceptons pas et ne le tolérons pas.

4:17
Intervenant

Il y a aujourd'hui un risque de guerre, disent certains responsables. Est-ce que, avant de l'évoquer, vous pensez qu'il y a déjà un devoir humanitaire de la part de l'Europe d'accueillir ces migrants qui se retrouvent entre deux feux et qui ont été pris au piège ? Est-ce que l'Europe, de façon humanitaire, doit faire quelque chose

4:35
Invité politique

en urgence aujourd'hui ? Je l'ai redit, et vous avez parfaitement raison de poser le problème comme ça. Je ne vais pas reprendre le terme de guerre. En revanche, le terme humanitaire, oui, trois fois oui. Il y a effectivement une situation humanitaire aujourd'hui en Biélorussie, et donc il faut évidemment, comme toute situation humanitaire, qu'elle soit traitée, et notamment par les organismes appropriés, le HCR, l'OIM, et évidemment, tout ce que l'on peut faire, nous, en Europe, on le fera. Accueillir ? Accueillir ? Non, non, je parle de la situation humanitaire traitée en Biélorussie. Elle est en Biélorussie, la situation humanitaire. Elle n'est pas ailleurs.

Donc il faut évidemment traiter. Je note du reste que cette situation est une situation qui concerne évidemment la Biélorussie, et dans laquelle nous espérons que, disons, les amis de la Biélorussie, dont nous ne faisons pas partie, en tout cas pas avec ce gouvernement-là, le peuple, oui, mais pas ce gouvernement-là, sauront aussi intervenir. Et vous voyez bien à qui je fais allusion. Bien entendu. Car cette situation humanitaire, elle doit être traitée par tout le monde. Et on ne peut pas accepter, évidemment, un double langage. Et c'est la raison pour laquelle nous avons demandé d'ouvrir des corridors pour pouvoir traiter cette situation humanitaire là où elle se trouve.

5:47
Présentateur

Une dépêche qui vient de tomber. Le président russe, Vladimir Poutine, a déclaré que la Russie était prête à contribuer à résoudre la crise liée à l'afflux de migrants à la frontière entre la Biélorussie et la Pologne. C'est une bonne nouvelle, ça, pour vous ?

5:58
Invité politique

Écoutez, je pense que le président Poutine a indiqué qu'il n'était pas directement concerné du reste, pas concerné du tout. Vous le croyez ou pas ? Écoutez, c'est ce qu'il dit. Vous savez, on a, Mme Fresseuse, la géographie que nous avons. Et donc, la Russie est un grand voisin et un grand partenaire. Alors, on n'est pas naïf du tout. Mais je suis de ceux qui pensent que la géographie pèse en politique. Et pèse aussi sur le continent européen. Elle va peser longtemps. On a des voisins, et j'ouvre cette parenthèse pour pouvoir le dire, si vous le permettez. Nous avons des grands voisins qui ont été des grands empires et qu'on doit respecter comme tel. La Russie a été un grand empire.

C'est un grand peuple. C'est un grand peuple scientifique, mais ça a été un grand empire. Ça l'est moins aujourd'hui. La Turquie a été un grand empire. Ça l'est moins aujourd'hui. Pardon de faire cette comparaison qui n'est pas raison. Mais ceux qui nous ont hélas quittés, je pense évidemment à nos amis britanniques. Ça a été un grand empire. Ça l'est moins aujourd'hui. Et nous, nous sommes, l'Union Européenne, un continent en devenir. Un projet de paix. Un projet démocratique. 445 millions d'habitants. Je rappelle que la Russie, c'est 140 millions d'habitants. Donc, c'est pas rien d'avoir un voisin comme nous à leur côté. Il faut le comprendre. Mais attention, attention.

Nous avons de plus en plus conscience de notre puissance. Elle nous protège. Que serait aujourd'hui un pays isolé au sein de l'Europe face à tout cela ? Rien. Et on le voit tragiquement avec la Grande-Bretagne. Donc oui, bien sûr, nous avons le devoir de dialoguer. Même si nous sommes dupes de rien. Nous sommes dupes de rien. Et on dialogue. Laurence Perron.

7:47
Intervenant

Est-ce qu'on n'a pas l'impression d'une grande faiblesse de l'Union Européenne ? Par exemple, là, la réaction de la Biélorussie, c'est en réaction à des sanctions que vous avez prises contre eux. Il y en a de nouvelles qui sont annoncées demain. Quelle est leur efficacité ? Et est-ce que vous n'alimentez pas vous-même, en fait, une escalade ?

8:02
Invité politique

Je me permets de le redire, la réaction de la Biélorussie a été une attaque, on les qualifie désormais d'hybride. Et précisément, il faut les intégrer, et on va les intégrer, on en parle y compris avec les ministres de la Défense. On en reparlera encore demain soir, Joseph Borrell et moi-même, à un dîner spécial avec les ministres de la Défense de l'Union et les ministres de l'Union Européenne.

8:23
Intervenant

Qui étaient convoqués à propos de cette crise-là ?

8:25
Invité politique

Non, qui existait déjà, mais qui tombent bien, et on va en parler, croyez-moi, longuement. Non, je le redis, la Biélorussie a voulu, disons, comment dirais-je, intervenir auprès, je le répète, de la Lituanie, parce que c'est vrai qu'aujourd'hui, en Lituanie, mais aussi dans une moindre mesure en Pologne, un nombre important de jeunes femmes, de jeunes hommes, qui sont aujourd'hui en danger, il faut dire les choses comme elles sont, dans leur pays, la Biélorussie, parce qu'ils prennent des positions contre ce gouvernement voyou, eh bien, demandent l'asile et qui leur est accepté, à accorder, que ce soit en Lituanie ou en Pologne.

Et c'est pour lutter contre cela qu'il y a eu effectivement ces tentatives, on va dire, d'intimidation. Alors, l'Union Européenne a réagi fortement avec des sanctions, je crois pouvoir vous le dire, sans dévoiler de secret, que demain soir, on va accroître ces sanctions. Ça va être quoi alors ? Ça va être des sanctions contre des personnes, on va accroître évidemment, elles sont parfaitement identifiées, celles qui jouent un rôle scélérat dans cette approche, qui absolument, il n'y a pas de mots. Souvenez-vous, en son temps, Saddam Hussein avait employé le terme bouclier humain. Il n'était pas allé jusque-là. Là, on a dépassé un stade. Il avait fait sûrement pire.

Oui, enfin, écoutez, on ne peut pas commencer à comparer les méfaits des autocrates, voire des tirants.

10:00
Intervenant

Donc, sanctions contre des personnes, sanctions contre des compagnies aussi.

10:03
Invité politique

Et en particulier, et je le dis là aussi, vous savez, le dialogue que nous avons avec les uns et les autres, nous sommes une grande puissance, je le redis, et une grande puissance diplomatique. Les dialogues que nous avons, mes collègues, Margaritie Sespinas, qui s'occupe évidemment de ces questions, qui maintenant a été envoyé par la Commission et par la Présidente Ursula von der Leyen, dans les pays, effectivement, qui se trouvent à l'origine, donc, de ces départs de migrants. Je voudrais juste leur dire une parenthèse à nos auditeurs et nos téléspectateurs.

On n'est pas du tout dans une situation comparable à la crise de 2015-2016, où là, c'était des centaines de milliers, voire un million cinq, un million six. Là, on est, c'est beaucoup trop. Déjà, dix, ce serait trop, mais on est quelques milliers. Je le redis, parce qu'encore une fois, on est dans une démarche qui est organisée. C'est organisé. On va expliquer, on va aller attirer en Syrie, en Afghanistan, en Irak et aux frontières du Kurdistan. On va aller expliquer à ces malheureux que s'ils vendent leur maison, s'ils vendent leur bien, on va leur offrir un voyage sans retour, débit, elle est simple, pour aller à Minsk.

Et derrière, on leur offre je ne sais quel paradis, qui n'est pas une réalité. Ça, c'est l'organisation, aujourd'hui, du régime voyou en Biélorussie.

11:23
Intervenant

Mais sur la réponse diplomatique de l'Union Européenne, on a quand même un peu l'impression, et d'ailleurs, là, on voit la Russie prend ses responsabilités, d'un nain diplomatique. Excusez-moi de vous le dire comme ça, mais on est dans l'incantation, on dénonce, etc. Vous le dites, c'est quelques milliers de migrants, et pour autant, quand Jeff Wittenberg vous pose la question de savoir si on peut les accueillir ou pas, vous ne pouvez pas répondre. Parce que pour l'instant, il n'y a pas de dogme en Europe sur cet accueil des migrants.

11:48
Invité politique

Non, non, si, il y a une loi internationale très claire, et nous, nous respectons la loi internationale. C'est-à-dire qu'encore une fois, ceux qui demandent l'asile sont fondés à le faire, et à ce moment-là, nous avons des organisations et des structures pour veiller précisément à ce qu'ils sont légitimes à le faire, et s'ils sont légitimes. Mais dans ce cas-là, ils ne le sont pas. Pardon, mais je ne peux pas dire, alors, je ne peux pas dire, je peux laisser dire ça, si vous permettez. Oui, bien sûr. Non, je sais qu'on a tendance à dire en Europe, comparer, voilà, nain, géant, etc. Non, madame, l'Europe n'est pas un nain diplomatique, croyez-moi.

Vous verrez du reste de demain, vous allez voir l'ensemble des 27 qui vont être totalement alignés. De même qu'ils sont totalement alignés, je disais tout à l'heure, la gestion de ces empires déclinants qui nous entourent. Et ce n'est rien de négatif, quand je dis que la Russie est un empire déclinant par rapport à ce que ça a été, la Turquie par rapport à ce que ça a été, la Grande-Bretagne par rapport à ce que ça a été. Il faut qu'on s'y habitue. Vous savez, on va avoir un commissaire qui va être chargé en permanence de gérer précisément nos relations. On sait très bien ce qu'elles seront, on en parlera tout à l'heure avec le Brexit. Avec la Russie, c'est pareil, et avec la Turquie aussi.

Ça, c'est nouveau, non ? Oui, mais on s'adapte. On s'adapte.

12:57
Intervenant

C'est pas parce que vous vous êtes aperçu qu'il y avait un petit manque depuis...

12:59
Invité politique

C'est pas parce qu'on s'est aperçu, si vous voulez, ce que je viens de vous dire, il n'y avait pas de Brexit il y a deux ans. Ben voilà, on voit très bien que, ben non, voilà, ça va être comme ça. On voit effectivement ce qui se passe. On s'adapte effectivement à cet environnement. On discute avec... Non. On s'adapte. Non, non. L'Europe n'est pas un nain diplomatique. L'Europe est alignée. Elle est totalement du reste derrière aussi ce qui se passe en Pologne. Vous verrez. Les Polonais, aujourd'hui, gèrent effectivement la situation comme ils ont le devoir de le faire parce que c'est leur frontière. Et vous verrez que l'Europe sera alignée.

13:28
Présentateur

Est-ce que c'est, du coup, cette crise, c'est un test pour la puissance européenne, pour l'unité européenne, et puis même pour le type de puissance européenne qui a longtemps été une puissance dite normative, refusant la puissance militaire ? Là, pour le coup, c'est un test grandeur nature pour l'état de l'Union européenne. Est-ce qu'elle sera demain ? Est-ce que l'idée d'une Europe militaire est relancée par la crise actuelle ?

13:49
Invité politique

Mais le monde dans lequel nous sommes, et le monde dans lequel nous entrons, est un monde qui va être de plus en plus dangereux, de plus en plus fragmenté, de plus en plus difficile. Donc, oui, bien sûr, l'Europe, les 445 millions d'habitants qui sont aujourd'hui unis par des valeurs peau commune, par un projet commun, nous serons, bien entendu, en permanence sollicités dans ce monde. Et bien entendu, tous les jours, il y aura de nouvelles menaces, comme il y en a eu, on parlera peut-être des vaccins, souvenez-vous avec les vaccins ? On a essayé de nous diviser, et notamment avec Spoutnik, ça n'a pas marché. On a essayé de nous diviser avec le Brexit, on le sait, ça n'a pas marché.

On essaye de nous diviser avec ce qui se passe à la frontière biélorusse, ça ne marchera pas. Parce qu'effectivement, l'Europe avance lorsqu'il y a des crises. Et bien, voyez-vous, je crains qu'on soit servi en matière de crise. Et la contrepartie, c'est qu'aujourd'hui, écoutez-moi bien, il n'y a pas un seul pays aujourd'hui en Union européenne qui veut quitter l'Union européenne. Et on comprend pourquoi.

14:54
Intervenant

M. Breton, est-ce que cette crise peut avoir aussi des conséquences énergétiques ? On le sait, la Biélorussie menace de couper l'approvisionnement en gaz naturel de l'Europe. Je crois que 20% du gaz naturel vient de Russie, sur l'approvisionnement européen. Est-ce qu'il y a aujourd'hui quelque chose qui se passe là-dessus aussi qui doit contribuer à la révision des politiques énergétiques en Europe ?

15:13
Invité politique

D'une façon générale, la géopolitique de l'approvisionnement de l'Union européenne, de notre environnement, fait partie de cette nouvelle géopolitique à laquelle je faisais allusion. C'est vrai que l'Union européenne dépend pour 30% de son approvisionnement en gaz de la Russie. C'est vrai aussi... Il y a un danger aujourd'hui ? C'est vrai aussi, je vais répondre très précisément à votre question, que 10% des approvisionnements russes transitent par la Biélorussie. 10% de l'approvisionnement européen, c'est-à-dire 30% de l'approvisionnement russe. Donc 10% de nos approvisionnements, en fait, transitent par la Biélorussie. Vous avez entendu, c'est du gaz qui est du gaz russe.

On connaît les relations, peut-être même les amitiés, entre la Russie et la Biélorussie. Je constate avec satisfaction que le président Poutine vient de dire effectivement ce qu'il a dit en ce qui concerne la situation. C'est bien, ça va dans le bon sens. Je constate aussi que lorsque le président biélorusse a mentionné cette hypothèse, tout de suite, la Russie a dit que ce n'était pas sérieux. Voilà. Donc, de toute façon, c'est quoi ? C'est 10%, encore une fois, de nos approvisionnements totaux en gaz. Donc c'est parfaitement gérable. Et deuxièmement, ça ne se produira pas.

16:39
Intervenant

Vous n'êtes pas inquiet ?

16:40
Invité politique

Non.

16:40
Intervenant

Vous dites, le monde va devenir de plus en plus dangereux. Joseph Borrell, qui est représentant de l'Union Européenne pour les affaires étrangères et la politique de sécurité, parle, évoque une boussole stratégique. Au fond, il dit qu'il faut se réveiller sur les questions de défense. Qu'est-ce que ça pourrait être, aujourd'hui, une défense européenne, sachant que très peu de pays sont d'accord entre eux ?

17:01
Présentateur

Et il précise, Joseph Borrell, que l'armée européenne, c'est un rêve que font les Français, mais qui n'existera pas à l'échelle européenne.

17:06
Invité politique

Non. Alors, d'abord, Joseph Borrell est chargé, effectivement, de définir, je dirais, la stratégie, on va dire, parce que la boussole, ça ne parle pas. Qu'est-ce que c'est que la boussole stratégique ? C'est vraiment la stratégie de l'Union Européenne en matière de défense, et c'est une première. Et donc, c'est très important. Moi-même, commissaire en charge des affaires de défense au sein de la Commission, j'y apporte toute ma contribution, évidemment. Et notamment, en ce qui concerne la mutualisation de nos équipements et nos infrastructures. Songez que les 27, nous dépensons, pour notre défense, et c'est normal, et c'est bien, et c'est nécessaire, quatre fois plus que la Russie.

Autant que la Chine. Donc, on n'est pas du tout, ça vous évitera de le dire, Madame, un un. On est effectivement... Non, à condition de mutualiser, comme vous dites. Voilà. Absolument, Madame Fresseuse. Absolument. Et c'est tout le sujet de cette fameuse boussole stratégie, cette stratégie, pour la première fois, nous avons décidé de nous mettre ensemble et de décider ensemble qu'elles allaient être nos menaces dans ce monde qui change. Je viens de vous décrire ce qui se passe à notre périphérie. Ça n'est pas une armée, ça, M. Brouton. Ça n'est pas une armée de se mettre ensemble. Il y a des armées.

Mais attendez, je n'ai parlé aujourd'hui que ce qui se passait, disons, au nord, à l'est et à l'ouest. Je n'ai pas parlé de ce qui se passe au sud. Parce que là aussi, on sait qu'on va avoir des sujets et que nous avons des sujets. Mais on pourra y revenir, si vous le souhaitez.

18:26
Intervenant

Du coup, il faut une volonté politique.

18:28
Invité politique

Mais bien entendu, c'est précisément ce qui s'exprime à travers cette stratégie, cette boussole stratégie. C'est une proposition pour le moment. C'est une proposition. Vous avez raison. C'est une proposition parce que je rappelle que la commission et les hauts représentants nous sommes forces de propositions. Et elle sera ensuite adoptée et par le Parlement et par évidemment les États. Bien entendu. Et c'est normal. Et surtout en ce qui concerne la défense, ce sont les États, vous savez, qui restent souverains. Et c'est normal. Alors, derrière, effectivement, de quoi s'agit-il ? Il s'agit d'abord de bien qualifier les menaces. On a parlé des menaces hybrides tout à l'heure.

On va se donner les moyens d'y répondre. On peut parler aussi des menaces cyber et on sait que souvent elles sont liées du reste. On va se donner les moyens d'y répondre, y compris peut-être en créant une force qui soit dédiée à ça. Et c'est un sujet sur lequel j'y travaille avec mes équipes. On va parler effectivement de la nécessité d'intervenir dans les espaces qui sont des espaces partagés, des espaces convoités et notamment l'espace en tant que tel. Il y a l'espace numérique mais il y a aussi l'espace tout court et la stratégie d'espace fera partie aussi d'une meilleure coordination. Et puis enfin, il y a aussi le fait qu'on parle souvent de force de première intervention.

On va se donner les moyens de qualifier ce qu'est une force de première intervention de façon modulaire et pour pouvoir répondre précisément à ces menaces. Je parlais tout à l'heure de ce qui s'est passé au niveau de la frontière lituanienne et biélorusse. Voyez-vous, nos amis de l'OTAN n'étaient pas là, nos alliés américains n'étaient pas là. Qui est venu ? Le commissaire en charge de la défense pour la première fois donc au mois de mai l'année dernière. L'Europe est présente, l'Europe ne va pas se substituer encore une fois à nos alliances traditionnelles, l'Europe va les renforcer.

20:09
Présentateur

Une dernière question, Thierry Breton, sur ce sujet. Est-ce qu'on doit aussi mutualiser la force nucléaire française à l'échelle européenne ?

20:15
Invité politique

Ce n'est pas à moi de répondre à cela parce qu'encore une fois chaque État membre est maître de sa propre stratégie et aujourd'hui je pense sincèrement que ce sont des sujets qui sont traités au niveau des États et la question ne se pose absolument pas comme cela. On a beaucoup d'autres choses à faire. En revanche, et je ne vais pas éluder votre question, en revanche, je constate quand même une chose, c'est que la France dépense beaucoup pour sa défense et heureusement pour l'Europe. Et heureusement pour l'Europe. La France, c'est vrai, est un peu plus endettée que d'autres pays européens mais c'est vrai que la France dépense beaucoup pour la défense du continent.

C'est vrai que quand on discute avec nos grands voisins et je pense en particulier à la Russie, le fait que nous ayons une capacité nucléaire sur le continent européen puisque les Anglais nous ont quittés, sur le continent européen, quand on discute, c'est toujours plus efficace. Nous sommes aussi et de plus en plus dans une logique de rapport de force. Eh bien, la France permet qu'on le veuille ou non d'avoir ce rapport de force. Il ne faut jamais l'oublier.

21:26
Présentateur

Alors, du nucléaire militaire au nucléaire civil, transition qui me permet d'évoquer la COP26. On a dans la nuit un accord, l'accord de Glasgow. Quelle est la position du commissaire européen que vous êtes aujourd'hui ? Est-ce que vous dites c'est une très bonne chose pour le climat et les organisations, les gens qui travaillent sur le sujet trouvent qu'on n'est pas allé assez loin, notamment sur la question de l'aide au développement dans les pays du Sud ? Vous savez, les COP font partie

21:49
Invité politique

de cette nouvelle diplomatie dans ce monde si incertain dont on parle depuis le début de cette émission. Et c'est bien d'avoir des moments où, je dirais, les principaux pays de la planète se réunissent sur un sujet commun. Qu'est-ce qu'il y a de plus commun que la planète ? Puisqu'au fond, c'est de ça dont on parle dans les COP. Donc, cette nouvelle diplomatie qui n'existait pas il y a 20 ans devient une diplomatie importante. On l'a vu du reste. On s'est félicité. On sait tous que les tensions, la tension, les tensions entre les Etats-Unis et la Chine vont marquer aussi la première moitié de ce siècle. On le sait.

certains le craignent du reste compte tenu des enjeux qui sont en cours et notamment en mer de Chine autour de Taiwan. Mais là, voyez-vous, on s'est félicité. Alors ça, c'est sur la forme. Sur le fond. Oui, mais la diplomatie, c'est la forme. Oui, mais je vais y revenir. Donc là, encore une fois, le fait que la Chine et les Etats-Unis soient tombés d'accord, c'est quand même un point. Maintenant, sur le résultat.

23:01
Intervenant

On a l'impression qu'il y a une urgence climatique qui s'impose à tous et on a l'impression qu'on est systématiquement en retard.

23:06
Invité politique

Madame Frousseau, vous avez raison et je pense que ce sera comme ça jusqu'en 2050.

23:12
Intervenant

Ah oui, mais là, ça va poser un problème parce que du coup, on va dépasser les objectifs qui sont donnés. C'est-à-dire que si on continue sur cette trajectoire, d'ici la fin du siècle, on est à plus de 2,4 degrés de réchauffement climatique et auquel cas, l'humanité est en danger et est en péril.

23:27
Invité politique

Nous sommes tous d'accord et ce que je veux vous dire, c'est que, encore une fois, ce n'est pas parce que à un moment donné, on tombe d'accord sur un objectif qu'on le fait. Et je suis bien placé pour le savoir puisque vous m'interrogez à ma qualité de commissaire au marché intérieur, c'est-à-dire, au fond, des entreprises, que la transition, la transformation est absolument gigantesque, qu'effectivement, il va falloir doubler, songer, doubler la production d'électricité en Europe pour atteindre l'objectif jusqu'en 2050 et que, évidemment, on ne va pas vouloir le faire avec des industries décarbonées.

Donc, oui, je l'ai dit et je le redis, on ne pourra pas, pour atteindre cet objectif sur le continent européen, se dispenser de l'énergie nucléaire. On ne pourra pas parce qu'encore une fois, aujourd'hui, on a 26% de notre énergie nucléaire qui est produite en Europe sur... de notre énergie électrique qui est produite sur le nucléaire. Donc, de toute façon, il faudra faire avec.

Donc, oui, c'est un objectif qui est un objectif pour la COP qui est sans doute en dessous de ce qu'on pouvait espérer, mais moi, ce que je retiens, c'est que nous continuons à parler ensemble, on voudrait aller plus loin, on a ensuite la prochaine COP qui va avoir lieu en Égypte, on va continuer, c'est très important d'échanger nos objectifs. On aurait voulu, effectivement, que la Chine et l'Inde soient plus engagés, notamment sur le charbon. Bien sûr, parce que... Mais il y a aussi des pays riches, précisément,

24:54
Intervenant

lorsque l'accord final parle de réduction progressive du charbon et non de l'élimination progressive du charbon comme c'était prévu, lorsque vous voyez le directeur de cette COP26 qui parle de résultats profondément désolants, il a les larmes aux yeux lorsqu'il dit ça, est-ce que vous ne dites pas qu'il y a une nouvelle diplomatie qui est formidable, vous l'avez dit en préambule, mais que cette COP26, pour certains, n'a servi à rien ? Et est-ce que ce n'est pas ça qui est aujourd'hui ennuyeux ? Non. Et puis, il dénonce aussi l'engagement des pays riches, enfin le non-engagement des pays riches pour aider les plus vulnérables à se sortir justement de leurs énergies qui polluent beaucoup.

25:28
Invité politique

Il y a d'abord les 100 milliards, effectivement, ils sont là, effectivement, des pays riches dans les pays hauts. c'est important. Il y a effectivement le fait qu'il faut vraiment pouvoir éliminer le plus rapidement possible le charbon comme source de production d'électricité. C'est vrai que quand on voit aujourd'hui que la Chine, parce qu'il faut appeler un chat un chat, aujourd'hui, elle rouvre 50 nouvelles mines de charbon et 600 centrales de Paris.

26:04
Intervenant

Et on reste le spectateur.

26:05
Invité politique

Non, mais vous savez, on lui a dit ce qu'il fallait lui dire. Donc, on n'est pas naïfs de rien. Il y a quand même un objectif aujourd'hui, ils ont retenu le chiffre de 2060. Bon, c'est déjà ça. mais derrière, nous avons-nous la nécessité, au-delà des discussions, des engagements qui sont pris aujourd'hui par les diplomates qui nous représentaient, nous avons la nécessité de le traduire sur le terrain. Et moi, j'ai cette responsabilité au niveau du marché intérieur. Donc, qu'est-ce que je dis avec mes amis et mes collègues commissaires européens qu'il nous faut évidemment un mécanisme d'ajustement carbone aux frontières.

Certains vont appeler ça la taxe carbone pour faire en sorte que si dans des pays par exemple comme la Chine on continue à produire essentiellement avec du charbon et bien on ne pourra pas rentrer dans le marché intérieur ou si on rentre on y paiera le prix. Donc, je suis de ceux qui défendent effectivement cette nouvelle voilà, on parlait tout à l'heure cette nouvelle diplomatie ces nouveaux rapports de force parce que oui l'Europe c'est pas rien c'est le premier marché du monde on doit se faire respecter je suis là pour ça c'est mon travail.

27:09
Locuteur non identifié

France Inter Question politique Thomas Négarov

27:17
Présentateur

Et le travail de celle qui nous rejoint c'est l'économie Alexandra Benseyde bonjour

27:21
Intervenant

Bonjour, bonjour à vous bonjour Thierry Breton

27:23
Présentateur

Bonjour Madame Benseyde

27:24
Intervenant

Alors nous allons parler ensemble des nuages mais tout d'abord j'ai entendu le commissaire Breton dire qu'il faut de l'énergie nucléaire pour faire la transition climatique c'est quand même un gros bras de fer ça au sein de l'Union Européenne pendant la COP on a eu plusieurs pays dont l'Allemagne le Danemark le Portugal le Luxembourg et j'en oublie qui ont dit mais l'énergie nucléaire ça ne doit pas apparaître dans la liste des énergies qui sont bonnes pour l'environnement ça s'appelle la taxonomie et ça ça détermine ce qu'il pourra avoir ou pas des financements si c'est dans la taxonomie ça a des milliards pour être construit et si ça n'en a pas ça n'en a pas vous dites oui il faut du nucléaire oui il faut des réacteurs donc vous êtes en ligne avec Emmanuel Macron mais ça ne va pas être si simple

28:01
Invité politique

non mais vous savez nous sommes une grande démocratie c'est ce qui nous différencie précisément par rapport à la discussion qu'on vient d'avoir nous sommes 27 grandes démocraties non on est 27 grandes démocraties mais nous partageons nous partageons je le redis un socle de valeur commune et la notion d'état de droit avec des différences d'appréciation mais c'est ce qui nous réunit et croyez moi dans le monde qui vient ça n'a pas de prix ceci étant dit c'est vrai on discute voilà vous avez ma position

28:25
Intervenant

comment on peut sortir de l'impasse je connais votre position mais comment on peut sortir est-ce qu'on peut dire c'est une énergie de transition ça va se faire comment

28:32
Invité politique

et bien écoutez je vais vous dire voilà comment moi je parle de cette énergie parce que c'est ce que je crois qu'elle est je parle d'une énergie de transition décarbonée on ne va plus utiliser les mots qui fâchent c'est parce que c'est vraiment une énergie de transition décarbonée je constate que le gaz est également une énergie de transition mais que le gaz n'est pas décarboné donc on a aujourd'hui une énergie de transition décarbonée ça existe et ça peut être accepté dans la priorité oui je pense que ça sera accepté je comprends évidemment les positions des uns des autres je le redis les aspects énergétiques sont encore une fois selon les traités et c'est une bonne chose parce qu'il y a une relation très particulière à ces questions évidemment d'un point à l'autre de l'Union Européenne et donc c'est ce qu'on appelle le mix énergétique dans notre jargon est à la main et la seule responsabilité des états et c'est normal que ce le soit donc la France s'est exprimée très bien je constate que la Tchéquie s'est exprimée la Pologne s'est exprimée la Lituanie s'est exprimée on a beaucoup de pays qui s'expriment et voilà on en a beaucoup qui soutiennent effectivement cette mixité est-ce que je dis derrière que l'avenir absolu c'est le nucléaire fissile ou la fission nucléaire non je dis que c'est une énergie de transition décarbonée n'oublions jamais qu'il faut aussi continuer la recherche je crois beaucoup à l'évolution de la recherche effectivement on voit qu'il y a des start-up maintenant qui commencent avec la fusion qui elle ne générerait pas les déchets évidemment que nous avons avec la fission on a ITER on continue la recherche j'y crois beaucoup

30:06
Intervenant

parlons à présent si vous le voulez bien Thierry Breton des nuages que l'on voit sur l'horizon économique l'Autriche reconfine une partie de sa population les Pays-Bas mettent un couvre-feu pour les bars les restaurants et puis les supermarchés à 20h l'Allemagne est en train de s'inquiéter est-ce que vous craignez que le virus soit en capacité de faire dérailler la reprise actuelle en Europe qui est forte

30:28
Invité politique

alors je vois tout ça évidemment c'est mon rôle d'abord je constate plusieurs choses je constate et j'entends évidemment les antivax les souverainistes tous ceux qui avaient pris cette je dirais ce combat dans l'antivaxin on sait très bien d'où ils viennent en plus j'entends tout ça comme vous maintenant je vois la réalité la réalité c'est que nous sommes le continent qui est le plus vacciné et que ça nous a permis d'être le continent qui a le plus fort rebond en matière économique il y a un lien pour ne pas se tromper y compris sur le chômage cependant

31:00
Intervenant

reconfiné c'est moins d'activité économique

31:03
Invité politique

cependant nous sommes évidemment face à une maladie parce qu'il faut appeler ça comme c'est pour lequel on a réussi à mettre sur pied un vaccin qui a démontré de façon extraordinaire son efficacité notamment en termes de limitation de la propagation et aussi il faut dire les choses comme elles sont de décès parce que c'est une maladie qui tuait et qui a tué massivement grâce au vaccin on a évité tout ça on a pu réouvrir on a mis des conditions strictes pour limiter la propagation du virus mais comme beaucoup de vaccins et on le sait les parents qui nous écoutent j'en souviens savent que pour beaucoup de vaccins il faut des rappels voilà il y a un moment où effectivement l'immunité baisse un peu on est dans cette phase c'est ce que nous dit l'autorité européenne de santé elle recommande elle recommande c'est pas moi qui parle parce que je ne suis pas un épidémiologiste et j'aimerais le rappeler notamment à tous les politiques y compris d'extrême droite qui parlent sur ces questions on va écouter ce que dit l'agence européenne de santé qui est l'une des meilleures au monde oui elle conseille effectivement qu'après six mois un rappel fera de l'effet donc moi j'ai tendance à écouter notre agence de santé mais ce que je peux dire dans ma responsabilité parce que ça c'est ma responsabilité c'est que nous avons fait en sorte que désormais nous avons produit en Europe 2 milliards 300 millions de doses de vaccins on est le premier continent en matière de vaccins ARN messager qui lui dit on est la pharmacie du monde alors qu'on n'était pas du tout dans cet état il y a un an ce qui montre que quand on est tous ensemble on peut le faire

32:35
Intervenant

donc vous dites si on fait une troisième dose la reprise ne devrait pas dérailler mais est-ce que vous êtes inquiet c'est ça ma question êtes-vous inquiet

32:41
Invité politique

alors je suis attentif je vois que j'irai du reste la semaine prochaine en Bulgarie où là on a un vrai problème parce que on n'a que 30% de la population qui est vaccinée c'est incroyable là j'irai également en Roumanie où on a à peu près les mêmes choses j'irai également en Slovaquie je constate alors là je vais vous lire cette constatation je ne sais pas l'expliquer mais je constate que dans les anciens pays disons du bloc de l'Est on va les appeler comme ça il y a une espèce de réaction au vaccin d'attentisme y compris et le pire c'est évidemment la Russie où là on est dans une situation absolument tragique donc je ne sais pas l'expliquer je le constate mon rôle c'est de faire en sorte que tous les vaccins soient là ils sont là et que l'on puisse inciter les populations à le faire mais je dis effectivement que ça ne suffira pas parce qu'il faut aussi en permanence ce que nous avons bien fait nous en Europe et notamment en France en particulier notamment toute l'Europe vaccinée il faut maintenir les gestes barrières et vous constatez que dans les pays où il y a un relâchement c'est les pays qui étaient un peu plus comment dire parce que c'est notre Europe elle est diverse un peu plus libéraux on a rouvert un peu plus vite je ne parle pas de la Grande-Bretagne là on a ouvert tous les bars et c'était une catastrophe mais voilà donc il faut faire ça avec parcimonie apprendre encore pendant plusieurs mois à vivre avec ce virus

33:59
Intervenant

je continue à vous parler des nuages si vous voulez bien des nuages sur l'économie l'autre danger c'est que pour l'instant en réalité l'économie ça va bien tout le monde est en train de repartir en même temps et du coup qu'est-ce qu'on voit on voit du transport maritime plus cher des conteneurs qu'on n'arrive pas à trouver on voit des ports engorgés et on voit des pénuries les fameux semi-conducteurs et ça bloque beaucoup d'usines la production industrielle elle a baissé en Europe en août et en septembre est-ce que ce nuage-là il vous inquiète très sérieusement ?

34:27
Invité politique

disons qu'il m'interpelle au sens où effectivement la reprise mondiale a été plus rapide que prévue et qu'anticipée vous avez raison le prix des conteneurs a été multiplié par 8 c'est absolument incroyable les semi-conducteurs par 5 ou 6 pour certains des éléments critiques notamment les micro-contrôleurs

34:46
Intervenant

est-ce que ça va durer ? vous le savez

34:48
Invité politique

ça ne va pas durer mais ça ne va pas non plus s'effacer en 3 mois donc je suis là aussi pour vous dire la réalité des choses parce que c'est mon rôle nous avons en ce qui concerne un certain nombre d'éléments critiques d'abord on a fait je dirais une cartographie de nos dépendances parce que je le redis par rapport à la première partie de notre discussion nous entrons dans une nouvelle géopolitique aujourd'hui sur la planète cette géopolitique ce n'est plus les empires on ne va pas les concurrir tel en tel endroit c'est le fait qu'on va on continue la mondialisation continuera qu'on le veuille ou non on a des lieux de production qui sont ce qu'ils sont on a des sources d'approvisionnement on peut parler notamment des composants critiques des terres rares mais sur les pénuries

35:31
Intervenant

vous dites ça ne va pas s'effacer en 3 mois dites-nous dites aux auditeurs est-ce que le pic des pénuries il est déjà derrière nous ou est-ce qu'il y en a encore devant nous ?

35:39
Invité politique

non je pense que le pic est plutôt derrière nous mais que pour revenir à la normale il faudra encore plusieurs trimestres je pense que ce serait sans doute prématuré d'envisager un retour total à la normale en ce qui concerne la demande avant l'été ça ne veut pas dire pour autant qu'on va manquer ça veut dire effectivement qu'on a des tensions en particulier dans l'automobile alors je sais que les fêtes de Noël approchent et donc que beaucoup d'enfants se demandent s'ils vont avoir leur console qu'ils aient été gentils ou pas qu'ils aient été gentils ou pas il y aura sans doute peut-être un peu de retard mais on n'est pas devant une pénurie absolument dramatique en revanche ce que je peux dire c'est que nous allons avoir parce qu'on a aussi là aussi un changement absolument radical à travers la numérisation de nos économies on l'a vécu à travers la pandémie l'importance aujourd'hui de tout ce qui concerne le numérique dans nos vies est de plus en plus grande et donc la demande en matière de semi-conducteurs va être multipliée par deux tenez-vous compte par deux dans la décennie qui vient donc nous et ça a été vraiment l'un de mes grands combats j'ai souhaité qu'en Europe on retrouve ce qu'on avait été c'est à dire la capacité d'être une grande un grand lieu de fabrication de semi-conducteurs parce que le semi-conducteur les microprocesseurs tout le monde va le comprendre de demain c'est un peu comme le pétrole on n'a pas les puits de pétrole ils sont là où ils sont les semi-conducteurs on peut les fabriquer quand on les fabrique on contrôle la chaîne

37:10
Intervenant

alors la fabrication il y a un projet de méga-usine Intel et vous avez parlé au patron d'Intel récemment ça doit être des milliers d'emplois on dit que Dresde où vous étiez vendredi est en très bonne position pour avoir un site ce site de méga-usine de semi-conducteurs il en est où le dossier ?

37:29
Invité politique

alors il n'y en a pas qu'un donc je ne vais pas parler que d'une entreprise parce que nous avons lancé précisément alors on appelle ça dans notre jargon excusez-moi le European Chip Act c'est-à-dire c'est un acte législatif qui va favoriser précisément le développement des semi-conducteurs je voudrais juste dire à nos auditeurs que nous sommes vraiment aujourd'hui parmi les meilleurs du monde si ce n'est les meilleurs du monde en matière de recherche de semi-conducteurs avec un centre qui s'appelle IMEG qui est près de Bruxelles avec le Leiti CEA qui est notamment à Grenoble avec le Fraunhofer Institute qui est en particulier à Dresde nous avons aujourd'hui les meilleurs et ce sont des dizaines de milliers de chercheurs chercheurs au monde dans ce domaine

38:05
Intervenant

et donc maintenant

38:07
Invité politique

effectivement on veut aussi pour mieux contrôler je vais dire les choses comme elles sont pour mieux contrôler la fabrication et donc l'approvisionnement stratégique des semi-conducteurs pour nos entreprises j'ai été vraiment très actif je n'aurai pas ma réponse pour pouvoir faire en sorte vous n'aurez pas votre réponse vous n'aurez pas votre réponse je vais juste le dire vous avez effectivement plusieurs sites je l'ai visité

38:31
Intervenant

est-ce que la France a des chances

38:31
Invité politique

j'ai visité hier effectivement la France en a l'Italie en a les Pays-Bas également maintenant après ça c'est l'entreprise qui décidera mais ce qui est important c'est qu'on fera un projet européen et puis je voudrais vous dire aussi madame Ben Seyde il n'y a pas que cette entreprise il y en a d'autres mais là vous me permettrez de garder le secret

38:46
Présentateur

une femme qui n'a elle pas gardé le secret c'est Frances Hogan vous savez cette lanceuse d'alerte de Facebook qui travaille sur les algorithmes de l'entreprise américaine qu'elle a quitté elle dénonce aujourd'hui notamment devant les institutions publiques aux Etats-Unis et en Europe notamment en France cette semaine les agissements de Facebook on l'écoute et après vous réagissez à ses propos

39:11
Locuteur non identifié

donc ce dilemme pour Facebook sécurité versus croissance n'est pas résolu et est-ce qu'un gouvernement peut demander à cette entreprise de ralentir un peu parce qu'on sait que par exemple la Russie s'intéresse à compliquer ou truquer des élections démocratiques et si on ne procède pas à des changements conséquents substantiels sur cette plateforme et bien des pays comme la Russie vont continuer d'utiliser Facebook comme une arme contre nos sociétés ouvertes

39:47
Intervenant

est-ce que vous pensez que comme le dit Francis Hogan que Facebook affaiblit aujourd'hui les démocraties est-ce que les Etats les institutions ont les moyens de tordre les bras à ces géants numériques et si oui de quelle façon Thierry Breton

40:01
Invité politique

globalement je le pense pas uniquement pour cette entreprise sur les grandes plateformes depuis bien avant que je sois commissaire européen et vous vous en souvenez parce que vous êtes un observateur attentif de ce que nous faisons dès le premier jour j'ai lancé immédiatement évidemment sous les vignes de la présidente de la commission et sous la bande de la haine un travail pour être les premiers à organiser notre espace informationnel avec deux textes qu'on appelle le DSA je le dis à nos téléspectateurs parce qu'ils vont beaucoup d'entendre parler notamment sous la présidence française qui organise qui redonne le pouvoir le contrôle de notre espace informationnel

40:38
Intervenant

pour préserver mais alors dans les concrètement comment ça va se passer

40:40
Invité politique

mais c'est fait c'est fait je suis déjà venu vous l'expliquer c'est fait on a déjà maintenant le texte il est écrit il est fait il est maintenant nous sommes une démocratie il est maintenant en discussion mais a-t-il eu des résultats c'est ça il est fait on est pas trop vite on est allé très vite on a écrit le texte il redonne le contrôle effectivement je dirais à nous même sur ces grandes plateformes pour contrôler et faire en sorte que tout ce qui est interdit dans l'espace physique le soit dans l'espace numérique et réciproquement donc ça c'est fait maintenant parce qu'on est une démocratie c'est en train d'être discuté au parlement européen qui est donc un peu comme notre chambre des députés au conseil européen qui est l'équivalent de notre sénat ce sont les deux co-législateurs et nous avons bon espoir que la discussion finale vous savez en France on a passé les navettes on discute d'abord

41:26
Intervenant

ça peut être très très long

41:27
Invité politique

non

41:28
Intervenant

et après il y a les décrets d'application et ça peut parfois ne jamais être pris

41:31
Invité politique

mais attention non mais c'est une bonne remarque donc là effectivement on est très très avancé et on a bon espoir on a bon espoir que ça se finalise sous présidence française maintenant sur madame française elle est donc évidemment et je l'ai vue à plusieurs reprises dès qu'elle a été cette lancheuse d'alerte elle a demandé à me rencontrer parce que précisément nous étions les premiers à écrire un texte qui allait répondre à ses préoccupations en particulier celle du contrôle des algorithmes qui figure noir sur blanc effectivement dans les responsabilités et les pouvoirs que nous allons avoir et je l'ai rencontré également à Bruxelles puisqu'avant de commencer son tour elle est venue me voir pour expliquer effectivement avec justement la rapporteure au parlement européen pour discuter ensemble de ce qui se passait et en nous disant c'est formidable parce que si on avait eu ça tout ce que je dénonce ne serait pas passé aux Etats-Unis donc vous avez la réponse à votre question et oui je crois qu'aujourd'hui j'en discute aussi moi-même du reste beaucoup avec ma je dirais ma ma contrepartie aux Etats-Unis qui est madame Gina Raimondo qui est la ministre en charge de ses affaires dans le gouvernement de monsieur Biden on est très très en contact c'est vrai qu'aujourd'hui l'Europe parce que nous sommes encore une fois cette démocratie cette grande démocratie ce qui s'est passé le 6 janvier au Capitole n'aurait jamais pu se passer en Europe on est une grande démocratie et donc on a aujourd'hui pris un peu les devants sur cette affaire et je crois qu'on va pouvoir le faire encore une fois

43:02
Présentateur

atterrir sous présidence française vous pensez Thierry Breton que nos démocraties on va rentrer dans un cycle électoral en France n'est pas menacée par ce qu'on appelle les GAFAM ces grands géants du numérique américain acteurs systémiques vous pensez qu'on est protégé qu'il n'y aura pas de fake news qu'il n'y aura pas de désinformation

43:17
Invité politique

non vous avez parfaitement raison je pense que nous ne le sommes pas et c'est précisément la raison pour laquelle d'abord j'alerte tout le monde mais aussi que nous avons mis aujourd'hui en place cette législation qui va voir le jour et qui va devenir efficace je le répète est-ce que vous pouvez expliquer très concrètement ce que c'est que cette législation à partir du moment où vous avez souvent on l'a vu notamment on a tous en tête Cambridge Analytica il faut appeler voilà vous savez ce que vous avez en tête où on a vu le rôle précisément que cette société avec les algorithmes qui étaient poussés ont pu jouer en particulier sur le Brexit où on voit qu'aujourd'hui quand on interroge les Britanniques ils sont en majorité pour Remain donc il y a eu quelque chose qui s'est passé c'est malheureux les pauvres enfin ça s'est passé comme ça une manipulation donc aujourd'hui on peut empêcher les manipulations et bien là concrètement pour répondre à Mme Fressel précisément dans le texte nous avons à partir du moment où il y a la moindre suspicion un lanceur d'alerte quelqu'un qui interroge nous avons la possibilité on le fera on a les moyens d'aller demander directement un audit alors que je ne peux pas le faire une intervention immédiate chez l'entreprise concernée y compris de regarder ses algorithmes et de lui demander sous une heure de tout arrêter ou deux heures ça va dépendre effectivement des infractions et si ce n'est pas le cas on aura à ce moment-là toute une panoplie de sanctions financières d'abord mais on sait que ça ne les concerne pas trop ensuite interdiction d'opérer voire démantèlement c'est énorme ce qu'on a mis sur pied et c'est pour ça je le dis que ce qu'il a mis sur pied un jour non non attendez ce qu'on a mis sur pied j'étais l'objet de beaucoup de campagnes de lobby je le sais c'est normal on n'est pas dupe de rien là non plus on n'est pas naïf

44:44
Intervenant

mais on défend

44:45
Invité politique

l'intérêt général européen

44:46
Intervenant

Thierry Breton qui sera l'autorité de contrôle vous dites on aura la possibilité c'est très important

44:50
Invité politique

ce sera la commission et l'ensemble des autorités contrôlées coordonnées par la commission donc pour pouvoir y compris avec des ressources c'est quelque chose que demande le parlement des ressources supplémentaires pour pouvoir interagir et derrière votre question il y a une question très importante c'est la notion de pays d'origine parce qu'effectivement on avait constaté que certains pays étaient plus laxistes que d'autres

45:12
Intervenant

on peut expliquer c'est le RGPD c'est un texte très important ça ne marche pas

45:16
Invité politique

parce que tout est au long

45:17
Intervenant

de la CNIL irlandaise

45:17
Invité politique

et bien là ce sera évidemment tout le monde il n'y aura plus de distinction la loi s'appliquera la même pour tout le monde et la commission aura une capacité à intervenir si jamais bien sûr et bien sûr si jamais un pays disons prend trop de temps la commission aura des compétences y compris des compétences humaines pour faire le travail immédiatement et faire en sorte que la loi s'applique dans l'instant qui a été voulu par les législateurs c'est à dire de quelques heures à quelques jours en fonction de la nature des compétences humaines

45:47
Intervenant

ça veut dire quoi un organisme un conseil de surveillance

45:49
Invité politique

non non ça veut dire d'abord il y aura un conseil évidemment pour l'ensemble des organismes nationaux et puis il y aura quasiment des ressources des ressources effectives dans mes services est-ce qu'à terme

45:57
Intervenant

il faut aller vers un démantèlement des GAFA parce qu'au fond c'est une menace pour les états démocratiques

46:02
Invité politique

c'est une question qui se pose mais c'est une question qui doit se poser aux états unis donc moi je la pose effectivement au gouvernement Biden vous êtes favorable à l'idée ?

et je pense que la question elle est posée aujourd'hui par beaucoup d'observateurs y compris par un certain nombre de femmes et d'hommes politiques aux états unis y compris au sénat mais moi je ne me mets pas sur ce rôle là nous avons effectivement une responsabilité moi ma responsabilité c'est l'Europe c'est pas autre chose donc aujourd'hui nous avons des entreprises non européennes qui viennent mon rôle est de faire en sorte que le droit européen que nos valeurs soient préservées quand nous les autorisons à venir opérer chez nous maintenant si jamais il faut démanteler comme c'était le cas vous avez en tête sans doute Mme Pressoz les babybelles c'est à dire les entreprises de télécommunications les grandes médias pétrolières voilà c'est pas nous qui avons décidé c'est précisément les entreprises où sont les pays pardon où sont établies ces entreprises qui doivent en décider je pense que la question est légitime aux états unis Thierry Bouton

47:01
Présentateur

je me souviens que Barack Obama était venu à la maison de la radio il y a quelques années il avait quitté la présidence et on lui avait posé la question et il avait dit c'est une question que les européens se posent parce qu'ils n'ont pas de GAFAM

47:09
Invité politique

oui c'est facile ça d'abord c'est faux on a des très grandes entreprises on a des très grandes entreprises technologiques dans tout ce qui concerne les données industrielles on est très très bien parti et puis pardon mais il n'y a pas que le texte sur lequel nous travaillons et qui sera adopté au premier semestre ça ne concerne pas que les américains ça concerne aussi des entreprises européennes ça concerne aussi des entreprises asiatiques donc non je sais qu'il y a souvent ce tropisme je rassure nos amis américains ce texte n'est pas fait pour faire de l'anti-américanisme ce texte il n'est fait pas pour si c'est fait pour quelqu'un c'est pour les européens

47:48
Intervenant

cependant il y a quand même un problème sur la tech européenne on n'a pas de moteur de recherche il s'appelle Google on n'a pas de grande place de marché ça s'appelle Amazon on n'a pas de grand réseau social ça s'appelle Facebook finalement Thierry Breton il n'y a pas de champion européen de la tech et puis le cloud les deux tiers des entreprises européennes elles mettent leurs données dans le cloud d'Amazon est-ce que la souveraineté numérique on est un peu en train de se bercer avec l'idée mais ça n'est pas déjà trop tard

48:12
Invité politique

tiens vous voyez on parlait des semi-conducteurs tout à l'heure c'est la base de tout sans semi-conducteurs pas de plateforme aujourd'hui l'entreprise les entreprises qui permettent de fabriquer des usines de semi-conducteurs elles sont européennes les entreprises qui permettent de fabriquer ces fameuses usines c'est 95% entreprises européennes si jamais on décide d'arrêter il n'y a plus de semi-conducteurs sur la planète et il n'y a plus de GAFA donc vous voyez c'est ce que je dis les rapports de force ne voyons pas toujours ne voyons pas toujours les choses on aime bien ça en Europe et bien non je vous dis que nous avons aujourd'hui en Europe y compris vous parliez tout à l'heure de ces fameux clouds c'est vrai c'est vrai pour les données personnelles parce que comme les Etats-Unis c'est un grand pays homogène et que nous étions nous avec nos cultures on avait différentes cultures et bien c'est vrai qu'ils ont bénéficié de cette homogénéité pour lancer les premières plateformes de données personnelles mais sur les plateformes industrielles on est très en avance donc moi je donne un rendez-vous sur ce qui va se passer sur les données industrielles on est en train de travailler sur une alliance des clouds industrielles parce que voyez-vous Madame Ben Saïd aujourd'hui si je prends l'ensemble des données que nous générons sur la planète la planète c'est 40 zétabytes c'est-à-dire 40 000 milliards de milliards de données c'est tout ce qu'on a généré notamment en données personnelles avec les données industrielles celles qui vont être générées par les véhicules connectés par l'industrie automatisée par l'internet des objets par le développement de la 5G dans 5 ans dans 5 ans ou 4 ans c'est-à-dire à la fin de mon mandat on aura multiplié par 4 le nombre de données on sera à 175 zétabytes c'est-à-dire 3 fois 4 fois ce qui existe aujourd'hui et c'est essentiellement des données industrielles elles sont principalement générées en Europe donc on a un formidable avenir si on s'en donne les moyens c'est aussi l'un des domaines sur lesquels nous travaillons

49:58
Présentateur

Alors on se projette dans les semaines qui arrivent et même dans l'actualité politique de notre pays vous êtes un fin observateur aussi de ce qui se passe en France quel est votre regard sur votre famille politique la droite qui est en train de choisir son candidat à la présidentielle

50:11
Invité politique

D'abord moi je suis commissaire européen vous me permettrez d'avoir un peu de hauteur donc je constate tout simplement je voudrais faire juste une constatation cette constatation c'est que j'en ai parlé tout à l'heure au niveau mondial on est dans un monde je l'ai dit de plus en plus compliqué on est dans un monde fragmenté et il faut évidemment c'est pour ça qu'il vaut mieux être solidaire et que le projet européen est un projet et je le redis qui fait la différence par rapport à tout ce qui peut se passer autour de nous mais c'est vrai aussi vous savez pour les systèmes politiques j'étais pas plus tard que la semaine dernière vous l'avez rappelé en Allemagne et notamment à Dres mais jeudi j'étais à Berlin je me suis entretenu avec le vice-chancelier

50:54
Présentateur

et les républicains là-dedans je vais y revenir je vais y revenir

50:58
Invité politique

parce que c'est disons ma famille politique je ne savais pas si vous parliez de la république en marche et de la républicaine je vais y revenir je vais y revenir et donc voilà on est dans un système qui est fragmenté pour la première fois en Allemagne on va avoir une coalition à trois on voit la fragmentation Oler Scholz le futur chancelier il a gagné à un point par rapport à Armin Lachette un point on est très fragmenté et bien figurez-vous que c'est vrai en Europe mais c'est vrai en France on est fragmenté on fait juste puisque vous m'invitez à en parler en fin de cette émission je crois que c'est faire injure à personne que de dire que la gauche est quand même assez fragmentée même un peu atomisée on va dire c'est vrai vous avez raison la droite l'est aussi les républicains bon ils essayent de se réunir visiblement ça va dans le bon sens la réunification enfin il y a quand même une fragmentation visiblement et il y avait quand même un parti qui résistait à ça c'était l'extrême droite l'extrême droite aujourd'hui je vois deux, trois candidats ils sont fragmentés quand on regarde le total de l'extrême droite c'est exactement le même total que lorsque Marine Le Pen rentrait en campagne en 2017 mais aujourd'hui visiblement il y a deux ou trois candidats il y a aussi une fragmentation donc voilà on est dans une fragmentation c'est le monde dans lequel on est et c'est pour ça que je crois qu'il va falloir vraiment nous habituer

52:24
Intervenant

il y a quelqu'un dont vous n'avez pas parlé monsieur Breton c'est le président Emmanuel Macron sauf coup de théâtre il va se présenter à sa succession ça se passera après le 1er janvier date à laquelle la France va prendre la présidence de l'Union Européenne est-ce que ça sera un atout un handicap est-ce qu'il ne va pas y avoir un télescopage entre ces deux campagnes en quelque sorte celle de diriger l'Europe et celle de diriger sa campagne de réélection

52:45
Invité politique

réponse rapide dans les 27 il y a donc des élections pratiquement tous les 6 mois sur notre continent voilà ça tombe maintenant c'est vrai que ça va faire évidemment 4 mois très actifs et je ne vous cache pas que je m'en suis entretenu avec le président de la République pas plus tard qu'il y a quelques jours de façon très approfondie sur la présidence de l'Union Européenne avec les principaux ministres qui seront concernés donc l'agenda est très dense y compris sur le DSA et le DMA donc il est très dense

53:17
Intervenant

un télescopage pour le dire

53:18
Invité politique

mais de toute façon voilà il faudra faire avec il y aura télescopage je ne retiens pas ce mot assurer la présidence de l'Union Européenne c'est notamment être maître du calendrier législatif entre autres c'est présider effectivement les réunions du conseil voilà ce sera il va falloir gérer cette situation mais je sais que le président de la République y est prêt c'est important pour la France vous savez d'assurer la présidence de l'Union

53:41
Présentateur

merci Thierry Breton aux accents très Jean Monnet l'Europe met des crises et somme des réponses apportées à ces crises c'est ce que disait Jean Monnet c'est un peu ce que vous nous avez dit pendant cette heure d'entretien passionnant avec nous avec Questions Politiques merci à tout le monde merci aussi Alexandre Gillardi Jean-Philippe Ballas Damien Sangali et Julien Dumont tous ceux-là ont permis à l'émission d'exister merci et à dimanche prochain

Thierry Breton : "L'Europe n'est pas un nain diplomatique" · Pourquijevote