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interviewLe Média (sur YouTube)· 6 mai 2022 7 min

UNION DES GAUCHES : MELENCHON JOUE MITTERRAND CONTRE HOLLANDE

Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.

Bon ça y est : les insoumis ont réussi à faire accepter la Nouvelle Union Populaire Ecologique et Sociale. Ca fait des années que sur les plateaux ils se prennent des injonctions à l’unité. Et maintenant qu’ils la font, ils se font engueuler.

C’est l’alliance de la carpe et du lapin ! Alors chaque représentant des différentes formations de gauche impliquées doit venir défendre les principes de cette union, à la fois face à des opposants politiques apeurés par ce qui pourrait devenir une machine à gagner, mais aussi face à des journalistes complètement perdus devant la nécessité de changer leur disque rayé. Mardi dernier, dans l’émission Ca vous regarde ! sur LCP c’est le député LFI Alexis Corbière qui s’y collait.

Je comprends qu'on puisse prendre ça avec de l'humour, mais on peut pas pendant des mois nous avoir servi le fait que l'union était impossible, qu'on était tous des imbéciles, et voir maintenant que quand il y a une discussion qui a lieu, qui est une discussion sérieuse, elle prend un certain temps Vous auriez pu la faire avant aussi...

Ben non, justement, parce qu'il fallait qu'il y ait un résultat à l'élection présidentielle qui crée les conditions pour qu'il y ait une force, qui, d'un point de vue électoral, est en capacité de faire l'union. Il fallait d’abord que se dégage nettement une force à gauche. On sort les dossiers, nouvelle formule, on va décortiquer son argumentation.

Il a en face de lui des représentants de la doxa hollando-centriste qui ne supportent pas que Mélenchon prenne le leadership à gauche et lui reprochent de vouloir soumettre le PS. Alors quand on lui demande pourquoi vous n’avez pas fait une union plus égalitaire au moment la présidentielle, il a une idée : Je vais vous dire, j'ai une phrase que je pique à quelqu'un qui m'agace souvent c'était François Hollande, mais il disait "c'est pas tellement l'union qui fait la force, c'est la force qui fait l'union". On voit que l'union est en marche, si Alexis Corbière cite du François Hollande, c'est que...

Non mais je trouvais que pour le coup c'était vrai Il disait "c'est pas l'union qui fait la force" - qui est une phrase qu'on dit souvent - "c'est la force qui peut faire l'union". Corbière aurait pu citer Mélenchon, qui ne cesse de répéter que pour qu'une éventuelle union de la gauche acquiert une force électorale, il faut d'abord qu'en son sein émerge une force radicale. Mais Corbière veut surtout là produire des effets rhétoriques.

D'un point de vue rhétorique vous augmentez votre chance de paraître convaincant quand vous empruntez à votre interlocuteur ses propres références. Hollande l’avait dit notamment en mai 2021 pour critiquer les divisions internes au PS et les divisions au sein de la gauche. Il citait lui-même Mitterrand.

Pour ce qui concerne la Gauche, elle semble même avoir perdu les clés susceptibles d'ouvrir la porte d'un possible et nécessaire redressement. Or les leçons de François Mitterrand elles n'ont rien perdu de son actualité : il avait compris que ce n'était pas l'union qui faisait la force, mais la force qui faisait l'union. Et puis évidemment l’ancien socialiste Corbière se fait aussi plaisir.

Il y a moins ici un appel à l’autorité de François Hollande qu’un geste ironique. Mais il disait "c'est pas tellement l'union qui fait la force, c'est la force qui fait l'union". On voit que l'union est en marche, si Alexis Corbière cite du François Hollande, c'est que...

Un proverbe ou un lieu commun est censé s’imposer et être indiscutable, parce qu'il tire son évidence de la tradition ou de l’expérience. L'union fait la force : à première vue, on est plus forts quand on est à plusieurs, parce que les différentes forces s’additionnent. Mais Corbière inverse la formulation, introduisant un paradoxe et éveillant la curiosité du téléspectateur.

C'est la force qui peut faire l'union Corbière veut dire qu'une synthèse bricolée sur un coin de table, ou une primaire organisée à la va-vite ne pourront pas donner une alliance électorale forte. C’est au contraire si une force électorale radicale émerge qu’elle pourra rassembler auprès d’elle (d’aucuns diront derrière elle) les autres forces de la gauche. Or la France insoumise a montré qu'elle fait la bonne analyse en arrivant largement devant à deux présidentielles de suite.

Pour que les électeurs se reportent massivement sur une force de gauche, il faut qu’elle fasse la démonstration de sa détermination tant à rompre avec le social-libéralisme de Hollande qu’à lutter contre le macronisme. C’est aussi une raison qui explique que le “vote utile” se porte sur cette formation politique-là et pas une autre. Comment je garde mobilisé notre électorat ?

À la fois des gens qui ont voté Mélenchon, et de tous nos amis. Si je mets pas d'enjeu, je vais vous dire : les gens ils n'en ont rien à fiche des partis. Si je mets pas d'enjeu, les gens ne viendront pas voter par sympathie pour les partis.

Il fallait que les gauches d’accompagnement se mettent à la remorque de la gauche radicale, non l’inverse. Et pas non plus dans une sorte d'union chaque force pèserait un poids égal. Je reviens pas sur le passé mais il y a aussi 12 à 13 millions de gens qui se sont abstenus et sociologiquement ces gens sont souvent ceux des milieux populaires.

Créer de l'espoir c'est non seulement garder notre camp mobilisé, mais c'est, je le souhaite, j'espère qu'on y arrivera, pouvoir avoir aussi un, deux, trois millions pourquoi pas supplémentaires de gens qui ne croyaient pas à la présidentielle et qui se disent "on peut gagner", c'est ça l'objectif. Mais Corbière ne doit pas le dire brutalement. Il ne faut pas qu’un camp se sente humilié.

D'autant qu'il escompte que les électeurs socialistes se disent “en votant pour n’importe quel candidat de la NUPES, je ne renie pas mes convictions”. Il avance alors un argument se référant à l’identité du Parti socialiste : en faisant de grosses concessions aux principes programmatiques de L'avenir en commun, par exemple sur la retraite à 60 ans, le PS ne signe pas un accord contre-nature, mais il renoue au contraire avec sa véritable nature. Est-ce que quand on est socialiste on est contre la retraite à 60 ans ?

En 1981 dans les 110 propositions de François Mitterrand il y avait la retraite à 60 ans. J'ai envie de dire : on est fidèle au socialisme quand on se bat pour la retraite à 60 ans. Et dans son plaidoyer pour l’union présenté au Conseil national hier soir, le premier secrétaire du Parti socialiste Olivier Faure énonce exactement le même argument : Et qu'avons-nous porté, nous, depuis toute notre histoire ?

Depuis Jean Jaurès, Léon Blum, François Mitterrand et tous les autres, qu'avons-nous porté sinon aussi une forme de radicalité. Et moi ce que je vous dis ce soir, c'est qu'à force de penser uniquement à rappeler que nous sommes un parti de gouvernement et à oublier aussi ce qu'est notre propre racine, nos propres racines, et qu'elle peuvent aussi trouver de l'énergie dans la radicalité, eh bien les français aussi nous ont abandonnés parce qu'ils pensaient que nous n'avions plus rien à changer, que nous voulions faire exactement comme les autres Mélenchon a réussi un impressionnant coup stratégique. 14 ans après avoir quitté le PS, il le met à genoux.

Il peut alors sereinement envisager de négocier avec lui et il force le vieux parti à procéder à de considérables clarifications. Corbière fait preuve de la même habileté, au plan rhétorique, en coinçant les socialistes doublement : d'abord en justifiant la pertinence de sa ligne stratégique en citant François Hollande, et deuxièmement, il démontre que pour être eux-mêmes, ils doivent accepter l’union, c'est-à-dire qu'il leur demande de se radicaliser, au sens de renouer avec leurs racines.

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