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interviewC à vous (sur YouTube)· 14 mai 2025 19 min

Bayrou/Bétharram : un mensonge d’État ?

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Parce que durer... 2 ans, je ne reprendrai pas la phrase de J.Chirac qui disait "2 ans..." Mais il va falloir s'occuper de la France. - A.Casse: Merci, Nathalie.

C'est l'heure de vérité pour F.Bayrou. Est-ce qu'il joue son avenir politique?

Le Premier ministre est auditionné sur l'affaire Bétharram devant la commission d'enquête de l'Assemblée nationale. L'établissement est visé par 200 plaintes pour violences. F.Bayrou est accusé d'avoir menti devant la représentation nationale.

C'était le 11 février dernier. Voici ce qu'il déclarait. - F.Bayrou: Je n'ai jamais été informé de quoi que ce soit de violences sexuelles.

Jamais. Est-ce que nous aurions scolarisé nos enfants dans des établissements dont il aurait été soupçonné ou affirmé qu'il se passe des choses de cet ordre? Je peux vous assurer que tout est faux et qu'une plainte en diffamation sera portée. - A.Casse: 3 mois plus tard, il est entendu sous serment.

Voici ce qu'il répond quand le corapporteur de cette commission d'enquête, P.Vannier, lui demande s'il a menti. - F.Bayrou: Je regrette.

Je ne me laisserai pas entraîner par vous. Ma version n'a pas varié. Vous m'interrogez en montant à la tribune pour m'accuser d'avoir protégé des pédocriminels.

Je maintiens que, comme ministre de l'Education nationale, à cette époque et encore maintenant, je n'ai jamais eu d'autres informations que celles qui étaient parues dans le journal. Jamais je n'ai entendu parler de violences graves. Jamais je n'avais entendu parler de violences sexuelles.

Jamais. - A.Casse: Rebonsoir, F.Arfi.

Vous êtes journaliste à Mediapart et coresponsable du pôle enquête de Mediapart. Que savait F.Bayrou des violences perpétrées dans l'établissement catholique de Bétharram?

Qu'a-t-il ignoré? C'est important, ce qu'il a dit ce soir. Il dit n'avoir jamais entendu parler de violences graves.

Il ne nie pas avoir entendu parler de violences. Est-ce que ça revient à dire qu'il avait menti? - F.Arfi: Quand on change autant de versions depuis longtemps, février, c'est que les précédentes étaient fausses et donc le produit d'un mensonge.

Il y a un péché originel de F.Bayrou et de ce qu'on peut appeler l'affaire Bayrou dans le scandale Bétharram, qui ne peut pas être résumé à l'affaire Bayrou. C'est sa déclaration mensongère.

Ce n'est pas une opinion que de le dire, mais un fait, le 11 février devant la représentation nationale quand il dit: "Jamais je n'ai été informé de violences physiques ni sexuelles." C'est faux. C'est matériellement faux.

Concernant les violences physiques, entre 93 et 96, c'est de notoriété publique, y compris de la presse de son département dont il est l'élu, où la presse fait état de violences...

On ne parle pas de claques. - A.Casse: On parle de tympans perforés. - F.Arfi: Ce sont des tabassages d'enfants en plus des supplices connus.

Les fameux "supplice du perron", où on met des enfants quasiment nus dans des températures négatives dehors pendant la nuit. Quand aux violences sexuelles, on sait désormais de manière certaine qu'en 1998, F.Bayrou rencontre longuement le juge d'instruction qui, au risque de la violation du secret d'instruction, lui parle des violences sexuelles, des viols dont est accusé le père Carricart.

F.Bayrou a d'abord démenti vigoureusement avoir rencontré le juge Mirande. Puis, il a dit que c'était une rencontre au débotté parce qu'ils sont voisins.

Sa propre fille a reconnu...

Ces éléments montrent que sa déclaration du 11 février est mensongère. - A.Casse: Il y a ce qu'il dit et comment il le dit.

Je ne sais pas comment vous avez trouvé son attitude. Il était très offensif. Il y a même ce livre, sur sa table, devant lui "La Meute", un livre qui enquête sur le système Mélenchon.

P.Vannier est plusieurs fois cité. C'est aussi un message qu'il envoie. - F.Arfi: C'est une stratégie.

Un peu de sérieux! Le peu de ce que j'ai entendu de la commission d'enquête, parce que c'est toujours en cours, ce qu'il raconte devant les parlementaires, c'est qu'il digresse beaucoup. Il s'en prend aux parlementaires.

Il s'en prend à la commission d'enquête. Il s'en prend à la presse, notamment au journal Mediapart. Il y a d'autres politiques qui adorent la presse quand elle révèle des affaires sur leurs adversaires politiques mais qui la détestent quand elle s'intéresse à leurs propres affaires. - A.Casse: Il a visé Mediapart car vous enquêtez sur cette affaire.

Vous avez produit plusieurs révélations. Vous avez même publié une enquête pour démontrer qu'il a menti 14 fois. Vous les avez listés.

Il était interrogé, non pas sur Mediapart, mais il a parlé de vous. - F.Bayrou: Je n'ai pas répondu au questionnaire de Mediapart car ce n'est pas une autorité de la République.

Je ne suis pas obligé de lire les lettres que Mediapart m'adresse. Je considère qu'il y a, dans Mediapart, beaucoup de déformation de la réalité et de diffamation. Si vous permettez, par hygiène mentale, je ne me plie pas aux hommes de Mediapart comme d'aucun autre journal. - A.Casse: Que répondez-vous? - F.Arfi: Il nous adorait quand on sortait des affaires sur N.Sarkozy.

Il les utilisait au Parlement quand il était député. Je pense à la commission d'enquête sur l'affaire Tapie et C.Lagarde.

Je suis très habitué à ça, depuis 17 ans que je suis à Mediapart. Quand on fait des révélations sur Mélenchon, Chikirou, sur M.Le Pen, on entend ça. - A.Casse: F.Hollande dit qu'il est gêné par cette commission d'enquête, car il y a peut-être une chasse à l'homme. - F.Arfi: Il n'y a pas de chasse à l'homme.

Il a menti devant la représentation nationale. Les pouvoirs de la Constitution donnent à l'Assemblée nationale et au Sénat de contrôler le pouvoir exécutif. Le Parlement, c'est la loi et contre l'exécutif.

Une commission d'enquête composée d'opposants, mais pas que...

L'une des coresponsables de cette commission d'enquête est de la majorité présidentielle. Ce sont des manoeuvres de diversion. - N.Saint-Cricq: Est-ce que vous considérez que, y compris les prises de position de P.Vannier qui disent "on va se le faire", cette médiatisation qui fait qu'il peut y avoir, y compris V.Spillebout, c'est délirant?

Sans compter certains écologistes qui disent "on va se le faire"? Il y a des approximations dans ce qu'il a dit. Pour l'instant, il n'a pas été informé qu'il manquait dans la commission d'enquête.

Or, c'est pénalement répréhensible. Est-ce que vous pensez que ces affirmations sont une façon de faire de la politique? Vous ne sentez pas une ambiance d'odeur du sang? - F.Arfi: "On va se le faire", je ne sais pas si c'est une formule qui a été dite publiquement.

Je ne sais pas d'où vous tenez ça. Si vous avez une précision, une personne qui a dit cette phrase... - N.Saint-Cricq: Il sera fusillé si je le dis. - F.Arfi: Que les oppositions politiques face de la politique dans une enceinte politique, ça ne me paraît pas scandaleux.

La question, c'est est-ce que les faits opposés à F.Bayrou sont faux et fabriqués? Est-ce que ce que F.Bayrou a déclaré est vrai ou pas?

Ce qu'on peut dire actuellement aujourd'hui au regard de l'enquête que mènent depuis plusieurs mois pour Mediapart 2 journalistes, c'est que F.Bayrou, vis-à-vis du scandale Bétharram, bien sûr, il ne savait pas tout de l'immensité de ce qu'on sait aujourd'hui, mais il a été, pendant de nombreuses années, celui qui a su le plus, qui pouvait le plus, au regard de ses prérogatives mais aussi comme président du département des Pyrénées-Atlantiques. Ils ont comme compétence la protection de l'enfance. - A.Casse: Il faut qu'on regarde précisément les faits.

Il répond à ça qu'il a diligenté un rapport d'inspection et qu'il a essayé d'agir. Quand on regarde les journaux de 1993 à 96, il y a eu des articles qui parlent de 4 tympans d'enfants perforés suite à des coups portés par des surveillants. Il dit qu'en 96, il avait demandé un rapport d'inspection. - F.Bayrou: J'affirme que, bien loin de n'être intervenu en rien pour saisir les questions de Bétharram, je l'ai fait selon une procédure très rapide, exceptionnelle et dont je considère qu'elle est sérieuse.

Les conclusions du rapport sont très favorables à Bétharram. "La qualité du travail effectué, l'ambiance et les relations de confiance qui y règnent et la volonté de changement qui existe à tous les niveaux sont autant d'éléments positifs et d'atouts pour la réussite de Notre-Dame de Bétharram." - A.Casse: C'est sa défense.

Il dit qu'il n'a pas rien fait. - F.Arfi: C'est un peu lunaire.

C'est le seul, aujourd'hui, à continuer à considérer que ce rapport reste sérieux. Même ceux qui l'ont fait disent qu'il ne l'était pas. Cette inspection éclair, ridicule, mais pour le peu que cette inspection...

Quand on la lit, ce qu'elle constate, c'est que les violences existent. On voit que dans d'autres affaires, je pense par exemple...

Elle confirme les violences, les supplices du perron. Elle ne conclut pas ce qu'elle constate. C'est ce qui s'est passé avec le lycée Stanislas et les révélations faites sur Mediapart.

Ca fait partie des prérogatives de la commission d'enquête. Ce n'est pas une commission d'enquête que sur Bétharram, on s'intéresse aussi à Stanislas, affaire dans laquelle les inspecteurs ont dit que les conclusions ne correspondent pas à ce qu'ils ont vu. - A.Casse: Un de ceux qui a fait le rapport dit qu'il l'a bâclé. - F.Arfi: Il n'y a que F.Bayrou qui dit que ce rapport est sérieux.

On sait ce qu'a été l'enfer de Bétharram, le supplice de Bétharram. Le Premier ministre vient de dire que ce rapport qui n'a rien vu est formidable...

En 2025, c'est extraordinaire! - A.Casse: On parle d'une autre époque.

J.-L.Bourlanges, ancien député du MoDem dit: "A l'époque, c'était des éléments de socialisation", à propos des châtiments corporels.

Il semble dire qu'à cette époque là, les châtiments corporels n'étaient pas un problème. - E.Tran Nguyen: Si c'est pour ça qu'on envoyait certains enfants à Bétharram, pour les redresser... - F.Arfi: A cette époque, c'était illégal.

C'était un problème. Ce n'était pas un problème pour monsieur Bourlange, mais c'était tellement un problème que le surveillant auteur des violences qui fracassé les visages et les tympans des enfants a été condamné en 96. Pendant son procès, il a été soutenu par la direction de Bétharram.

Après sa condamnation, il est revenu travailler à Bétharram sans que ça n'émeuve personne. En 96, le ministre de l'Education nationale, F.Bayrou, c'est une seule déclaration publique pour Bétharram et c'est pour défendre Bétharram publiquement et dire qu'il partage le sentiment de beaucoup de Béarnais, comme s'il était le produit de la volonté générale du Béarn et que c'était pour lui un sentiment d'injustice.

La seule prise de position de monsieur Bayrou sur cette affaire, c'est la défense de Bétharram. Ensuite, il y a l'événement majeur de 98, la rencontre avec le juge d'instruction. Il lui révèle les violences sexuelles. - A.Casse: C'est l'accusation la plus lourde.

Est-ce que F.Bayrou est intervenu dans une procédure judiciaire? Est-ce qu'il a étouffé une enquête?

Pour l'instant, on n'en sait rien. F.Bayrou est mis en cause par 3 personnes.

On le soupçonne carrément d'être intervenu dans une enquête sur les accusations de viols qui visaient le prêtre dont on a parlé tout à l'heure, le père Carricart. Après avoir nié le rendez-vous avec le juge Mirande, F.Bayrou a avoué qu'il a eu lieu.

Sa propre fille a confirmé que cette rencontre avait eu lieu. - F.Bayrou vous dit qu'il a rencontré le juge. - H.Perlant: Oui.

Je suis là le soir où il rentre de chez le juge. On les tous les 2. Il me dit: "Ne le répète pas.

J'ai juré d'être dans le secret de l'instruction. Est-ce que tu crois ça possible?" Je lui ai dit: "Ecoute..." Il m'a dit qu'il était en prison. - Il vous a confirmé avoir parlé au juge Mirande? - H.Perlant: D'avoir juré au juge Mirande de ne pas trahir le secret de l'instruction. - A.Casse: Il y a ce témoignage de la fille de F.Bayrou et le juge Mirande qui s'exprime dans "Sud Ouest" aujourd'hui.

Il raconte son tête-à-tête avec F.Bayrou. "Il n'arrivait pas à croire que le père Carricart ait commis ces faits.

Il disait que ce n'était pas possible et que ça démontrait bien qu'il avait des liens avec lui." F.Bayrou nie avoir connu le père Carricart qui s'est suicidé en 2000. "Libération" publiait des photos qui le montrent avec lui. - F.Arfi: Il y a des liens...

Ce qu'il y a de fascinant avec F.Bayrou c'est comme s'il y avait l'addition de plusieurs F.Bayrou dans cette affaire.

Il y a le F.Bayrou dont la foi politique est de notoriété publique, et ce n'est pas un problème en soi, mais quand on regarde ses réactions publiques, à chaque fois que l'Eglise a été en cause, il l'a défendue. Notamment au moment des premières révélations de l'abbé Pierre, il a pris sa défense.

Bétharram, dont nous sommes en train de parler...

Il y a le Bayrou père de famille, dont les enfants de la famille sont scolarisés à Bétharram. Il y a le F.Bayrou mari de la femme qui travaille à Bétharram.

Il y a le F.Bayrou principal élu local qui a des leviers institutionnels pour agir qu'il n'utilise pas. Et il y a le F.Bayrou élu national.

C'est comme s'il y avait les 5 couches de déni potentiel dans cette affaire qui se cumulaient dans la même personne. Ce que raconte le juge Mirande est la démonstration du déni, de la personne qui ne veut pas voir ce qui lui est présenté. Il lui dit: "Je n'y crois pas." Pour moi, c'est l'enseignement de Bétharram.

Le voir s'enterrer dans une stratégie du mensonge, de l'adaptation de ses versions au fur et à mesure des révélations. Ce n'est qu'augmenter la mécanique du déni. Mais le déni, c'est l'action de ne pas agir. - E.Tran Nguyen: Sur un des rôles de Bayrou, c'est sa femme qui est en cause. de Bétharram dans les années 90.

C'était une des premières lanceuses d'alerte. Elle dit avoir dénoncé certaines violences. Elle dit avoir été témoin de maltraitances en présence de l'épouse du Premier ministre qui enseignait le catéchisme à l'époque.

Elle n'aurait pas voulu intervenir. - E.Tran Nguyen: F.Gullung qui a été évoquée tout à l'heure en commission par F.Bayrou.

Il dit avoir été sali par ses propos et a remis en cause ses déclarations. Vous qui l'avez interrogée, peut-on douter de ses propos? - F.Arfi: F.Bayrou remet en cause tout le monde sauf lui-même.

En 95, elle a profité d'une réunion pour aller voir F.Bayrou et lui dire qu'il fallait faire quelque chose. Il était responsable politique local.

Mais il faut faire quelque chose au regard de Bétharram. Il l'a envoyée balader. Il a été destinataire d'alerte.

A l'époque, il est ministre de l'Education nationale en plus de ses responsabilités locales. Nous avons pu démontrer qu'il avait été destinataire jusqu'en mars 2024 d'alertes de victimes qui sont restées lettre morte. Quand on fait le cumul de tout ça, on peut conclure, sans être dans une volonté de couper des têtes, que F.Bayrou a fait partie d'un déni.

Ce n'est pas le seul, mais il en a fait partie. Il est incapable de le reconnaître. - A.Casse: Est-ce qu'il joue son avenir politique? - N.Saint-Cricq: En partie.