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InterviewFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 8 mai 2012 11 minComplaisantActualité / polémiqueEurope & internationalInstitutions & électionsÉconomie & entreprisesSolidarités & famille

Lionel Jospin

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 70 %Attaque 20 %Défensif 10 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:13FerméeRéponse directe

    Si François Hollande gagne, disiez-vous, il y a quelques semaines à l'Express, je me sentirais payé de mes peines. C'est fait ?

  • 0:58OuverteRéponse partielle

    Donc, l'idée d'une revanche ou d'un retour, ça vous semble déplacé ?

  • 2:11OuverteRéponse directe

    Ça ne vous a pas surpris, cette marge et ce resserrement, finalement ?

  • 3:55OuverteRéponse directe

    Quelle est la capacité de la France, présidée par François Hollande, à peser face à l'Allemagne aujourd'hui, Lionel Jospin ?

  • 4:52RelanceRéponse directe

    Encore faut-il que les dirigeants allemands en aient conscience.

  • 6:44OuverteRéponse directe

    Donc vous n'imaginez pas que la rencontre Hollande-Merkel se résume à deux monologues ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:30Invité politiqueFait
    « À partir du moment où nous avons un président rejeté et une politique contestée, il est logique, comme en démocratie et comme ailleurs d'ailleurs, que se produise une alternance. »
  • 1:40Invité politiqueFait
    « s'il n'y avait pas eu cette division stupide, dont la gauche s'est d'ailleurs depuis toujours gardée, au moins cela aura-t-il servi à cela, eh bien, on aurait pu gagner l'élection présidentielle. »
  • 1:56Invité politiqueFait
    « elle a malheureusement montré l'injustice de son traitement des questions, notamment face à la crise. »
  • 2:33Invité politiqueFait
    « il a peut-être sauvé les meubles pour sa majorité, mais il l'a fait en utilisant des thèmes qui ne sont pas bons pour le pays, me semble-t-il. »
  • 4:34Invité politiqueFait
    « François Hollande a mis ça aussi au cœur de son projet, et la nécessité pour l'Europe de sortir d'une situation de croissance faible, voire même de récession »
  • 5:50Invité politiqueFait
    « ce qu'ils peuvent craindre, c'est d'être isolée en Europe. »
  • 6:00Invité politiqueFait
    « En matière de salaire, en matière de précarité, mais elle est sauvée par les exportations. »
  • 6:51Invité politiqueFait
    « François Hollande sera ferme, qu'il s'appuiera sur les décisions du peuple français. »
  • 7:19Invité politiqueFait
    « Mais on peut remplacer la familiarité, la tendance à tirer la couverture à soi, par la fermeté, mais une fermeté très courtoise. »
  • 8:56Invité politiqueFait
    « c'est 8 mai 45, c'est la victoire contre le nazisme, c'est l'unité de la France retrouvée »

Temps de parole

  • Lionel Jospin77 %
  • Présentateur23 %

1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

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0:01
Présentateur

France Inter, 9 de Patrick Cohen. Bonjour, Yann Lachospin. Bonjour. Si François Hollande gagne, disiez-vous, il y a quelques semaines à l'Express, je me sentirais payé de mes peines. C'est fait ? Oui, mais on ne va pas psychologiser ce matin.

0:16
Lionel Jospin

Non, mais vous l'avez dit. Oui, et voilà, donc, je le redis. Donc, c'est fait ? Complètement, oui. D'ailleurs, je crois avoir accompagné François Hollande dans cette campagne à la bonne distance, c'est-à-dire sans être distant, en même temps sans peser. Et puis, je crois que je n'ai pas eu à me forcer pour manifester ma joie et mon plaisir pendant les derniers jours de la campagne, et notamment le 6 mai.

0:42
Présentateur

Oui. Sans psychologiser à outrance, comme vous dites, Lionel Jospin, il y a forcément l'idée d'une revanche de 2002, d'un retour de la gauche après le dernier épisode d'une gauche au pouvoir que vous avez incarné jusqu'en 2002 et jusqu'à cet échec de votre propre candidature. Donc, l'idée d'une revanche ou d'un retour, ça vous semble déplacé ?

1:05
Lionel Jospin

Il insiste. Ce que j'ai envie de dire, moi, c'est que nous avons une élection normale dans une situation exceptionnelle. Et c'est une façon de répondre à votre question, parce que nous avons une situation normale qui est celle de l'alternance. À partir du moment où nous avons un président rejeté et une politique contestée, il est logique, comme en démocratie et comme ailleurs d'ailleurs, que se produise une alternance. Je pense d'ailleurs que ce changement aurait pu se faire plus tôt.

C'est-à-dire qu'il y a dix ans, effectivement, s'il n'y avait pas eu cette division stupide, dont la gauche s'est d'ailleurs depuis toujours gardée, au moins cela aura-t-il servi à cela, eh bien, on aurait pu gagner l'élection présidentielle. La droite a gouverné dix ans, elle n'a pas démontré son efficacité, elle a malheureusement montré l'injustice de son traitement des questions, notamment face à la crise. Donc l'alternance s'est faite, elle s'est faite d'ailleurs par la marge habituelle, classique, hors circonstances exceptionnelles dans les élections présidentielles françaises.

2:11
Présentateur

Ça ne vous a pas surpris, cette marge et ce resserrement, finalement ?

2:14
Lionel Jospin

Non, je pense que ce resserrement a peut-être été obtenu par la thématique poursuivie par Nicolas Sarkozy. De ce point de vue, il a peut-être sauvé les meubles pour sa majorité, mais il l'a fait en utilisant des thèmes qui ne sont pas bons pour le pays, me semble-t-il. D'autant que nous sommes, et c'est le deuxième aspect, dans une situation exceptionnelle, élection normale, mais situation exceptionnelle, d'une part parce que l'héritage est très lourd, et d'autre part parce que nous vivons dans un continent en crise, d'où la pertinence de l'analyse, ou en tout cas de la problématique évoquée par Bernard Guetta il y a un instant. On croit toujours que l'histoire, c'est hier.

Non, l'histoire, c'est aussi aujourd'hui. Et il ne sert à rien de dire que les gouvernements ont été myopes ou imprévoyants dans la crise des années 30, s'ils continuent à l'être ou s'ils le sont autrement dans la crise la plus grave depuis les années 30. Et donc la question de savoir si l'Europe, non pas se suicide collectivement, comme elle l'a fait dans les années 30 et 40, si vous voulez, mais accélère un déclin possible face à d'autres, cette question est centrale. Or, cette question, à sa façon, François Hollande l'a posée dans l'élection présidentielle.

3:38
Présentateur

Alors parlons de la crise et de la question européenne, qui est effectivement centrale. François Hollande veut adjoindre un volet croissant au pacte budgétaire. Il sera à Berlin sans doute le 16 mai, au lendemain de sa prise de, j'allais dire, sa prise de pouvoir, de la passation de pouvoir et de son installation à l'Elysée. Quelle est la capacité de la France, présidée par François Hollande, à peser face à l'Allemagne aujourd'hui, Lionel Jospin ?

4:01
Lionel Jospin

Oui, vous faites bien de corriger prise du pouvoir, parce qu'il ne faut pas vous tromper sur le sens des manifestations à la Bastille. Il n'y a pas de bouches en préparation. Nous sommes dans une alternance tranquille, même si les circonstances extérieures, elles, ne sont pas paisibles. Mais la capacité est grande. Elle est grande pourquoi ?

Parce qu'il y a un besoin d'une politique différente, c'est-à-dire d'une politique plus équilibrée, entre le retour aux équilibres, qui est nécessaire en termes d'endettement, en termes de déficit, et d'ailleurs François Hollande a mis ça aussi au cœur de son projet, et la nécessité pour l'Europe de sortir d'une situation de croissance faible, voire même de récession, et pour l'Europe, la nécessité de ne pas additionner des plans d'austérité dont on voit que les peuples les rejettent, ne les supportent pas.

4:52
Présentateur

Encore faut-il que les dirigeants allemands en aient conscience.

4:55
Lionel Jospin

Mais les dirigeants allemands en ont conscience, et ils ont conscience aussi pour eux d'un risque. D'abord, quand vous dites les dirigeants allemands, il faut savoir de qui on parle. Absolument, bien sûr, vous avez raison de le préciser, mais dans un an, je crois à peu près, et il y aura des élections en Allemagne, on peut avoir soit une victoire du parti social-démocrate, dont on a vu que le leader était sur des positions assez proches de celles de François Hollande, il est venu le dire à la Paris pendant la campagne présidentielle elle-même, soit, selon une tradition allemande, s'il n'y avait pas de camp qui l'emportait, on peut avoir aussi une coalition.

Mais dans cette grande coalition, le poids du SPD serait considérable, et Mme Merkel ne pourrait pas continuer la politique qu'elle mène. Elle aurait du mal à le faire en Allemagne, alors que visiblement, toute l'Europe attend qu'on rééquilibre la politique européenne. Et ce que peut craindre l'Allemagne, y compris ses dirigeants actuels, ce qu'ils peuvent craindre, c'est d'être isolée en Europe. La politique conduite aujourd'hui ne profite qu'à l'Allemagne, pourquoi ? Elle en souffre, son peuple en souffre. En matière de salaire, en matière de précarité, mais elle est sauvée par les exportations. Parce que c'est une locomotive de l'exportation.

Et d'ailleurs, c'est pourquoi François Hollande a raison de faire, de rappeler l'impératif industriel français, la nécessité de nous redoter d'une industrie performante. Mais l'Europe ne peut pas assister à ses dépens, au « triomphe » de l'Allemagne. Donc il y a des raisons objectives et puis des raisons subjectives dans la tête de Mme Merkel qui pousseront à, j'espère, un accord et à une évolution pour mettre de la croissance dans ce qui est actuellement qu'une simple politique de rigueur.

6:44
Présentateur

Donc vous n'imaginez pas que la rencontre Hollande-Merkel se résume à deux monologues ?

6:49
Lionel Jospin

Non, je crois que François Hollande sera ferme, qu'il s'appuiera sur les décisions du peuple français. Quand vous avez vu hier le carousel vers l'équipe de transition, l'ambassadeur des États-Unis, l'ambassadeur de Chine, pour un homme qui n'est pas encore même instauré officiellement dans ses fonctions, même si le peuple a choisi, vous comprenez quand même que la France pèse. Et elle pèse dans le monde, elle pèse en Europe. En tout cas, il n'y aura pas un motif de friction entre François Hollande et Mme Merkel, c'est, disons, la familiarité sarkozyenne. Ça, ça va disparaître.

Mais on peut remplacer la familiarité, la tendance à tirer la couverture à soi, par la fermeté, mais une fermeté très courtoise.

7:33
Présentateur

Alors, puisqu'on parle de style, on va poursuivre, on reparlera de la crise un peu plus tard dans le courant de cette interview. Lionel Jospin, vous connaissez l'importance des premiers jours du mandat présidentiel, le poids des symboles, la présence des deux présidents, l'élu et le sortant, aux cérémonies du 8 mai, ce matin, c'est une bonne chose ?

7:50
Lionel Jospin

D'abord, j'ai vu une comparaison faite par certains journalistes inattentifs, dont vous n'êtes pas, et qui disaient, mais c'était déjà pareil, Jacques Chirac avait invité, pardon, François Mitterrand avait invité Jacques Chirac à défiler avec lui le 8 mai. Je vous rappelle que le 8 mai 1988, on votait.

8:07
Présentateur

Non, non, non, c'était en 95. En 95, le 8 mai 95, au lendemain du second tour de la présidentielle de 95.

8:13
Lionel Jospin

Ah d'accord, parce que le 8 mai, on votait, donc les deux, c'était le président en exercice et le premier ministre. Alors c'est moi qui ai été inattentif.

8:21
Présentateur

Non, non, vous confondez l'élection présidentielle, la première élection de Jacques Chirac, effectivement, François Mitterrand avait invité Jacques Chirac, ils étaient non pas en train de défiler, mais au bord de la place Charles de Gaulle.

8:31
Lionel Jospin

L'un et l'autre. Je n'ai aucune information. Bon, d'accord. Non, non, mais je vous réponds. Je ne pense pas que François Hollande l'ait demandé, à partir du moment où Nicolas Sarkozy l'a proposé, je pense qu'il ne voulait pas le refuser.

8:46
Présentateur

Bon, mais je vous demandais si ça pourrait être une bonne image, l'image d'une transition à PZ.

8:49
Lionel Jospin

Écoutez, c'est 8 mai 45, c'est la victoire contre le nazisme, c'est l'unité de la France retrouvée, alors évidemment plus sur les valeurs du Conseil national de la résistance que sur les thématiques de Nicolas Sarkozy dans cette campagne. Mais après tout, le geste, oui, il est bon, il est bien. D'ailleurs, c'est vous dire, moi qui ne devais jamais dans les cérémonies officielles, en tout cas depuis 2002, tout à l'heure j'y serais.

9:18
Présentateur

Bon, et ensuite, toujours sur le plan des symboles, François Mitterrand avait voulu marquer les esprits en 81 avec la cérémonie du Panthéon, c'est une autre époque, il n'y a pas lieu de trouver un symbole qui puisse imprimer le retour de la gauche au pouvoir, à votre avis ?

9:32
Lionel Jospin

Laissons François Hollande prendre ses décisions, mais je ne l'imagine pas commencer en descendant dans une crypte. D'accord. On veut peut-être un autre geste symbolique. Mais peut-être le fera-t-il. C'est un homme intuitif, c'est un homme inventif. Non, qu'on me comprenne bien, moi j'étais ému et touché par le symbole Jean Boulin, Schellcher, Jaurès, non ? Il était le troisième, non ? Je ne suis même plus sûr, il ne se rappelle pas, moi non plus.

10:04
Présentateur

Il y en avait plus que trois. Non, il y en avait trois. Schellcher, Jean Boulin et Jaurès. Oui, il y en avait trois seulement, il y avait trois roses déposées. Absolument.

10:12
Lionel Jospin

Et moi j'avais trouvé ça beau. Après coup, on dit que c'était peut-être un peu empoulé. En tout cas, à mon avis, il le fera autrement, mais peut-être inventera-t-il quelque chose.

10:21
Présentateur

Et peut-être avec plus de simplicité. Lionel Jospin, invité de France Inter jusqu'à 9h moins 5. On vous retrouve dans quelques minutes après la revue de presse et avec les appels des auditeurs de France Inter. A tout de suite.