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InterviewFrance Inter (sur YouTube)· 22 décembre 2023 26 minContradictoireActualité / polémiqueImmigration & asileÉconomie & entreprisesSolidarités & familleSanté

François Ruffin : "Nous avons un problème dans notre pays, c'est Emmanuel Macron"

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 85 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:30OuverteRéponse directe

    Qu'avez-vous ressenti après le vote de la loi immigration ?

  • 1:05OuverteRéponse directe

    Et l'analyse que vous en avez faite ?

  • 2:38RelanceRéponse partielle

    La majorité a dû composer avec LR, regrettez-vous le vote de la motion de rejet ?

  • 4:25OuverteRéponse directe

    C'est quoi la réponse ? L'union de la gauche ?

  • 6:18OuverteRéponse directe

    Esprit de défaite, ça existe encore ?

  • 7:55OuverteRéponse directe

    Les présidents de départements de gauche refusent d'appliquer la restriction de l'APA, légitime ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:36Invité politiqueFait
    « Je me suis dit qu'on avait un président de la République qui normalement était là pour faire barrage, nous disait-on, et qui à la place sert de marche au pied, qui fait la courte échelle à l'extrême droite »
  • 1:10Invité politiqueFait
    « C'est une défaite pour la République. »
  • 1:40Invité politiqueFait
    « Moi je suis pour l'intégration, je suis pour l'intégration par la langue, je suis pour l'intégration par le travail. »
  • 2:13Invité politiqueFait
    « C'est que l'hôpital irait mieux, parce qu'on priverait, parce qu'on empêcherait de soigner comme il faut les étrangers. »
  • 2:19Invité politiqueFait
    « Voilà le raisonnement qui est sous-tendu par ça. »
  • 3:21Invité politiqueFait
    « On a, dans les sondages, on le voit, tranquillement, Marine Le Pen, qui avance, qui chemine vers l'Elysée. »
  • 3:56Invité politiqueFait
    « La crise de 1929, elle a débouché sur le nazisme en Allemagne, c'est vrai, mais elle a débouché sur le New Deal aux Etats-Unis, elle a débouché sur le Front populaire en France. »
  • 4:11Invité politiqueFait
    « L'extrême droite, dans notre pays, elle n'est arrivée qu'une seule fois au pouvoir. Ça n'est pas par les urnes, c'est par la défaite. »
  • 5:58Invité politiqueChiffre
    « Sur des thèmes qui sont les nôtres, l'indexation des salaires sur l'inflation, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec nous. »
  • 6:03Invité politiqueChiffre
    « Taxer les super profits, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec nous. »
  • 6:06Invité politiqueChiffre
    « Le référendum d'initiative citoyenne, 80% des Français qui sont d'accord avec nous. »
  • 7:32Invité politiqueChiffre
    « Emmanuel Macron qui fait cette loi-là, hier c'est 6700 lits en moins qui ont été annoncés. »
  • 14:07Invité politiqueChiffre
    « En vérité, c'est moins 5% pour les salaires. »
  • 14:20Invité politiqueFait
    « Et la Fondation Jean Jaurès, là, ce qu'elle écrit dans ce papier, c'est que ceux qui allaient dans les grandes surfaces, supermarchés, hypermarchés, ils vont vers le Hardin's Count, ceux qui sont dans le Hardin's Count, ils vont vers les associations caritatives »
  • 15:25Invité politiqueChiffre
    « Plus 13% de dividendes, pendant que c'est moins 5% sur les salaires. »
  • 15:34Invité politiqueChiffre
    « Les deux tiers de ces dividendes, ils vont au 0,1% les plus riches. »
  • 20:44Invité politiqueChiffre
    « Le nombre d'inaptitudes en France est passé de 50 000 à 100 000. Tous les ans, on a 100 000 personnes qui sortent du marché du travail »
  • 22:32Invité politiqueChiffre
    « Vous taxez les holdings financières. C'est 20 milliards d'euros en plus. »
  • 23:17Invité politiqueChiffre
    « Quand sort le premier classement de challenge, les 500 fortunes françaises pèsent 6% de PIB. À l'arrivée d'Emmanuel Macron, c'est 20%. Aujourd'hui, on est à 45%. »

Temps de parole

  • François Ruffin74 %
  • Présentateur13 %
  • Intervenant7 %
  • Intervenant 24 %
  • Auditeur2 %

2 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Le grand entretien ce matin avec Marion Lourdes, nous recevons le député France Insoumise de la première circonscription de la Somme. Vos questions, vos réactions chers auditeurs au 01 45 24 7000 ou sur l'application France Inter. Bonjour François Ruffin. Bonjour. Merci d'être micro d'Inter. La France traverse une crise politique et notamment qui se focalise sur la question de l'immigration. Vous avez écrit une lettre aux députés que ce n'était pas un vote sur, je vous cite, des mesures techniques mais sur une certaine idée de la République. Qu'est-ce que vous vous êtes dit mardi soir à 23h30 juste après le vote de la loi immigration ?

0:36
François Ruffin

Je me suis dit qu'on avait un président de la République qui normalement était là pour faire barrage, nous disait-on, et qui à la place sert de marche au pied, qui fait la courte échelle à l'extrême droite, qui ouvre la porte toute grande à ses idées. Et ce qu'on a vu à l'Assemblée nationale, c'est Marine Le Pen et ses amis qui jubilent, qui ovationnent, qui applaudissent et qui se sentent poussés des ailes, poussés par le vent de la victoire. C'est à ça que j'ai assisté à l'Assemblée nationale.

1:05
Présentateur

Et l'analyse que vous en avez faite ? On a...

1:08
François Ruffin

Que c'était une défaite ? C'est une défaite pour la République. C'est une défaite pour la République quand... Vous auriez jusque-là. Mais oui. Quand des principes comme le droit du sol sont attaqués, ou quand se met en œuvre la préférence nationale, quand il s'agit non pas seulement de ces grands principes, mais que ce sont la vie des gens, des gens ordinaires, des vies déjà dures, qui sont frappés. Parce que là, c'est pas... On n'est pas méchant avec les méchants. On est méchant avec tout le monde. Quand... Moi je suis pour l'intégration, je suis pour l'intégration par la langue, je suis pour l'intégration par le travail.

Mais là ce qu'on vient dire, c'est de pourrir la vie, et on fait des lois pour pourrir la vie, de gens qui demandent qu'à travailler, qui demandent qu'à s'intégrer, en venant les priver de leurs droits. Moi je ne suis pas pour le séparatisme. Je ne suis pas pour séparer la République. Là ce qu'on fait, c'est séparer les étrangers de la République, avec un raisonnement. Quel est le raisonnement sous-entendu ? C'est que l'hôpital irait mieux, parce qu'on priverait, parce qu'on empêcherait de soigner comme il faut les étrangers. C'est que le pouvoir d'achat des français s'améliorerait, parce qu'on priverait d'APL ses familles. Voilà le raisonnement qui est sous-tendu par ça.

Et donc on a un président de la République qui devrait être le gardien d'un certain nombre de valeurs, et qui à la place les brades pour des petits calculs cyniques, pour de la petite tactique politique au jour le jour. Mais moi je vois le chemin sur lequel ils nous entraînent, la pente sur laquelle on glisse.

2:38
Intervenant

François Ruffin, la majorité a dû composer avec le texte du parti Les Républicains, parce qu'il y a eu une motion de rejet qui a été votée dans l'hémicycle, et qui a donc obligé à retourner en commission mixte paritaire. Est-ce que vous ne regrettez pas à vous d'avoir voté, vous la gauche, cette motion de rejet, et de donner en quelque sorte les clés aux partis Les Républicains ?

2:58
François Ruffin

Ces débats, on les aurait eu à ciel ouvert dans l'hémicycle, sans temps mauvais. Et à la fin, ça se serait terminé quand même par une CMP. Donc il ne s'agit pas de refaire un cours de droit parlementaire, il s'agit de se demander comment on fait pour sortir de cet impasse-là. Moi je veux dire, quelle est la pente sur laquelle on glisse ? Quelle est la pente sur laquelle les esprits dans notre pays glissent ? On a, dans les sondages, on le voit, tranquillement, Marine Le Pen, qui avance, qui chemine vers l'Elysée. Et c'est presque, on s'y accoutume. C'est inéluctable ? Ce n'est pas inéluctable, mais c'est la pente. Vous savez, c'est les esprits qui glissent.

Alors c'était déjà dans mon coin, celle-là on ne l'a pas essayée, mais maintenant c'est, y compris chez les diplômés, y compris chez les installés, les gens qui disent, bon bah, c'est son tour, c'est comme ça, avec une forme d'abandon, de mollesse, de lâcheté. Et moi, si je viens prendre la parole ce matin à votre micro, c'est pour dire, il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité. Vous savez, la crise de 1929, elle a débouché sur le nazisme en Allemagne, c'est vrai, mais elle a débouché sur le New Deal aux Etats-Unis, elle a débouché sur le Front populaire en France. L'histoire, elle reste ce que les hommes et les femmes en font.

Et l'extrême droite, dans notre pays, elle n'est arrivée qu'une seule fois au pouvoir. Ça n'est pas par les urnes, c'est par la défaite. Et ça n'a pas donné des souvenirs glorieux dans nos mémoires. Donc, il n'y a pas de fatalité. Il n'y a pas de fatalité, mais par contre, j'interpelle vos auditeurs. Pas de mollesse, pas de lâcheté, pas d'abandon, mais il faut se réveiller maintenant.

4:25
Intervenant

Et donc c'est quoi la réponse ? C'est l'union de la gauche ?

4:27
François Ruffin

L'union est une nécessité. Condition nécessaire, mais non suffisante.

4:32
Intervenant

Parce qu'aujourd'hui, c'est compliqué. Vous n'avez même pas d'union pour les élections européennes de l'année prochaine.

4:35
François Ruffin

Alors, il y a les quatre listes pour les élections européennes, c'est un souci. Mais déjà, ça passe par enterrer les haches de guerre, fumer le calimé de la paix, et cesser de s'insulter, de se maltraiter. Simplement, moi, je dis aux chefs de parti, arrêtez vos conneries. Y compris le vôtre, y compris Jean-Luc Mélenchon ? Je dis à tout le monde, arrêtez vos conneries. Il faut arrêter les conneries, là. Si on prend au sérieux le danger que constituent Marine Le Pen et le Rassemblement National, la pente, elle est celle-là. Si on veut arrêter cette pente, il faut que les partis, les chefs de parti, arrêtent les conneries. Qu'ils cessent l'étalage de leur rancœur sur Twitter.

Qu'on ne prise pas de la vaisselle dans des querelles permanentes. Ça, il faut que ça s'arrête tout de suite. Et ensuite, je le disais, c'est une condition nécessaire, mais qui n'est pas suffisante. Ensuite, il faut déjà en finir avec presque, vous savez, se dire que ce qu'on serait, c'est juste des citadelles assiégées. Qu'il nous faut résister. Il nous faudrait juste exister. Non. Ce qu'on doit vouloir, c'est gagner. On doit vouloir gagner. On doit vouloir la majorité. On doit vouloir 50% plus 1. Et se dire qu'on n'est pas dans un pays raciste, moisi, réac, et qu'il nous faudrait juste tenir des bastions. Ce n'est pas ça. On a une majorité possible dans le pays.

Sur des thèmes qui sont les nôtres, l'indexation des salaires sur l'inflation, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec nous. Taxer les super profits, c'est 80% des Français qui sont d'accord avec nous. Le référendum d'initiative citoyenne, 80% des Français qui sont d'accord avec nous. Donc on a une majorité possible dans notre pays. Maintenant, il faut passer d'un esprit de défaite presque à une volonté de conquête.

6:18
Présentateur

Esprit de défaite, la nupesse, ça existe encore. Il y a un mot de Marine Le Pen qui était étonnant mardi soir après l'adoption de la loi immigration. Elle remerciait la gauche qui a permis cette loi. Il y a une forme de paradoxe dans lequel on vous renvoie à la responsabilité de l'avoir permise. On ne va pas rentrer dans le détail de la mécanique parlementaire puisque c'est au fond une victoire idéologique pour vous du Rassemblement National plus qu'une question de voix ou de vote à l'Assemblée.

6:49
François Ruffin

C'est évident. Je ne comprends pas très bien le réellement paradoxal de Marine Le Pen sur ce coup-là. Tout est toujours de la faute de la gauche. Je pense, vous m'entendez à ce micro, je pense qu'on a un certain nombre de responsabilités. Il faut qu'on sorte du ton d'acrimonie, de rancœur pour aller vers quelque chose qui respire la joie. Il faut qu'on mette du panache dans tout ça et surtout, moi je pense que la question clé c'est de traiter les difficultés des Français.

Refaire le coup, vous savez, qu'on fait depuis 20 ans et auquel j'ai peu participé en vérité, de dire, d'utiliser Marine Le Pen ou son père comme des cauchemars et comme des repoussoirs et penser que ça suffit de brandir les épouvantailles pour que ça vienne chez nous, ça ne suffit pas. Donc ce n'est pas ça qu'il faut. Maintenant il faut dire comment on fait pour résoudre la question de l'hôpital. Vous savez Emmanuel Macron qui fait cette loi-là, hier c'est 6700 lits en moins qui ont été annoncés. Ça va deux fois plus vite dans les hôpitaux, les fermetures de lits que avant la crise Covid. Est-ce que c'est de la faute des étrangers si l'hôpital va mal ?

Non, c'est de la faute d'Emmanuel Macron. Nous avons un problème dans notre pays, c'est d'abord le problème d'Emmanuel Macron aujourd'hui.

7:51
Présentateur

Avant d'aller au Standard où de très nombreux auditeurs veulent vous interroger ou réagir à ce que vous dites, François Ruffin, il y a 32 présidents de départements de gauche qui ont annoncé qu'ils n'appliqueraient pas la restriction de l'accès à l'allocation personnalisée d'autonomie qui a été votée. Est-ce que c'est une décision légitime de désobéissance civile ou est-ce que ça s'appelle bafouer les lois de la République ?

8:12
François Ruffin

D'abord, c'est une obéissance à la Constitution parce qu'on est quand même dans ce paradoxe très étrange. On a un Gérald Darmanin qui vient à la tribune de l'Assemblée ou à salle du Sénat, voire un Emmanuel Macron qui passe à la télé et qui reconnaît que des pans entiers de la loi, des dizaines d'articles ne sont pas constitutionnels. Donc on a quand même un président de la République qui vient dire je fais une loi mais c'est une loi d'affichage, elle n'est pas constitutionnelle. Le conseil constitutionnel va les faire tomber.

Donc je comprends que les départements disent moi je respecte la Constitution, je respecte l'esprit de la République plutôt que cette loi-là qui finalement va être retoquée pour partie. Donc c'est une chose. Maintenant, pour les départements et pour toute la gauche, ce qu'il faut c'est pas avoir des terres de résistance, avoir des bastions qui se refusent comme ça. C'est de se demander comment on fait pour gagner, pour gagner le pays, pour le faire respirer.

9:02
Présentateur

Justement, bonjour Jean. Merci de participer au grand entretien de la matinale d'Inter avec François Ruffin. Jean. Oui. Vous avez la parole, François Ruffin est là, il vous écoute.

9:15
Auditeur

Eh bien bonjour François. Un camarade. Non, non, pas camarade, non. Moi je suis, je n'ai pas de parti, je suis, je suis moi, point, c'est tout. Mais j'adore François Ruffin. Je lui suggère de s'allier avec Buxman et avec un certain nombre de gens à gauche. Je dirais des gens intelligents qui voient en priorité l'avenir de la France et foutre dehors tous ces incapables. Et là on a un président de la République aujourd'hui qui nous a montré ce que c'était un incapable.

9:50
Présentateur

Merci Jean. François Ruffin.

9:54
François Ruffin

Moi je suis pour embrasser très large. Ce qu'il nous faut c'est presque, ce qui me navre le plus dans les épisodes qu'on traverse, l'épisode des retraites aussi. Il s'agit de pourrir en partie la vie des gens en leur disant, même si c'est dur pour vous, ça sera jusqu'à 64 ans, c'est une certaine division de la nation. Normalement le président de la République il doit être garant de l'unité de la nation. Et moi je pense qu'aujourd'hui on a plus que jamais besoin de faire ensemble, de faire nation ensemble. Pourquoi ? Parce qu'on a affronté le choc climatique qui réclame une transformation de notre pays, des déplacements, des logements, de l'industrie, de l'énergie.

Ça veut dire que pour ça on a besoin de toute la main d'oeuvre disponible. On a besoin de toutes les intelligences, on a besoin de tous les savoir-faire, qu'ils soient français ou qu'ils soient étrangers. On a besoin de tout ça pour relever ces défis-là tous ensemble. Et on a un président de la République qui à la place de nous proposer ces défis à faire ensemble, à faire en commun, propose en permanence des sujets pour diviser.

10:48
Intervenant

Mais François Ruffin, vous entendez Jean, il vous suggère de vous allier avec Raphaël Glucksmann, ça pourrait être aussi avec des socialistes par exemple Boris Vallaud. Le week-end dernier on avait à ce micro Daniel Cohn-Bendit qui disait que lui a porté son soutien à Raphaël Glucksmann parce que vous, il vous aime bien, mais il pense que vous devez rompre, couper le cordon avec LFI. Est-ce que vous comprenez que certains puissent avoir peur d'LFI, de son refus par exemple de qualifier le Hamas de parti terroriste, ou des attaques qu'il peut y avoir par exemple contre les journalistes qui peuvent être assez violentes, ou des invectives qu'il peut y avoir ?

11:20
François Ruffin

Moi je l'ai déjà dit, nous avons un problème de ton, et les français, il faut les rassurer. Il faut leur dire qu'on va les protéger. Que là il y a un désordre qui est mis en oeuvre dans le pays, avec un grand sentiment d'insécurité, d'insécurité sur comment vont vivre nos enfants, une inquiétude qui se répand. Et nous, on doit être le parti du travail, le parti qui vient dire, tous les français, tous les habitants de ce pays doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre, et pas seulement en survivre, et bien le vivre. On doit rassurer.

11:50
Intervenant

Donc vous dites à votre chef, à Jean-Luc Mélenchon, sortez de l'ambiguïté, peut-être plus d'apaisement.

11:55
François Ruffin

Je m'en suis déjà exprimé largement, on doit apaiser, on doit rassurer, on doit protéger, on doit offrir les garanties que demain sera meilleure, simplement pour les gens, pour tous les habitants de notre pays. Maintenant, je n'ai pas envie de refaire le coup des deux gauches irréconciliables, ce n'est pas vrai. Elles ne le sont pas ? Mais non, aujourd'hui, il y a des soucis de ton, il y a des invectives qui sont échangées de part et d'autre. Moi vous savez, ça fait 6 ans que je passe à France Inter et ailleurs, en 6 ans, vous ne m'avez pas entendu une seule fois dire du mal d'une autre personnalité de gauche.

Ce n'est pas que ça ne me démange, pas de temps en temps, mais je pense que c'est un principe. Si on veut construire... C'est une ligne. Oui, on a une union des droites aujourd'hui, qui va de la droite libérale jusqu'aux droites extrêmes. Et bien il nous faut une union des gauches. Ça s'appelle la NUPES. Ça s'appelle la NUPES, qui là est malmenée. Il s'agit qu'on est une union des gauches qui permette d'ouvrir quoi ? Qu'est-ce qui se passe dans la durée, M. Bédou ? Dans la durée, c'est le bloc central libéral qui s'effondre. Et donc, les gens y cherchent une issue. Quelle est l'issue ? Est-ce que ça va être la droite extrême, le bloc national autoritaire, ou est-ce que ça va être la gauche ?

Est-ce que ça va être un bloc de progrès social, écologique ? Et bien, simplement pour l'instant, on n'attire pas, parce qu'on n'est pas unis. Il faut proposer une alternative. Il faut qu'on se présente comme étant une force, une force d'union, et non pas quelque chose où ça se querelle en permanence, ça se chamaille, ça s'envoie des invectives.

13:20
Présentateur

Mais alors, c'est une question de ton, ou est-ce que c'est plus profond ? Parce que vous avez certainement vu cette étude, celle sur les fractures françaises, publiée par la Fondation Jean Jaurès, édition 2023, avec une majorité de Français qui considèrent que la France insoumise est désormais plus dangereuse pour la démocratie que le Rassemblement National. Comment est-ce que vous l'expliquez ? Et ça, c'est un problème de perception, et de perception qui est ancré dans les esprits. Je dis que c'est un gros souci pour nous, c'est un gros souci de ton,

13:48
François Ruffin

et que ça, il faut le changer. Maintenant, ce que j'ai lu dans le rapport de la Fondation Jean Jaurès aussi, et je veux revenir au problème des Français, vous savez, le président de la République intervenant mercredi a eu cette phrase, il dit « les salaires ont plutôt suivi ». Et c'est incroyable, il est là, sous les dorures de l'Elysée, tout va bien avec lui et ses amis, et vient dire « les salaires ont plutôt suivi ». En vérité, c'est moins 5% pour les salaires. Ça veut dire qu'on a demandé aux gens de se serrer la ceinture de 1, 2, 3, 4, 5 crans. Ça veut dire qu'il y a eu 5% à 10% de consommation en moins de produits alimentaires dans les hypermarchés.

Et la Fondation Jean Jaurès, là, ce qu'elle écrit dans ce papier, c'est que ceux qui allaient dans les grandes surfaces, supermarchés, hypermarchés, ils vont vers le Hardin's Count, ceux qui sont dans le Hardin's Count, ils vont vers les associations caritatives, et qu'on a un champion de l'Ultra Hardin's Count brésilien qui vient s'installer en France, à Aulnay. Pourquoi ? C'est un symptôme de la pauvreté, c'est un symptôme d'une caramandisation d'un pan du pays. Voilà ce qui devrait nous alerter.

Ce qui se passe là, sur le plan démocratique, comme sur le plan social, la première étant la conséquence de la deuxième, c'est les classes moyennes inférieures qui décrochent, à qui on demande de se serrer la ceinture. Et si c'était pour tout le monde ? Vous savez, si on était en guerre et qu'il s'agissait que tout le monde se serre la ceinture, ça serait dans la justice. Aujourd'hui, on a des gens qu'on rationne, mais qu'on rationne très concrètement. Une famille sur deux avec enfants a réduit ses portions dans son assiette, très concrètement. Bon, et eux se rationnent, et en haut, ils se gavent. Je veux dire, vous avez les titres des Echos, c'est de nouveaux dividendes record, cette année.

Et ils en sont presque même surpris. Plus 13% de dividendes, pendant que c'est moins 5% sur les salaires. Pour les entreprises du CAC 40 ? Pour toutes les entreprises, pour des secteurs en particulier. Et vous savez, les deux tiers de ces dividendes, ils vont au 0,1% les plus riches. On a une hyper concentration du capital, donc on en a qui se gavent, on en a d'autres qui sont rationnés. Voilà, et ça, le président de la République, il ne l'affronte pas, cette injustice-là. Avec complicité, il la laisse faire, et il vient faire diversion en disant, faute de l'immigration.

15:55
Présentateur

On retourne au standard, François Ruffin. Bonjour Annie.

15:59
Intervenant

Oui, bonjour François Ruffin. Écoutez, j'aime beaucoup ce que vous faites. J'ai lu beaucoup de vos livres. Et franchement, le seul cadeau qu'on pourrait avoir pour Noël, c'est que vraiment, du fond du cœur, vous demandiez à Mélenchon de prendre sa retraite, parce que c'est lui qui divise actuellement la gauche. C'est lui qui fait éclater la nupèce. Et sincèrement, il n'est plus de gauche, il est lui. Il a un dégo surdimensionné. Il faut vraiment qu'il nous quitte, parce qu'il a peut-être été intelligent, mais il ne l'est plus maintenant. Et je trouve ça très dangereux pour la gauche. On va laisser le RN prendre la place.

Et moi, ce que je souhaite, c'est vraiment un ticket gagnant entre Clémentinotin et vous. Et avec ça, on pourrait vraiment rebattre les cartes et arriver à quelque chose de vraiment très, très beau comme cadeau pour Noël.

16:58
Présentateur

Merci Annie pour votre intervention, François Ruffin. Ça vous fait sourire, malgré tout, le paysage qu'elle décrit est quand même accablant.

17:05
François Ruffin

Je veux dire, je le rappelle quand même, Jean-Luc Mélenchon est l'homme qui a remis la gauche debout. Parce que, et sur ses deux jambes, une rouge, une verte. Vous en parlez au passé ? En tout cas, je dis qu'il l'a fait, c'est son œuvre. Et ça restera dans l'histoire comme étant son œuvre. Parce que vous savez, si la gauche, ça avait été François Hollande et son fils spirituel aujourd'hui, Emmanuel Macron, elle serait juste dans la tombe. Et on n'en parlerait qu'au passé. Aujourd'hui, on peut encore en parler au présent. Donc je suis bien conscient qu'il y a encore beaucoup de chemin à faire devant nous. Mais enfin, je n'efface pas l'histoire.

17:37
Intervenant

Vous ne répondez pas tout à fait à Annie, là. Elle parle d'un ticket gagnant avec vous et Clémentine Autain. Est-ce que vous, qui avez déjà votre micro-partie, vous êtes partant ? Vous avez envie de partir pour la présidentielle de 2027 déjà ?

17:48
François Ruffin

Moi, j'ai envie qu'il y ait une équipe qui se constitue. Et ce que je veux dire dans les bonnes nouvelles qu'il peut y avoir, c'est qu'au-delà des querelles de chefs, et il n'y a pas que Jean-Luc qui participe à ces querelles. Il y en a bien d'autres, avec des échanges sur Twitter et ainsi de suite. Bon, mais en dessous, qu'est-ce qu'il se passe ? Il se passe qu'il y a des tas de femmes et d'hommes de gauche, des députés, des élus, des maires, mais aussi des militants, qui n'ont qu'une envie, c'est de faire ensemble. C'est de faire avancer le pays ensemble et qu'on aille à la victoire. Qu'on n'est pas pour objectif de résister, qu'on n'est pas pour objectif d'exister, mais de gagner.

Et je pense que ça, c'est quelque chose qui est partagé par plein de gens dans le pays.

18:27
Intervenant

Mais vous, la candidature, vous y pensez en vous rasant ?

18:30
François Ruffin

Non, non, je n'y pense pas en me rasant. Je veux dire, je viens m'exprimer là, très sincèrement, dans un moment que je considère comme un moment de solennité, de gravité. Ce n'est pas pour venir mettre des embrouilles supplémentaires sur la table.

18:42
Présentateur

Et pourtant, c'est vrai que le rythme de la démocratie française, il est conditionné par l'élection présidentielle. Et c'est vrai qu'on revient inlassablement à cette question de la personne qui sera candidate.

18:54
François Ruffin

Vous y revenez inlassablement, mais personnellement, je reviens inlassablement au fait que les Français doivent pouvoir vivre de leur travail, bien en vivre, bien le vivre. Voilà quelle est mon obsession. Mon obsession, c'est qu'on a une école qui doit être le pilier de la République et qui aujourd'hui est mal en point. Comment on la remet debout ? Là, on a un hôpital qui est le pilier de l'État social et qui est attaqué. Comment on le remet debout ? Voilà quelles sont mes obsessions, personnellement, M. Badou.

19:17
Présentateur

Alors, écoutez, c'est noté. Emmanuel Macron a confirmé mercredi soir la tenue d'un grand rendez-vous avec la nation en janvier 2024 pour tenir l'unité du pays, pour le citer. Qu'en pensez-vous ? Est-ce que... Enfin, vous avez levé les yeux au ciel, mais les auditeurs ne le voient pas.

19:32
François Ruffin

Vous avez un pyroman, je veux dire, quand on a deux années de crise Covid, que derrière on a la guerre en Ukraine, qu'on a de l'inflation, que les salaires ne suivent pas, que les esprits sont usés, sont fatigués, et que sur la table, à peine élu, on met la retraite à 64 ans qui divise le pays, qui installe dans les cœurs du ressentiment. Et c'est l'homme qui, maintenant, va nous faire un grand barda pour nous dire « unité de la nation », c'est du bidon. C'est du bidon. Alors, il nous a déjà tout fait. Vous savez, il nous a fait la Convention citoyenne, qui était une très belle idée, mais à partir du moment où il l'a touchée, ça devient une catastrophe.

Il nous a fait le Grand Débat, qui pouvait être une bonne idée, mais il le touche et il n'en sort au rien. Il nous a fait des assises. Il y a eu des assises du travail, par exemple, l'année dernière. Vous savez, il nous fait le Conseil national de la refondation. Qu'est-ce qu'il en tire ? Rien du tout. Il nous a promis un nouveau pacte de la vie au travail. Et pour moi, c'est une nécessité. Il y a un grand mal-être aujourd'hui au travail, un immense mal-être au travail, et qui débouche sur un ressentiment dans la vie publique. Comment il le traite ? Rien du tout.

C'est Bruno Le Maire qui est venu à nous dire « on va pourrir encore plus la vie des chômeurs qui ont 55 ans », comme si les gens de 55 ans avaient choisi d'être au chômage. Alors que, vous savez, je l'ai sorti dans un rapport là, le nombre d'inaptitudes en France est passé de 50 000 à 100 000. Tous les ans, on a 100 000 personnes qui sortent du marché du travail, soit à cause de soucis psychiques, soit de soucis physiques. C'est-à-dire que le travail s'est alourdi sur les gens. Et la seule solution proposée par Bruno Le Maire, c'est qu'on va aller frapper les chômeurs de plus de 55 ans, comme s'ils l'avaient voulu ça. Alors qu'il faut s'attaquer aux racines du mal.

21:06
Intervenant

François Ruffin, vous venez de nous parler de la santé, vous avez parlé aussi beaucoup des classes moyennes. Il y a une mesure qui est annoncée dans plusieurs quotidiens ce matin, c'est le doublement des franchises médicales, qui va être adoptée dans le cadre du budget de la Sécu pour l'an prochain. Ça veut dire qu'on paiera 1 euro non remboursé pour chaque boîte de médicaments, même prescrite, 2 euros non remboursés pour aller chez le médecin. Votre sentiment à ce propos ?

21:28
François Ruffin

Déjà, on parlait du papier de la Fondation Jean Jaurès tout à l'heure, qui listait toutes les privations des Français. J'en ai parlé sur l'alimentation, mais c'est vrai aussi sur la santé, ça se lit. C'est vrai par exemple aussi sur les vacances. Pour moi, ce n'est pas un détail que les gens puissent partir en vacances, que tous les enfants de ce pays voient la mer et la montagne qui dérouillent, qui sortent de leur village ou de leur quartier. Pour moi, ce n'est pas un non-sujet. Là, vous avez des attaques constantes, comme si, disons les choses simplement, la France est un pays riche. Un pays immensément riche. On a un gâteau qui est énorme.

22:02
Intervenant

Mais il y a 10 milliards de déficit de la Sécu, comment on fait ?

22:04
François Ruffin

Mais comment on fait ? Alors, je vais vous dire, par exemple, les milliardaires, ils ont 20 points de taux d'imposition en moins que la moyenne des Français. C'est-à-dire que normalement, on devrait avoir un impôt qui est progressif, où les gens payent en fonction de leur revenu, et là, c'est l'inverse.

22:16
Intervenant

C'est l'optimisation fiscale.

22:17
François Ruffin

On a un impôt qui est régressif, notamment à cause d'un truc qui s'appelle les holdings financières. Vous voyez ? C'est-à-dire qu'ils mettent des sociétés à écran, qui fait que le petit actionnaire normal, il paye la flat tax, il paye 20% et eux y échappent. Vous faites ça, rien que ça. Vous taxez les holdings financières. C'est 20 milliards d'euros en plus. D'accord ? 20 milliards d'euros. Donc c'est deux fois le déficit. Le déficit de la Sécu pour l'enfant. Deux fois le déficit. Juste avec cette mesure. Alors on va me dire, c'est l'Union soviétique, c'est la Corée du Nord, c'est le Venezuela. Non, ce sont les USA.

22:44
Intervenant

On va vous dire, ça peut être dissuasif.

22:46
François Ruffin

Mais ce sont les USA. Ce sont les USA. Les USA ont cette taxation sur les holdings financières. Et il n'y a pas de société à écran. Et le petit actionnaire est à égalité avec les plus riches du pays. Il faut se rendre compte du gavage en cours. C'est le phénomène massif. On nous amuse. On amuse la galerie. Mais le phénomène massif des années Macron, c'est ce gigantesque gavage. On nous amuse. Il y a 25 ans, quand sort le premier classement de challenge, les 500 fortunes françaises pèsent 6% de PIB. À l'arrivée d'Emmanuel Macron, c'est 20%. Aujourd'hui, on est à 45%. Voilà le mouvement massif qui se produit. Et on ne peut pas en parler.

Le mot « dividende », Emmanuel Macron, il n'a jamais ce mot à la bouche. Il n'en parle pas dans ces deux heures d'entretien de mercredi, mais il n'en perd jamais. Le mot « profit », c'est un mot qui est interdit. Mais non, c'est comment on fait pour que ce gigantesque gâteau, il bénéficie à tous, qu'on vive mieux, que les lois proposées par le gouvernement ne soient pas des lois de régression et de désespérance. Et on va vous pourrir la vie toujours plus. Mais que ce soit des lois de progrès et de progrès pour affronter aussi un autre défi, qui est le défi démographique. On a de plus en plus de personnes âgées. Il faut s'en occuper. C'est un défi qu'on doit mettre sur la table.

Mais on n'y va pas du tout vers cet accompagnement de l'humain, de la naissance jusqu'à la mort. Ce n'est pas du tout le chemin qui est pris. C'est le chemin de la concurrence. C'est le chemin des égoïsmes.

24:05
Présentateur

François Ruffin, on est à l'avant-veille de Noël. Pour vous, Noël, ça représente quoi ? Ça représente une fête consumériste, un délire consumériste ? Ou est-ce que c'est avant tout un moment familial avec tout ce que ça peut représenter ?

24:17
François Ruffin

Moi, ça représente du bonheur. Ça représente du bonheur. Et le bonheur doit être un mot autorisé en politique. Moi, je vais passer quelques jours avec ma famille et mes enfants. Je vais jouer au ping-pong. Eh bien, c'est du bonheur. Faire des cadeaux ? Mais que le citoyen se transforme en consommateur. Je veux dire, je fais des cadeaux comme tout le monde. Maintenant, vous savez, par exemple, ce qui s'est fait à Amiens. On a ma suppléante, Ayatma de Bois, qui a fondé une association, l'Acte citoyen. Elle a commencé par récolter quelques centaines de cadeaux pour distribuer aux familles qui n'auraient pas de cadeaux à mettre au pied du sapin. Eh bien, cette année, c'était plus de 5 000.

Et je veux dire que sous un pays qui se déchire au sommet, il y a d'immenses désirs de solidarité, de générosité qui existent en dessous. Et c'est ça qu'il faut faire exister. Et que tous les enfants de notre pays, à Noël, et un cadeau au pied du sapin, vous n'allez pas m'en trouver blessé. Je veux ça. Je veux que, vous savez, moi je suis pour descendre le plafond et relever les planchers. Descendre le plafond, c'est descendre le plafond pour les riches et relever les planchers, relever les planchers pour tous. Et qu'on ait un espace de commun, avec pas des immenses dissensions au sein de notre société.

25:24
Présentateur

Merci François Ruffin d'avoir été l'invité de France. Bonne fête à vous aussi, juste après la pub, la revue de presse.