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ChroniqueFrance Inter (sur YouTube)· 31 octobre 2023 3 minComplaisantDivertissementEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Macron, la « bagnole » et le registre affectif - La Chronique linguiste de Laélia Veron

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Chapitres

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:20InvitéFait
    « On est attaché à la bagnole. On aime la bagnole. Et moi, je l'adore. »
  • 0:34PrésentateurFait
    « Macron ne dit pas grand-chose d'autre que Bruno Le Maire, qui a récemment déclaré « La France aime la voiture ». »
  • 1:58PrésentateurFait
    « le secteur des transports est le premier émetteur de CO2 en France, d'abord à cause de la bagnole. »

Temps de parole

  • Présentateur96 %
  • Invité4 %

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0:00
Présentateur

Justement, l'instant culture, parce que là, il faut remettre à niveau vos conneries, évidemment. Alors, instant culture, instant langue, maintenant, car il y a une universitaire parmi nous, là, Elia Véron, qui n'est pas la dernière pour se poiler, d'ailleurs. C'est une linguiste atterrée, et elle va nous le prouver tout de suite. Merci, Charline. Je voulais revenir sur une petite phrase d'Emmanuel Macron.

0:20
Invité

On est attaché à la bagnole. On aime la bagnole. Et moi, je l'adore.

0:24
Présentateur

Alors, c'était pendant un entretien consacré à quoi, d'ailleurs ? À l'écologie, hein ? C'était disruptif. Bon, sur le fond, Macron ne dit pas grand-chose d'autre que Bruno Le Maire, qui a récemment déclaré « La France aime la voiture ». Elle a toujours été une grande nation de l'industrie automobile, et elle le restera. Mais, lui, il le dit différemment.

0:43
Invité

On est attaché à la bagnole. On aime la bagnole. Et moi, je l'adore.

0:47
Présentateur

Il essaie d'avoir un langage un peu oral, un peu populaire, avec la répétition du pronom « on » et « bagnole », qui a une connotation un peu négative par rapport à « voiture ». Mais en disant « je l'adore », il retourne cette connotation négative. Et on a l'impression qu'il joue un rôle caricatural d'un éthos populaire fantasmé, type « à la bagnole », on l'aime, hein ? Moi, les vitesses craquent, le pot filtre plus rien, mais je l'adore. Avec l'emploi du pronom « on » mêlé au jeu, il tente d'ailleurs de créer une communauté affective, de singer une appartenance. J'ai des voitures de fonction, des chauffeurs, mais au fond, je suis comme vous, hein ?

Et jouer ce rôle-là, en mettant la question sur le plan affectif, aimé, adoré, lui permet d'évacuer les questions politiques. Dans un mouvement concessif, oui, mais c'est un peu l'équivalent rhétorique du « ça va ! » Et c'est pratique, hein ? Pour évacuer la question des contraintes attachées à la voiture, notamment pour les plus pauvres. Genre « à la bagnole, je suis obligée de la prendre parce qu'il n'y a plus de transport en commun abordable, avec l'essence ça fait la moitié de mon salaire, mais moi je l'adore ! » Et ça permet aussi d'évacuer les questions politiques, écologiques.

Ah, l'autoroute A69, c'est vrai qu'elle va artificialiser des centaines d'hectares, abattre des milliers d'arbres, alors que le secteur des transports est le premier émetteur de CO2 en France, d'abord à cause de la bagnole. Mais moi je l'adore ! Bon, et d'un point de vue rhétorique, est-ce que ça marche ? Ça fait un peu artificiel, non ? Quand il dit ça, moi j'ai l'impression qu'il veut faire du Sarkozy. C'est un peu comme lorsqu'il avait parlé anglais avec un accent très français à Jérusalem en 2020, et qu'on avait l'impression qu'il voulait imiter Chirac.

Et d'ailleurs, sa manière d'emprunter le langage d'autres politiques est étudiée, est chiffrée en lexicométrie par le linguiste Damont Maïafre. Et c'est d'autant plus difficile de croire à ce langage pseudo-populaire que Macron, et je vous le rappelle, aussi celui qui parle de « carabistouille » et de « captatio benevolentiai ». Donc il a un peu un langage dû en même temps, en même temps du châtier et du pseudo-populaire. Or, savoir naviguer entre différents registres et les mobiliser de manière pertinente selon les situations d'interaction, ça c'est une vraie compétence linguistique, surtout quand on est politique et qu'on prétend s'adresser à tout le monde.

Mais il faut savoir bien le faire. Et c'est notamment un des enjeux de l'apprentissage du métier, version vieille école, quand on commence par les élections locales, la voirie, la mairie, tout ça, et qu'on ne devient hors-sol qu'au bout de quelques années. Mais quelquefois, quand Emmanuel Macron parle, on a l'impression qu'il a toujours été hors-sol. Pas sûr qu'on adore.