Amélie Bertrand pour son accrochage “Hyper nuit” au Musée de l’Orangerie - Nouvelles têtes
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Bonjour Amélie Bertrand.
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C'est les chansons que vous écoutiez avant de partir à l'école à 6 ans ?
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Photoshop et compagnie, c'est encore ce que vous utilisez aujourd'hui pour faire vos esquisses ?
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Ça vous met dans quelle ambiance Amélie Bertrand à Gérard Manset ?
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Quand vous étiez au Beaux-Arts à Marseille, vous avez eu un prof qui vous a dit « Faut que tu peignes » ?
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Qu'est-ce qui fait aussi qu'on permet de se dire « C'est bon, je vais devenir peintre, moi. » ?
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Marie Misset, votre nouvelle tête ce matin, est une peintre. Exposée en ce moment même à l'Orangerie à Paris, elle s'appelle Amélie Bertrand. Bonjour Amélie Bertrand. On se remet tout de suite dans une ambiance de matin que vous connaissez bien pour que vous vous sentiez en zone familière. C'est les chansons que vous écoutiez avant de partir à l'école à 6 ans, même pas du Gérard Manset plein les oreilles grâce à votre père. Votre père, graphiste, maquettiste, il vous a aussi formé jeune à l'utilisation de logiciels comme Photoshop, InDesign ou Illustrator.
Et vous qui êtes peintre aujourd'hui, exposé en contrepoint au non-féat de monnaie à l'Orangerie, Photoshop et compagnie, c'est encore ce que vous utilisez aujourd'hui pour faire vos esquisses, pour composer vos tableaux. Ensuite vous imprimez le modèle, vous éteignez l'ordinateur, vous faites des pochoirs et vous laissez s'exprimer la lumière en peignant, le plus souvent avec de la peinture à l'huile. Alors j'ai envie de vous dire à vous qui nous écoutez de regarder ce que ça donne en tapant Amélie Bertrand dans un moteur de recherche, mais ça ne rend pas du tout la même chose qu'en vrai.
Alors au moins pour ceux qui sont autour de la table, Charline, Tania, je vous file le catalogue de Hyper Nuit, l'exposition à l'Orangerie pour que vous voyez parce que c'est très beau. Ça vous met dans quelle ambiance Amélie Bertrand à Gérard Manset qui parle de camion de bon matin, de camion bâché ?
Surtout après les drinking, ça m'est une drôle d'ambiance. Déjà petite, écouter ça, c'était assez étrange. Du coup, il y avait une ambiance comme ça de paysage. Enfin, Gérard Manset, ça donne quand même des images mentales assez folles dans le paysage, assez périphériques. Du coup, je pense que ça m'a marqué dans ma peinture et mon travail dès maintenant.
Quand vous étiez au Beaux-Arts à Marseille, vous avez eu un prof qui vous a dit « Faut que tu peignes ». Vous vous étiez inscrit dans sa classe pour l'année d'après, mais il s'est suicidé. Vous en avez déduit que la peinture était quelque chose dans lequel on s'engageait, mais intégralement. Et moi, ça m'aurait fait super peur en fait, ce destin de ce professeur. Vous, au contraire, vous vous êtes dit « Allez, j'y vais, je m'engage là-dedans ».
Eh bien, c'est sûr que faire ce choix, au début, c'est un choix un peu par élimination. Moi, je le suis arrivé comme ça. Aussi par ma famille, inconsciemment. Mais voilà, du coup, arrivé au Beaux-Arts, je me suis dit que c'était les meilleures études de ma vie. Un prof, boxeur, peintre, me tape l'épaule avec ferveur et me dit que j'allais faire de la peinture. Ah oui, il vous l'annonce en fait. Il me l'annonce parce que je lui avais dit que peut-être j'allais faire communication ou design. Sauf qu'au Beaux-Arts, on ne savait pas trop ce que c'était de peur de ne pas avoir de travail. Et effectivement, du coup, j'ai voulu le rejoindre et ça m'a marqué.
Et il n'était plus là pour vous accompagner.
Mais ça ne vous a pas empêché d'y aller en tout cas. Qu'est-ce qui fait aussi qu'on permet de se dire « C'est bon, je vais devenir peintre, moi. Ça, je fais ça. Je vais faire ça de ma vie. »
On ne se le dit pas en fait. Je pense que je suis peintre avant d'être artiste, mais je ne me suis jamais dit que je peux être artiste. Je me suis dit d'abord, je vais avancer petit à petit, faire des choses. Et maintenant, quand on me demande ce que je fais, je dis que je ne suis pas artiste, je fais de la peinture. On me dit de la peinture en bâtiment, je dis non.
Vous croyez une vibe de personne qui fait de la peinture en bâtiment plutôt que de peindre dans votre atelier ? J'en sais rien, vous n'avez pas de réponse. Sans vouloir vous replonger dans un autre moment douloureux de ces années-là, qu'est-ce que ça vous évoque, cette petite musique qu'on entend là, derrière ? Ce sont des chants tibétains.
C'était la peinture que je n'avais pas en... Je suis arrivée dans un atelier, effectivement, où il y avait... C'était une peinture abstraite, méditative. Et moi, j'avais envie de rejoindre un... Je n'avais pas envie d'écouter ça. J'avais envie que ça soit plus impactant. Mais après, maintenant, vieillissant, je me dis peut-être que... Il y avait quelque chose. Exactement. Mais c'était vraiment un autre engagement.
Vous étiez plutôt rock. Votre peinture, elle provoque des sensations, un léger malaise, une sorte de vallée de l'étrange. En tout cas, moi, c'est à ça que ça me fait. Je ne sais pas. Regardez, Charline. Ça vous fait la même chose ? C'est des images qu'on connaît. Il y a des motifs qu'on reconnaît, des grillages, des arbres artificiels. Et pourtant, il y a un truc très bizarre. Ça vous surprend que je vous dise ça ?
Non, c'est ce que je recherche. En fait, en utilisant l'ordinateur, tous ces pochoirs, c'est vraiment des outils qui sont dans ma... Comme des ingrédients. Comme des ingrédients outils, oui. Exactement. Et je ne peux vraiment pas être catalogué là-dedans. Et ensuite, ça me permet juste du coup de mettre en place un processus, de cloisonner l'espace de la toile, de fermer le regard, de coincer un peu le spectateur.
Charline, vous vous sentez coincée là ? En regardant ? Pas du tout. Je me sens avec un jaillissement de couleur.
Et oui, et du coup, et après, je joue bien sûr avec la couleur qui est vraiment ce qui m'intéresse le plus pour créer de la lumière. Et donc, ça a un aspect comme ça pop, sucré, immédiat à travers un condensé de couleur.
Je fact-check. Tout est juste, tout est vrai. D'ailleurs, la couleur, la lumière, c'était les obsessions de Monet aussi. Et vous avez un écrin extraordinaire en ce moment à l'Orangerie pour faire contrepoint avec les Nymphéas. Ça s'appelle Hyper Nuit. Vous m'avez d'ailleurs appris qu'il avait conçu, je ne le savais pas, tout le bâtiment pour abriter ces Nymphéas. Il a pensé à la lumière, à la taille des pièces, à la taille des corridors. Vous souffrez, vous aussi, de ce genre d'obsession, Amélie Bertrand ?
Oui, du coup, c'est incroyable de pouvoir faire ça. On aimerait à chaque fois penser la peinture pour l'endroit où il va être exposé. Du coup, les Nymphéas, ça donne une sensation d'immersion. Donc Monet, en fait, voulait faire vraiment... Lui, il avait pensé d'abord, ce qui était marrant, à faire une salle à manger, un salon. Faire du papier peint, en fait. Oui, et quand j'ai appris ça, parce que les Nymphéas s'appellent aussi les grandes décorations. Et donc, il y a tout un pan du décor dans l'impressionnisme assez intéressant. Et ensuite, avec son ami Georges Clémenceau, ils ont parlé de salle des fêtes.
Et quand j'ai entendu ça, je me suis dit, moi, je vais présenter ma salle des fêtes dans l'entrée des Nymphéas. Donc voilà, c'est vraiment une clairière de gazon synthétique illuminée avec des rétroprojecteurs de boîte de nuit.
C'est-à-dire qu'à la place de la lumière du jour par laquelle Claude Monet était obsédé, vous, c'est la lumière de nuit qui vous a obsédé.
Oui, c'est pour ça que ça s'appelle effectivement Hyper Nuit. Et donc, c'est un côté d'excès. J'ajoute de l'apparat, de l'éclat à la peinture pour créer ces lumières sans couleurs fluos.
On peut les voir dans ce catalogue Hyper Nuit que Charline Feuilletait. Est-ce que vous avez un avis sur les images générées par IA ? Parce qu'en regardant le catalogue, en regardant votre travail, je me suis dit que ça pourrait fonctionner avec votre travail.
Eh bien, on y pense. C'est comme Photoshop, en fait. Moi, je n'ai pas changé mon Photoshop. C'est toujours celui de 2016. En fait, j'ai essayé, mais en fait, ça ne marche pas du tout. Ça ne marche pas pour l'instant. Non, la peinture, ça reste vraiment... C'est de la bonne vieille peinture à l'huile avec des trucs et astuces pour en mettre plein les yeux. Et après... Allez en prendre plein les yeux à l'orangerie avec de la bonne vieille peinture à l'huile.
Merci beaucoup Amélie Bertrand. On peut voir ces 8 peintures que vous avez réalisées spécialement pour l'Hyper Nuit. C'est à l'orangerie à Paris en ce moment. Un contrepoint à monnaie qui mérite d'être vu en vrai. C'est jusqu'au 27 janvier prochain. Et puis en mars, vous avez une exposition personnelle dans votre galerie qui vous représente depuis le début à Sémios. Merci. Merci.