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interviewC à vous (sur YouTube)· 3 avril 2026 8 min

Crise du carburant : une pénurie pour le weekend de Pâques ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

- Y.Goosz: Garder les cordons de la bourse, tout en protégeant le pouvoir d'achat, en décarbonant dans l'économie, en réservant la France dans un monde dangereux...

Qu'il est dur, votre job de ministre à Bercy, quand notre économie est assise sur un baril qui flambe. - M.Bouhafsi: R.Lescure, vous revenez à peine d'un voyage présidentiel en Asie avec E.Macron. 270 millions d'euros, c'est le surplus tiré de la hausse de carburant.

C'est une toute petite cagnotte, loin des 2 à 3 milliards d'euros qu'annonçait L.Wauquiez. - R.Lescure: Votre balance est exceptionnelle.

On voit bien l'équation à laquelle on fait face. Il y a des plus et des moins. Il y a des moins qui compensent largement les plus.

Toutes les crises depuis 50 ans se sont conclues par un appauvrissement de l'Etat et par un enrichissement. Le prix de l'essence augmentant, les taxes sur l'essence ont tendance à mieux rentrer, mais les volumes baissent. On paye plus pour notre dette. - A.Bégot: C'est une erreur de parler de surplus? - R.Lescure: Ce qu'a dit le Premier ministre, c'est important. "Si, cette fois-ci, les plus l'emportent sur les moins, je m'engage à ce que ce soit investi dans la seule manière de gérer cette crise." La seule manière de gérer cette crise à long terme, c'est qu'on arrête d'être dépendants d'une énergie carbonée qui vient du bout du monde, de zones avec des conflits.

Dans les années 90, on a mis en place un programme avec le nucléaire. On est maintenant à 60 % d'énergie carbonée. La France est moins exposée que ses voisins et mieux protégée. 60 %, c'est encore trop.

Il faut qu'on investisse dans l'électrification des véhicules, du chauffage, des industries. - Y.Goosz: Il n'y a pas plus d'argent pour l'électrification? - R.Lescure: On a prévu de faire cet investissement quoi qu'il arrive.

On est convaincus que c'est un enjeu de souveraineté. Il faut arrêter de dépendre de zones où il y a des conflits réguliers. C'est aussi un enjeu écologique.

Dans ces moments, on a tendance à oublier l'écologie. En Asie, on relance les centrales à charbon parce que le pétrole du Golfe allait en Asie. Il n'y va plus.

C'est 11 millions de barils tous les jours qui ne vont plus en Asie, donc on relance le charbon. C'est un défi écologique, économique. On va créer de l'emploi.

C'est aussi un défi social. Ceux qui souffrent le plus de cette crise, aujourd'hui, c'est ceux qui roulent beaucoup, qui font des pleins chers, qui ont en général des revenus modestes. Ceux qui ont des gros véhicules, en ville, qui ont de quoi se les payer... - M.Bouhafsi: Ils ne souffrent pas autant que les autres Français.

Les vacances viennent de débuter. Elles commencent ce soir pour la zone A. D.Schelcher, le PDG de Coopérative U, s'inquiète pour les prix et l'approvisionnement en carburant. - D.Schelcher: Au-delà de 6 semaines, ça va être de plus en plus difficile, à la fois sur le prix, et peut-être demain sur la disponibilité.

Dans les 15 jours qui viennent, il faut que ça se stabilise, que les produits circulent mieux pour que les stocks se refassent, pour qu'il y ait de la détente. - M.Bouhafsi: Il y a des risques de rupture pour les jours et les semaines à venir? - R.Lescure: La réponse est non.

Début mars, j'avais dit: "On n'a pas d'enjeu d'approvisionnement à court terme." J'avais dit que ça voulait dire quelques semaines. Aujourd'hui, on est début avril.

Je peux vous dire qu'on n'a pas d'enjeu d'approvisionnement pour le mois d'avril. Au-delà, je ne peux pas vous le dire. Le conflit évolue tous les jours, dans son intensité, sa durée...

Je regarde la carte du monde tous les jours. A ce stade, je serai toujours clair sur ce que je sais. Je ne dirai pas ce que je ne sais pas.

Je ne dis pas qu'il y a un problème pour le mois de mai, mais aujourd'hui, il n'y a pas de problème pour avril. - M.Bouhafsi: Il y aura de l'essence partout en France pour avril. - R.Lescure: D.Schelcher a raison.

On avait à peu près 15 % de notre diesel qui venait du Golfe. On doit le remplacer par d'autres sources, notamment nos stocks stratégiques. Au niveau du G7, nous avons été responsables d'une libération des stocks stratégiques.

Ces stocks stratégiques servent à assurer que ça circule bien. Si vous avez une station sur laquelle beaucoup de clients se sont un peu jetés, qui ont fait des pleins...

Du coup, on a un enjeu d'approvisionnement sur la journée. On peut utiliser les stocks pour remplir. J'ai donné des instructions très claires aux préfets.

J'ai échangé avec tous les distributeurs pour que ce week-end de Pâques, et pour avril, on n'ait pas d'enjeu d'approvisionnement au niveau des stations. - M.Bouhafsi: Comment? - R.Lescure: On a d'abord demandé aux préfets qu'on puisse livrer de l'essence.

Il y a des endroits de France où on ne peut pas circuler le week-end en camion. J'ai demandé à ce que, dès qu'on a un camion qui va livrer une station au fin fond de la Maurienne ou ailleurs, on donne la dérogation immédiatement. Ensuite, j'ai demandé aux distributeurs pour m'assurer que dès qu'il y avait un enjeu d'approvisionnement dans une station, on envoie un camion.

Si vous vous retrouvez dans une station où ça manque de diesel ou de 95, allez à la suivante et vous en trouverez. - A.Bégot: Vous ne pourriez pas libérer ces stocks pour stabiliser les prix? - R.Lescure: C'est ce qu'on fait, mais de manière chirurgicale.

Je sais pas où on en sera en mai ou juin. Il faut faire ça de manière extrêmement méthodique, s'assurer que si on a des besoins, on les libère. Au Japon, ils ont libéré des millions de barils.

On est à 1 million. On s'est engagés à en libérer 14 millions. On a 3 mois d'approvisionnement.

On est tranquilles. Pas de problème. On les libère quand on a des besoins ponctuels pour éviter d'arroser du sable, j'allais dire. - Y.Goosz: Il y a quand même des stations-essence avec des problèmes.

Combien en France, aujourd'hui? - R.Lescure: Même quand on n'est Pas en crise, on a en général 3 % des stations qui ont des problèmes d'approvisionnement sur telle ou telle essence.

Aujourd'hui, parce qu'il y a des stations particulièrement populaires...

On sait pourquoi. Les prix sont un peu meilleurs qu'ailleurs, il y a des plafonnements...

Merci à ceux qui l'ont fait. On est aujourd'hui à 12 %. - Y.Goosz: 4 fois plus qu'en temps normal. - R.Lescure: Ca veut quand même dire que 9 stations sur 10 n'ont pas de problème, et on parle de problèmes sur éventuellement un seul carburant.

Je m'engage à ce que, dès le début de la semaine prochaine, ce chiffre soit disponible sur le site carburants.gouv.fr.

On a des obligations de publication de prix.

Crise du carburant : une pénurie pour le weekend de Pâques ? — Roland Lescure · Pourquijevote