Usine Brandt d'Orléans, Chine, Thierry Breton: l'interview du ministre de l'Industrie en intégralité
Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.
Analyse automatique
Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie
Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 45 %Attaque 30 %Défensif 25 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 83 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:49FerméeRéponse directe
Est-ce que l'État soutient cette offre de reprise ?
- 2:47RelanceRéponse partielle
À vous entendre, ce n'est pas encore la bonne personne. Vous êtes prudent quand même sur cette offre de reprise.
- 4:26FerméeRéponse directe
Est-ce que l'État peut garantir aujourd'hui qu'aucun emploi ne sera perdu ?
- 5:05OuverteRéponse directe
Est-ce que vous êtes du même avis ? Très vite ça veut dire quoi ?
- 6:13OuverteRéponse directe
Quel horizon vous fixez pour une reprise finalisée ? Pour donner un peu de visibilité aux salariés qui attendent une réponse ?
- 6:35FerméeRéponse directe
D'un mot, est-ce que vous allez réunir tous les acteurs locaux prochainement au début du mois de janvier ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:54InvitéFait
« je ne laissais pas tomber Brandt »
- 1:56InvitéFait
« Il ne faut pas oublier que tout ça s'inscrit dans un cadre légal »
- 2:15InvitéFait
« l'administrateur judiciaire va lancer ce qu'on appelle un appel d'offres, tout début janvier »
- 3:37InvitéChiffre
« Ce n'est pas aussi simple que ça, parce que finalement on avait réussi à avoir à peu près 30 millions d'euros »
- 4:29InvitéFait
« Non, l'État ne peut pas, moi je ne suis pas là pour vendre du rêve »
- 5:15InvitéFait
« La loi dit que le mandataire, afin d'avoir un dialogue avec des offres les plus compétitives et surtout les plus solides, lance un appel d'offres »
- 7:29InvitéFait
« pour pouvoir accompagner le projet Brandt par un soutien public, par exemple, il faut qu'il y ait un budget »
- 8:09InvitéFait
« quand on est sous le régime de la loi spéciale, ce sont les dépenses courantes et pas des nouvelles dépenses à engager »
- 9:05InvitéChiffre
« le gouverneur de la Banque de France a indiqué que cette situation faisait perdre 0,2 points de croissance à la France »
- 10:59InvitéChiffre
« Entre 2018 et 2024, on a recréé un peu plus de 180 000 emplois industriels »
- 11:35InvitéFait
« L'Allemagne, depuis le Covid, n'a pratiquement jamais eu une année de croissance »
- 11:59InvitéFait
« La Chine a construit ces dernières années un outil industriel énorme »
- 13:03InvitéChiffre
« l'équivalent de 5 fois le marché européen d'acier qui est produit en surcapacité asiatique et qui se déverse chez nous »
- 15:42InvitéFait
« c'est tout simplement inacceptable parce que ce n'est pas depuis Washington que l'on décide des réglementations que l'on met en place en Europe »
Temps de parole
- Invité82 %
- Présentateur18 %
≈ 1,1 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Mon invité ce matin, c'est Sébastien Martin. Bonjour Monsieur le Ministre, vous êtes ministre chargé de l'Industrie. On voulait vous recevoir ce matin parce qu'il y a beaucoup de sujets. Et fin décembre, c'est le temps des bilans pour l'année qui s'achève, mais aussi le temps des inquiétudes pour celles qui commencent. On parlera du bilan de l'industrie française pour cette année, de la concurrence féroce de la Chine, et de cette décision aussi très politique de l'administration Trump de bannir des États-Unis l'ancien commissaire européen français Thierry Breton. Mais je voudrais d'abord commencer par eux, les 700 salariés de Brandt.
Ces salariés vous regardent sans doute ce matin et attendent des réponses du ministre de l'Industrie. 700 salariés qui ont perdu leur emploi après la liquidation judiciaire de cette marque d'électroménagers que tous les Français connaissent. Un projet de reprise a été annoncé la semaine dernière à un industriel français. Thomson Computing propose de reprendre 150 emplois sur les 350 salariés de ce site près d'Orléans. On va aller droit au but ce matin Monsieur le Ministre. Est-ce que l'État soutient cette offre de reprise ?
Alors moi j'ai dit dès le 11 décembre, le jour où le tribunal de Nanterre a décidé de la liquidation de Brandt, que je ne laissais pas tomber Brandt. Et vous avez parlé des 700 salariés. Moi j'ai une pensée pour effectivement le site d'Orléans, mais il y a aussi Vendôme, mais il y a aussi Sergi, mais il y a aussi Royer-Malmaison, où il y a le siège de Brandt. Et donc ce qui est une bonne nouvelle aujourd'hui, c'est qu'il y a effectivement des industriels qui s'intéressent à la reprise de Brandt. Il y a des industriels qui s'intéressent à la reprise de Brandt, notamment une marque d'intérêt qui a été signifiée pour le site d'Orléans. Et ça c'est une bonne nouvelle.
Stéphane Français, c'est le patron de Thomson Computing, il dit avoir un schéma qui peut réussir, commencer par 150 salariés et sur 50, 250.
Moi je souhaite la réussite de la reprise de Brandt. Je souhaite absolument qu'on arrive à trouver les bonnes personnes, là ou les bonnes personnes, qui seront prêtes à investir et qui auront la solidité financière notamment, pour porter la reprise de Brandt. Maintenant il y a une procédure. Il ne faut pas oublier que tout ça s'inscrit dans un cadre légal, puisque l'entreprise a été liquidée, il y a eu une liquidation judiciaire, et aujourd'hui l'entreprise est administrée par un administrateur judiciaire. Donc il y a une procédure à suivre, l'administrateur judiciaire va lancer ce qu'on appelle un appel d'offres, tout début janvier. Quand ? Quelle date ?
Tout début janvier, dans les premiers jours de janvier, je pense que la semaine du 4 ou 5 janvier, enfin il est indépendant cet administrateur, ce n'est pas moi qui lui donne l'ordre de lancer cet appel d'offres, parce que quand il y a possibilité d'avoir une reprise d'entreprise, on doit lancer un appel d'offres pour avoir les offres les meilleures possibles. Et qu'à la fin, le tribunal, et à la fin, c'est le tribunal, mais normalement tout ça va assez vite, ça doit aller d'ici la fin du mois de janvier, à la fin c'est le tribunal qui statue sur l'offre. Ce n'est pas le ministre, ce n'est pas l'entrepreneur, c'est le tribunal qui statue.
À vous entendre, ce n'est pas encore la bonne personne. Vous êtes prudent quand même sur cet offre de reprise. Je ne sais pas. Moi j'ai eu l'occasion de rencontrer cette personne, qui m'a présenté dans les grandes lignes son projet, maintenant il faut qu'il l'affine. Ça vous a semblé viable, crédible ? Un des sujets qui est important pour moi, c'est que dans ce projet de reprise, d'abord un, il faut qu'il y ait un projet industriel solide, et ça c'est à l'entrepreneur d'en faire la démonstration, et également que celui-ci soit accompagné par des fonds privés.
Je pense que ce qui a fait sans doute un peu la force et la faiblesse, si vous voulez, dans le projet de SCOP, c'est qu'effectivement avec les élus locaux, projet de coopérative, qui a échoué le 11 décembre. Et il manquait quelques millions d'euros, dit le maire d'Orléans, 4 ou 5 ? Ce n'est pas aussi simple que ça, parce que finalement on avait réussi à avoir à peu près 30 millions d'euros. Mais il y avait plus d'argent public que d'argent privé dans cette opération. Les banques ? Non, je ne sais pas, je pense que ce qui a manqué, c'était sans doute d'avoir du temps.
Et j'ai dit dès le 11 décembre, qu'il s'agissait cette fois-ci de prendre le temps de monter le dossier le meilleur, pour que la justice, parce qu'à la fin, une fois encore, c'est la justice qui tranche, qu'à la fin la justice, au regard d'un dossier qui est solide, d'un dossier qui a un projet industriel, d'un dossier aussi qui reprend des personnels, et je pense à tous les sites, parce qu'on ne peut pas abandonner les sites, moi j'ai une pensée pour tous les sites, qu'on ait le meilleur projet, avec la plus grande pérennité, et avec un apport en capital, au capital de l'entreprise, il soit un apport essentiellement privé, parce que s'il n'y a que du public, ça ne fonctionnera pas.
Est-ce que l'État peut garantir aujourd'hui qu'aucun emploi ne sera perdu ?
On parle de 700 salariés. Non, l'État ne peut pas, moi je ne suis pas là pour vendre du rêve. Je pense que s'il y a un projet qui redémarre, il redémarrera, et d'ailleurs le projet de Scope était un projet qui prévoyait de redémarrer à peu près avec la moitié des effectifs. Donc s'il y a un projet qui redémarre, je ne pense pas qu'il redémarrera avec les 700 salariés. Mais une fois encore, prenons juste les quelques jours de début janvier pour pouvoir analyser les offres, que le mandataire judiciaire analyse les offres, que le tribunal ensuite tranche.
Mais le maire d'Orléans dit soit on relance très vite, soit on n'y arrivera pas. Et les salariés aussi disent ça. Est-ce que vous êtes du même avis ? Écoutez, très vite ça veut dire quoi ?
Est-ce que, très honnêtement, prendre les quelques jours de début janvier ? D'abord, c'est la loi. La loi dit que le mandataire, afin d'avoir un dialogue avec des offres les plus compétitives et surtout les plus solides, lance un appel d'offres. Donc il faut laisser le mandataire lancer cet appel d'offres, ça va être fait début janvier, et dans les jours qui suivront, elles seront analysées ces offres, et ensuite la meilleure sera retenue. Et si c'est celle qui est proposée par M. Français, c'est parfait. Moi, je veux juste que... Mais c'est acceptable une offre qui supprime plus d'emplois qu'il n'en sauve ? Moi, je pense qu'il y a la question, effectivement, de l'emploi.
Donc c'est pas acceptable. Mais non, je n'ai pas dit que c'était pas acceptable. J'ai dit que les offres seront analysées au regard de l'emploi, de la pérennité industrielle et de la solidité financière. Mais ce travail, ce n'est pas le ministre qui le fait, une fois encore. Mais l'État peut impulser, orienter. C'est le mandataire judiciaire. L'État pourra soutenir les projets. Et ça, j'ai toujours dit que l'État serait aux côtés des projets. Mais c'est au mandataire d'analyser et à la justice de trancher. Je crois à l'État de droit. Et dans notre pays, il faut qu'il soit respecté.
Quel horizon vous fixez pour une reprise finalisée ? Pour donner un peu de visibilité
aux salariés qui attendent une réponse ? Très honnêtement, je vous le dis, cet appel d'offres va être lancé début janvier. Et dans les semaines qui vont suivre, je pense fin janvier ou plus tard ou début février, le tribunal se prononcera. Mais le tribunal est souverain. Ce n'est pas moi qui lui donne des ordres. On est dans un pays où la séparation des pouvoirs. Donc laissons à la justice faire son travail. D'un mot, est-ce que vous allez réunir
tous les acteurs locaux prochainement au début du mois de janvier ?
Je passe mon temps à ça. Je n'ai pas attendu de nouvelles offres pour avoir des échanges avec l'ensemble des élus locaux, le président de la région, les présidents des intercommunalités de Vendôme ou d'Orléans, des parlementaires. Je passe mon temps à ça. C'est un sujet extrêmement important pour moi parce que je me suis rendu sur place à Orléans. J'ai discuté avec les gens. Je crois qu'il y a un savoir-faire là-bas chez Brandt. Maintenant, il faut que la justice puisse analyser les dossiers le plus sereinement possible.
Sébastien Martin, nombre de vos collègues du gouvernement ont alerté ces derniers jours des conséquences sur leur secteur de l'absence du budget pour 2026. Une loi spéciale d'ailleurs a été promulguée ces derniers jours. Quelles conséquences très concrètes sur l'industrie posent l'absence de budget pour l'instant ?
On vient de parler de Brandt à l'instant. Pour pouvoir accompagner le projet Brandt par un soutien public, par exemple, il faut qu'il y ait un budget. S'il n'y a pas de budget, je ne peux pas engager des fonds nouveaux en 2026 pour accompagner un projet de reprise comme celui-là. Je peux en prendre un autre. J'étais il n'y a pas longtemps à côté de Grenoble, Vancorex, vous savez, cette très grande plateforme chimique qui a été liquidée il y a un peu plus d'un an. Et aujourd'hui, il y a un vrai projet sérieux de reprise sur Vancorex, de remise en route d'activité sur Vancorex. Donc pas de budget, on n'avance pas. Pas de budget, ça veut dire quoi ?
Ça veut dire que quand on est sous le régime de la loi spéciale, ce sont les dépenses courantes et pas des nouvelles dépenses à engager. Je ne peux pas engager de nouvelles dépenses. Je peux payer les salaires, je peux avoir des aides d'urgence pour les agriculteurs, mais je ne peux pas engager de nouvelles dépenses. Ça, c'est une conséquence directe de l'absence de budget voté avant la fin de l'année.
Et ça met combien d'usines, par exemple, ou combien de chantiers industriels en danger ?
Non, mais ne disons pas que ça met en danger. Il ne faut pas non plus, vous savez, les prophéties autoréalisatrices, il faut faire attention à ça. Par contre, ça crée un climat d'instabilité, de doute dans les investissements. Lorsque vous n'avez pas de budget, lorsque vous ne savez pas quelles sont les règles qui vont être fixées pour l'année à venir, eh bien, quand vous allez décider ou non de faire un investissement dans votre industrie, dans votre usine, vous vous dites « je vais peut-être attendre encore un petit peu pour connaître les règles exactes avant de le faire ». Et tout ça, à chaque fois, ce sont des petits points de croissance.
Vous avez vu, le gouverneur de la Banque de France a indiqué que cette situation faisait perdre 0,2 points de croissance à la France. Ça a été le cas l'an dernier. Ça peut être encore le cas cette année si les parlementaires ne se mettent pas d'accord très rapidement. Et je crois que c'est le souhait du gouvernement que les parlementaires se mettent d'accord très rapidement.
Sébastien Martin, Brandt, c'est aussi pour beaucoup un symbole de plus de la désindustrialisation. Au premier semestre 2025, les fermetures d'usines ont été deux fois plus nombreuses que les ouvertures. Est-ce que cette tendance s'est confirmée sur toute l'année 2025 ?
Alors, sur toute l'année 2025, je ne peux pas vous donner les chiffres puisqu'ils seront établis une fois que l'année 2025 sera terminée. Et autour du printemps 2026, nous aurons ces chiffres. Par contre, ce qui serait intéressant, c'est d'avoir des chiffres assez exhaustifs dans ce que vous venez de dire. Vous parlez évidemment des extensions d'usines. Ah oui, mais c'est très important. Vous savez pourquoi je vous donne cet exemple-là ? Pourquoi c'est important ? Quand vous avez une entreprise, chez moi, à Châlons-sur-Saône, j'ai une belle entreprise qui s'appelle Framatome. Parce qu'on parle souvent des entreprises qui ne vont pas bien, mais il y a aussi des entreprises qui vont bien.
Framatome, aujourd'hui, double la taille de son usine, construit plus de 20 000 m² de bâtiments et recrute 200 personnes. Est-ce que vous ne croyez pas que ça compte autant, éventuellement, qu'une ou deux ou trois entreprises ? Il y a évidemment des bonnes nouvelles, évidemment. Mais la tendance est quand même dans le rouge. Je vous ressors juste les chiffres, monsieur le ministre. que fait le gouvernement à travers son baromètre parce que le baromètre est le seul outil qui soit autonome et exhaustif. Nous avons toujours compté aussi les ouvertures de sites. Et je crois que c'est important, au regard de l'exemple que je viens de vous donner.
Maintenant, je ne suis pas là pour me voiler la face. La réindustrialisation, c'est aussi des ouvertures nettes. La situation, c'est aussi des ouvertures nettes. Vous avez raison. C'est ça, la réindustrialisation. Et c'était l'obsession d'ailleurs d'Emmanuel Macron
qui, lorsqu'il vantait aussi son bilan, parlait surtout des ouvertures nettes et du solde positif. Il y a eu une dynamique qui était bonne entre 2017 et 2024. Ça, c'est assez. Elle est cassée, cette dynamique.
Ah mais, je pense que, si on veut être un petit peu objectif, qu'est-ce qui s'est passé entre 2018 et 2024 ? Entre 2018 et 2024, on a recréé un peu plus de 180 000 emplois industriels. Ce n'était pas arrivé depuis les chocs pétroliers des années 70. Dans la décennie précédente, on avait détruit plus d'un million d'emplois industriels. On a arrêté ça. Et ça, je crois qu'il faut le reconnaître. Il faut le mettre sur la table. On a arrêté ce phénomène de désindustrialisation. Maintenant, qu'est-ce qui se passe depuis un an et demi ? Parce qu'on ne vit pas dans un monde à part où la France serait isolée. Je vous rappelle que l'Allemagne connaît de grosses difficultés économiques.
L'Allemagne, depuis le Covid, n'a pratiquement jamais eu une année de croissance. Là, on va finir 2025 avec 0,1 ou 0,2 précédés de deux années de récession économique. Nous, nous n'avons jamais eu de récession économique. L'Allemagne, plus de 200 000 emplois industriels détruits ces dernières années. Donc, on est dans un monde aujourd'hui qui est en mouvement. Et particulièrement depuis 2024. Qu'est-ce qui s'est passé ? Parce que je pense qu'il faut prendre deux minutes. La Chine a construit ces dernières années un outil industriel énorme. Je ne parle pas de Chine, je parle de la Chine, mais c'est Chine aussi. Énorme, gros comme ça. Son marché intérieur s'est réduit. On n'a plus que ça.
Et les États-Unis, depuis l'arrivée de M. Trump, se sont fermés. On n'a plus que ça. Résultat, la Chine a des surcapacités industrielles qui aujourd'hui arrivent en Europe. Et c'est pour ça que la France défend aujourd'hui l'idée de préférence européenne et de mesures pour protéger notre industrie. Je vais vous citer ce que dit notamment
le patron de la BPI, la Banque Publique d'Investissement. Il dit ceci, le tsunami chinois détruira toutes les PME industrielles de la Pologne à la Bretagne. Est-ce qu'il a raison sur ce constat ?
Il pose un constat que je partage, qui est l'idée de dire que, et je l'ai dit à l'instant, depuis un an et demi, le monde a vraiment changé. La croissance chinoise est au ralenti. Donc leur marché intérieur n'aspire plus une grosse partie de leur production. Les États-Unis se sont refermés. Donc les États-Unis, pareil, n'aspirent plus une partie de la production chinoise. Donc vous avez aujourd'hui par exemple sur l'acier, l'équivalent de 5 fois le marché européen d'acier qui est produit en surcapacité asiatique et qui se déverse chez nous.
Il y a des mesures qui vont être prises puisque l'Europe a annoncé des clauses de sauvegarde, c'est-à-dire des taxes douanières beaucoup plus importantes à l'entrée d'acier sur le marché européen. Est-ce qu'il faut encore les augmenter ? Oui, elles seront suffisantes tout simplement parce qu'elles vont ramener l'acier chinois au prix de l'acier qui est produit en Europe. Donc on remet des règles. Est-ce qu'il faut plus de mesures ? Est-ce qu'il faut plus de mesures de protection ? Il faut des règles d'équité. Il faut des règles d'équité.
Mais face à des prédateurs, est-ce que des règles d'équité suffisent ?
Il ne faut pas montrer les crocs. Des règles d'équité, c'est quand vous mettez en place à l'entrée sur le pays des règles et des taxes qui vous ramènent au même prix que ce que vous êtes capable de produire en Europe. Et peut-être qu'il faudra aller plus loin. Je pense qu'on va parler de Chine. par exemple. Aujourd'hui, vous avez vu, il y a ces taxes sur les petits colis. Mais déjà, Chine veut les contourner en construisant un hub en Pologne. Il faut qu'on aille plus loin sur la responsabilité du producteur. Mais il y a des solutions pour essayer lesquelles ? Il y a des solutions.
Vous savez qu'au Parlement, en ce moment, il y a la discussion d'une proposition de loi sur la fast fashion qui a été déposée par la députée Anne-Cécile Violent et par Antoine Vermorel qui a rajouté un amendement sur le sujet pour accroître la participation de ces entreprises de la fast fashion. C'est très simple. En fait, ça veut dire quoi ? Vous ne respectez pas nos règles. Vous ne respectez pas nos règles, notamment environnementales. Vous avez des produits qui sont utilisés quelques semaines, quelques jours et qui ensuite partent à la poubelle. Eh bien, vous avez une contribution au fait que vous ne respectez pas nos règles. Cette loi, elle est au débat...
Ah bah écoutez, je ne sais pas si ça va faire peur à la Chine. Mais en tout cas, ça va poser de sacrés problèmes au modèle économique Chine du tout jetable. Parce que moi, vous savez, quand on parle de ça, je me balade, je vais dans des villes en France et qu'est-ce qu'on voit ? On voit des vitrines de commerce qui souffrent. C'est ça la réalité aujourd'hui par une concurrence déloyale venant de la Chine. Et donc moi, je suis là aussi en tant que membre du gouvernement pour penser à l'aménagement de notre territoire et à se dire que les centres-villes, c'est quand même mieux avec des commerces qu'avec des casiers pour récupérer des produits Chine.
Sébastien Martin, le rapport de force avec la Chine, on en parlait, il en est aussi question directement avec les États-Unis. Les États-Unis ont décidé d'interdire l'entrée sur leur territoire à Thierry Breton, ancien commissaire européen, par ailleurs ancien ministre de l'économie et de l'industrie. Les États-Unis ont justifié notamment son bannissement en l'accusant de censure pour son engagement dans les efforts de régulation des plateformes numériques américaines. Emmanuel Macron a condamné fermement, Ursula von der Leyen a condamné fermement, Jean-Noël Barraud a condamné, vous avez condamné, à part condamné, on fait quoi ?
D'abord, c'est tout simplement inacceptable parce que ce n'est pas depuis Washington que l'on décide des réglementations que l'on met en place en Europe.
Mais au-delà
des protestations diplomatiques. Et puis, écoutez certains qui choisissent les journalistes dans leurs conférences de presse nous parler de censure, excusez-moi, mais ça fait quand même un petit peu rigoler. Comment on réagit ? D'abord, il y a eu une première réaction qui a été de la part de... Vous savez, la diplomatie, c'est en général assez graduée. Donc, il y a eu une première réaction qui a été de demander des explications précises aux États-Unis sur les raisons qui les emmènent à prendre ces décisions. Il faut des mesures de réciprocité.
Nathalie Oiseau dit qu'il faut interdire l'entrée du territoire européen au secrétaire d'État
de la santé, par exemple. Il peut y avoir des mesures de réciprocité. De la même manière, certains pays peuvent décider que nous ne donnerons plus de visa à certaines personnalités américaines, par exemple. Aux géants de la tech, par exemple. Vous savez, je pense qu'on est dans ce cas-là. Sur l'illustration de ce qui s'apparente, certes, peut-être, une forme de combat économique parce que, quelque part, derrière, c'est pour maintenir pour les GAFAM leur possibilité de faire absolument ce qu'ils veulent. Mais je crois qu'il y a aussi un combat un peu idéologique de la part d'une partie de la classe politique américaine.
Mais cette absence de réaction, ça ne montre pas la faiblesse de l'Europe ?
Il n'y a pas d'absence de réaction puisqu'il y a déjà le premier niveau de réaction. Mais après, on peut aller très loin. Ça peut aller jusqu'aux mesures anti-coercition qui, là, permettent de prendre des mesures extrêmement rudes et extrêmement difficiles face à certaines productions, notamment américaines. Donc, je pense qu'il n'y a pas d'absence de réaction. Mais demandez à ces plateformes tout simplement qu'elles respectent les mêmes règles que vous. Parce que vous, qu'est-ce qui se passe ? Si moi, sur votre antenne, je dis des choses absolument illégales, vous serez condamné. Eh bien, ces plateformes, elles doivent aussi respecter des règles.
Et on suivra, évidemment, la réaction de l'Europe qui se fait attendre. Merci beaucoup, monsieur le ministre.