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InterviewFrance Inter — L'invité de 6h20 (sur Site radio)· 16 avril 2026 7 minContradictoireActualité / polémiqueCulture, médias & sport

"Vincent Bolloré a dévasté Grasset" : Claude Askolovitch quitte la maison d'édition après le départ d'Olivier Nora

Source d'origine 2 locuteurs

Audio original de l'émission.

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

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Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 95 %Attaque 5 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 1:55Locuteur non identifiéFait
    « Vincent Bolloré a dévasté Grasset »
  • 4:07Locuteur non identifiéFait
    « Il perd des auteurs »

Temps de parole

  • Locuteur non identifié82 %
  • Présentateur18 %

1,4 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-nemo:12b · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Présentateur

Il est 6h22, bonjour Claude Escolovitch !

0:02
Locuteur non identifié

Bonjour, comment on se retrouve ?

0:04
Présentateur

Mais oui, ces dernières années, nous étions ensemble quasiment à cette heure-ci pour la revue de presse de France Inter. Mais ce matin, c'est l'écrivain que je reçois. Vous faites partie des 115 auteurs et autrices à quitter l'éditeur Grasset. Vous avez publié une lettre commune cette nuit pour vous en expliquer et apporter votre soutien à Olivier Nora, qui dirigeait Grasset depuis 26 ans et qui vient de se faire virer. Inimaginable pour vous de rester dans cette maison, vous qui avez publié 8 livres chez Grasset, le premier en 1994.

0:30
Locuteur non identifié

Ce qui est imaginable, c'est ce qui arrive. Il faut comprendre qu'avant la colère, avant la politique, et on pourra parler de M. Bolloré, il y a la destruction d'un monde. Quand on parle de maison d'édition, il y a le mot maison. Et ce qui était Grasset, et ce qui est sans doute encore Grasset, parce qu'il y a des gens absolument merveilleux qui n'ont pas la possibilité de partir, ce sont ceux qui sont salariés de Grasset, des éditeurs, des correcteurs, des correctrices attachées de presse, qui font la trame d'une maison.

Mais ce qui était, et ce qui encore Grasset, par Olivier Nora et pas seulement, c'était un endroit infiniment doux, infiniment respectueux, infiniment accueillant, où l'on se sentait bien. Vous savez, une maison d'édition, on y va tous les ans, pour ceux qui sont très productifs, tous les deux ans, trois ans, on rencontre des gens qui vous aident à sortir quelque chose, parce qu'un livre, parfois, ce n'est pas évident, c'est douloureux, il faut que ça vienne. J'ai un éditeur qui s'appelle Christophe Bataille, qui est le petit frère d'Olivier Nora. Sans lui, des livres, je ne les aurais pas écrits.

Et c'est tout cela que la brutalité de Vincent Bolloré, qui n'est pas à sa première brutalité, vient dévaster. Donc, le premier mouvement, c'était le choc et la tristesse, et de ce point de vue-là, essayer d'imaginer une maison détruite, vous ne pouvez plus y rester. C'est un peu cela, ce qu'exprime le texte, c'est en tout cas comme cela que je le ressens.

1:51
Présentateur

Vous pensez, comme Pascal Bruckner, que Vincent Bolloré a tué Grasset ?

1:55
Locuteur non identifié

Ce sont des mots... Il y a deux choses, vous savez, les gens, les choses, les belles choses vivent après leur mort. Grasset existe, a existé, par des livres de Bruckner aussi, qui sont là. Il y a 115 auteurs qui partent, il n'en reste plus beaucoup là quand même. J'entends, Vincent Bolloré a dévasté Grasset. Essayez d'imaginer Attila. Vincent Bolloré a dévasté une télévision qui s'appelait E-Télé, qui est devenue CNews, et on voit ce qu'est CNews. Vincent Bolloré, c'est Attila. Il arrive, il détruit, à son bon plaisir, il corrompt, parce qu'il y a des gens qui restent et qui n'ont pas le choix. Qu'est-ce que vous voulez faire ?

Il y a quelques années, dix ans à peu près, oui c'est ça, Vincent Bolloré était arrivé sur E-Télé, qui était une télévision où je travaillais, et avait dégagé la patronne de la télé, ironie du sort, elle s'appelait Céline Pigalle, la directrice de la rédaction, qui aujourd'hui dirige France Inter. A l'époque, je ne m'étais pas barré, fallait que je vive, fallait que je bosse, et donc c'était de la corruption déjà. Et puis après, plein de gens sont partis, parce que ça continue comme ça. Donc ce n'est pas quelqu'un qui a son coup d'essai.

Il peut, il a l'argent, il a la puissance, il a l'absence de scrupules, au sens que donner Albert Camus, ce n'est pas un homme, parce qu'il ne s'empêche pas. Donc c'est cela que nous fuyons. Et en ce sens-là, Bruckner a raison.

3:10
Présentateur

Mais là, il vient de perdre quand même 115 écrivains, il sacrifie presque sa maison grassée, quel intérêt pour Vincent Bolloré ?

3:17
Locuteur non identifié

Je n'en sais rien. Les raisons d'Attila ne m'intéressent pas. Moi, je suis du côté du village brûlé. Et encore une fois, ce n'est pas parce que je dis, je ne publierai plus chez Grasset, je suis un héros. Les héros, ce sont les gens qui vivent tous les jours. On sait ce qui anime Vincent Bolloré. Je n'ai même pas envie de parler politique. Dans les gens...

3:36
Présentateur

Mais vous la sentiez, vous, cette pression ? Il a racheté Hachette et donc Grasset en 2023. Vous la sentiez, vous, cette pression ? Depuis trois ans, vous trouviez que la maison avait changé ?

3:45
Locuteur non identifié

Non, aucunement. Parce que Nora... Mais je ne suis pas un auteur Fayard. Peut-être qu'on aurait dû bouger quand il a transformé Fayard. On sait comment. Vous savez, quand je parle de corruption, c'est petit à petit, tu installes les choses et tu acceptes. Tu te dis que tu vas t'en sortir. Parce qu'il y avait cette figure d'Olivier Nora, qui est un des plus grands éditeurs français. Mais ne cherchez pas de la rationalité. Oui, il perd des auteurs. Vous savez, il avait perdu toute la rédaction d'E-Télé pratiquement. Je pense que cet homme s'en fout. Il construit autre chose. Il construit son caprice. Il construit son projet politique. Il construit des laideurs, disons cela comme ça.

Et il avance. Ce n'est pas son sujet. C'est de la terre brûlée.

4:25
Présentateur

Claude Escolovitch, que vont devenir vos livres publiés chez Grasset ? Les milliers de livres de tous ces auteurs qui quittent Grasset avec vous ?

4:33
Locuteur non identifié

Je n'en ai pas la moindre idée. Il y a un sujet humain, moral, juridique. J'ai écrit chez Grasset. Et tous les gens qui signent ce texte avec moi, ce n'est pas moi qui l'écris, j'ai juste signé, ont écrit des livres qui comptaient pour eux. Il y a des livres qui comptent plus que d'autres. Voilà, c'est sorti de notre âme, de notre cœur, de nos tripes. Et on pensait, à terre ou à raison, que c'était important. Ils appartiennent à la maison Grasset, une entité géolique. Donc j'ai le sentiment d'être volé d'une partie de ma vie. Il y a des choses beaucoup plus graves dans l'existence. Il y a des gens qui perdent leur boulot, il y a des gens qui meurent. La personne n'est mort.

On parle de symbolique. Essayons d'imaginer, Mathilde, puisque nous sommes tous les deux de Radio France, que demain, pour des raisons XYZ, d'un pouvoir politique nouveau, peu importe lequel, installent à la tête de Radio France et de France Inter des gens innommables. Donc ne les nommons pas. Que feriez-vous ? Que ferais-je ? Que pourrions-nous faire ? Pour autant, toutes les belles paroles, toutes les belles choses qu'on a entendues sur cette antenne depuis des années, continueraient d'exister. Mais on les perdrait. Donc mes livres, ils sont chés. Les livres que j'aime sont chez Grasset, ne m'appartiennent pas, ils m'appartiennent.

J'ai le sentiment de les abandonner, mais ce n'est pas de ma faute. C'est triste, infiniment triste.

5:49
Présentateur

Une dernière question. Est-ce que vous avez pu échanger directement avec Olivier Nora ? Est-ce que vous avez de ses nouvelles ? Est-ce que vous savez comment il va ?

5:56
Locuteur non identifié

Olivier, c'est un géant. On a eu un échange par SMS. Des millions de gens l'ont appelé. Donc je lui ai envoyé un SMS pour dire, comme dans les trois mousquetaires, que j'étais à lui. Et il m'a répondu en me disant qu'il m'aimait ou à peu près. Ce n'est pas une clause de style. Où ira Olivier ? Où ira Christophe Bataille ? Pour l'instant, ce sont les éditeurs. J'irai s'ils veulent de moi. La question ne se pose pas. Puis sinon, la vie est longue. Et dans les vies, il y a des tristesses et des deuils qui sont parfois plus concrets. Donc je pense qu'Olivier peut travailler n'importe où, pardon, à son choix, à sa guise, là où c'est honorable. C'est un grand bonhomme et un grand éditeur.

Mais encore une fois, on parle d'Olivier Nora, et Dieu sait que je l'aime. Pensez à tous les gens qui font cette maison grassée, Les éditeurs, les correcteurs, les attachés de presse, évidemment. Et qui n'ont pas tous le choix. J'en ai eu au téléphone, j'en ai eu par SMS. Ils ont construit quelque chose de magnifique, comme vous, et nous, faisons Radio France. Nous sommes tous très fragiles face aux bruts qui nous environnent en ce moment.

6:56
Présentateur

Merci beaucoup, Claude Escolovic. Les auditeurs, vous retrouveront bien évidemment dans la matinale du week-end pour votre chronique Les Modesco. C'est tous les samedis à 8h15.