"LES FRANÇAIS QUI SE LÈVENT TÔT" : MAIS POUR QUI SE PREND GABRIEL ATTAL ?
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Borne, Darmanin, Schiappa, d'accord. Mais Gabriel Attal, on en parle ? Parce qu'il a toute sa place là, dans la riposte actuelle du gouvernement pour faire oublier la réforme des retraites et faire croire que tout va bien.
Or ses interventions récentes dessinent les contours de la société dans laquelle ces gens veulent qu'on vive. - On n'a pas attendu d'entendre des casseroles pour écouter les Français et pour entendre les Français, voilà. Et moi ce qui m'intéresse c'est les Français qui se lèvent le matin, qui vont travailler, ou qui travaillent mais en tout cas qui attendent de nous qu'on agisse pour eux. - On a compris le cadre général, c'est de l'action pendant 100 jours, aller sur le terrain, et bombarder de projets de lois et de mesures pour qu'on parle de ça et que ça couvre le bruit des casseroles. - Je pense qu'il y a aujourd'hui une attente extrêmement forte de la classe moyenne qui travaille, qui nous disent quoi ?
Ils nous disent on travaille et on a le sentiment qu'on nous en demande toujours plus, pour financer un modèle qui permet parfois à des gens de ne pas travailler, et qui finance des services publics dont on a le sentiment qu'ils se dégradent, qu'ils se dégradent... - Gabriel Attal, puisqu'il est le ministre délégué chargé des comptes publics, il s'occupe du versant fiscalité, impôts, dépenses publiques.
Et il a manifestement été chargé de séduire les classes moyennes et cette France qui, selon l'expression, se lève tôt. On va voir que cette démarche a une certaine odeur. [Musique] - Retraite, assurance chômage, RSA, apprentissage...
Il y a une offensive générale capitaliste contre le travail. Attal incarne un certain volet : celui d'aider les classes moyennes à mieux vivre de leur travail, par un supposé "plan Marshall pour les classes moyennes". Ses interventions prennent la forme archi classique de l'opposition entre les Français qui travaillent et les assistés. - Je pense que notre action, elle doit être dirigée avant tout vers ces Français, cette classe moyenne qui travaille, qui a le sentiment qu'on lui en demande toujours plus, soit pour d'autres qui eux peuvent ne pas travailler, soit pour des services publics qui se dégradent, alors que c'est financé par leurs impôts. - Lors d'un déplacement dans l'Hérault, on a pu le voir en pleine démonstration d'arrogance lorsqu'il s'en est pris à des manifestants qui pratiquaient la "casserolade", avec un argument inattendu. - Moi je fais la part des choses.
D'ailleurs ceux qui peuvent se permettre, qui ont le temps en pleine semaine, en pleine après-midi, d'aller accueillir des ministres pendant 4 heures de 14h à 18h, a priori c'est quand même pas les Français qui travaillent, qui ont des difficultés au quotidien pour boucler leurs fins de mois. C'est pour eux qu'on veut agir et c'est pour eux qu'on veut répondre. - Alors il va peut-être découvrir que les gens ont tout un tas d'horaires bizarres, ils travaillent de nuit, le weekend ou bien ils démarrent très tôt.
Il va peut-être découvrir qu'il y a plein de retraités qui participent à ces manifestations, ou même que des gens sont prêts à poser des RTT pour continuer la lutte. Mais passons. Semer la discorde, la zizanie, on a déjà parlé de cette manœuvre éculée.
Ici le ministre ne discrédite pas seulement les manifestants par ce qu'ils font, du bruit, mais aussi par ce qu'ils sont : illégitimes parce que supposément pas au travail. - A priori c'est quand même pas les Français qui travaillent qui ont des difficultés. - Quelle est la conception de la citoyenneté qui se cache sous ce mépris ?
Supposant même que l'ensemble de ces gens soient au chômage ou au RSA. Ce que nous dit implicitement le ministre, c'est que ce sont grosso modo des sous-citoyens, et que leur expression ne compte au fond pas vraiment. Voilà le fond de la pensée de ce ministre millionnaire et pistonné.
Bah oui il se permet des attaques ad hominem, nous aussi. Mais ne croyez pas que c'est un dérapage isolé, c'est une véritable ligne de communication, qu'il répète sur tous les plateaux. - Il est 7h43, je pense qu'il y a des personnes qui nous écoutent, qui sont en train d'aller travailler ou qui s'occupent de leurs enfants avant de les amener à l'école.
Il y en a probablement qui sont inquiètes ou qui sont en colère. Je suis pas sûr que ce sont des personnes qui peuvent se permettre d'aller de 14h à 18h en pleine semaine attendre un ministre, voilà. - Le message c'est : "les vrais et honnêtes gens ne se plaignent pas du recul de l'âge légal de départ à la retraite, ils sont simplement contents qu'on leur ait supprimé leur taxe d'habitation." Le fond de l'affaire c'est une rhétorique réactionnaire visant à stigmatiser les sans-emploi comme des paresseux profiteurs, pour justifier tout à la fois le flicage et les radiations des chômeurs ou des allocataires du RSA.
Regardez par exemple : depuis plusieurs semaines, Gabriel Attal porte un grand plan de lutte contre les fraudes. Je dis bien "les" fraudes. Parce que son mantra démagogique c'est qu'il ne faut pas opposer les fraudes entre elles. - La deuxième manière de redonner confiance, c'est bien de s'attaquer à toutes les fraudes.
Moi je veux qu'on arrête de segmenter les fraudes. Dans certains cas on a l'impression qu'il n'y aurait que de la fraude fiscale, et dans d'autres cas qu'il n'y aurait que de la fraude sociale. Nous devons nous attaquer à toutes les fraudes, qu'elles soient fiscales, sociales, et douanières. - Il n'est pas primordial de faire ce travail de hiérarchisation qui permet de s'apercevoir que, quelle que soit la quantification exacte, les ordres de grandeur ne sont pas du tout les mêmes entre fraude fiscale, fraude aux cotisations sociales, et fraude aux prestations sociales.
En mettant ces fraudes sur le même plan, Gabriel Attal accrédite l'idée que l'honnête travailleur de la classe moyenne est écrasé sans distinction par des profiteurs d'en haut, tout autant que par des profiteurs d'en bas. - Cette classe moyenne qui a parfois le sentiment de payer trop parce que certains choisissent de ne rien payer du tout. - Alors que le manque à gagner pour financer et améliorer les services publics par exemple, est à chercher du côté de la manière dont les plus aisés et les grandes entreprises se soustraient à l'impôt.
Mais évidemment dans ce discours qui exploite les préjugés sociaux, pour à la fois faire faire des économies à l'Etat, et courtiser les classes moyennes, la réflexion sur la taxation des hauts revenus et patrimoines n'est pas du tout celle qui est la plus mise en avant. On le voit par exemple dans sa grande "opération transparence" sur l'usage des impôts, qui s'appuie sur le site gouvernemental au nom évocateur "En avoir pour mes impôts", accompagné d'une consultation citoyenne. - C'est une grande opération transparence, ce site "EnAvoirPourMesImpots.gouv.fr", qui ouvrira vous l'avez dit en fin d'après-midi, qui permettra au niveau national de dire de manière très concrète à quoi sert l'argent public.
Tout le monde ne sait pas que un enfant une année dans une école primaire c'est 8000 euros d'argent public. - La question politique de ce qu'est une juste répartition de l'effort collectif n'est pas posée. Le citoyen est seulement amené à se penser comme un contribuable qui calcule en permanence combien la société lui rend par rapport à ce qu'il paye en impôts, et réclamer évidemment que l'État dépense moins, pour avoir moins d'impôts à payer. - Ces Français qui travaillent sans pour autant bénéficier des aides, et sans pour autant bénéficier de services publics qui répondent à leurs attentes. - Bon en fait ce que fait là Attal, c'est implicitement s'adresser à ce que le sociologue Olivier Schwartz a nommé la "conscience sociale triangulaire".
Ce sociologue a montré qu'un sentiment est très présent dans les fractions hautes des catégories populaires. Un sentiment de menace, de méfiance, non pas seulement à l'égard du haut de la hiérarchie sociale, mais aussi à l'égard des moins bien lotis, qui sont vus comme des profiteurs. C'est tout le thème des assistés et des "cassos". - On doit aider les gens, on doit aider les gens qui sont démunis.
On doit aider les gens qui sont démunis. Simplement il faut mieux les accompagner, mieux contrôler. C'est ce qu'on va faire avec la réforme : on fait les deux. - C'est cette vision triangulaire de la société qui est exploitée et encouragée par l'extrême droite, en y ajoutant une lecture xénophobe et raciste.
Parce que la figure par excellence du profiteur d'en bas, ça va être celle de l'étranger ou de l'immigré. Bruno Le Maire a tout récemment tiré sur cette corde. - C'est l'argent du contribuable, il n'a aucune envie de voir que des personnes peuvent en bénéficier, le renvoyer au Maghreb ou ailleurs, alors qu'ils n'y ont pas droit. - Il devient très utile de mobiliser cette rhétorique, précisément dans un contexte où la réforme des retraites pilonne cette classe moyenne, et dans un contexte où le gouvernement refuse de poser la question de l'augmentation des salaires autrement que par des primes qui ne sont pas soumises à cotisations sociales. - Ces Français, cette classe moyenne qui travaille, qui a le sentiment qu'on lui en demande toujours plus, soit pour d'autres qui eux peuvent ne pas travailler, soit pour des services publics qui se dégradent. - Le ministre Gabriel Attal clame donc qu'il lutte contre la tentation des classes moyennes d'aller vers le vote RN, en stabilisant leur situation économique.
Mais là ce qu'il fait concrètement, c'est de flatter les affects qui les y conduisent. A la semaine prochaine
Gabriel Attal