Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewC à vous (sur YouTube)· 23 février 2023 52 minContradictoireActualité / polémiqueEurope & internationalDéfenseNumériqueEnvironnement & énergie

Raphaël Glucksmann et Françoise Vimeux - C à Vous - 23/02/2023

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 30 %Attaque 48 %Défensif 22 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 94 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:06OuverteRéponse directe

    Faut-il négocier la paix avec Poutine ?

  • 4:58RelanceRéponse directe

    Que valent ces arguments qui semblent frapper de bon sens ?

  • 7:12OuverteRéponse directe

    Pourquoi selon vous on est obligé de faire la guerre ? Pourquoi on ne peut pas faire la paix ?

  • 10:41OuverteRéponse directe

    Jusqu'où on est prêt à aider la résistance ukrainienne ?

  • 25:56OuverteRéponse directe

    La France doit en accueillir plus ?

  • 29:39OuverteRéponse directe

    Cette sécheresse, elle est conjoncturelle ou structurelle ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:31Invité politiqueFait
    « Je vous parle ce soir de la Commission européenne qui a décidé d'interdire l'utilisation de l'application chinoise TikTok à tous ses salariés. »
  • 0:39Invité politiqueFait
    « Les Chinois s'apprêtent à proposer un plan de paix pour l'Ukraine. »
  • 4:28Locuteur 2Fait
    « Il faut évidemment trouver une sortie négociée. Si moi, j'étais le président de la République française, je ferais ce qu'il faut pour qu'on recommence à discuter. »
  • 7:18PrésentateurFait
    « Pourquoi selon vous on est obligé de faire la guerre ? Pourquoi on ne peut pas faire la paix ? »
  • 7:22Invité politiqueFait
    « Parce que Vladimir Poutine veut la guerre. »
  • 7:30Invité politiqueFait
    « Il a commencé son règne avec l'anéantissement de la Tchétchénie en 2000. »
  • 7:34Invité politiqueFait
    « Ensuite, il a envahi et démembré la Géorgie en 2008. »
  • 7:37Invité politiqueFait
    « Il a rasé Alep et Homs. »
  • 7:38Invité politiqueFait
    « Il a fait la guerre en Syrie. »
  • 7:46Invité politiqueFait
    « Ensuite, il a annexé la Crimée et occupé le Donbass en 2014. »
  • 12:55Invité politiqueChiffre
    « 70 000 obus par jour. »
  • 13:02Invité politiqueChiffre
    « Et les Ukrainiens peinent à en tirer 6 000. »
  • 29:43Invité politiqueFait
    « Cette sécheresse, elle est conjoncturelle ou est-ce qu'elle est structurelle ? »
  • 32:56Locuteur 2Fait
    « Christophe Béchut annonçait des mesures de restriction d'eau dès le mois de mars. »
  • 39:09Invité politiqueFait
    « La Commission européenne vient d'interdire à ses employés d'avoir l'application TikTok sur leur téléphone. »
  • 40:34Invité politiqueFait
    « Un pays est à la pointe quant aux restrictions contre TikTok, les Etats-Unis. »
  • 40:56Invité politiqueFait
    « Nous sommes concentrés sur les défis de certains pays, comme la Chine, seeking to leverage digital technologies and Americans, data in ways that present un accountable, un acceptable national security at risk. »
  • 41:05Invité politiqueFait
    « Les sénateurs américains et la Chambre des représentants ont également interdit l'utilisation de TikTok sur tous les téléphones des fonctionnaires. »
  • 41:12Invité politiqueFait
    « et désormais plusieurs responsables politiques appellent à une interdiction totale de l'application aux Etats-Unis. »
  • 41:51Invité politiqueFait
    « avaient eu accès aux données des journalistes américains ayant enquêté sur l'entreprise. »
  • 42:32Invité politiqueFait
    « En France, le réseau TikTok est pour l'instant autorisé dans toutes les organisations officielles. »
  • 42:36Invité politiqueFait
    « Le Sénat a néanmoins lancé une commission d'enquête. »
  • 42:44Invité politiqueFait
    « Raphaël Glucksmann, pensez-vous qu'il faut interdire dans toute l'Europe l'application chinoise à TikTok ou en France ? »
  • 42:47Invité politiqueFait
    « Je pense qu'aujourd'hui, il est trop tôt pour dire qu'il faut interdire TikTok, mais ce qui est certain, c'est qu'il faut se méfier et enquêter. »
  • 42:57Invité politiqueFait
    « Vous savez, en Chine, il y a une loi sur la sécurité nationale qui fait que les grandes entreprises chinoises sont obligées d'obéir au Parti communiste chinois et à son agenda international. »
  • 43:08Invité politiqueFait
    « Et que donc les données qui sont captées par TikTok, sont légalement obligées d'être transmises au Parti communiste chinois si le Parti communiste chinois l'exige et s'il considère que c'est fondamental pour la sécurité nationale chinoise. »
  • 44:03Invité politiqueFait
    « Mathieu, vous nous parlez des derniers développements de l'enquête à Saint-Jean-de-Luz au lendemain de la mort d'une professeure d'espagnol poignardée en plein cours. »
  • 44:09Invité politiqueFait
    « Oui, cet après-midi, le procureur de la République de Bayonne prenait la parole devant la presse. »
  • 44:17Invité politiqueFait
    « Il a apporté des détails, des informations sur les faits, leur déroulement hier matin. »
  • 44:53Invité politiqueFait
    « Ce garçon aurait déclaré, j'ai ruiné ma vie, tout est fini. »
  • 45:07Invité politiqueFait
    « Et il aurait fait état également de ce que quelqu'un aurait pris possession de son corps. »
  • 45:12Invité politiqueFait
    « Une information judiciaire sera ouverte demain sous la qualification de meurtre avec préméditation. »
  • 45:14Invité politiqueFait
    « Le couteau était préparé la veille. »
  • 45:17Invité politiqueFait
    « Le procureur parle également d'une dispute avec un camarade de classe la veille également. »
  • 45:21Invité politiqueFait
    « Camarade dont l'auteur des faits voulait qu'il soit témoin du meurtre. »
  • 45:25Invité politiqueFait
    « Enfin, le lycéen a également reconnu une forme d'animosité vis-à-vis de son enseignante. »
  • 45:28Invité politiqueFait
    « Une première expertise psychiatrique a été réalisée hier. »
  • 45:43Invité politiqueFait
    « dont je rappelle qu'il a été réalisé dans le temps et dans les conditions de la garde à vue, de sorte qu'il appellera nécessairement des expertises complémentaires. »
  • 45:48Invité politiqueFait
    « Il ne retrouve en l'état aucune maladie mentale de type schizophrénie, état maniaque, mélancolie ou retard mental, ni aucune décompensation psychiatrique aiguë. »
  • 46:06Invité politiqueFait
    « Il décrit des éléments de dépression de l'adolescent évoluant depuis une année. »
  • 46:11Invité politiqueFait
    « Le procureur de la République de Bayonne, qui a également tenu, a précisé que ce lycéen a été victime de faits de harcèlement dans son précédent établissement. »
  • 46:18Invité politiqueFait
    « Il avait tenté de se donner la mort à l'automne dernier et faisait l'objet d'une prescription d'antidépresseurs. »
  • 46:23Invité politiqueFait
    « Son placement en détention a été demandé par le parquet. »
  • 48:08Invité politiqueFait
    « Le groupe Total Energy annonce un plafonnement du prix de ses carburants. »
  • 48:48Invité politiqueChiffre
    « Le prix samedi, le prix sur les autoroutes chez Total Energy, du super et diesel sera au maximum à 1,99€. »
  • 48:59Invité politiquePromesse
    « On ne va pas faire ça pour deux mois, pour trois mois, on le fait pour toute l'année. »
  • 49:02Invité politiqueChiffre
    « Si on l'avait appliqué en 2022, c'est une mesure qui nous aurait coûté à nous plus de 600 millions d'euros. »
  • 49:07Invité politiqueChiffre
    « C'est une réponse au débat sur les super profits, une suite à l'annonce des bénéfices records du groupe, près de 20 milliards d'euros en 2022. »
  • 50:17Invité politiqueFait
    « Et Total vient d'annoncer des profits astronomiques records, notamment grâce à la guerre en Ukraine. »
  • 50:28Invité politiqueFait
    « Que tous les grands projets... Pour subventionner les énergies carbone, c'est bizarre comme raisonnement. »
  • 50:41Invité politiqueFait
    « Mais ce n'est pas du tout une solution à long terme. »
  • 50:49Invité politiqueFait
    « Et la solution à long terme, c'est au contraire d'imposer Total à la hauteur de ces super profits. »
  • 50:56Invité politiqueFait
    « Et il n'y aura pas de lutte efficace contre le réchauffement climatique s'il n'y a pas une attaque ciblée sur les multinationales fossiles qui font leur fric sur la destruction du climat aujourd'hui. »

Temps de parole

  • Raphaël Glucksmann66 %
  • Présentateur13 %
  • Invité10 %
  • Locuteur 23 %
  • Locuteur 43 %
  • Locuteur 63 %
  • Locuteur 82 %

2,1 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Bonsoir, c'est à vous en direct jusqu'à 20h55 pour toute l'actualité de ce jeudi 23 février avec Émilie, Pierre, Patrick, Mohamed et Mathieu. Salut à tous les cinq. Bonsoir, Mohamed. Émilie, votre choix de l'actu ce soir. 32 jours qui n'a pas pu en France, c'est du jamais vu, au point que le gouvernement envisage des restrictions d'eau dès le mois de mars. On en parle avec la climatologue Françoise Vimeux, qui est également directrice de recherche à l'Institut de Recherche pour le Développement. Elle sera dans un instant sur notre plateau. Mohamed, dans votre story ?

0:28
Raphaël Glucksmann

Menace d'ingérence, menace d'espionnage. Je vous parle ce soir de la Commission européenne qui a décidé d'interdire l'utilisation de l'application chinoise TikTok à tous ses salariés.

0:38
Présentateur

Patrick, votre édito ?

0:39
Raphaël Glucksmann

Les Chinois s'apprêtent à proposer un plan de paix pour l'Ukraine. C'est aussi ce que préconisent un certain nombre de personnalités françaises. Cesser le feu des négociations, des pourparlers avec Poutine. On va se demander ensemble si c'est bien raisonnable. Est-ce bien raisonnable ? C'est la question qu'on pose à Raphaël Glucksmann, député européen, place publique, président de la Commission spéciale du Parlement européen sur la gérance étrangère. Bonsoir. Bonsoir. Merci de votre présence ce soir.

1:01
Présentateur

Vous rentrez tout juste d'Ukraine. Vous êtes rentré hier de Kiev.

1:04
Raphaël Glucksmann

Tout juste.

1:05
Présentateur

Où vous avez passé ?

1:06
Raphaël Glucksmann

J'ai passé deux jours sur place et avec le voyage, ça fait cinq jours. Mais voilà, au cœur de la résistance et d'un peuple qui ne se laissera pas faire.

1:16
Présentateur

On en parle longuement avec vous ce soir. Mathieu dans le 5 sur 5.

1:19
Raphaël Glucksmann

Saint-Jean-de-Luz, au lendemain de la mort d'une professeure tuée par l'un de ses élèves en plein cours, la conférence de presse du procureur de la République de Bayonne, cet après-midi, on en parle dans le 5.

1:28
Présentateur

Pierre, votre œil ce soir ?

1:30
Raphaël Glucksmann

Il y a des soirs où il faut faire simple, on s'était dit Babette, veille de César et un œil rieur. Alors j'ai choisi les morceaux choisis de Jamel au César. Vous devriez sourire comme maintenant. On va sourire et on va en parler des Césars, de cette 48e nuit des Césars qui se tient demain soir en direct de l'Olympia en clair sur Canal+,

1:50
Présentateur

avec quelques-uns des neuf maîtresses et maîtres de cérémonie, dont Jamel Debouze, mais également Emmanuel Debouze, Raphaël Personas, Alex Lutz. Ils seront là à partir de 20h accompagnés de la voix de César. Ça fait 13 ans qu'il arrive à dire exactement qui a gagné, pourquoi, comment, Thierry Chaise.

2:09
Raphaël Glucksmann

Il arrive à faire tenir ça entre le moment où le nom du gagnant est arrivé et le moment où il arrive sur scène. C'est une performance incroyable.

2:15
Présentateur

C'est du commentaire en direct d'une performance.

2:19
Locuteur 8

D'ailleurs, il va nous faire des promos.

2:21
Présentateur

Exactement.

2:23
Raphaël Glucksmann

Le dîner est préparé ce soir par Thomas Bénaud, comme depuis le début de la semaine.

2:27
Présentateur

Et comme depuis toujours, nos chefs sont aux côtés de notre super chef, Bertrand Chameroy.

2:33
Raphaël Glucksmann

Bonsoir Babette, bonsoir à tous. Tenue de gala ce soir, j'ai tenté d'être un peu plus chic à l'occasion de ce plateau César. Eh oui, j'étais là depuis le début. Votre chef qui, pour ce plateau César, ne nous prépare malheureusement pas de salade. Eh oui, plus chic mais pas plus drôle. Que nous préparez-vous, chef, ce soir ? Alors ce soir, une nouvelle recette, imaginez, pour cet avou, pour vous, autour des produits de nos producteurs locaux et artisans. Donc foie gras, pois chiches et miso fumé. Eh bien, merci d'avance, chef. Bonne émission, Babette.

3:02
Présentateur

Merci beaucoup à tous les deux. À tout à l'heure. Tout de suite, c'est l'édito de Patrick Cohen. Faut-il négocier la paix avec Poutine ? C'est l'objet de votre édito, Patrick, après un an de guerre.

3:18
Raphaël Glucksmann

Mais c'est vraiment une question qui se pose ? Mais bien sûr, c'est du bon sens, comme dirait Emmanuel Macron à propos des retraites. Quand vous avez dans votre rue deux voisins en conflit, même si vous donnez raison à l'un plutôt qu'à l'autre, vous allez naturellement chercher à les réconcilier face à deux pays en guerre, le devoir des autres nations, et de jouer les médiateurs et d'amener leurs dirigeants à se parler pour que les armes se taisent, que le carnage s'arrête, parce que la paix est toujours préférable à la guerre et que l'histoire nous a appris où conduisent les escalades militaires.

Enfin bref, des arguments de bon sens développés à des degrés divers par toute une frange de décideurs et d'intervenants du débat public qui disent privilégier la paix et la négociation. Moi, je crois qu'à un moment donné, ce sera de l'intérêt de l'Ukraine et de la Russie de revenir autour de la table et de négocier. Négocier, ça ne veut pas dire renoncer. Ça veut dire que nous, nous devons tout faire pour que la paix revienne. Il faut savoir, à un moment donné, créer les conditions de la paix. Mais on y est, là ? Non, nous n'y sommes pas encore. Le temps de la négociation n'est pas venu.

4:17
Locuteur 2

Mais par contre, le temps de la diplomatie est venu. Aujourd'hui, ce qu'on demande, ce n'est pas qu'on continue à livrer des armes, c'est qu'il y ait quelqu'un qui dise « Stop, est-ce qu'on peut discuter ? » Voilà, c'est aussi ce que demande Marine Le Pen. Je regrette que ce mot de paix ait quasiment disparu et de la bouche de nos gouvernants et des plateaux de télévision. Mais il faut évidemment trouver une sortie négociée. Si moi, j'étais le président de la République française, je ferais ce qu'il faut pour qu'on recommence à discuter. Et je le redis, face à une guerre, on discute avec son adversaire,

4:50
Raphaël Glucksmann

pas seulement avec ses amis. Il faut que M. Poutine soit ramené d'une manière ou d'une autre

4:56
Locuteur 2

à la table à laquelle on commence à discuter.

4:58
Présentateur

Que valent ces arguments qui semblent frapper de bon sens ?

5:02
Raphaël Glucksmann

Vous savez ce que je pense de la notion de bon sens ? C'est un discours qui ne prend en compte ni la réalité du conflit, ni la nature du régime de Poutine, ni les conséquences d'un éventuel compromis avec Moscou. La réalité du conflit, d'abord, ce n'est pas une querelle de frontières, comme ça a pu être dit l'an dernier par certains politiques. C'est une guerre d'agression qui rend impossible ou immoral le renvoie dos à dos de l'envahisseur et de l'envahie. Reprocher à l'Ukraine de ne pas vouloir la paix revient à reprocher à la victime son insistance à vouloir se défendre. Deux, la nature de Poutine. C'est celle d'un dictateur qui a fait de la guerre un but en soi.

Poutine ne veut pas seulement vaincre ou gagner des territoires, il veut détruire et éliminer. C'est le sens de tous ses discours et ça lui interdit de reculer sous peine de perdre la face. Et sans doute le pouvoir, le tyran russe, a fait de cette invasion une guerre existentielle. Quand Emmanuel Macron affirme, on vient de l'entendre, négocier, ce n'est pas renoncer, sans doute, mais négocier suppose de concéder.

Et aussi bien qu'on ne voit pas l'Ukraine concéder une partie de son territoire souverain conquis par la force, on n'imagine pas Poutine concédait quoi que ce soit après avoir annexé quatre provinces du Donbass et voué aux gémonies, les dirigeants de Kiev, c'est bien la posture du tyran russe qui rend le dialogue impossible. Enfin, trois, les conséquences d'un éventuel compromis. Qui pense sérieusement qu'il nous prémunirait d'autres invasions russes qu'en évitant d'humilier Moscou, nous pourrions éviter d'autres guerres de la part d'un pouvoir qui aurait fait un usage gagnant de la force ? Je m'arrête là parce que notre invité, Raphaël Glucksmann, aura sans doute d'autres arguments.

6:38
Présentateur

La Chine cherche pourtant à se poser en médiateur du conflit ukrainien.

6:41
Raphaël Glucksmann

Oui, c'est le suspense de la semaine. Les Chinois ont promis publiquement de dévoiler dans les heures qui viennent un plan de paix qu'ils ont apparemment longuement discuté avec les Russes mais de façon très évasive pour l'instant avec les Ukrainiens. Donc on ne sait pas en quoi ça consiste et ce qu'il y a dedans. Zelensky, très prudent, vient de dire qu'il aimerait bien en savoir plus avec une rencontre de haut niveau entre Kiev et Pékin. On est tout aussi curieux.

7:05
Présentateur

On va revenir sur le plan de paix imaginé par Pékin, enfin que Pékin devrait rendre public dans les jours qui viennent. Mais première question, Raphaël Glucksmann, pourquoi selon vous on est obligé de faire la guerre ? Pourquoi on ne peut pas faire la paix ?

7:18
Raphaël Glucksmann

Parce que Vladimir Poutine veut la guerre. Patrick Cohen l'a dit. Ce n'est pas sa première guerre. Il a commencé son règne avec l'anéantissement de la Tchétchénie en 2000. Ensuite, il a envahi et démembré la Géorgie en 2008. Ensuite, il a rasé Alep et Homs. Il a fait la guerre en Syrie. Ensuite, il a annexé la Crimée et occupé le Donbass en 2014. C'est un régime fondé sur l'idée de guerre et pas simplement sur l'idée de guerre. C'est un régime fondé sur l'idée de guerre contre nous. Et c'est ça qu'il faut que les gens comprennent. Ce n'est pas simplement la Géorgie ou l'Ukraine qui sont visées. Ce sont les démocraties européennes. C'est l'ordre de sécurité en Europe qui est visé.

L'architecture de sécurité de notre continent qui est visée depuis le début par Vladimir Poutine. Et donc, si à un moment, on ne l'arrête pas, on va continuer à avoir de plus en plus de guerres sur notre territoire. Et si c'est l'Ukraine qui finalement est dépecée, ensuite, il y aura la Moldavie. Et ensuite, enfin, ça s'affrontera. Poutine osera s'affronter aux Pays-Baltes et à la Pologne. Mais ce qu'il faut faire, c'est surtout bloquer le tyran. Et bien sûr que peut-être un jour, ça se terminera par une négociation. Mais ça doit être une négociation de retrait des troupes russes d'Ukraine. Et pour cela, il faut qu'il soit bloqué militairement.

Il faut qu'il comprenne que la guerre lui coûte tellement cher qu'il doit l'arrêter. Que la guerre le conduira à sa perte. Et pour qu'on arrive à envoyer ce message-là à Moscou, eh bien, il faut plus s'armer encore la résistance ukrainienne. Il faut plus aider encore l'Ukraine et enfin fixer cet objectif stratégique qui est la défaite totale de Poutine en Ukraine. C'est pas simplement pour les Ukrainiens qu'on doit le faire. C'est pour nous. Pour chacun d'entre nous. Tout ce qui agite l'idée de pourparler, il faut se mettre autour d'une table, il faut discuter, il faut renouer le dialogue avec Poutine, tout ça vous semble complètement hors de propos et hors du temps aujourd'hui.

La précondition à cela, c'est d'abord d'inverser le rapport de force sur le terrain. Donc, ces mêmes gens que vous avez montrés en train de parler de paix, sont-ils favorables à la livraison d'armes à la résistance ukrainienne ? Pas tous. Pas tous. Eh bien, ceux qui sont pour parler de paix sans permettre à la résistance de résister, ceux-là sont pour le dépeçage de l'Ukraine. Ce qui n'est pas le cas d'Emmanuel Macron. Ils ne sont pas pour la paix, consentir. Ce qui n'est pas le cas d'Emmanuel Macron. Si vous voulez, consentir à ce que l'agresseur soit récompensé pour son agression, c'est pas être pour la paix. C'est être pour la soumission à l'agresseur.

C'est quelque chose d'extrêmement différent. Et la soumission à l'agresseur, d'autant plus quand c'est un agresseur de type fasciste, comme Vladimir Poutine, c'est se garantir d'avoir d'autres guerres. Ce n'est pas avoir la paix. Et dans l'histoire, on a appris que lorsqu'on sacrifiait des nations à l'appétit des tyrans pour avoir la paix, ce qu'on obtenait à la fin, ce n'est pas la paix. C'est la guerre. Et une guerre qui nous trouvera en position de plus grande faiblesse qu'aujourd'hui. Et donc aujourd'hui, si vous voulez, on est dans une situation où nous ne faisons pas la guerre nous-mêmes. Où nos soldats ne meurent pas sur le front.

Et où ceux qui meurent sur le front, qui sont les Ukrainiens, pour leur sécurité mais aussi pour la nôtre, nous demandent de les équiper et de les armer. Mais ça doit être ça, notre priorité aujourd'hui. Comment est-ce qu'on fait pour que la résistance ukrainienne l'emporte ? Comment on renforce nos sanctions ?

10:41
Présentateur

Mais jusqu'où on est prêt à aider la résistance ukrainienne ? Jusqu'où ?

10:44
Raphaël Glucksmann

C'est la question qui se pose. Il y a un principe de base qui a été posé dès le début et qui n'est contesté par personne, pas même par les Ukrainiens. C'est que nous n'enverrons pas de troupes sur le front. Il n'y aura pas de combattants de l'OTAN ou de l'Union Européenne face à l'armée russe. Tout le reste, on doit le faire. Tout le reste, ça veut dire équiper l'armée ukrainienne, non plus au compte-gouttes comme on l'a fait pendant un an, avec des mois de débat à chaque fois pour savoir s'il faut faire les tanks, s'il faut faire les missiles, s'il faut faire ci, s'il faut faire ça. Non. Ce qu'il faut, c'est arrêter de placer les Ukrainiens en position de suppliant.

Ils ne devraient pas demander. C'est ce qu'ils vous disent. Ils disent qu'ils sont gênés. Ils sont à la fois pleins de gratitude pour l'aide qu'ils reçoivent, mais ils disent pourquoi nous obliger à toujours faire des campagnes pour obtenir quelque chose. À la fin, on va lasser le monde entier à force de demander, de demander. Mais parce que c'est comme si, si vous voulez, les dirigeants européens pensaient qu'armer l'Ukraine, c'est bien pour l'Ukraine. On le fait pour Zelensky, parce qu'il nous le demande. Mais non, on ne le fait pas pour ça. Soyons sérieux. On le fait parce qu'aujourd'hui, les Ukrainiens nous protègent. Que serait-il arrivé généralement ?

Tous les gens se posent la question. Dans quelle situation serions-nous aujourd'hui si les Ukrainiens n'avaient pas résisté il y a un an ? Non. Si Zelensky avait accepté quand Biden lui a proposé de l'exfiltrer, s'il n'avait pas répondu, non, je n'ai pas besoin d'un taxi, mais j'ai besoin de munitions. Si les Ukrainiens n'avaient pas bloqué la Russie, on en serait où aujourd'hui ? La Russie occuperait l'Ukraine. Mais vous pensez qu'elle se serait arrêtée à l'Ukraine, voyant notre faiblesse ? Non. Aujourd'hui, on en serait à se poser la question de qu'est-ce qu'on va faire quand la Lettonie ou la Lituanie seront elles aussi envahies par des petits hommes verts comme la Crimée jadis.

On en serait à se poser des questions infiniment plus graves qu'aujourd'hui. C'est des membres de l'OTAN. Donc normalement, il y a un accord de défense. Et donc, ce que ça veut dire, c'est qu'aujourd'hui, notre ligne de défense, elle est en Ukraine. Et que ce ne sont pas nos soldats qui meurent. La seule chose que nous devons faire aujourd'hui, c'est de réfléchir comment on peut plus et mieux aider la résistance ukrainienne. Et je vous jure, revenant d'Ukraine, il y a vraiment une marge de progression. Aujourd'hui, par exemple, sur le front, l'armée russe tire 70 000 obus par jour. 70 000 obus par jour. On n'a pas eu ça depuis la Seconde Guerre mondiale.

Et les Ukrainiens peinent à en tirer 6 000. Aujourd'hui, il y a une domination en termes d'équipement des Russes qui est quasi totale. Pourquoi ? Parce que nous avons pris trop de temps. Nous avons perdu trop de temps à discuter au lieu de faire en sorte que les Ukrainiens soient équipés comme ils le doivent. Et ça, ça vient d'une chose. C'est qu'en fait, on n'a pas fixé d'objectif stratégique clair au début de la guerre. Il aurait fallu d'emblée dire ce qu'on dit aujourd'hui. C'est-à-dire qu'il faut que la Russie perde. Un reportage de Raphaël de France 2 montrait très bien ce manque de munitions hier soir.

13:31
Présentateur

Pour le commandant, la priorité, ce ne sont pas les permissions. Il y a trop peu de personnel expérimenté au maniement des mortiers pour en accorder. Non, la priorité, c'est le nombre d'obus.

13:43
Locuteur 8

Tout ça, c'est ce qu'on a pris aux Russes. Ce sont des trophées.

13:47
Raphaël Glucksmann

Et on fait tout pour les économiser.

13:51
Présentateur

En notre présence, le canon est resté silencieux. Les Ukrainiens ne tirent que s'ils ont une cible précise.

13:57
Raphaël Glucksmann

On voit bien, ils répondent au compte-gouttes. Et à chaque fois qu'il y a une cible précise, donc à la fois l'aide est trop lente et trop faible. Il y a deux choses différentes dans les problèmes des Européens. La première chose, c'est cette stratégie qu'on dit « incremental », c'est-à-dire progressive, qui est une aide étape après étape, ce qui ralentit tout et ce qui empêche d'inverser en une fois le rapport de force sur le terrain. C'est la question des tanks, la question des avions, maintenant qu'on se pose, ou la question des missiles.

Et il y a un autre problème, qui cette fois-ci n'est pas de la responsabilité directe des dirigeants politiques actuels, c'est la faiblesse de notre industrie. Parce qu'en réalité, on est en manque de munitions aujourd'hui. Et pendant 20 ans, on a considéré que l'industrie de la défense, finalement, ce n'était pas très important, que l'armée, ce n'était pas fondamental, puisqu'on pensait vivre dans un horizon de paix perpétuel. Et on croyait que la guerre allait se limiter, désormais, à des sortes d'opérations de police internationales, comme dans le Sahel ou comme au Moyen-Orient.

C'est-à-dire, dans des situations où il y a une telle supériorité technologique de l'Occident, qu'en réalité, ce n'est pas vraiment des guerres, c'est des bombardements, c'est tout ce qu'on veut, mais il n'y a pas d'affrontement entre deux armées qui sont capables de tenir un front énorme pendant longtemps. Et le résultat de ça, c'est qu'en fait, on a des capacités industrielles et des stocks extrêmement faibles. Et que donc, on a un vrai problème.

On a un problème, et donc c'est pour ça que quand le président Macron a dit qu'il fallait passer en mode d'économie de guerre, il a dit ça à l'été dernier, il avait raison de le dire, mais que le problème, c'est que ça n'a pas été fait, ça n'a pas suivi. Et c'est pour ça que je dis, on a perdu beaucoup de temps, mais ce qu'il faut comprendre, c'est que le temps qu'on perd dans les débats aujourd'hui, on le paye six mois plus tard à chaque fois. Et quand on dit qu'on doit passer en économie de guerre, il faut le faire.

Il faut des commandes publiques à long terme, garanties aux entreprises de la défense, pour qu'enfin on réhabilite notre appareil productif, pour qu'on soit en mesure de faire face aux stocks immenses de l'armée russe. On parlait de ce mot « paix » qui est prononcé par un certain nombre de dirigeants, c'est aussi ce que souhaite l'Assemblée Générale de l'ONU, qui doit se prononcer sur une résolution réclamée une paix juste et durable,

16:01
Présentateur

que le secrétaire général de l'ONU, Antonio Guterres, a appelé de ses voeux.

16:05
Raphaël Glucksmann

La première une année de marque de la survie de l'Ukraine, stand comme un pédé pour l'Ukraine et pour l'Ontario internationale. Cette avance est une affronte à notre conscience collective. C'est une violation de la Charte des Nations et la loi internationale. C'est conçu de la vraie humain et d'éternité de l'homme et d'un des conséquences. Il y a le symbole d'un vote d'une résolution à l'ONU, mais ça ne changera rien à la situation ? Ça ne changera rien à la situation et l'ONU est complètement bloquée puisque la Russie est membre du Conseil permanent, a le droit de veto, on sait tout ça.

On sait que la solution ne viendra pas de l'ONU, mais ce vote est quand même très important parce qu'il marque les rapports de force à l'échelle du globe. Et là aussi, on se rend compte qu'on a un problème, c'est-à-dire qu'une majorité de pays, j'espère, mais je pense, se prononcera pour la résolution et condamnera l'invasion un an après. Mais un grand nombre de pays s'abstiendront.

17:12
Présentateur

Dont la Chine.

17:12
Raphaël Glucksmann

Dont la Chine, mais la Chine est perçue comme une alliée de la Russie, mais aussi des pays qui sont peut-être moins hostiles à nos intérêts, à nos principes que la Chine, que le régime dictatorial chinois. On verra si certains changent de position. Il y a eu sur les précédentes votes une quarantaine d'abstentions. Et c'est pour ça que c'est très intéressant. En fait, l'ONU aujourd'hui ne sert pas de facilitateur de paix, est complètement bloqué sur ce côté-là, mais l'ONU sert de photo des rapports de force à l'échelle mondiale.

17:41
Présentateur

Et ça peut évoluer.

17:42
Raphaël Glucksmann

Et c'est très important parce que quand j'entends, c'est le temps de la diplomatie. La diplomatie, ce n'est pas simplement d'aller s'asseoir avec Vladimir Poutine et de négocier des bouts d'Ukraine. Ça, ça s'appelle la concession, la compromission. La diplomatie aujourd'hui, ce serait d'aller justement parcourir le monde pour expliquer notre soutien à l'Ukraine, pour expliquer notre position, pour essayer de rallier... – Vous ne le faites pas ? – Pas assez à mon goût. Et l'Europe, en général, pas assez à mon goût. Et donc, il y a... Et d'ailleurs, Dominique de Villepin, qui était interrogé, là-dessus, disait quelque chose de très juste.

Et il disait quelque chose de très juste, c'est qu'en fait, si on veut bloquer Poutine, il faut l'isoler. Mais pour l'isoler, il faut que nous, on s'engage beaucoup plus encore dans la puissance de conviction et ramener, par exemple, les pays africains. On est dans une situation aujourd'hui où il y a vraiment une pénétration de l'Afrique par les intérêts russes et chinois. Et on ne peut pas laisser faire cela de... – Oui, c'est intéressant, coup les bas, le ministre ukrainien des Affaires étrangères s'est adressé spécifiquement à eux, hier, à l'ONU, avant ce vote attendu à l'Assemblée Générale. Il s'est adressé à ces abstentionnistes-là du tiers-monde, précisément.

– Et il a des choses à leur dire. Parce qu'en fait, là, on assiste à une guerre coloniale typique. On a une nation colonisée, l'Ukraine, qui s'émancipe. Et on a un empire qui nie l'existence même de l'ancien peuple colonisé. Et donc, il y a un discours, là, qui devrait pouvoir parler aux nations qui ont été colonisées à travers leur histoire. – Qu'est-ce qu'il faut attendre de la Chine ? On ne peut rien en attendre, cette initiative, cette proposition pour mettre fin au conflit en Ukraine. – On en parlait à Kiev, là, où vous étiez ? – Oui, on en a parlé à Kiev assez longuement. Je pense que...

Alors, les Ukrainiens sont dans une situation où, diplomatiquement, ils sont obligés d'essayer d'avoir une conversation avec les autorités chinoises. Mais ce qui est clair, c'est que le texte qui avait été signé juste avant l'invasion par Xi et par Poutine n'était pas un discours en l'air. – Un discours indéfectible. – Voilà, l'amitié indéfectible, sans limite, et qui vise à établir un nouvel ordre mondial. Je crois qu'on a eu, et vous êtes tous au courant, on a eu 20 ans d'illusions sur Vladimir Poutine. On n'a pas voulu voir, les dirigeants occidentaux n'ont pas voulu voir que la nature même du régime allait produire un trouble qui les impacterait directement.

Et j'alerte, faites attention, ne faites pas la même erreur sur la Chine. On est passé du « wishful thinking » de la méthode « quai, Poutine n'envahira pas, Poutine n'envahira pas », à aujourd'hui « la Chine va se dissocier de la Russie ». C'est le nouveau discours. – La Chine va se dissocier de la Russie. Non, non. Il y a un intérêt commun extrêmement puissant entre la Chine communiste et la Russie de Poutine. C'est la défaite de l'Europe et des démocraties occidentales. Et ça, cet intérêt-là est plus puissant que l'ensemble des divergences de stratégies ou de tactiques qui peuvent opposer Moscou et Pékin. Il faut comprendre que l'idéologie compte.

En fait, en Occident et en Europe en particulier, on s'est dit pendant 20 ans, 30 ans, parce que l'histoire était finie, qu'il n'y aurait plus de grands conflits théologiques ou politiques. On s'est dit que l'idéologie ne comptait pas. Ce qui comptait, c'était le commerce. Mais quand on est dans des régimes comme ceux de Poutine ou de Xi, l'idéologie compte. Et c'est une idéologie qui considère nos démocraties comme les ennemis de leur régime. Pas des ennemis circonstanciels, pas des ennemis anecdotiques, comme des ennemis fondamentaux. – La Chine peut avoir intérêt à avoir une Russie affaiblie ou vassalisée sans Poutine. – Pour l'instant, la Chine ne joue pas cette carte-là.

Et pour l'instant, la Chine est gagnante de toute façon, puisque la Russie s'est coupée. Moi, je pense que ce n'est pas une parenthèse, que c'est quelque chose d'extrêmement profond. La Russie s'est coupée du reste du monde et s'est associée à la Chine et sera le partenaire mineur de cette alliance-là, du point de vue chinois. Donc, est-ce que la victoire de l'Ukraine serait un message jugé positivement par Pékin ? Je ne pense pas, non. Parce que ça serait une leçon pour l'ensemble des tyrannies qui ont des voisins démocratiques que quand vous envahissez une démocratie soudée dans la résistance, vous perdez.

Et ce n'est pas tout à fait le message que Pékin veut qu'on tire de la guerre en Ukraine, vu ses ambitions sur Taïwan.

22:11
Présentateur

– Cette guerre, elle a poussé des millions d'Ukrainiens à fuir leur pays. 115 000 ont été accueillis en France, à 80% des femmes. Et 20 000 enfants ont été scolarisés, Émilie. – Oui, certains plus enfants sont arrivés seuls, d'autres avec leur famille, leur mère le plus souvent, puisque le père a été réquisitionné au front. C'est le cas d'Anna, 11 ans, arrivée en France en mars dernier avec sa mère, sa grand-mère et son petit frère de deux ans, logé dans un appartement prêté par la mairie de Garenne-Colombe en région parisienne. C'est là qu'Audrey Payas et Louis Amard l'ont rencontré.

22:40
Locuteur 6

– Est-ce que vous vous plaisez en France ? – Quelle a été ta première impression, quand tu es arrivée en France ?

22:57
Locuteur 4

– Qu'est-ce qui te plaît ici, Anna ? – Beaucoup de choses, mais je ne suis pas amoureuse, c'est toujours beaucoup de bonnes. – Anna a intégré en cours d'année la sixième d'un collège de la Garenne-Colombe,

23:21
Présentateur

persuadée qu'elle n'y resterait que quelques semaines au départ, sauf qu'en septembre dernier, elle a de nouveau fait sa rentrée dans ce même établissement. Le temps se familiarisait aussi avec une langue qui lui avait été étrangère il y a encore six mois. Donc deux fois par semaine, elle suit des cours de français avec d'autres enfants ukrainiens.

23:35
Locuteur 6

– Notre sujet, ce sont les voyages. On va écouter une chanson, le tour du monde en 80 jours.

23:44
Raphaël Glucksmann

– Anna, est-ce que tu aimes bien les cours de français ?

23:47
Locuteur 4

– C'est bien et intéressant, mais c'est très difficile. – Est-ce que tu t'imagines rester en France ? – Est-ce que vous discutez entre vous de comment c'était en Ukraine ? – Peut-être un peu, mais pas très souvent.

24:18
Locuteur 6

– J'ai des enfants qui vraiment ont des difficultés psychologiques parce qu'ils ont vécu des choses terribles et ils ont vu des frappes, des morts. Surtout au début, ils pensaient qu'ils vont revenir très bientôt et pourquoi faire des efforts, pourquoi étudier une langue qui est quand même assez difficile. Mais maintenant, ils commencent à réaliser qu'ils restent pour le moment ici. Et pour s'intégrer, il faut parler la langue. – Alors, en dehors de ces cours de soutien où elle voit d'autres enfants réfugiés comme elle,

24:49
Présentateur

Anna est la seule ukrainienne de son collège. Elle parle peu des raisons qui l'ont emmenée ici, à l'école ni à la maison, mais elle a accepté d'en parler un peu avec nos reporters. C'est un sujet sensible qui est souvent chargé d'émotions.

25:01
Locuteur 2

– Ça a été assez сложно et difficile.

25:05
Locuteur 8

Je suis en train de venir avec ma mère, Zane et Míche.

25:11
Locuteur 6

Nous, dès la première semaine, nous, on a un mois à la fin de la guerre, nous nous trouvions aussi dans la bambouillette dans la baile. Mais quand même dans notre maison, nous commençons les létais et la rakette, et nous avons pensé que je devrais aller.

25:30
Locuteur 4

– Je voudrais revenir à l'Ukraine, parce que j'ai beaucoup d'amis.

25:37
Raphaël Glucksmann

– Tu espères un jour retrouver autour de toi tous les amis que tu as laissés il y a un an ?

25:42
Locuteur

– Oui.

25:44
Présentateur

– Alors, bien sûr, elle arriverait à repartir en Ukraine, mais est-ce que la France, elle, doit accueillir plus d'Ukrainiens, sachant qu'on en accueille moins que l'Italie, l'Espagne, l'Allemagne a accordé la protection temporaire à près de 900 000 Ukrainiens ? – La France doit en accueillir plus ?

25:59
Raphaël Glucksmann

– La France pourrait faire plus, mais moi, ce que je veux, c'est souligner l'importance de cette solidarité des Françaises et des Français qui ont aidé des Ukrainiens, aidé des réfugiés. Et je veux aussi dire qu'à Kif, et partout en Ukraine, tous les gens qu'on rencontre, ils ont des proches qui sont partis en Europe. Et à chaque fois qu'on rencontre quelqu'un, il nous dit merci. Il nous dit merci de les avoir accueillis, que ce soit les militaires qui savent quand ils sont sur le front que leurs femmes et leurs enfants sont à l'abri et sont bien traités, ou les autres qui ont décidé de rester quand une partie de leur famille est partie, eh bien ils disent tous merci sur ça.

Ils peuvent demander que les armes aillent plus vite, que nos sanctions soient plus dures sur la Russie, que certaines déclarations d'hommes politiques ou de dirigeants posent problème, mais tous ils disent merci sur cette solidarité. Et on a du mal à imaginer en fait l'importance de ces signaux-là quand vous êtes plongé dans la guerre, quand vous êtes plongé face au fascisme, dans la nuit noire de la guerre. Eh bien savoir que d'autres pays montrent une telle solidarité, ça vous aide à tenir. Donc c'est pas simplement une aide qui bénéficie à ces réfugiés-là, c'est aussi une aide qui réchauffe le cœur des Ukrainiens en Ukraine.

C'est la raison pour laquelle chaque signe compte et que vous appelez à un rassemblement demain, vendredi, à 18h, place de la République à Paris. C'est fondamental. Il faut montrer aux Ukrainiens qu'ils ne sont pas seuls, qu'on a compris que leur combat est aussi le nôtre, qu'on a compris qu'eux se battent pour nous. C'est ce qu'ils disent tous sur place. Vous savez, nous on se bat pour nous, les Ukrainiens, mais on se bat aussi pour l'Europe, on se bat pour la démocratie, on se bat pour vos démocraties, on se bat pour votre sécurité.

Et donc il faut leur montrer que non, nous ne sommes pas lassés, que nous ne sommes pas fatigués, que nous sommes autant solidaires aujourd'hui que nous l'étions le premier jour de l'invasion, que Poutine a fait une erreur en misant sur notre zapping, sur notre incapacité à rester focalisés plus de deux jours sur le même sujet. Il faut qu'on envoie ce message-là de solidarité. Donc c'est pour ça que c'est extrêmement important, qu'on envoie ce message demain à 18h, place de la République.

Il faut qu'on soit nombreux et qu'on vienne de tous les mouvements politiques, en dehors de la politique, qu'on vienne de tous les lieux possibles de la société française et qu'on s'unisse autour de cette solidarité fondamentale avec une résistance héroïque. Merci Raphaël Glucksmann, vous restez avec nous pour commenter l'actualité, qui est aussi française et météorologique. 32 jours sans vraie pluie en France, une sécheresse historique et des images tout aussi rares.

28:36
Présentateur

Celle de la Loire, regardez, entre Saumur et Angers, où on ne se promène plus sur les berges mais carrément sur le lit du fleuve. La Garodde au plus bas, une rivière du Var complètement asséchée, un lac artificiel en Ariège presque vide depuis l'été et pour plusieurs mois encore. La France mais aussi l'Italie où les gondoles de Venise gisent sur les canaux historiques comme au fond de piscines vides.

28:58
Locuteur 8

Avec une seule personne, j'espère pouvoir passer, mais avec ce niveau d'eau, c'est très difficile. Je croise les doigts à chaque virage.

29:08
Locuteur 2

Ce soir, ça descend encore, mais c'est déjà 10 cm plus bas qu'hier.

29:11
Présentateur

Pour eux, ce niveau d'eau est une source d'inquiétude concrète. Moi, je le vois comme un problème de sécurité. Si quelqu'un a besoin d'une ambulance, elle ne peut pas arriver jusqu'ici. Je n'ai jamais vu ça. Bonsoir, Françoise Vimeux. Bonsoir. Climatologue et directrice de recherche à l'Institut de recherche pour le développement, l'IRD. Merci de votre présence pour évoquer la sécheresse hivernale inédite qui frappe la France,

29:37
Raphaël Glucksmann

mais d'autres pays européens, on vient de le voir. Cette sécheresse, elle est conjoncturelle ou est-ce qu'elle est structurelle ? Autrement dit, est-ce que c'est l'un des effets du réchauffement climatique ?

29:46
Invité

Pour répondre sur cet événement précis, il va falloir attendre un petit peu parce qu'on fait toujours des études d'attribution. En revanche, on peut dire deux choses. D'abord, on sait que le changement climatique vient exacerber les événements extrêmes comme les sécheresses. On sait que si on va vers des degrés de réchauffement de plus 3 degrés par rapport au début du XXe siècle, on va avoir en France métropolitaine des sécheresses plus fréquentes, plus intenses et surtout plus longues. On peut avoir des sécheresses qui vont durer plusieurs années avec des fluctuations, bien sûr, mais il va y avoir un effet cumulatif.

Et puis, par exemple, si on regarde l'été 2022, il y a une étude qui est sortie il y a quelques jours et qui nous explique que la sécheresse qu'on a connue au cœur de l'été, elle a pour cause principale le changement climatique. Celle-là, elle a des explications un peu conjoncturelles ? Alors là, en fait, on a une situation anticyclonique, c'est-à-dire qu'on a des hautes pressions qui sont installées sur la France, qui agissent un peu comme un bouclier, comme un couvercle, comme un dôme qui empêche les dépressions atmosphériques qui viennent de l'océan Atlantique de nous apporter la pluie qu'on a d'habitude à cette saison.

30:47
Présentateur

Principale conséquence de cette situation, des nappes phréatiques qui ne se reconstituent pas,

30:51
Invité

alors que les pluies hivernales ont un rôle très particulier à jouer ? Oui, en fait, nos nappes phréatiques, elles se rechargent l'hiver. Alors pourquoi ? D'une part, c'est parce que c'est la saison où il pleut. Ensuite, normalement, les températures sont basses, ce n'est pas le cas là sur les 12 derniers mois, mais ça diminue en fait le phénomène d'évaporation de l'eau des sols et de la végétation. Et puis en parlant de végétation, la végétation est en dormance en ce moment, donc elle n'a pas vraiment besoin d'eau. Et donc l'eau qui tombe l'hiver peut s'infiltrer et peut recharger nos nappes phréatiques.

31:20
Raphaël Glucksmann

Sans pluie, pas de réserve, des sols secs, des conséquences pour l'agriculture qui va devoir irriguer plus tôt que d'habitude, et une production d'électricité qui peut être impactée.

31:30
Invité

Oui, parce qu'en fait, on a déjà des conséquences. Donc on a vu le niveau des rivières et aussi le niveau des lacs qu'on appelle des lacs d'usage. Donc les lacs qui sont retenus par les barrages et qui sont utilisés pour fournir de l'hydroélectricité.

31:43
Raphaël Glucksmann

Il a plu hier et aujourd'hui sur une partie de la France. Il doit également pleuvoir demain. C'est le début d'un espoir de reconstituer des nappes phréatiques ou c'est trop tard, c'est fini ?

31:54
Invité

Alors en fait, tout n'est pas perdu pour l'été. En revanche, il va falloir qu'il pleuve dès demain, dès après-demain, qu'il pleuve beaucoup, avant la mi-mars, avant la fin mars, avant que la végétation reprenne. Quand la végétation va reprendre, en fait, elle va absorber l'eau qui va tomber et l'eau ne va plus s'infiltrer en profondeur pour recharger les nappes.

32:14
Locuteur 2

Une sécheresse hivernale qui pousse d'ores et déjà certaines communes à mettre en place des restrictions d'eau. On avait un beau gazon vert. Vous voyez, ça a été transformé avec du broyer. J'essaie de sauver mes arbres et les arroser aux heures où c'est autorisé.

32:32
Raphaël Glucksmann

On a gardé tout ce qui est arbuste, ce qui est déjà en place depuis des dizaines d'années. Mais après, tout ce qui est vraiment gourmand en eau, notamment les fleurs, on a évité d'en planter. On est obligé de semer 15 jours, un mois en avance, clairement, pour pouvoir s'adapter sur ça. Voilà, avec des nouvelles variétés, moins gourmand en eau. Aujourd'hui, Christophe Béchut, le ministre de la Transition écologique, réunissait le comité d'anticipation et de suivi hydrologique,

33:02
Locuteur 2

réunion avec un mois d'avance par rapport à l'année dernière. Lundi, tous les préfets seront réunis à leur tour et d'ores et déjà, Christophe Béchut annonçait des mesures de restriction d'eau dès le mois de mars. C'est une mesure à la fois nécessaire et suffisante ?

33:16
Invité

Alors, en fait, d'abord, c'est une bonne nouvelle qu'il y ait des mesures qui soient annoncées. Et là, on touche à l'aspect de l'adaptation. Alors là, en fait, on s'adapte parce qu'il y a une crise. On s'adapte dans l'urgence. En fait, l'adaptation, d'abord, on sait qu'elle est nécessaire parce que le changement climatique, le réchauffement va continuer dans les années à venir de par les gaz à effet de serre qu'on a déjà mis dans notre atmosphère. Et l'adaptation, elle a besoin de temps. On ne peut pas s'adapter dans l'urgence en quelques jours, en quelques mois. Voilà. Donc, ce qui est très important, c'est d'avoir une organisation au niveau national.

Aujourd'hui, l'adaptation, elle reste locale. Elle reste fragmentée. Des fois, elle est sous-dimensionnée. Des fois, elle est à court terme. Donc, on a vraiment besoin d'avoir un plan national. Et ça, c'est une bonne nouvelle.

33:55
Présentateur

Je vous voyais à caisser avec Luxman.

33:58
Raphaël Glucksmann

Je suis tout à fait d'accord. C'est-à-dire qu'il faut qu'il y ait un grand plan d'adaptation à l'échelle de la nation. Moi, j'ai été en Finlande, par exemple, où il y a eu une agence dont le rôle est de planifier à l'échelle nationale l'adaptation à la catastrophe. Et d'ailleurs, cette agence a été particulièrement utile au début de la guerre parce qu'elle avait déjà mis en place des réseaux nationaux d'adaptation qui ont servi quand il y a eu des pénuries liées à la guerre. Mais ça, ça suppose aussi une prise de conscience encore beaucoup plus grande à l'échelle politique.

Parce que quand on a le ministre qui nous a dit qu'il fallait tabler sur 4 degrés, finalement, ou que c'était envisageable, et qu'il fallait commencer à se préparer, il faut que les gens comprennent ce que signifie l'effondrement à venir. Et que donc, on doit à la fois lutter contre le dérèglement climatique, mais qu'on doit, dès aujourd'hui, réapprendre à vivre avec la perspective de la catastrophe. Ce n'est pas insurmontable, mais ça suppose qu'il y ait un retour du sens tragique dans l'organisation de notre société. Et c'est quelque chose qui heurte nos habitudes, vraiment nos habitudes.

35:11
Invité

Alors, quand vous dites que ce n'est pas insurmontable, juste un petit mot, ça va être insurmontable au-delà d'un certain degré de réchauffement pour certains territoires.

35:17
Raphaël Glucksmann

Bien sûr, bien sûr. Ce que je veux dire, ce n'est pas insurmontable d'organiser ce que vous demandez.

35:20
Invité

Oui, mais non, d'accord.

35:22
Présentateur

Samedi, il y a le Salon de l'Agriculture qui s'ouvre. La sécheresse, ça va forcément être un sujet qui va s'y inviter. L'une des solutions déployées, ce sont ces méga-bassines qui stockent l'eau, qui sont aussi décriées. Parce qu'on se souvient de cette manifestation qui avait dégénéré sur le site du projet de Saint-Sorine en octobre dernier, site envahi par 7000 manifestants anti-bassines. Événements pris très au sérieux. Depuis, les bassines existantes ont été placées sous haute surveillance, comme à Mosée-sur-le-Mignon dans les Deux-Sèvres. Regardez.

35:48
Raphaël Glucksmann

Ça, c'est une première barrière.

35:50
Présentateur

Double rangée de clôtures, caméras de surveillance, détecteurs de mouvements. Des investissements qui n'étaient pas prévus initialement.

35:57
Raphaël Glucksmann

On a plus de 100 000 euros dans le gardiennage. On rajoute au moins autant, une centaine de milliers d'euros dans le barriarage, les barrières supplémentaires qui n'étaient pas prévues au départ du projet. Et encore au moins autant, après, dans la protection par vidéosurveillance et autres systèmes de sécurité.

36:16
Présentateur

À la protection privée des bassines s'ajoutent aussi celles des forces de l'ordre. Nous avons fait le test en nous garant devant la réserve. En 7 minutes, une patrouille vient à notre rencontre.

36:28
Locuteur 2

Bonjour.

36:29
Locuteur 8

Vous êtes quel média ?

36:30
Locuteur 2

On est France 2.

36:31
Locuteur 8

On est Dieu ? Ok. On fait des ronds, mais c'est comme ça. C'est le cas où ?

36:35
Présentateur

On voit que c'est compliqué, ces méga-bassines. L'argument des militants, c'est que ces retenues d'eau,

36:40
Invité

elles perturberaient le cycle de l'eau qu'elles pompent dans les nappes pratiques. C'est une bonne ou c'est une mauvaise idée ? En fait, les bassines, c'est complexe. Ma vision de la chose, c'est qu'au départ, ça part d'une bonne idée et d'une bonne intention. C'est de prendre l'eau quand elle est présente, la conserver et puis la redonner quand il n'y en a plus suffisamment. Ça serait une bonne solution si on était à climat constant. Le problème, c'est que notre climat change. On va avoir de plus en plus de déficits de pluie, en particulier dans le sud de la France. Donc, on va avoir de plus en plus besoin, finalement, de ces bassines.

Et donc, ça freine les autres adaptations qui existent pour l'agriculture. Une bonne gestion des sols, des techniques d'agroforesterie, la diversification des cultures. Et donc, finalement, c'est ce qu'on appelle une mal-adaptation.

37:24
Raphaël Glucksmann

Vous avez parlé de déficit de pluie et c'est le point central dans la polémique sur les bassines.

37:32
Locuteur 8

C'est-à-dire, la question, c'est de savoir est-ce qu'il pleut moins, est-ce qu'il tombe moins d'eau ou est-ce que la pluie se répartit différemment, c'est-à-dire moins de pluie en hiver, c'est ce qu'on constate en ce moment, et davantage de pluie en été. Mais les observations, me semble-t-il, de ces dernières années montrent qu'il tombe la même quantité d'eau sur nos sols, en moyenne ?

37:53
Invité

En fait, il y a plusieurs choses. D'abord, même s'il tombe la même quantité d'eau, le fait qu'il fasse plus chaud, ça augmente l'évaporation. Donc, en fait, même à pluie constante, ça serait compliqué. Après, ce que l'on voit, c'est que sur l'année, en moyenne annuelle, on a un déficit de pluie sur l'ensemble du territoire, en particulier dans le sud de la France. Après, si on sépare hiver et été, on voit qu'effectivement, sur le nord de la France, mais pas sur le sud, on devrait avoir un petit peu plus de précipitations. Et l'été, c'est un assèchement partout, un déficit de pluie partout.

Là, ce que l'on voit sur les nappes phréatiques, c'est que trois quarts des nappes sont en dessous du niveau attendu, surtout dans le sud de la France. Mais des nappes commencent à souffrir dans le nord.

38:36
Raphaël Glucksmann

Merci beaucoup, Françoise Vimeux, climatologue et directrice de recherche à l'Institut de recherche. Pour le développement, vous restez avec nous. C'est l'heure de la story de Mohamed Boissy.

38:46
Présentateur

La Commission européenne vient d'interdire à ses employés d'avoir l'application TikTok sur leur téléphone.

38:59
Locuteur 2

Oui, c'est par un communiqué interne que tous les employés et fonctionnaires de la Commission européenne

39:03
Raphaël Glucksmann

ont reçu aujourd'hui l'ordre de supprimer l'application chinoise TikTok de leur téléphone d'ici le 15 mars. Au plus tard, le commissaire européen au marché intérieur, Thierry Breton, nous explique pourquoi cette décision a été prise. Cette décision, nous ne visons aucun pays, mais nous sommes extrêmement attentifs au risque que certaines plateformes peuvent faire courir à leurs usagers, en particulier en ce qui nous concerne, à nos collaborateurs, par rapport à un usage malveillant qui pourrait en être fait, voire des capacités d'utilisation ou d'intrusion. Notre rôle, c'est en permanence d'anticiper, là où nous pouvons voir qu'il y a des risques potentiels.

Pour les téléphones professionnels, mais aussi pour les téléphones personnels munis d'applications de travail, en lien avec la Commission, Asma Mala, professeure à Sciences Po, nous explique en quoi TikTok peut représenter une menace pour l'institution européenne.

40:00
Invité

La raison principale invoquée est évidemment la question de la cybersécurité, c'est-à-dire la protection des données personnelles qui transitent potentiellement par cette application. On parle de vos données biométriques, de votre géolocalisation. Autant de données qui sont à la fois de l'ordre du profiling, pour vous cibler, mais aussi de l'ordre potentiellement, et dans certains cas, et dans le cas de personnalités spécifiques, de cyberespionnage potentiellement.

40:29
Raphaël Glucksmann

Un pays est à la pointe quant aux restrictions contre TikTok, les Etats-Unis. L'application est aussi interdite à la Maison-Blanche.

40:36
Locuteur 1

L'administration Biden, plus en plus, n'a jamais permis TikTok sur les conseils de l'Histoire. Les autres agences fédérales ont des restrictions similaires. Nous avons été clés sur nos problèmes sur les appels comme TikTok. Nous sommes concentrés sur les défis de certains pays, comme la Chine, seeking to leverage digital technologies and Americans, data in ways that present un accountable, un acceptable national security at risk.

41:05
Raphaël Glucksmann

Les sénateurs américains et la Chambre des représentants ont également interdit l'utilisation de TikTok sur tous les téléphones des fonctionnaires et désormais plusieurs responsables politiques appellent à une interdiction totale de l'application aux Etats-Unis.

41:18
Locuteur 10

TikTok, among the most visited sites in the world, used by an estimated 100 million Americans every month. Massively popular, except maybe in Washington.

41:30
Raphaël Glucksmann

To ban China's popular social media app, TikTok.

41:33
Locuteur 3

En novembre dernier, ByteDance, la maison mère de TikTok, avait reconnu que plusieurs de ses employés

41:51
Raphaël Glucksmann

avaient eu accès aux données des journalistes américains ayant enquêté sur l'entreprise. TikTok se retrouve désormais au cœur d'un combat diplomatique entre Pékin et Washington.

42:00
Locuteur 4

On s'en sert dans une bataille, dans une rivalité aujourd'hui géopolitique entre les Etats-Unis et la Chine qui se cristallise aujourd'hui beaucoup sur la question technologique.

42:12
Invité

Et avant TikTok, l'objet de la dissension, disons, était Huawei, qui avait été définitivement interdit dans des conditions absolument rocambolesques par les Etats-Unis, qui depuis quelques années essayent de contraindre, de bloquer, de surveiller le développement technologique chinois,

42:28
Présentateur

d'une part, et leur ingérence potentielle aux Etats-Unis, d'autre part.

42:32
Raphaël Glucksmann

En France, le réseau TikTok est pour l'instant autorisé dans toutes les organisations officielles. Le Sénat a néanmoins lancé une commission d'enquête. Raphaël Glucksmann, pensez-vous qu'il faut interdire dans toute l'Europe l'application chinoise à TikTok ou en France ? Je pense qu'aujourd'hui, il est trop tôt pour dire qu'il faut interdire TikTok, mais ce qui est certain, c'est qu'il faut se méfier et enquêter. Et on a été extrêmement naïf de penser que TikTok, mais la même chose s'applique à Huawei, étaient des entreprises comme les autres.

Vous savez, en Chine, il y a une loi sur la sécurité nationale qui fait que les grandes entreprises chinoises sont obligées d'obéir au Parti communiste chinois et à son agenda international. Et que donc les données qui sont captées par TikTok, sont légalement obligées d'être transmises au Parti communiste chinois si le Parti communiste chinois l'exige et s'il considère que c'est fondamental pour la sécurité nationale chinoise. Et donc on a là, finalement, affaire à des entreprises qui ne répondent pas au même code que les entreprises en France, par exemple. Et finalement, on a été extrêmement naïf sur la capacité d'ingérence chinoise.

Et aujourd'hui, il est temps que cette naïveté prenne fin. C'est ce qu'on demande avec la Commission spéciale sur les ingérences du Parlement européen. On a soulevé la question de TikTok, on a soulevé la question de Huawei, et c'est bien que la Commission agisse.

43:50
Présentateur

Merci beaucoup. C'est l'heure du 5 sur 5 de Mathieu Béliard. Ok, il ne reste plus que 8 minutes.

44:03
Raphaël Glucksmann

Mathieu, vous nous parlez des derniers développements de l'enquête à Saint-Jean-de-Luz au lendemain de la mort d'une professeure d'espagnol poignardée en plein cours. Oui, cet après-midi, le procureur de la République de Bayonne prenait la parole devant la presse. Il a apporté des détails, des informations sur les faits, leur déroulement hier matin. L'élève de 16 ans s'est levé en cours. Il a verrouillé la porte, sorti un couteau de cuisine de 18 cm et tué l'enseignante d'un seul coup de couteau. Il s'est ensuite rendu dans une autre salle de classe de l'établissement.

Cette élève mise en cause, donc, est entrée dans la salle de classe voisine, jouxtant celle dans laquelle se déroulait ce cours d'espagnol. Et à ce moment-là, il faut le noter aussi et le saluer, sont intervenus deux professeurs qui lui ont demandé de lâcher son arme. Ce garçon aurait déclaré, j'ai ruiné ma vie, tout est fini. Et il aurait fait état également de ce que quelqu'un aurait pris possession de son corps. Une information judiciaire sera ouverte demain sous la qualification de meurtre avec préméditation. Le couteau était préparé la veille. Le procureur parle également d'une dispute avec un camarade de classe la veille également.

Camarade dont l'auteur des faits voulait qu'il soit témoin du meurtre. Enfin, le lycéen a également reconnu une forme d'animosité vis-à-vis de son enseignante. Une première expertise psychiatrique a été réalisée hier. Cet adolescent a été soumis, à la demande de mon parquet, à un examen psychiatrique dont je rappelle qu'il a été réalisé dans le temps et dans les conditions de la garde à vue, de sorte qu'il appellera nécessairement des expertises complémentaires. Il ne retrouve en l'état aucune maladie mentale de type schizophrénie, état maniaque, mélancolie ou retard mental, ni aucune décompensation psychiatrique aiguë.

Il décrit des éléments de dépression de l'adolescent évoluant depuis une année. Le procureur de la République de Bayonne, qui a également tenu, a précisé que ce lycéen a été victime de faits de harcèlement dans son précédent établissement. Il avait tenté de se donner la mort à l'automne dernier et faisait l'objet d'une prescription d'antidépresseurs. Son placement en détention a été demandé par le parquet.

46:25
Présentateur

Vous vouliez dire ?

46:27
Raphaël Glucksmann

Non, non, mais je voulais dire que c'était un désastre absolu, mais c'était...

46:33
Présentateur

Un désastre absolu, c'est-à-dire ?

46:37
Raphaël Glucksmann

Que c'est une horreur totale, mais ce n'était pas ça que je voulais dire. Dans le même temps, à Saint-Jean-de-Luz et dans tous les établissements scolaires du pays, on a rendu hommage à la professeure d'Espagnol. Oui, même si pour beaucoup, ce sont les vacances scolaires dans le pays, en réalité. Mais les élèves qui étaient en cours aujourd'hui ont suivi une minute de silence, tous en même temps, à 15h. Tout à l'heure, c'était vraiment quelques minutes avant la prise de parole du procureur de la République. Le ministre de l'Éducation nationale était en déplacement en Savoie et il a rendu hommage à l'enseignante. Elle s'appelait Agnès Lassalle.

Elle est morte hier dans une salle d'un lycée de Saint-Jean-de-Luz. Et je vous demande, puisqu'il est 15h et que dans tous les établissements scolaires du pays, les élèves et les professeurs font désormais la même chose, je vous demande, s'il vous plaît, de respecter une minute de silence et de penser à l'air. Et à Saint-Jean-de-Luz, cette professeure d'Espagnol faisait l'unanimité. Des anciens élèves et habitants de la ville ont pris la parole ces dernières heures. C'est l'effroi, une espèce de sidération aussi, parce que c'est loin de nous d'habitude et là, on est touché de plein fouet et puis on ne comprend pas.

48:02
Locuteur 8

Ça touche toute la population et les cancers au niveau local, c'est encore plus prenant.

48:08
Locuteur 4

J'étais assez timide et elle m'encourageait toujours à participer plus, mais avec bienveillance. Il me semble qu'elle a été là pour tout le monde.

48:18
Présentateur

Le groupe Total Energy annonce un plafonnement du prix de ses carburants.

48:22
Raphaël Glucksmann

Alors ce qui fait évidemment suite à ce que disait Emmanuel Macron il y a deux jours, vous vous en souvenez, évidemment, c'était lors de son déplacement au marché de Rungis.

48:31
Locuteur 2

Oui, on a les aides pour les gros rouleurs.

48:37
Raphaël Glucksmann

Et là, on va essayer de faire un petit geste diesel, vous allez voir. Et 48 heures après le petit geste, le geste promis par Emmanuel Macron, c'est concrétiser. Écoutez l'annonce du PDG de Total, Patrick Pouyanné hier soir. Le prix samedi, le prix sur les autoroutes chez Total Energy, du super et diesel sera au maximum à 1,99€. Dans toutes les autres stations hors autoroutes, ça sera le 1er mars. On ne va pas faire ça pour deux mois, pour trois mois, on le fait pour toute l'année. Si on l'avait appliqué en 2022, c'est une mesure qui nous aurait coûté à nous plus de 600 millions d'euros.

C'est une réponse au débat sur les super profits, une suite à l'annonce des bénéfices records du groupe, près de 20 milliards d'euros en 2022. Le samplon 95 et le gazole plafonné à 1,99€. Il faut aussi préciser qu'aujourd'hui, on n'en est pas à ce niveau, on est à une dizaine de centimes de moins. Et puis ça ne vaut pas pour le samplon 98 et le diesel Excellium. Comme ça, c'est complet, surtout, ça ne compte que pour les stations totales. Est-ce que ça met du coup une pression sur la concurrence ? Écoutez, Michel-Edouard Leclerc ce matin, il revend lui aussi du carburant. Vous le savez, mais il l'achète entre autres à Total.

49:39
Locuteur 8

Pour le moment, ça ne mange pas de pain. Moi, je ne peux pas promettre ça parce que c'est lui notre fournisseur. Donc on verra les conditions qu'il nous fera. Lui et d'autres, les raffineurs.

49:49
Locuteur 2

Leclerc ne produit pas son pétrole. Mais pour le moment, ça ne dit pas le taux de ristourne qu'il va faire,

49:55
Raphaël Glucksmann

ni le montant de la restitution qu'il va faire aux Français à partir des bénéfices fabuleux qu'il a réalisés.

50:02
Locuteur 8

Donc même en temps normal, il peut faire encore un peu d'efforts ?

50:07
Raphaël Glucksmann

Encore un peu d'efforts. Voilà, Michel-Edouard Leclerc qui toise le PDG de Total. Vous voulez réagir sur ces annonces de Total ? Bien sûr, il peut faire beaucoup plus d'efforts. Et Total vient d'annoncer des profits astronomiques records, notamment grâce à la guerre en Ukraine. Et la conversation qu'on avait tout à l'heure sur le climat, je veux dire, à un moment, ces profits, il faut comprendre que les profits de Total sont liés à la destruction du climat. Que tous les grands projets... Pour subventionner les énergies carbone, c'est bizarre comme raisonnement. Non, c'est pour atténuer le coût social de l'exposition des prix du carbone. Mais ce n'est pas du tout une solution à long terme.

Et la solution à long terme, c'est au contraire d'imposer Total à la hauteur de ces super profits. En particulier quand ils sont liés à une guerre. Et il n'y aura pas de lutte efficace contre le réchauffement climatique s'il n'y a pas une attaque ciblée sur les multinationales fossiles qui font leur fric sur la destruction du climat aujourd'hui.

51:05
Présentateur

Merci Raphaël Gruxman, député européen, place publique et président de la commission spéciale du Parlement européen sur l'ingérence étrangère. Françoise Vimeux, merci de votre présence. Ce soir, dans un instant, une spéciale César à l'occasion de la cérémonie, la 48e nid des Césars, qui se tient demain en direct de l'Olympia et qui sera diffusée en direct sur Canal+. On reçoit trois des maîtresses et maîtres de cérémonie.

51:27
Raphaël Glucksmann

Emmanuel Deveau, ça exclut Strafel Persenaz et la voix de César. Ça fait 13 années qu'il les commente avec toujours précision et pertinence. Thierry Chèze est également notre invité.

51:36
Présentateur

Il y aura l'œil de Pierre consacré à Jamal Debouze. Le vu et les actualités de Bertrand. Et je n'oublie pas, j'étais à ça. A tout de suite. Sous-titrage ST' 501