SOMMET DE LA TRANSFORMATION DURABLE - Faire système : comment décarboner sa chaîne de valeur ?
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- 1:27Locuteur 4Promesse
« Effectivement, après avoir atteint la neutralité sur nos opérations en 2025, c'est extrêmement important pour nous, pour la suite, d'embarquer nos fournisseurs. »
- 2:56Locuteur 1Fait
« Nous, on a engagé la démarche dès 2019 pour travailler avec des fournisseurs qui sont eux-mêmes engagés dans une stratégie climat. »
- 6:14Locuteur 3Chiffre
« Je résume. De la pédagogie, évidemment, de la mesure, la data et puis le côté finance. »
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Le sommet de la transformation durable édition 2026 depuis le pavillon d'Armenonville. On va s'intéresser à la chaîne de valeur. Comment la décarboner ? On a des exemples et des experts avec nous. On est ravis d'accueillir à ma droite Carole Brinati. Bonjour Carole. Bonjour. Vous êtes vice-présidente Sustainability chez OPE Mobility.
Tout à fait.
Bienvenue à vous. On accueille également Ingrid Jouve. Bonjour Ingrid. Bonjour. Vous êtes directrice de la RSE chez SPIE France. Bienvenue à vous.
Exactement. Merci.
Et Adrien Dessigny. Bonjour Adrien. Bonjour. Vous êtes directeur stratégique de décarbonation. Décarbonation, c'est South Pole. Je vais y arriver. Merci d'être avec nous. On va commencer avec OPE Mobility ex Plastic Omnium. On s'en souvient pour les plus anciens en tout cas. Là, on est en plein dans les chaînes de valeur chez OPE Mobility évidemment. Tout à fait. Vous êtes partout. Vous êtes dans la mobilité. Une mobilité qui est en pleine transformation. On en parlait dans l'antenne avec le boom des électriques. On a vu ça, des véhicules électriques en tout cas. Et d'ailleurs, la crise, la crise de ce début d'année en a profité. Les gens se sont rués sur les électriques.
Peut-être un changement de paradigme. Alors, comment on fait pour décarboner sa chaîne de valeur ? Comment vous avez travaillé sur ce sujet chez OPE Mobility ?
Alors, on s'y a tel depuis un certain nombre d'années. Mais effectivement, après avoir atteint la neutralité sur nos opérations en 2025, c'est extrêmement important pour nous, pour la suite, d'embarquer nos fournisseurs. Et donc, depuis l'année dernière, on a mis un critère de choix qui est lié au CO2 dans le choix de nos fournisseurs pour à peu près 50% de nos achats aujourd'hui. où on évalue l'impact carbone des pièces au moment où on les achète. Et on va les évaluer au moment où elles entrent dans nos usines en s'assurant qu'elles sont en ligne avec nos objectifs de moins 30% d'ici 2030.
Mais ça veut dire qu'il y avait des partenaires historiques, peut-être, qui n'ont pas été parmi les élus parce qu'ils ne remplissaient pas ce qu'il y a des chars ?
Il y a des partenaires historiques qui travaillent avec nous sur ce sujet, bien entendu, comme des partenaires beaucoup plus nouveaux. Aujourd'hui, comme je vous le disais, on embarque 50% à peu près de la supply base, donc on a encore la possibilité parfois de travailler avec des partenaires qui ne sont pas totalement en ligne avec nos objectifs. L'idée étant d'amener 100% de la supply base en ligne avec nos achats partout où ils soient, puisque aujourd'hui, une grosse partie des activités du groupe se fait en dehors des frontières de France. Donc, il faut emmener les fournisseurs de façon mondiale avec nous dans cette belle aventure.
Bien sûr. Et en plus, tout le monde n'a pas justement cette sensibilité ou ces réglementations partout sur la planète. Comment ça se passe justement chez SPIE France ? Ingrid, vous qui êtes justement directrice de cette RSE, vous êtes attentive également à cette problématique de décarbonation. Comment on fait ?
Oui, et depuis longtemps. Nous, on a engagé la démarche dès 2019 pour travailler avec des fournisseurs qui sont eux-mêmes engagés dans une stratégie climat. On atteste SBTI, ECOVADIS ou d'autres démarches. Donc, plutôt un accompagnement qualitatif, aller faire grandir sur le sujet, à travailler ensemble pour qu'ils fassent des bilans carbone, par exemple. Et puis, depuis 2025, on est allé un peu plus loin dans la collecte de la data physique en s'appuyant, si possible, sur des données précises, normées en analyse du cycle de vie.
Et on intègre ces données dans des calculateurs qui nous permettent d'avoir un bilan carbone projet, une évaluation globale au niveau de la stratégie et de la trajectoire de réduction. Puisqu'en fait, notre scope 3, c'est 94% des émissions carbone de SPIE. Et donc, toutes les émissions qui sont liées à nos achats, certes, sont importantes à maîtriser, à réduire en ayant une sélection de fournisseurs. Mais il faut aller plus loin. Il faut que les produits qu'on achète auprès de ces fournisseurs soient également contributeurs d'une décarbonation.
Puisque les émissions en usage, une fois que le produit, l'équipement fonctionne, génère de la chaleur et consomme, eh bien, on cherche à réduire également ces émissions carbone et on mobilise différents leviers de décarbonation pour nos clients à l'échelle des projets.
Très bien. Adrien, de Signy, chez Sauspol, vous accompagnez plusieurs clients. Bien sûr, dans cette transformation, quels sont les freins, les principaux, les principales sources de résistance au changement ? On sait que ce n'est pas évident toujours de se transformer et d'atteindre ces objectifs.
Alors, ce n'est pas évident de se transformer. Qui plus est, avec des gens qui ne sont pas dans l'entreprise ou des partenaires par définition, puisqu'ils sont dans la chaîne de valeur. Et donc, il y a pas mal de verrous. En fait, il y a des verrous tout en haut du chemin, on va dire. Mais les verrous qu'on voit en premier, c'est est-ce que toutes les personnes dans l'entreprise sont convaincues qu'il faut y aller et est-ce qu'elles sont alignées sur la démarche ? On a eu des exemples, nous, d'entreprises qu'on accompagnait où les acheteurs n'avaient pas la même vision que le département RSE et pas les mêmes visions que la R&D, par exemple.
Donc ça, c'est un premier verrou, on va dire, organisationnel à l'intérieur des entreprises qu'il faut faire sauter. Mais c'est pas très compliqué, normalement. Néanmoins, il existe au départ. Et après, il y a le verrou, on va dire, on en a un peu parlé lors de la conférence, mais il y a le verrou financier. Parce que très rapidement, on se pose la question, qui finance la transformation ? Et ça, on pourra en reparler, mais il y a plein de modèles qui existent où, effectivement, un coup, c'est le donneur d'ordre, un coup, c'est le fournisseur, un coup, c'est plutôt des approches participatives ou incitatives. Oui. Et Ingrid en a parlé aussi sur l'aspect data.
C'est aussi rapidement quelque chose qui devient un sujet. Parce que dès qu'on essaye de se décarboner, enfin plutôt de décarboner sa chaîne de valeur, on se pose la question de les actions de mes fournisseurs que j'arrive à décarboner. Comment est-ce que je les retraduis dans ma propre empreinte ? Et ça, c'est pas aussi simple que ça, parce que ça dépend de quelle donnée on dispose. Et donc, il faut arriver à parler des langages communs avec ses fournisseurs. Et là, il y a plein d'initiatives qui peuvent se créer pour débloquer ce verrou-là de la donnée et de la passabilité.
Je résume. De la pédagogie, évidemment, de la mesure, la data et puis le côté finance. Qu'est-ce qui est le plus compliqué chez Open Mobility, par exemple, sur l'ensemble de ces leviers ?
Je ne sais pas si c'est le plus compliqué, mais l'idée, c'est d'essayer que tous ces leviers avancent ensemble, puisqu'ils contribuent les uns aux autres. Aujourd'hui, la décarbonation est aussi un levier de compétitivité, puisqu'il y a un certain nombre de réglementations. Vous le mentionniez, qui entre en effet en 2032, notamment la réglementation sur la fin de vie des véhicules, où les constructeurs devront recycler 30% de plastique dans les véhicules. Et donc, ils ont besoin d'atteindre ces objectifs. Et c'est un vrai avantage aujourd'hui d'avoir des solutions qui répondent à ces attentes et qui vont même au-delà de ces attentes.
Et nos équipes en innovation travaillent sur ces sujets depuis un certain nombre d'années. Et aujourd'hui, on a des vraies solutions innovantes qui nous permettront d'aider nos constructeurs à atteindre ces objectifs.
Oui, alors à chaque fois qu'on fixe ces objectifs, c'est vrai que c'est ambitieux. Est-ce que, voilà, 2032, c'est demain ? Est-ce qu'on est dans la ligne de marche ? Est-ce qu'ils sont atteignables ? Ou est-ce qu'on va devoir les repousser ou adapter la situation ?
Aujourd'hui, de notre fenêtre, il nous semble tout à fait atteignable par rapport à nos pièces. On a même des solutions validées qui permettent d'aller au-delà et qui permettront aux constructeurs de jouer sur des familles de produits qui seront un petit peu plus complexes pour eux. Et on est heureux de pouvoir utiliser la réglementation comme un outil qui va nous permettre d'aller tous ensemble à la même vitesse vers un objectif qui est virtueux. Puisque, effectivement, aujourd'hui, on se rend compte que les années passent et on n'a plus énormément de temps pour décarboner toute la chaîne de valeur.
Et puis, on en voit surtout les effets directs, que ce soit dans l'extrême fraîcheur ou en ce moment dans l'extrême chaleur avec ces canicules à répétition. Chez SPIE, on a abordé les sujets. Je voudrais revenir sur la data. Comment on arrive à bien mesurer ? Parce que c'est vrai que c'est complexe de mesurer avant, après les gains, de pouvoir les formaliser. C'est quelque chose que vous suivez. Comment on fait pratiquement ?
Dans la pratique, on a depuis longtemps des calculateurs internes qui permettent de modéliser, de faire un bilan carbone projet. Scope 1, 2 et 3. Donc, de regarder aussi les émissions liées aux engins qu'on va prendre sur nos projets. Et puis, surtout, les achats. Ce sont ces outils qu'on a améliorés. Et avec un partenariat avec NUCO, la base de données des facteurs d'émission devient de plus en plus grande. Et elle permet d'avoir soit des datas physiques précises dont les fournisseurs disposent. Et dans ce cas-là, ils les intègrent par des plateformes dans la base de données. Soit ils sont sur le chemin pour les avoir.
Et avec eux, selon des protocoles vérifiés, on va travailler autour d'approximations au regard de familles sensiblement similaires, d'attributs comparatifs. Donc, ce n'est pas l'idéal, mais en tout cas, c'est ce qui permet d'avancer et de déclarer des décisions. Et puis, dans certains cas, on n'a rien du tout. Et dans ce cas-là, malheureusement, on est encore, mais heureusement, c'est une part faible, sur de la valeur monétaire, ce qu'on appelle du spend. Donc, il y a toute une démarche d'acculturation sur la gestion de la data qu'on entreprend avec nos fournisseurs.
On leur explique, on fait des webinaires, on fait des business reviews, on a plein de livrables, des formations, énormément de choses que l'on partage avec eux, évidemment, selon leur niveau de maturité, pour pouvoir avancer sur cette...
Alors, je ne doute pas que vous fassiez les livres blancs, les webinaires qui vont bien, mais est-ce que c'est consulté ? Est-ce que les gens embrassent le projet ?
Les collaborateurs de SPI ? Alors, oui, la seule chose, c'est qu'il faut qu'il y ait toute une partie sensibilisation, explication, j'oserais dire vulgarisation, parce qu'en fait, ce domaine d'expertise, c'est super, moi, j'adore, mais ce n'est pas le domaine de l'ensemble de l'entreprise. Quand on veut embarquer nos équipes, qu'elles soient opérationnelles, commerciales et concrétisées. L'idée, c'est de voir quels sont les leviers, en gros, les pourcentages de réduction que je peux obtenir en ayant recours à de l'efficacité énergétique, à du réemploi, à de la sobriété. Est-ce que c'est du 5, 10, 20% ? Et comment je vais pouvoir le vendre à mes clients ?
Donc, là encore, on a énormément de dispositions qui sont mises en place en interne ou avec des partenaires pour expliquer, sensibiliser, donner des chiffres clés, des ratios, des indicateurs qui permettent de comprendre notre propre stratégie, de savoir l'expliquer à nos clients et surtout de comprendre celle des clients pour trouver les offres que SPI va pouvoir mettre en valeur.
Adrien, une question, justement, on parlait tout à l'heure de compétitivité. Il y a aussi des enjeux de souveraineté aujourd'hui. Comment, avec vos clients, vous franchissez le pas ou vous les aiguillez, justement, sur ces notions de dire, mais ce n'est pas seulement la valeur verte, mais ça va être derrière. Voilà, vous allez améliorer significativement pour les années à venir ou les décennies à venir votre production.
Alors, sur la notion de souveraineté ou de compétitivité ? Oui. Alors, si je parle de compétitivité, en fait, il y a un certain nombre d'outils qui existent, qui sont bien connus des spécialistes du style calculer des coûts marginaux d'abattement, ce qu'on appelle en anglais des MAC, mais qui permettent de savoir pour chaque typologie d'action avec tel fournisseur, qu'est-ce qui va être le plus intéressant et le plus pertinent en termes économiques. Et on parle de plus en plus de, si on dézoome un petit peu, on parle de plus en plus des risques et opportunités liés au climat et de la monétarisation de ces risques. Le coût de l'inaction, par exemple, le coût de l'action.
Et donc, en fait, on a plein d'outils. Si on veut, on peut faire des tonnes et des tonnes d'études sur le sujet. Après, il ne faut justement pas trop se perdre là-dedans.
Qu'est-ce qui va les faire bouger, finalement, les CEO, les patrons, et qui vont se dire, là, on engage l'action ?
Monétariser quelques impacts pour leur montrer des exemples concrets, regarder sa marche, et qu'effectivement, ce n'est pas en 2027 que tout de suite, on est en net, mais que le croisement, il se fait en 2028 ou 2030, et qu'après, on est bénéficiaire en comparant ces deux scénarios. Ça, typiquement, c'est des choses qu'on peut faire et qui marchent bien. Et ça convainc un CEO qui n'a pas une vision à deux ans, mais plutôt une vision à cinq, six ans.
Donc, on imagine que les uns et les autres, la réglementation ne va pas diminuer. Elle a été inflationniste ces dernières années. Aujourd'hui, ça tend à se stabiliser quand même. Est-ce que vous avez les moyens de bien travailler en attendant, peut-être, les prochaines présidentielles et puis d'autres réglementations ?
En sachant qu'il y a la réglementation européenne, et puis il y a les réglementations dans les autres pays qui évoluent de façon parfois différente des réglementations européennes. Il faut composer avec tout ça, en sachant que chez OP Mobility, on a tendance à utiliser les réglementations qui sont en faveur de l'environnement et de globaliser nos politiques de façon mondiale par rapport à ces différentes réglementations, de façon à continuer à être de plus en plus virtueux, et pas non plus dépendre trop des variations de réglementation de certains pays pour définir des actions qui pèsent sur le moyen et le long terme.
En fait, on ne peut pas se permettre de changer de stratégie tous les deux mois. Donc, aujourd'hui, je pense qu'effectivement, on est outillé pour faire les choses correctement, mais si on travaille de façon collaborative avec l'ensemble de la chaîne de valeur.
Il y a toujours réagir quelque chose.
Oui, c'est le terme que j'avais en tête, le collectif. C'est vrai que même pour des clients qui sont assujettis à des obligations réglementaires complexes, on intervient aussi pour les aider à concrétiser leurs projets qui peuvent parfois prendre du temps ou qui demandent beaucoup de dossiers administratifs.
Voilà, on en sait un petit peu plus sur cette décarbonation de la chaîne de valeur. Merci à nos invités, Carlo Brinati, OP Mobility, Ingrid Jouf de Spie et Adrien Dessigny de South Pole. Merci messieurs dames et à très bientôt sur Bsmart. Sous-titrage Société Radio-Canada