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InterviewC à vous (sur YouTube)· 2 octobre 2019 16 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileInstitutions & électionsEurope & internationalSolidarités & famille

Le cas Éric Zemmour - C à Vous - 02/10/2019

Source d'origine 2 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 10 %Attaque 70 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 3:09RelanceRéponse directe

    Si Éric Zemmour avait tenu ses propos avant la convention, auriez-vous accepté de faire tribune commune ?

  • 3:07RelanceRéponse directe

    Si Zemmour avait franchi la ligne avant la convention, auriez-vous quand même participé ?

  • 9:43OuverteRéponse directe

    Est-ce que certains sont venus vous parler à l'issue de votre discours ?

  • 11:51FerméeRéponse directe

    Un quart ou un cinquième des gens, vous êtes sûr ?

  • 13:44RelanceRéponse directe

    Ils l'entendaient pas au point de voter pour Zemmour et Le Pen ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 4:20InvitéFait
    « Les immigrés colonisateurs qui remplacent le peuple français. »
  • 4:29InvitéFait
    « La guerre d'extermination menée contre les hommes blancs hétérosexuels. »
  • 4:36InvitéFait
    « C'est un vrai pétainiste, en fait, je crois. »
  • 6:46InvitéFait
    « Retournant en Algérie, au moment où vous parlez de l'examen de conscience que devrait faire la France, c'est de la torture. »
  • 10:38InvitéFait
    « Nous avons tous une responsabilité. Ceux qui ont exercé le pouvoir encore davantage. Mais les médias aussi ont une responsabilité. »
  • 11:38InvitéChiffre
    « Zemmour est l'interprète d'un quart ou d'un cinquième des gens. »
  • 14:00InvitéFait
    « Je ne vois pas qu'une majorité de ce pays adhère à un projet de cette nature. »
  • 14:26InvitéFait
    « On n'a jamais vu en démocratie une liberté abolie. On n'est jamais revenu sur une liberté. »

Temps de parole

  • Invité67 %
  • Invité 219 %
  • Présentateur7 %
  • Invité 33 %
  • Invité 42 %

5,7 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Le feuilleton Zemmour continue hier, trois jours après la convention de la droite organisée par Marion Maréchal, Le Pen, le parquet de Paris a annoncé l'ouverture d'une enquête pour injurer provocation publique et la discrimination, la haine ou la violence à l'encontre du polémiste qui s'en était pris aux immigrés colonisateurs et à l'islamisation de rue. Le philosophe Raphaël Antoven était présent, invité pour porter la contradiction, ce qu'il a fait, sous les huées et les insultes.

0:24
Invité

La nostalgie ne fait pas un projet, le retour en arrière ne fait pas un avenir. Ce que vous êtes en train de construire n'est pas un paquebot du tout. C'est le radeau de la méduse ou l'arche de Noé si vous voulez, peu importe. Ce que je veux dire c'est que c'est un bateau sans moteur et que c'est une opération de survie, pas une opération de reconquête.

0:45
Présentateur

Raphaël Antoven est ce soir notre invité. Raphaël Antoven, merci de votre présence ce soir sur notre plateau.

0:55
Invité

Bonsoir Raphaël, vous êtes donc allé dire son fait comme l'écrivaient les anciens à la droite de la droite. Une participation qui vous l'avez dit vous a fait perdre quelques amis sans en gagner un seul. C'était faux ça. Ah bon, c'est ce que vous avez dit au début de votre discours ? Je dois dire qu'à vrai dire j'ai gagné des amis. Le reste je le maintiens mais ça, ça j'avais tort. Il y a eu quand même quelques regards critiques avant votre discours, avant qu'on connaisse la teneur de votre discours. Il y a eu des regards très critiques. C'est assez intéressant je dois dire de mécontenter à la fois les belles âmes et l'extrême droite en fait.

Et c'est vrai que la perspective d'y aller m'avait valu des récriminations de la part d'anciens camarades qui considéraient que c'était une infamie que je pactisais avec le diable etc. Et pour certains qui ont trouvé que votre discours était très bien. Voilà, et alors pour certains qui sont revenus dessus et c'est ça qui m'a fait plaisir en fait. Voici d'abord comment vous avez été introduit par l'un des organisateurs de la Réunion, le militant LR Eric Tenier. Il y a un autre opposant. C'était le premier à avoir dit oui, qui est ici ce soir, aujourd'hui. C'était le seul d'ailleurs qui n'a pas applaudi du début à la fin le discours d'Eric Zemmour, ça aussi on s'y attendait.

Il fait partie de ce que chez nous on appelle le camp du bien, le camp des progressistes. On a souhaité lui donner 20 minutes, c'est un défi. Je vous demande d'accueillir Raphaël Enthoven. Et vous entamez votre discours, on va y venir, mais vous intervenez, on vient de l'entendre, juste après Eric Zemmour. Après Robert Ménard. Il y avait Zemmour, Ménard et moi. Alors, après Zemmour, mais pas juste après. Voilà, c'est ça. Vous l'aviez entendu Eric Zemmour ? Oui, oui, j'étais là. Ça vient de dire contre les immigrés colonisateurs ? J'étais là, j'avais tout entendu.

Vous n'avez pas eu l'envie ou l'idée de dire en préambule que la ligne avait été franchie, qu'on peut échanger des idées mais pas des appels à la haine ? Ça me rendait inaudible d'emblée. Je me suis posé la question, j'avais 10 minutes pour le faire, le discours de Ménard franchement n'était pas immortel, j'avais le temps de préparer quelque chose. Je me suis posé la question, je me suis dit est-ce que je commence comme ça ? Si je commençais comme ça, j'étais inaudible tout de suite, ça ruinait d'emblée l'idée qui était la mienne au départ, qui était de me faire entendre. Et pour me faire entendre, il ne fallait pas que je fisse la morale.

C'était très important, il fallait que je me retienne de ce point de vue, j'étais pas là pour faire la morale. Faire la morale c'est se rendre inaudible. J'ai donc pris sur moi de ne pas revenir sur le discours de Zemmour et de lire les choses comme je les avais écrites malgré ça. Je le comprends, alors je vais vous poser la question autrement. Si Éric Zemmour avait tenu ses propos sur lesquels la justice a ouvert une enquête avant la convention, est-ce que vous auriez quand même accepté de faire tribune commune ? Je serais venu et j'aurais commencé par la critique du discours de Zemmour. Mais je l'aurais fait cette fois-ci de façon plus argumentée.

Je ne l'aurais pas fait sur une question de principe. Si vous avez 10 minutes pour contrer quelqu'un dont vous venez de découvrir la parole, vous n'avez que la ressource des valeurs absolues, si vous voulez. Et de l'indignation. Si vous avez un peu de temps, 24h, 48h, si vous entendez ce discours et que vous travaillez dessus, vous pouvez le saper de l'intérieur. C'est ça que j'aurais fait. Zemmour a franchi une ligne. Il a passé un cap qui n'était pas... Zemmour passe des caps régulièrement, je veux dire. Donc c'est le cap des caps, si vous voulez. Forme d'escalade, quand même. C'est une forme d'escalade. Zemmour a toujours dit des trucs scandaleux. J'y étais.

C'était très impressionnant d'y être et d'être le seul étranger, d'une certaine manière, à cette rhétorique, à ce discours. Et de le voir applaudi. Alors, de le voir applaudi. Et puis avec le piège au début, quand il est arrivé, ils ont proposé une Marseillaise. Bon, évidemment, dans ces cas... Que faire ? Je suis resté assis. Non que je ne me lève pas quand on chante la Marseillaise, mais je ne me lève pas. Enfin, je choisis les gens avec qui je me lève. Mais... Pour mémoire, pardon, pour les téléspectateurs qui n'ont pas... On en a parlé il y a deux jours, évidemment. Les immigrés colonisateurs qui remplacent le peuple français.

La guerre d'extermination menée contre les hommes blancs hétérosexuels. L'islam... Vous savez, c'est un vrai pétainiste, en fait, je crois. À double titre. Et par la haine, et par la lâcheté, d'une certaine manière. Par exemple, prenons la question de l'islam. Bon, Zemmour amalgame complètement islamisme et islam. Pour lui, il n'y a aucune différence, évidemment. L'islam, c'est l'islamisme, enfin, à peu de choses près. Et donc, il est très, très, très virulent contre l'islam. On peut parler, là, pour le coup, vraiment d'islamophobie et de racisme, à mon avis. Mais, il a dit... Pardon, pas seulement contre l'islam, contre les musulmans. Oui, vous avez raison. Vous avez raison.

Il n'y a pas que l'islam. Mais ce qui est intéressant chez Zemmour, par exemple, c'est qu'il y a deux ans, dans Causeur, il donnait un entretien où il disait son respect pour Daesh. J'ai noté la phrase. Je respecte les gens qui meurent pour ce en quoi il croit. C'est très particulier chez Zemmour. Alors, évidemment, c'est son obsession de la décadence, c'est son goût des valeurs absolues, c'est le sentiment que quand on est intégriste, on est intègre, qui lui vaut de respecter Daesh. Mais ce qui est intéressant, c'est que la haine voisine avec une forme de, non pas de soumission, mais une façon déjà de courber les Chines, si vous voulez. C'est un vrai pétainiste.

C'est quelqu'un qui articule la haine et la lâcheté. Et c'est exactement ça qui est apparu dans ce discours-là. Il y avait autant d'éléments de trouille que d'éléments de violence. On va y revenir, si on a le temps. Votre discours, donc, à vous, Raphaël Anteuven, qui consiste à dire en gros vos idées n'ont aucun sens et votre combat est perdu d'avance, en voici quelques extraits hués et insultes comprises. Je suis venu parce qu'il est trop facile d'avoir peur de vous et d'élever des digues à distance en espérant que ça tienne. Je suis venu parce que la diabolisation a le triple effet de vous rendre service, de vous faire trop d'honneur et de donner bonne conscience à celui qui diabolise.

Or, pardonnez-moi, mais vous êtes aisément réfutable. Parce que votre projet n'est qu'un rejet, parce que votre patriotisme est un communautarisme, parce que c'est le passé qui vous sert d'horizon et que vos principes sont des fictions, et enfin, parce que vous auriez l'impression de vous perdre si vous changiez d'avis. Ce que vous espérez ne marchera pas. Oui, s'il vous plaît. Retournant en Algérie, au moment où vous parlez de l'examen de conscience que devrait faire la France, c'est de la torture, de la question de la torture en Algérie. Je devrais être scandalisé, bien sûr. Ça m'a bouleversé. Je dois à l'honnêteté de dire que ça m'a bouleversé pour une raison simple.

Mes parents sont pieds noirs, mes grands-parents sont pieds noirs, mes grands-parents surtout. Je les ai toujours entendus parler. C'était la moitié de leur vie. Je n'ai rien connu de ça, je n'y suis jamais allé. Je les ai toujours entendus parler de ça avec des larmes dans la voix et je me suis toujours senti étranger, d'une certaine manière, à la douleur qui était la leur. Et soudain, dans les yeux imbéciles d'un vieux militant, j'étais moi-même un Algérien. Ça m'a fait un plaisir inouï sur le moment, bizarrement, paradoxalement, alors que c'est une injure folle. Et puis, le sentiment d'être l'étranger de quelqu'un, d'être étranger en ce lieu, avait quelque chose d'assez agréable, en fait.

Alors, les injures, c'est désagréable, mais quand on vous insulte, vous êtes gagnant. Quand on vous injurie, vous êtes gagnant, donc il ne faut pas, en plus, se plaindre et se victimiser. Tout allait bien, j'ai été reçu cordialement, j'ai été insulté par cinq personnes, ce n'est pas un drame. Et pour le camusien que vous êtes, retourne en Algérie... Ça me va, ça fonctionne, ça m'émeut, en tout cas. Discours dont on peut dire le script sur le figaro.fr, efficace et percutant. Vous vous justifiez en disant « j'ai préféré venir plutôt que d'envoyer les tweets de chez moi », ce que vous faites souvent.

7:51
Présentateur

Oui, de dresser des digues à distance, ce qui a longtemps été fait, d'ailleurs, face aux extrêmes.

7:56
Invité

La question, à quoi ça sert ? Alors, je ne sais pas. Ce que je sais, en revanche, ce dont je suis certain, c'est que la logique... Si vous voulez, il y a deux logiques. Il y a la logique contradictoire et il y a la logique d'opposition. La logique contradictoire, c'est une logique d'argument, de débat et de raison. La logique d'opposition, c'est une logique d'invective, de pétition et de morale. Je sais que la deuxième logique, dans laquelle j'ai été élevé, c'est mon ADN culturel. Tout ce qu'on m'a appris, j'ai quasiment appris à lire dans la haine du Front National, si vous voulez. Vous avez toujours défendu. J'ai été élevé là-dedans, j'ai baigné là-dedans.

Cette logique d'opposition, j'en ai mesuré au fil des années l'inefficacité, l'inocuité, l'inutilité profonde, jusqu'au jour où Jean-Marie Le Pen est arrivé au deuxième tour. Et là, je me suis dit, il faut quand même qu'on essaye autre chose. Et à partir de là, j'ai essayé d'entrer, alors à l'époque plus modestement...

8:46
Présentateur

C'était il y a 17 ans, hein ?

8:47
Invité

Oui, mais j'ai essayé d'entrer dans une logique plus contradictoire, c'est-à-dire de discuter tout simplement et de voir qui il y avait derrière celui que j'avais commodément désigné comme un diable. Pour essayer de... pour tenter de mener le combat. Mais à quoi ça sert ? Je reviens à ma question, puisque de toute façon, vous pensez qu'ils sont perdus et qu'ils n'arriveront jamais au pouvoir, c'est ce que vous avez dit dans votre discours.

Je pense que s'ils restent ce qu'ils sont et s'ils défendent les idées qui sont les leurs à partir du moment où ce sont essentiellement des nostalgiques et qu'ils pensent revenir sur des libertés supplémentaires, ce qui en démocratie ne s'est jamais vu, ils sont voués à l'échec, leur démarche est voué à l'échec. Mais j'étais heureux de pouvoir le leur dire. J'étais heureux de pouvoir le leur dire ailleurs qu'à distance. Si je l'avais dit à distance, ils en auraient commodément profité pour dire que ce que je dis n'a aucun sens, que c'est lointain, que c'est absurde, ou que je leur fais la morale, ou que je suis un bobo, j'en sais rien.

Là, on était face à face et malgré tout, j'avais l'entonnoir, j'avais l'oreille et j'ai pu dire des choses et ils ont pu les entendre. Je ne sais pas à quoi ça sert, je sais que ça a eu lieu et que c'était bien.

9:43
Présentateur

Est-ce que certains sont venus vous parler ?

9:44
Invité

Mais plein de gens sont venus me parler.

9:46
Présentateur

À l'issue de votre discours, des partisans ?

9:49
Invité

Chose intéressante, vous avez raison. Deux catégories d'interlocuteurs. Des vieux militants qui étaient très vindicatifs, très vindicatifs, qui m'ont demandé ce que je foutais là, qui m'ont redit des trucs insultants hors trucs, etc. Très agressifs. Et une jeune garde parfois ultra conservatrice, extrêmement courtoise, et qui, sincèrement, avait à cœur de défendre ses arguments, de m'expliquer que l'opposition droite-gauche avait encore de l'avenir en France, que la nostalgie pouvait faire un projet, que la restauration, ça avait un sens. Bref, il y avait les deux éléments.

Et j'avoue que moi, quelqu'un de très conservateur, qui veut absolument me convaincre de ce qu'il croit, ça m'intéresse de discuter avec lui, il n'y a pas de problème. Je reviens à Zemmour, voici ce que disait François Hollande à ce propos hier soir. Nous avons tous une responsabilité. Ceux qui ont exercé le pouvoir encore davantage. Mais les médias aussi ont une responsabilité. Pourquoi Éric Zemmour est-il invité dans autant d'émissions ? Mais parce qu'on se dit, ça va faire de l'audience. Et si on le met en face d'un autre, que l'on jugera extrême de l'autre côté, alors c'est formidable. Et là, on finit par tout banaliser. L'outrance, c'est la banalisation du pire.

Question posée aujourd'hui à un certain nombre de médias. Est-ce qu'il faut arrêter de donner la parole à Éric Zemmour ? Non. Ce serait absurde et ce serait pour le coup contre-productif et d'une certaine manière moralement indéfendable. Même s'il est condamné pour ses propos et condamnations répétées ? Éric Zemmour, il est essentiel qu'il soit condamné. On est dans un pays où la liberté consiste. C'est comme la liberté de mouvement, si vous voulez. On ne fait pas ce qu'on veut et on ne dit pas ce qu'on veut. On est plus libre comme ça et j'adhère à ce système. Il est bien qu'il soit condamné. Reste que... On a le droit de tout dire jusqu'aux limites fixées par la loi. Bien sûr.

Oui, vous avez raison. Mais Zemmour est à... Bien sûr. Mais reste que Zemmour est l'interprète d'un quart ou d'un cinquième des gens. Et c'est important que ces gens-là aient aussi leur interprète. C'est un interprète...

11:48
Présentateur

Et qu'ils continuent à prononcer des paroles condamnables sur les plateaux de télévision. Un quart ou un cinquième, vous êtes sûr ?

11:52
Invité

C'est beaucoup de monde, Zemmour. C'est beaucoup de monde. Parce que Zemmour, autre chose intéressante avec lui... Dans cette expression-là ? Zemmour, ça n'est pas simplement la droite nationale. Ça n'est pas simplement le pétainisme. C'est aussi une ambition populiste. C'est-à-dire que Zemmour fait partie de ceux qui considèrent que l'avenir politique de la droite, c'est de se fondre dans un ensemble populiste plus large. Donc il y a chez Zemmour... Il y a les raisons... Enfin, on peut comprendre que beaucoup de gens s'y retrouvent et l'entendent. Et le privé de parole, c'est les privés, eux, d'interprètes et d'ambassadeurs. Et ça, c'est pas possible. Pour mémoire...

Lui donner la parole tous les jours, c'est fou. Le privé complètement de parole, ce serait aussi fou et aussi contre-productif, à mon avis. Pour mémoire, la droite, pas la droite de la droite, la droite, le célèbre, comme en janvier, c'est pas si vieux encore, lors d'une convention du parti Les Républicains avec Laurent Wauquiez.

12:43
Présentateur

On a besoin que ce rendez-vous soit ouvert à des personnalités qui secouent cette espèce de gang de pensée toute prête, avec laquelle on organise ce que Michel Houellebecq appelle la soumission. Et Éric est ici chez lui. Il fait partie de ceux qui ont contribué à ouvrir les yeux de la France sur ce qui était en train de se passer.

13:02
Invité

Avec la citation de soumission de Houellebecq. Avec la citation de soumission de Houellebecq, il faut faire la part aussi de l'arrivisme sans morale de Laurent Wauquiez, qui était prêt à manger à tous les râteliers pour gratter des électeurs à droite et se faire investir lui-même. Donc c'est aussi une question de contexte. Reste que, en ce qui me concerne, les propos de Zemmour, les propos que Zemmour a tenus l'autre jour, enfin samedi dernier, étaient épouvantables. C'était vraiment, c'était épouvantable. C'était atroce à entendre. Mais il y avait des tas de gens là qui écoutaient ça et qui, sans approuver tout d'ailleurs, se sentaient en un sens entendus par ces paroles qu'ils entendaient.

Et on ne doit pas négliger ce sentiment-là. Tant qu'on le néglige, il prospère.

13:44
Présentateur

Mais ils l'entendaient pas au point de voter pour Éric Zemmour et Marion Marchand-Le Pen, pas au point de leur offrir un succès électoral. Ça, vous n'y croyez pas. Pourtant, vous dites qu'ils sont nombreux.

13:52
Invité

Je ne doute pas que dans cette salle, une majorité de gens auraient voté pour Éric Zemmour ou Marion Marchand-Le Pen. Il n'y a qu'un malheur, ils ne sont pas candidats. Ils ne veulent pas l'être. Ils ne veulent pas l'être. Et je ne vois pas qu'une majorité de ce pays adhère à un projet de cette nature. Je ne crois pas que ce soit le cas. Pour une, de toutes les raisons que j'ai données, il y en a une sur laquelle je voudrais juste revenir un instant, qui me semble essentielle parce qu'elle est vraiment sans morale. Et elle est objective. On n'a jamais vu en démocratie une liberté abolie. On n'est jamais revenu sur une liberté. À moins d'un changement de régime. Et ça, c'est très important.

Et ça, ils l'ont entendu. Ça, ils l'ont entendu. Je leur ai dit, vous pouvez souhaiter tant que vous voulez revenir sur l'IVG, la peine de mort, etc. Vous dire que vous êtes de plus en plus nombreux à le vouloir, la PMA, la GPA, etc. Reste qu'une fois que c'est entré dans la loi, en démocratie, on ne revient pas en arrière là-dessus. Parce que la nature humaine est ainsi faite que si vous lui donnez un droit supplémentaire, elle vivra comme une amputation le fait qu'on le lui retire. Et donc, d'avoir pu dire ça, et loin de toute morale, on leur dit vraiment que c'est au-delà de nos opinions. Ce fait-là, historique, avéré, incontestable, est à mon avis le pire handicap. Un tout dernier mot.

À la fin de votre discours, vous contestez la notion même d'identité. Vous dites que l'idée d'identité n'a aucun sens. Vous n'avez pas poussé le bouchon ou le raisonnement un peu loin. Non, implicitement, malheureusement, c'est le plus compliqué, mais l'implicite de mon propos, c'était Montaigne, en fait. C'est l'idée que nous ne sommes que pas sages et qu'en réalité, ce que nous appelons le moi n'est jamais qu'une collection, une agrégation de qualités qu'on est allé piocher au hasard de la vie. Et à l'échelle collective, c'est exactement la même chose avec le communautarisme, qui sanctifie les rites d'une communauté parce que c'est tout ce que cette communauté est, en réalité.

Il n'y a pas de sujet métaphysique, il n'y a pas de communauté métaphysique. Et donc, le principe même sur lequel ils se reposent, ils font reposer leur démarche, est à mon avis une chimère.

15:44
Présentateur

Merci Raphaël Antover.

15:45
Invité

Merci à vous.