Marc Fesneau, député du Cher, président du groupe « Démocrates » | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Mon invité a tracé son sillon l'air de rien avec un attachement à la terre et à ceux qui produisent comme fil rouge de son engagement. Ministre pendant six ans, il est aujourd'hui président du Groupe démocrate à l'Assemblée. Générique -Bonjour, Marc Fesneau. -Bonjour. -Quand vous avez été nommé ministre de l'Agriculture vous avez expliqué que ça rejoignait votre histoire personnelle.
En préparant l'émission, nous sommes retombés sur une archive télé de 1965 qui permet de mieux comprendre ce que vous vouliez dire par là. -En matière de problèmes agricoles, je crois qu'essentiellement, je ferai la distinction entre ce qui concerne le marché commun. Notre premier problème est d'aider les industries françaises alimentaires ou les agriculteurs à s'implanter en Europe et considérer dès à présent le marché commun comme un marché intérieur.
En ce qui concerne les autres pays, nos débouchés, aussi paradoxales que cela puisse paraître, sont plutôt pour un certain nombre de nos produits vers des pays surdéveloppés. -Alors, il y a un petit air de famille. Cet homme, c'est votre père... -Mon père. -...François Fesneau.
A l'époque, il dirigeait la Sopexa, une société d'expansion des ventes de produits agricoles et alimentaires. Et puis plus tard, il a été conseiller de Michel Rocard au ministère de l'Agriculture. Est-ce que c'est votre père qui vous a donné cette double vocation pour la politique et pour les sujets agricoles ? -La politique, c'est plutôt familial, parce qu'on parlait beaucoup de politique dans ma famille.
C'est une espèce de tradition, parfois des énervements à l'heure du repas, comme dans beaucoup de familles françaises. Enfin, on a toujours été passionnés de politique. La partie agricole, c'est à la fois mon père, parce que je ne l'ai connu que dans ses fonctions agricoles, aux fruits et légumes, à la Sopexa, auprès des céréaliers.
Donc, on parlait toujours d'agriculture, parce que c'est ce qui faisait qu'il n'était pas très présent à la maison, pour être très clair. Le deuxième lien à l'agriculture, c'est que...
A Marchenoir, mon village, qui est le lieu où je suis résident désormais, j'allais souvent à la rencontre des agriculteurs. J'ai découvert l'agriculture à ce moment-là aussi. Donc il y a à la fois le tropisme paternel et, par mon père toujours, le tropisme de la relation à l'époque avec des agriculteurs. -Alors, ministre de l'Agriculture, vous avez défendu un modèle qu'on appelle productiviste, capable de nourrir la France.
C'est un modèle dont vous avez aussi hérité de votre père ? On n'était jamais sur le fond de ces sujets-là en tant que tel. Mon père était en fonction à une époque où on était dans la pleine expansion de l'agriculture, c'était les débuts de la politique agricole commune, la grande vocation exportatrice qui s'était affirmée de la France, on n'est plus dans les mêmes logiques.
Produire n'est pas un gros mot. Le problème, c'est qu'on produit sous contraintes climatiques, désormais très puissantes, et donc il faut s'adapter. Et la prise en compte de l'environnement est un facteur qu'il faut intégrer, et qui est difficile, parce que les techniques agricoles s'étaient un peu affranchies de cette question environnementale pendant des dizaines d'années.
Personne ne s'y intéressait, ou peu de gens s'intéressaient à ces questions, il y a eu quelques précurseurs. Et donc, il faut qu'on arrive à produire en protégeant la planète. Pas la moindre des gageures. -Marc Fesneau, vos positions politiques sur les pesticides, sur l'usage de l'eau ou encore sur les conditions d'élevage, s'expliquent très souvent par ce modèle agricole que vous défendez.
Mais cela vous a aussi valu d'être qualifié par certains de porte-parole de la FNSEA, voire de ministre de lobby. Que répondez-vous à ceux qui vous reprochent cette forme de proximité avec le milieu agro-industrie ? -Qu'il faut essayer chacun de sortir des postures.
Qu'on me dise lequel des pesticides j'ai réintroduit et réautorisé en France. -Il y a eu cette décision que vous avez prise contre l'avis de l'Anses, notamment pour le S-métolachlore. -Pas du tout.
C'est juste qu'une décision européenne arrivait six mois plus tard et qu'il y avait besoin d'attendre la décision européenne. C'était une question de chronologie. Parce que c'est forcément sympathique aux yeux de tous de supprimer des produits dont on peut estimer qu'ils peuvent avoir tel ou tel effet ou impact, mais si le voisin allemand, le voisin italien, le voisin espagnol fait exactement l'inverse, à quoi ça sert au fond ?
Ca sert juste à exposer nos agriculteurs à une concurrence déloyale, sauf si on sort de l'Europe et qu'on vit sur une île. -Alors, derrière votre attachement à l'agriculture, il y a cette histoire familiale, mais que. Vous avez mis en exergue sur votre carte de voeux de 2023, une citation de Lamartine : "Ce n'est pas seulement du blé qui sort de la terre labourée, c'est une civilisation tout entière." Finalement, c'est un combat presque civilisationnel, identitaire que vous menez ? -Moi, je pense que le monde agricole, le monde rural est un monde qui est très porteur, alors ne nourrissons pas que des images d'Epinal, mais il est très porteur de valeurs et d'une part de ce qu'a été l'histoire française.
Nous sommes un peuple de paysans, culturellement. Paradoxalement, nous ne sommes pas ceux qui avons le plus gardé nos paysans. Vous allez en Italie, il y a 1,2 millions d'agriculteurs.
En France, il y en a plus que 400 000. Je pense que la démographie est un sujet central parce que les paysages, l'organisation sociologique des territoires s'est beaucoup organisée au travers du travail des paysans. Et donc, je pense que ce travail, c'est à la fois pour nous nourrir, mais au fond, il a développé une singularité rurale française. -Alors, c'est au nom aussi de cet héritage culturel que vous défendez des pratiques comme la chasse ou la corrida ?
Je crois que vous pratiquez la chasse à l'arc et vous avez défendu la corrida publiquement. Ce ne sont quand même pas des positions très dans l'air du temps. Vous les assumez ? -D'abord, je trouve qu'en politique, il n'est pas mauvais de ne pas être dans l'air du temps.
Sinon, on est vite ballotté par les temps et ballotté par les vagues. Et je déteste ça. Ce n'est pas parce que ça ne plaît pas qu'il ne faut pas le dire, le penser.
Deuxième élément, je ne suis pas un aficionado, moi, pas du tout, mais je pense que, et je comprends que les images puissent choquer, mais il faut essayer de comprendre l'autre dans ce qu'est sa part d'identité, en particulier sur de la tauromachie. Ce n'est pas la même chose pour les activités de chasse. Je considère qu'il y a une part de l'identité française qui est là, que chacun doit faire son chemin, que des pratiques doivent changer, qu'on doit être attentif à plus de choses.
Je ne suis pas juste à être conservateur de quelque chose. C'est en dynamique que ça doit se penser. Je vois beaucoup de jeunes chasseurs qui ont des pratiques tout à fait différentes de leurs parents et leurs grands-parents et qui cherchent d'abord un contact à la nature.
Essayons de nous saisir de ça. Et ce n'est pas simplement comme un élément identitaire. Je pense que c'est des lieux de convivialité, où il y a beaucoup de mélange social.
Il n'y a pas beaucoup d'endroits maintenant où il y a du mélange social. Donc préservons aussi ce qui est la part des choses et ne considérons pas que tout ce qui était du passé devait être mis...
On a beaucoup critiqué le nouveau monde dans la vie politique... -Justement... -Je considère que parfois, l'ancien monde a aussi ses vertus. -Dans un portrait que vous était consacré dans "Le Figaro", vous avez eu cette phrase : "Si la réaction, c'est de dire que dans le passé, il y a des choses qui ont un sens, une histoire, une culture, une filiation qui répondent à une part de la France, alors ça ne me dérange pas." Vous assumez ce côté un peu réac ? -Oui, enfin...
Je pense que nous n'allons, et on peut regarder l'avenir, qu'en regardant ce qu'ont été nos racines, avec la part de lumière et celle d'ombre, parfois, d'ailleurs. Mais si on n'est pas capable de s'ancrer avec ça, je pense qu'on fait une erreur tragique, et notamment dans un pays comme le nôtre, à l'histoire multimillénaire. -Je voudrais qu'on revienne sur votre parcours politique, on va voir tout est lié à la terre.
Vous avez fait vos débuts sur la terre de vos ancêtres, comme conseiller municipal de Marchenoir, en Loir-et-Cher, vous l'êtes toujours, et c'était en et c'était en 1995. Qu'est-ce qui a motivé ce premier engagement ? -Aussi bête que l'amour de mon village et l'envie d'y apporter ma contribution.
C'est l'engagement le plus pur et le plus absolu. Quand vous regardez, d'ailleurs, dans les parcours d'élus qui s'ancrent dans la durée, le premier mandat d'appréhension de ce qu'est la réalité, où on fait des choses, c'est le mandat municipal. Je voulais faire des choses pour mon village.
C'est aussi bête que ça et aussi simple que ça. -Alors, plus tard, vous avez croisé la route d'une femme, Jacqueline Gourault, fidèle parmi les fidèles de François Bayrou. Vous avez été son collaborateur parlementaire au Sénat pendant 16 ans.
Qu'est-ce qu'elle vous a appris ? Qu'est-ce que vous retenez de ces années à ses côtés ? -J'ai appris ce qu'était la droiture en politique, le sens de l'engagement, le sens du combat politique, l'honnêteté intellectuelle et l'honnêteté tout court, et une forme de bienveillance et de capacité à transmettre, ce qui est très rare dans le monde politique, puisque le monde politique commence à faire émerger des générations pour mieux faire en sorte qu'elles ne puissent pas émerger complètement.
Et Jacqueline a toujours fait en sorte que tous ceux qui ont été avec elle ou qui l'ont accompagnée...
Elle trouvait très bien que puissent naître mille fleurs, comme disait l'autre, que puissent naître des vocations politiques. Elle a été un exemple pour beaucoup, en tout cas pour moi beaucoup. J'ai trouvé que tous les éléments de ces qualités-là étaient très précieux en politique, parfois un peu atypiques.
Mais désormais qu'elle est au Conseil constitutionnel et qu'elle a une carrière à la fois de parlementaire et de ministre, que chacun a pu reconnaître, ça prouve que c'est possible de le faire avec cette éthique-là. -On avance dans le temps. En 2017, quand Edouard Philippe forme son premier gouvernement, vous refusez de devenir ministre de l'Agriculture.
C'est rare de refuser un ministère. Pourquoi ce refus à l'époque ? -J'ai considéré que, un peu à contresens, c'était pas la peine de courir dans les escaliers et de les monter très vite, parce que des fois on les redescend plus vite, et pas sur ses jambes, et que c'était plus intéressant que je construise mon parcours d'abord par une expérience de parlementaire.
J'ai été élu par les citoyens pour être parlementaire, pas pour être ministre. Et je suis devenu ministre auprès d'Edouard Philippe, avec grand bonheur, d'ailleurs, un an et demi après, parce que je considérais que là, j'avais fait un chemin et intellectuel et personnel, d'une certaine façon, qui permettait d'accéder plus...
Comment dirais-je ? Plus... normalement à ses fonctions.
Ca n'est pas induit d'être ministre, ça n'est pas non plus un accomplissement total dans une vie. On réussir largement sa vie sans être ministre. Pour moi, 'à cette époque-là, ce n'était pas le moment. -On parlait d'Edouard Philippe, c'est un homme qui ne tarie pas d'éloges sur vous : "Marc Fesneau, solide, fiable, agile, loyal, discret, capable d'anticiper et de rester positif, même lorsqu'il exprime des doutes." Mais que faites-vous au MoDem ?
Il faut rejoindre Edouard Philippe à Horizons ! -On peut avoir des accointances, des sympathies, des compagnonnages, ça ne va pas mal avec Edouard Philippe, "compagnonnage", en respectant chacun nos différences. Je pense que c'est pas forcément...
Le compagnonnage n'empêche pas qu'on puisse avoir des différences d'approche politique. Mais je reconnais que j'ai beaucoup apprécié de travailler avec lui. C'était d'abord mon premier Premier ministre.
Et on a traversé...
Je suis arrivé au moment de la crise des Gilets jaunes...
Et puis l'immense crise, en tout cas au démarrage, après ça a été, avec Jean Castex, l'immense crise de la crise Covid qui était un moment très difficile. Mais c'est vrai que j'ai plutôt partagé...
Nous ne nous connaissions pas avec Edouard Philippe et on a bien travaillé ensemble. -Je vous propose de passer à notre quiz pour conclure. Je vais vous proposer quelques phrases et vous allez les compléter selon votre inspiration.
Marc Fesneau : "Etre roux en politique..." -Atypique.
C'est atypique. Vous avez dit cette phrase : "Je fais partie du quota des rouquins au gouvernement." -Je disais même en plaisantant que je portais la couleur de mon parti sur mes cheveux et que ça me distinguait.
C'est une forme de quota. J'ai toujours plaisanté...
Quand j'étais jeune, tous les roux vous raconteront ça, dans les cours d'école, comme d'autres signes distinctifs extérieurs...
C'est pas tous les jours marrant. Alors, je ne fais pas le petit chose, ce n'est pas le sujet. Mais on vous repère.
On vous appelle plutôt par cette couleur de cheveux que par votre prénom ou votre nom. -"Les experts de la carte électorale..." C'est votre cas. -Oui, les experts de la carte électorale, d'abord il y en a de moins en moins, parce qu'une expertise c'est de la sociologie, de l'habitude, de la connaissance du territoire, des écosystèmes, c'est très fin.
J'adore la carte électorale, je trouve ça passionnant, ça ne répond pas à une logique mathématique à chaque fois, et on en a grand besoin en particulier dans les périodes où il y a des élections, et c'est toujours très plaisant parce qu'on est avec de la pâte humaine. C'est passionnant. -Et pour finir : "Avoir 15 minutes d'avance sur l'horloge de son téléphone..." -Je ne saurais l'expliquer... -Vous plaidez coupable ? -Je plaide absolument coupable.
Je veille scrupuleusement à ce que ce soit bien 15 minutes. J'ai fait ça il y a 15 ans. Ca perturbe toujours, d'ailleurs la preuve, mes interlocuteurs parce qu'ils pensent qu'ils sont en retard ou qu'ils quittent la salle plus tôt.
Je trouve ça assez marrant. C'est un exercice intellectuel de faire la mécanique de "j'ai du retard ou pas ?".
C'est vrai que c'est très atypique. -Merci, Marc Fesneau, d'être venu dans "La politique et moi". Générique
Marc Fesneau