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Discours / meetingÉlysée (sur YouTube)· 18 mars 2019 18 minAutoproduitFond programmatiqueEnvironnement & énergieÉconomie & entreprises

Nairobi - Ouverture de l'Assemblée des Nations Unies pour l'Environnement | Emmanuel Macron

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 3 %Défensif 2 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00E. MacronFait
    « nous n'étions même pas dans la trajectoire de l'Accord de Paris »
  • 4:00E. MacronFait
    « le GIEC, il y a encore quelques mois nous a redit que nous n'étions même pas dans la trajectoire de l'Accord de Paris »
  • 11:00E. MacronPromesse
    « la France aura l'honneur d'accueillir à Marseille le Congrès mondial de la nature »
  • 16:00E. MacronFait
    « il n'existe pas à ce jour de droit international de l'environnement robuste »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E. Macron : Merci beaucoup, M. le président de l'Assemblée générale des Nations unies, Mme la vice-secrétaire générale des Nations unies, mesdames et messieurs les chefs d'Etat et de gouvernement, mesdames et messieurs les ministres, Mme la directrice générale adjointe de la Banque mondiale, Mme la secrétaire générale du programme des Nations unies pour l'environnement.

Félicitations pour votre élection. Mes chers amis. Merci, avant tout, président Kenyatta pour l'accueil et l'exemple.

L'accueil dans la durée, en effet, pour les Nations unies ici présentes, pour ce sommet et le One Planet Summit que nous venons de tenir ensemble. Votre présence, c'est aussi le leadership en matière d'environnement que vous tenez sur le continent africain. Merci beaucoup pour cela.

Permettez-moi, Président, comme je l'ai eu tout à l'heure en ouverture de notre One Planet Summit, d'avoir à mon tour une pensée pour l'ensemble des victimes et des familles de victimes du crash aérien d'Ethiopian Airlines entre Addis-Abeba et Nairobi. C'était nos amis et nos enfants qui y étaient. 9 ressortissants français, plusieurs éthiopiens, kényans, membres des Nations unies, de la Banque mondiale, de nombreuses ONG de nombreux pays ici présents et beaucoup ont péri dans cet accident parce qu'ils étaient en train de travailler sur ce sommet d'aujourd'hui, et donc, j'ai une pensée toute particulière pour ces victimes et leur famille.

Mes chers amis, le président Kenyatta vient de le dire et M. le président de l'Assemblée générale, vous l'avez aussi très bien dit, nous savons combien l'agenda qui est le nôtre est essentiel et cette année sans doute plus encore parce que les Nations unies l'ont mis au coeur de leur propre agenda. Et je le disais tout à l'heure, les constats sont faits depuis longtemps.

De nombreux chefs d'Etat et de gouvernement, bien avant moi, parfois des décennies plus tôt, ont dénoncé les scientifiques, ont dénoncé encore. Le GIEC, il y a encore quelques mois nous a redit que nous n'étions même pas dans la trajectoire de l'Accord de Paris. Et donc, aujourd'hui, en matière de lutte contre le réchauffement climatique, en matière de biodiversité, et donc sur tous nos combats en matière d'environnement, nous savons, nous nous sommes mobilisés, nous nous organisons, mais nous n'y sommes pas.

Et pour notre génération, c'est peut-être plus terrible encore parce que nous ne pourrons pas dire que nous ne savions pas. Et donc, les comptes que nous aurons à rendre seront immenses. Immenses.

Beaucoup ont hésité, attendu. Parfois, certains hésitent encore en disant : "On n'est pas tout à fait sûrs, on ne sait pas vraiment, êtes-vous bien sûrs que les conséquences seront ceci ou cela ?" Et maintenant, notre jeunesses nous presse.

Elle nous dit : "Vous n'allez pas assez vite." Elle manifeste, à juste titre. En disant : "Si vous n'allez pas assez vite, c'est que vous ne voulez pas.

Vous n'en êtes pas capables. "Il doit y avoir des intérêts cachés. On ne nous explique pas tout." Et donc, aujourd'hui, nous devons agir.

Nous avons, sur tous ces sujets, beaucoup à faire au niveau national comme au niveau régional et je n'y reviendrai pas. Mais l'agenda international est pour moi essentiel et c'est quelques mots de ce combat que je voulais ici partager avec vous. D'abord, la lutte contre le réchauffement climatique et donc la lutte pour réduire nos émissions et tenir la trajectoire sur laquelle nous nous sommes collectivement engagés.

L'agenda de Paris a été défini, cher Laurent Fabius, en 2015, à Paris, au moment de la COP21. Le pire a été évité à Katowice en fin d'année dernière grâce à la mobilisation du secrétaire général des Nations unies, et je veux ici saluer son remarquable travail et en particulier sa mobilisation dans les dernières semaines. Mais nous ne sommes pas au rendez-vous de l'action.

Nous devons évidemment toutes et tous finir les travaux de signature et de ratification de l'accord et nous devons le compléter, aujourd'hui, par notre propre travail. Et à cet égard, les COP à venir seront déterminantes, la mobilisation de plusieurs de nos amis, je pense en particulier au Chili, et tout autant, et nous serons là. Nous devons nous décliner en termes très concrets la stratégie de réduction des émissions, pour notre propre stratégie nationale, avec nos entreprises, avec nos investisseurs, par nos lois, par nos choix.

Nous devons, ensuite, porter des solutions concrètes. C'est l'agenda du One Planet Summit, entre autres, que nous portons avec la Banque mondiale et avec les Nations unies. Et, sur ce sujet, c'est la remobilisation des financements internationaux des entreprises, des ONG, des gouvernements pour que, sur des coalitions d'actions concrètes, réussir dans toutes les régions du Globe à réduire nos émissions.

Mais nous devons aller plus loin sur ce point. Le secrétaire général des Nations unies a confié au Premier ministre de la Jamaïque et moi-même la mission pour le sommet de septembre de travailler sur les fameux 100 milliards, c'est-à-dire la capacité à remobiliser des financements des Etats développés, des Etats les plus riches vers les Etats en voie de développement, et celles et ceux qui ont, en quelque sorte, à construire des solutions de manière accélérée. Nous y travaillons d'arrache-pied et nous serons eu rendez-vous, mais je veux ici très solennellement dire comment je vois cet exercice.

Il y a 2 écueils. Le 1er, ce serait de dire : "On va repeindre en vert tout ce qu'on fait déjà." Nous sommes collectivement des grands spécialistes de cet exercice. "Welcome to the Greenwashing world." On ne fera pas ça.

Le 2e grand risque, c'est qu'on dise : "C'est 100 milliards pour pouvoir faire comme on a toujours fait à côté et qu'on va continuer à faire." Et on se tromperait. Pour moi, le coeur de la réponse en termes de financement de la transition environnementale que nous devons apporter au sommet de septembre, et que nous avons commencé à travailler dans le cadre du One Planet Summit et de nos discussions, c'est comment on change en profondeur le modèle de financement de nos économies, comment on transforme l'économie de marché contemporaine mondiale pour qu'elle intègre les critères environnementaux, pour faire passer les investisseurs internationaux, les fonds souverains, les grands banques à des critères de ratings environnementaux, comment on fait passer tout cet argent, massif, vers des critères de financement durables.

Ca sera le défi qui sera le nôtre. Et l'Africa Pledge que nous avons vu aujourd'hui est au coeur de ce défi, parce que, si nous savons faire cela, c'est-à-dire tirer les conséquences concrètes de nos engagements de Paris, remobiliser la finance, publique et privée internationale autour de ces objectifs, et accélérer les solutions innovantes partout sur le terrain, comme nous l'avons vu pour le continent africain tout à l'heure avec des modèles plus décentralisés, plus rapides, bien souvent moins coûteux en contrariant beaucoup d'intérêts acquis et beaucoup, d'ailleurs, ce que nous avons fait pendant des décennies à travers les continents. Alors, nous pouvons réussir.

Ce sera au coeur, pour moi, de cette mobilisation collective en matière de lutte contre le réchauffement et de baisse des émissions. Nous avons, ensuite, un 2e agenda. C'est la lutte pour la nature et la biodiversité.

Et, ce combat, il est jumeau du 1er. On est en retard, en quelque sorte, dans le réveil collectif, mais nous avons, dans notre nature, notre biodiversité, des solutions à cette nouvelle réponse qui est à la fois économique et environnementale pour le monde qui est le nôtre, nous avons beaucoup de solutions de captation naturelle du carbone, nous avons beaucoup de solutions de développements économiques inclusifs, que ce soit économiquement ou socialement. Et ce que vous venez de lancer en matière de lutte contre la déforestation est, à cet égard, essentiel.

Et, là aussi, les mois qui viennent sont des mois de rendez-vous. La France aura l'honneur d'accueillir à Marseille le Congrès mondial de la nature. Nous devrons être au rendez-vous d'une mobilisation collective sur ce point.

Et nous serons aux côtés de la Chine pour la COP15 2020 pour la biodiversité qui être le grand rendez-vous d'une mobilisation internationale en matière d'engagement concret pour notre biodiversité. C'est-à-dire non seulement stopper partout où c'est en cours la diminution du nombre d'espèces, les déforestations, mais également prendre des actions concrètes pour reconquérir du terrain. Et là aussi, dans le One Planet Summit, plusieurs grandes coalitions ont déjà été mises en oeuvre dans le Pacifique, dans les Caraïbes en Afrique, en Europe, pour, de manière concrète, porter es 1res actions en matière de lutte pour la nature, pour la biodiversité, parce que c'est l'agenda qui est devant nous, qui est absolument essentiel et il est complémentaire du 1er.

Et là aussi, c'est une transformation profonde de nos écosystèmes productifs. C'est comment créer partout une véritable économie circulaire qui permet de lutter contre le gaspillage, et comme vous l'avez dit, Président Kenyatta, réussir à construire une vraie mobilisation pour lutter contre le plastique, réduire sa production, réduire son usage, faciliter son tri et sa récupération et systématiser son recyclage, parce que c'est ainsi que nous lutterons contre la pire pollution contemporaine de nos océans et de nos mers et une forme d'étouffement de la planète et de réduction de notre biodiversité. Et donc là aussi, ce sont des actions extrêmement concrètes des gouvernements, des acteurs économiques.

Ce sont des changements, des emplois qu'il faut détruire d'un côté, recréer de l'autre, parfois des angoisses dans nos sociétés. Mais c'est la seule manière de construire un monde où nous pourrons tous, collectivement, nous projeter. Et là aussi, nous serons collectivement au rendez-vous de ce pragmatisme, et vous le voyez, l'agenda international des prochains mois sera extrêmement structurant.

Enfin, l'agenda multilatéral doit accompagner cet effort pour lutter contre le réchauffement et pour la nature et la biodiversité. Et je vois, pour moi, 2 grandes mobilisations qui viendront, en quelque sorte, accompagner et soutenir le sommet de septembre des Nations unies en la matière. La 1re, c'est le G7.

La France, cette année, préside le G7. Je pense que le G7 ne doit plus être un forum d'Etats qui ne sont plus capables de se mettre d'accord sur un communiqué commun quand il s'agit du climat. Ca, plus personne ne peut le comprendre.

Le G7 doit être, sur les sujets climatiques, là aussi... (Applaudissements) (...) Et je respecte les choix souverains de chacun de ses membres, mais donc, moi, j'ai décidé qu'il n'y aurait pas de déclarations finales, c'est plus simple, d'ailleurs, personne ne les lit, mais qu'il y aurait des mobilisations concrètes et donc des actions extrêmement efficaces.

Et donc comme j'ai mis au coeur du G7, avec l'ensemble de mes partenaire, la lutte contre les inégalités, nous aurons une session dédiée à la lutte contre l'ensemble des inégalités environnementales. Et nous aurons une session avec les Nations unies, la Banque mondiale et l'ensemble des pays que nous associons pour qu'il y ait, au fond, le G7 Pledge. Un engagement très clair du G7 en matière d'environnement.

Les uns iront sur la lutte contre le réchauffement climatique plus fort et plus vite, les autres, au moins, devront le faire sur le plastique ou telle ou telle action, mais nous devons clairement, autour de cette table-là, apporter notre part de réponse à la mobilisation de la communauté internationale en matière d'environnement. Et ça, ce sera pour la fin du mois d'août à Biarritz, à Paris, et je mobiliserai l'ensemble des partenaires du One Planet Summit pour ce faire. La 2e chose, c'est que je crois que nous devons donner des droits nouveaux à nos citoyens.

Nous avons besoin de nos citoyens. Nous avons besoin de la colère de notre jeunesse. Parce que celle-là qui nous pousse à aller plus vite et plus fort.

Et donc nous devons la possibilité à nos citoyens de nous bousculer quand nous ne sommes pas au rendez-vous. C'est pourquoi je crois très profondément au pacte mondial pour l'environnement. Nous devons changer notre droit international et construire le droit international de l'environnement qui correspond à cette mobilisation collective.

Cette initiative, elle a été portée à l'origine par la société civile et elle part de ce constat simple qu'il n'existe pas à ce jour de droit international de l'environnement robuste. Et il y a beaucoup de textes juridiques, mais ils sont fragmentés, lacunaires, parfois opposés. Et donc dans les interstices et les contradictions du droit, se développent partout des comportements qui contribuent à dégrader la biosphère en toute impunité.

Il y a eu un gros travail qui a été conduit par des juristes du monde entier, une mobilisation qui a été faite, en particulier en France et je salue le travail et la mobilisation de Laurent Fabius pour ce point, qui a été très forte, avec beaucoup de ses collègues dans le monde entier des cours suprêmes et des meilleurs juristes pour bâtir une proposition. Et moi, j'ai souhaité que non seulement la France mais la communauté internationale puissent la reprendre pour bâtir ce pacte mondial pour l'environnement. Le but, c'est de remédier à cette situation, c'est de peser les bases juridiques qui permettront d'identifier les comportements anti-environnementaux et de poursuivre partout de la même manière leurs auteurs.

Ce pacte, c'est du concret et c'est potentiellement une révolution. Alors pour que ce soit du concret, je le dis tout de suite, il faut qu'il soit juridiquement contraignant. J'entends les voix qui s'élèvent, qui disent : "C'est une formidable idée, "on va faire un pacte mondial pour l'environnement, "mais on fera quelque chose qui n'est pas juridiquement contraignant." Ca veut dire qu'on fera quelque chose qui s'appellera une déclaration "non-legally binding", comme on connaît bien ça, et donc on mettra des mots, mais ces mots ne changeront pas les actions.

Donc nous, nous croyons qu'il nous faut, face à la situation que nous vivons, mettre en place du véritable droit, c'est-à-dire mettre en place des règles contraignantes que nous puissions adapter sur le plan international. La biosphère menace de s'effondrer, l'humanité est en sursis, on ne peut pas simplement répondre par de beaux principes sans portée concrète. C'est pourquoi je souhaite que nous nous mobilisions aussi collectivement pour qu'en 2020-2021, nous puissions réussir à finaliser ce pacte mondial pour l'environnement qui est absolument indispensable et qui vient compléter le travail que je viens d'évoquer.

Nous devons construire ensemble le 1er traité international pour l'environnement qui sera pour les Etats, pour les entreprises, pour les citoyens du monde une boussole. A chaque sujet nouveau que nous avons défriché dans notre monde, il y a eu les mêmes réticences pour construire du droit international à chaque fois. A chaque fois, nous avons su nous réveiller et faire.

Pour l'environnement, c'est maintenant. Voilà, mesdames et messieurs, mes chers amis, ce que je voulais partager avec vous en vous redisant le bonheur d'être là aujourd'hui, à Nairobi et vous dire combien je suis convaincu que les défis qui sont les nôtres sont évidemment immenses, parce qu'ils sont le fruit de beaucoup d'erreurs passées, parfois d'une volonté de ne pas voir, parfois d'intérêts bien cachés et bien compris. Mais nous, nous devons voir.

Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'il est trop tard. Je ne fais pas partie de ceux qui pensent qu'être un supporter de l'environnement dans le monde, c'est simplement dénoncer ou dire qu'on serait tous fichus. Je pense que c'est faire, c'est décider en emmenant toutes nos sociétés avec leurs difficultés, parfois leurs résistances, mais en s'assurant que chacun y trouve sa place.

C'est ne jamais céder au cynisme et à l'inaction mais non plus à ne jamais céder à aucun facilité de la déploration et à se dire que notre génération, c'est la génération de ceux ui doivent décider de faire, d'agir avec force, avec clarté, avec détermination dans nos pays, nos continents t sur cet agenda international des Nations unies et nous y serons pleinement actifs. Je vous remercie. (Applaudissements) Merci beaucoup. (...)