"Soixante dossiers par jour traités par deux magistrats", la réponse du tribunal de Nantes après l'affaire Lyhanna
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Défensif 70 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:19OuverteRéponse directe
Dans la salle, il y avait des victimes de violences sexuelles, des parents de victimes. Il y a eu pas mal de colère qui s'est exprimée, vous l'avez entendu ?
- 0:38OuverteRéponse directe
De manière cache parfois ?
- 1:07OuverteRéponse directe
Beaucoup exprimaient, en tout cas regrettaient la lenteur des procédures qui, pour eux, cette lenteur-là bénéficient au suspect. Vous l'avez entendu ce message ?
- 1:55OuverteRéponse directe
Une dame parlait d'un manque d'écoute. Est-ce que vous avez cette impression-là de manquer d'écoute parfois, vous ou peut-être aussi les enquêteurs qui sont au début de la procédure ?
- 2:36OuverteRéponse directe
Vous avez dit à ces personnes hier que l'affaire Liana était un point de bascule. Pour vous, c'est vraiment, il y aura un avant et un après ?
- 3:17OuverteRéponse directe
On sait qu'on parle souvent de manque de moyens. Là encore, il y a toujours ce dossier-là qui est criant. À Nantes, par exemple ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 3:44Invité politiqueChiffre
« Quatre fois moins de magistrats au parquet à Nantes que dans n'importe quelle autre ville de cette taille en Europe. »
- 4:40Invité politiqueChiffre
« 60 dossiers par jour sont étudiés par deux magistrats du parquet, deux fonctionnaires et tout l'équipement qui va avec. »
Temps de parole
- Henri Leroy72 %
- Présentateur28 %
≈ 7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Et à 7h48, Céline Loiseau, votre invitée ce matin, c'est Antoine Leroy, le procureur de la République de Nantes. Bonjour Antoine Leroy.
Bonjour madame.
Comme dans d'autres tribunaux, le vôtre, celui de Nantes, organisait une réunion publique hier soir après les mois et les critiques suscitées par l'affaire Liana. Dans la salle, il y avait des victimes de violences sexuelles, des parents de victimes. Il y a eu pas mal de colère qui s'est exprimée, vous l'avez entendu ?
Oui, un peu moins de 100 personnes se sont présentées et c'était deux heures de discussions et d'échanges vraiment très intéressants. Pour nous, de voir ce que ressentent les justiciables. Ils se sont exprimés sans détour.
De manière cache parfois ?
De manière cache, mais on préfère toujours les gens sincères et cache que des gens qui ne pensent pas ce qu'ils disent. Et donc, ça a permis d'échanger, de comprendre et de partager, parce qu'il y avait vraiment un échange dans la salle, sur ce que les gens attendent dans ces infractions-là, notamment à caractère sexuel, puisqu'ils attendent de la justice et donc c'était un échange qui était vraiment très intéressant.
On l'a entendu dans notre reportage à cette heure, beaucoup exprimaient, en tout cas regrettaient, la lenteur des procédures qui, pour eux, cette lenteur-là bénéficient au suspect. Vous l'avez entendu ce message ?
Voilà, alors chacun pouvait parler de façon générale ou de façon ce qu'ils avaient vécu personnellement. Et c'est vrai que la lenteur de la justice, mais la justice n'est pas seule à étudier les procédures et donc c'est une chaîne d'acteurs. Et effectivement, les gens se plaignaient de la lenteur de la justice et des décisions qui pouvaient être prises, des classements sans suite que pour les personnes qui s'exprimaient n'étaient pas justifiés. Et d'autres qui expliquaient aussi que la justice avait fonctionné en mettant du temps, mais avait fonctionné aussi. On a eu une petite partie de personnes qui disaient que les choses se passaient bien.
Une dame parlait d'un manque d'écoute. Est-ce que vous avez cette impression-là de manquer d'écoute parfois, vous ou peut-être aussi les enquêteurs qui sont au début de la procédure ?
Alors c'est tout à fait paradoxal. Les gens trouvent que la procédure est trop longue, mais en même temps on ne prend pas assez de temps pour les écouter. Donc c'est effectivement une difficulté à laquelle on est régulièrement confronté. Il faut prendre le temps d'écouter les personnes, les victimes. Ce qu'on demande aussi, et c'est la loi qui le prévoit, de ne pas les écouter plusieurs fois sur le même sujet pour ne pas qu'elles aient à répéter. Et effectivement d'entendre une victime, elle a toujours besoin qu'on prenne le temps. Et quelquefois les enquêteurs de la police, de la gendarmerie ou à l'audience aussi.
Les choses vont trop vite pour les victimes, mais on a beaucoup de dossiers à passer. Et donc oui, c'est une critique qui est formulée et qui est justifiée en partie.
Vous avez dit à ces personnes hier que l'affaire Liana était un point de bascule. Pour vous, c'est vraiment, il y aura un avant et un après ?
Je pense qu'il y aura un avant et un après, même si tout le monde pense que les choses vont être oubliées assez vite. Certains disaient ça hier, mais non. Il y aura un avant et un après parce que la place de l'enfant dans notre société, cette affaire-là nous fait...
Il y a un changement de logiciel entre guillemets ?
Voilà, je pense que toutes les institutions de l'État, tout d'un coup, ont verbalisé que oui, c'était plus supportable que l'enfant ne soit pas au cœur des préoccupations, notamment de la justice. Mais il n'y a pas que de la justice.
Et pour traiter ces dossiers, il faut des magistrats, des greffiers, des hommes, des femmes, des enquêteurs. On sait qu'on parle souvent de manque de moyens. Là encore, il y a toujours ce dossier-là qui est criant.
La police manque de moyens, la gendarmerie manque de moyens, la justice française, tout le monde le sait, manque de moyens.
À Nantes, par exemple ?
À Nantes, on manque de moyens. On est en très grande difficulté pour faire face à toutes les tâches et les missions que les Français et que le peuple français, au nom duquel la justice est rendue, attend très légitimement. Donc oui, vous avez entendu les chiffres. Depuis 15 jours, on en parle. Quatre fois moins de magistrats au parquet à Nantes que dans n'importe quelle autre ville de cette taille en Europe. Donc oui, effectivement, on manque de moyens.
D'ici à mi-juillet, le garde des Sceaux a dit que 70 000 dossiers touchant des mineurs seraient revus. À Nantes, ça représente combien de dossiers et comment on va faire pour y faire face ?
Alors, ça représente un peu moins de 500 dossiers chez les gendarmes, puisqu'on parle de dossiers qui ne sont pas au tribunal, mais qui sont dans les unités d'enquête. Un peu moins de 500 dossiers chez les gendarmes et autour de 1 000 dossiers chez les policiers. Donc 1 500 dossiers ? Ça fait 1 500 dossiers qui sont actuellement... Auxquels il faut avoir une réponse d'ici mi-juillet. Pour lesquels nous allons essayer de les étudier pour faire accélérer leur traitement.
Donc là, les enquêteurs, ils arrivent au tribunal et comment vous faites, vos magistrats ?
C'est un anglicisme, donc ce n'est pas bien, mais je le dis quand même, une task force. 60 depuis jeudi, 60 dossiers en alternant, police, gendarmerie. 60 dossiers par jour sont étudiés par deux magistrats du parquet, deux fonctionnaires et tout l'équipement qui va avec. Et dans une salle dédiée, 60 dossiers par jour étudiés. L'enquêteur résume le dossier et le magistrat du parquet donne une orientation.
Et est-ce que ça veut dire qu'on laisse d'autres dossiers, d'autres thématiques de côté ?
Ça veut dire qu'on laisse d'autres thématiques de côté, puisqu'on n'a pas le narcotrafic, pas les vifs, et pas les affaires criminelles. Voilà, les violences intrafamiliales. Mais le reste est un peu effectivement délaissé, quelques semaines, et ça reprendra ensuite. Mais c'est effectivement très compliqué de prioriser, puisque vous avez compris que c'était un des enjeux. Il faut prioriser, puisqu'on ne peut pas tout bien traiter. Et donc effectivement, on priorise ces dossiers-là aujourd'hui, mais c'est justifié. Et si ça nous permet de ressortir des dossiers qui sont actuellement sur le bureau des policiers et des gendarmes, je pense que tout le monde en sera satisfait.
Merci beaucoup Antoine Leroy d'être venu ici nous expliquer le travail qui vous attend, vous et vos collègues magistrats. Merci d'avoir accepté l'invitation d'ici Loire-Océan. Belle journée.
Bonne journée à vous aussi.
Henri Leroy