Gérald Darmanin : "Au Parlement, il n'y a pas de majorité pour augmenter les impôts"
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Questions et réponses
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- 0:29OuverteRéponse directe
Après plus de 7 ans comme ministre, qu'est-ce que ça fait de se retrouver hors du gouvernement ?
- 1:43OuverteRéponse partielle
Pourquoi Michel Barnier n'a pas souhaité vous faire entrer dans l'équipe gouvernementale ?
- 2:05OuverteRéponse directe
Vous souhaitiez les affaires étrangères ?
- 2:52RelanceRéponse directe
Est-ce que vous soutenez aujourd'hui Michel Barnier ?
- 4:41OuverteRéponse directe
Si Michel Barnier annonce une hausse exceptionnelle d'impôt sur les plus riches, vous pensez vraiment que ça se passe comme ça ?
- 5:50OuverteRéponse directe
Mais là, le déficit a explosé, Gérald Darmanin.
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:26Invité politiqueFait
« J'ai eu l'honneur incroyable d'être ministre pendant 7 ans, d'être jeune ministre de deux magnifiques ministères, les comptes publics et l'intérieur. »
- 3:44Invité politiqueChiffre
« On est passé de 18% de taux de chômage en 2014, quand je suis devenu maire, à 11% aujourd'hui. »
- 3:54Invité politiqueFait
« C'est grâce à l'action du président de la République, à une politique économique fondée sur la baisse des impôts. »
- 4:33Invité politiqueFait
« On ne va pas refaire l'erreur de l'ISF, de la surtaxe de l'impôt sur les sociétés, de la tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu. »
- 5:37Invité politiqueFait
« J'ai rétabli sous l'autorité d'Edouard Philippe les comptes publics. »
- 5:47Invité politiqueFait
« On a baissé des crédits militaires, on a fait des grandes réformes comme l'impôt à la source, les impôts ont baissé, la dépense publique a baissé, le déficit a baissé. »
- 6:14Invité politiqueChiffre
« Il est écrit texto, il faut faire 25 milliards d'euros d'économies cette année et zéro euro d'impôt d'augmentation. »
- 7:04Invité politiqueChiffre
« 6% seulement des ouvriers et des employés votent pour nous désormais. »
- 14:50Invité politiqueChiffre
« Vous ne dites pas la vérité, nous sommes autour de 20% des OQTF exécutés, et c'est évidemment trop peu, bien évidemment. »
- 15:09Invité politiqueFait
« Cette personne a été arrêtée à deux reprises. Cette personne a été présentée devant des magistrats parce qu'il avait violé. »
- 17:20Invité politiqueFait
« Vous savez, quand vous êtes un républicain ou un démocrate, vous constatez qu'on juge les gens sur ce qu'ils font, et non pas sur ce qu'ils sont. »
- 18:39Invité politiqueFait
« Si c'est réformé, oui, on peut toujours réformer. Il y a des abus également dans l'aide médicale d'État, bien sûr. »
- 20:30Invité politiqueFait
« Je pense que ça aurait été beaucoup plus dur. »
Temps de parole
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Et avec Léa Salamé, nous recevons ce matin le député Renaissance du Nord, ancien ministre de l'Intérieur. Vos questions, vos réactions au 01 45 24 7000 et sur l'application de Radio France. Gérald Darmanin, bonjour. Bonjour. Et bienvenue sur Inter. On va revenir avec vous sur la situation du pays, sur votre rentrée politique hier à Tourcoing, sur le discours que vous y avez prononcé. Mais d'abord une question plus personnelle. Après plus de 7 ans comme ministre, du budget, puis de l'intérieur, qu'est-ce que ça fait de se retrouver hors du gouvernement ? Qu'est-ce que vous ressentez ? Est-ce que vous vous sentez perdu, libéré ? Est-ce que vous avez peur de ne plus exister ?
Qu'est-ce qui vous traverse, s'il vous plaît, sans langue de bois ?
Non, j'aurais aimé continuer à servir mon pays au gouvernement. Michel Barnier ne l'a pas souhaité. C'est comme ça, il n'y a pas de droit à être ministre. J'ai eu l'honneur incroyable d'être ministre pendant 7 ans, d'être jeune ministre de deux magnifiques ministères, les comptes publics et l'intérieur. Donc j'ai à la fois un sentiment où je me dis que c'est dommage, j'aurais pu continuer l'aventure, puisque je pense que c'est un moment où le pays a besoin d'énergie, et je pourrais très immodestement y contribuer un petit peu. Et puis en même temps, de la libération.
Parce que quand vous avez été pendant plus de 4 ans ministre de l'Intérieur, dans des périodes aussi difficiles pour la France, pour les Français, vous êtes content de ne pas allumer votre téléphone portable la nuit, de passer quelques jours avec vos enfants, c'est la première fois que je le fais vraiment depuis leur naissance, parce qu'ils sont tout petits, de pouvoir aussi prendre les semaines, les mois qui viennent, pour réfléchir et pour se poser. Il y a des moments dans la vie où il faut savoir se mettre un peu de côté. Ce moment est arrivé, et je vais en profiter pour qu'il ne soit pas oisif.
Pourquoi il n'a pas souhaité vous faire entrer dans l'équipe gouvernementale ? Qu'est-ce qui s'est passé ? Il y a beaucoup de choses qui ont été dites, que vous vouliez les affaires étrangères et qu'ils ne voulaient pas vous les donner, que vous auriez parlé dans la presse. Qu'est-ce qui s'est passé ? Vous avez compris ?
Non, je pense qu'il faut poser la question à Michel Barnier. Après, il est le chef du gouvernement, c'est normal, c'est lui qui propose. Encore une fois, il n'y a pas de droit à être ministre, moi je soutiendrai ce gouvernement.
Vous souhaitiez les affaires étrangères ?
Oui, bien sûr, je l'ai dit à Michel Barnier, puisque je voulais quitter le ministère de l'Intérieur. Au bout de plus de 4 ans, quasiment 4 ans et demi au ministère de l'Intérieur, c'était raisonnable pour tout le monde qu'on change de locataire à Beauvau. C'est important pour les policiers et les gendarmes qu'ils aient quelqu'un qui ait de nouveau de l'énergie pour les défendre. Ensuite, avec Michel Barnier, on avait manifestement des erreurs d'appréciation. Dans son bureau, il m'avait évoqué l'augmentation des impôts, j'y suis résolument opposé.
Donc il vaut mieux peut-être que je sois désormais parlementaire, parce que sinon je n'aurais pas pu être ministre d'un gouvernement qui les augmenterait. Donc je pense que Michel Barnier et moi, on a fait peut-être la bonne décision en ne travaillant pas ensemble au gouvernement. Mais aujourd'hui, je pense qu'il faut sa réussite. Parce que la situation institutionnelle de notre pays est très difficile. Et c'est à lui de montrer l'ouverture.
Mais c'est ce que je vais vous dire, est-ce que vous le soutenez aujourd'hui Michel Barnier ? Quand vous dites hier dans votre discours, nous ne soutiendrons pas un gouvernement qui augmentera les impôts, il va les augmenter. Donc est-ce que ça veut dire quoi ?
Non, il ne l'a pas encore prononcé dans son discours politique général. Puis ensuite, vous savez, il y a un Parlement. Aujourd'hui, le pouvoir, il est transformé au Parlement. Voilà, c'est un fait. C'est-à-dire que c'est un fait sur lequel la 5ème République a du mal à s'adapter. Nous tous d'ailleurs, politiques, commentateurs, français. Mais c'est au Parlement qu'on décidera. Et donc ce que je peux vous dire, c'est qu'au Parlement, il n'y a sans doute pas de majorité pour augmenter les impôts. Et le Premier ministre a dit qu'il respecterait les chambres, qu'il respecterait le débat parlementaire. Et bien, on aura ce débat parlementaire. Puis moi, je suis un démocrate.
Si jamais il y a une majorité de gens qui veulent augmenter les impôts à l'Assemblée ou au Sénat. Je n'aurais pas tout compris du programme DLR depuis tant d'années. Mais il est évident que je jouerais ce jeu démocratique. Parce qu'augmenter les impôts, moi, je ne le fais pas pour les gens qui ont de l'argent ou pour les entreprises. Moi, ce qui m'intéresse, c'est mon pays. J'ai essayé d'expliquer à Tourcoing qu'on est passé de 18% de taux de chômage en 2014, quand je suis devenu maire, à 11% aujourd'hui. C'est grâce à l'action du président de la République, à une politique économique fondée sur la baisse des impôts.
Pour les particuliers, je l'ai fait avec la taxe d'habitation et l'impôt sur le revenu, comme sur l'entreprise, ce qu'a fait Bruno Le Maire et ce qu'a fait le président de la République. Si on augmente les impôts, même une seule fois, on va donner l'impression que la France s'est retrouvée dans ses vieux démons. Et quand on augmente les impôts...
Ça va donner l'impression qu'il y a 6% de déficit et que, comme dit Michel Barnier, il faut un effort de solidarité nationale, notamment chez les plus riches et les entreprises.
Ce que je veux vous dire, c'est que si on donne un coût d'augmentation d'impôt, contrairement à ce que nous avons dit à nos électeurs, d'abord nous allons trahir nos électeurs et ensuite nous ferons augmenter le chômage. Et vous savez, quand vous augmentez l'impôt, même symboliquement aux plus riches, chez moi dans le nord de la France, les gens vont en Belgique. Le capital, il est volatile. On ne va pas refaire l'erreur de l'ISF, de la surtaxe de l'impôt sur les sociétés, de la tranche supplémentaire de l'impôt sur le revenu. Les gens, ils s'en vont, les gens qui ont de l'argent.
Donc pour vous, si Michel Barnier, demain, dans son discours de politique générale, annonce une hausse exceptionnelle d'impôt sur les plus riches, tout de suite, ils prennent le train, ils vont à Bruxelles. Vous pensez vraiment que ça se passe comme ça ?
La baisse de la fiscalité, c'est de l'argent en plus qui va dans l'économie. Alors qu'il y a des corrections fiscales, que l'on travaille ensemble pour que les plus riches, qui peuvent être parfois égoïstes, n'utilisent pas leur argent pour l'économie, mais pour eux, et qu'on corrige fiscalement dans la loi ces comportements inacceptables, je suis le premier à le dire et je le dis depuis très longtemps.
Mais si c'est pour avoir du rendement, c'est-à-dire de l'argent public, pour compenser un budget parce qu'il faut plaire à Bruxelles pour le déficit, mais que Michel Barnier aille à Bruxelles, je crois qu'il connaît assez de monde, pour dire qu'on ne fera pas 3% de déficit en 2027, on le fera en 2028 ou en 2029. Et puis ce sont les économies qui comptent. Vous savez, j'ai été ministre des comptes publics au moment où M. Hollande passait la main à M. Macron et on était à un déficit excessif vu par Bruxelles depuis très longtemps. J'ai rétabli sous l'autorité d'Edouard Philippe les comptes publics.
Je vous rappelle qu'on a fait des économies extrêmement fortes, qui ont d'ailleurs été très critiquées à l'époque. On a baissé des crédits militaires, on a fait des grandes réformes comme l'impôt à la source, les impôts ont baissé, la dépense publique a baissé, le déficit a baissé.
Mais là, le déficit a explosé, Gérald Darmanin.
Mais c'est par les économies qu'on y arrive. L'assurance chômage, remettons sur table la réforme de l'assurance chômage. Il y a plein de possibilités, on peut parler pendant longtemps des économies, par les parlementaires qui ont des idées. J'ai constaté que dans le programme des LR, juste au lendemain des élections, il y a un mois et demi, comme M. Wauquiez l'a présenté, il est écrit texto, il faut faire 25 milliards d'euros d'économies cette année et zéro euro d'impôt d'augmentation. Appliquons le programme de M. Wauquiez et des LR.
Alors, venons-en à cette rentrée politique hier à Tourcoing. Vous étiez très entouré, Gérald Darmanin, aux côtés d'Edouard Philippe, de Gabriel Attal, d'Elisabeth Borne. Dites-nous, c'était la réunion de l'amicale des anciens de la Macronie ou le tour de chauve des candidats de 2027 ?
Il y avait aussi beaucoup d'amis des Républicains qui étaient là. Il y avait beaucoup de parlementaires LR, il y avait des parlementaires de Lyot, et puis il y avait beaucoup d'élus locaux, puis il y avait beaucoup de gens qui s'intéressaient simplement au débat public. C'est bien en politique de se rassembler, de discuter. On n'est pas d'accord sur tout, mais je pense qu'on est tous d'accord sur le fait que, un, on a perdu les élections européennes. Et j'ai donné ce chiffre qui devrait tous nous interpeller dans l'ex-majorité. 6% seulement des ouvriers et des employés votent pour nous désormais. C'est-à-dire que nous ne représentons plus une très grande partie du peuple français.
Et cette très grande partie du peuple français, des fonctionnaires, des ouvriers, des employés, ont voté soit pour le NFP notamment et les filles, soit pour Marine Le Pen. Ça devrait nous interpeller. On ne peut pas gouverner sans le peuple, et on ne peut pas être élu sans le peuple.
Donc vous avez créé ?
Une populaire. Oui, mais ça, d'abord, c'est un point très important, c'est-à-dire que nous sommes coupés de la base populaire, coupés du peuple. Et dans toutes les démocraties qui nous entourent, on voit que quand les classes moyennes et populaires s'en vont vers les extrêmes, et singulièrement vers l'extrême droite, eh bien ils prennent le pouvoir. Ça devrait nous interpeller. Donc, ce que j'essaye de dire, ma modeste contribution pour les mois et peut-être 2027, quel que soit notre candidat, c'est qu'on doit s'intéresser à la question sociale. Et la réponse identitaire n'est pas la bonne réponse. Je le disais déjà quand j'étais au RPR, à l'UMP et au LR.
Il peut y avoir des questions identitaires, évidemment, mais elles sont essentiellement sociales. Et ce point très important, il faut que ceux qui veulent aller à l'élection présidentielle le comprennent et un discours populaire. On doit avoir un récit social du Bloc central. Nous ne l'avons pas.
Vous ne l'avez pas. Edouard Philippe déclarait au point début septembre, « Ce n'est un mystère pour personne que je serai candidat à la prochaine élection présidentielle. » Il était hier chez vous. Gabriel Attal s'y prépare également. Il était hier chez vous. Vous lancez votre mouvement, votre cercle de réflexion populaire. Est-ce qu'il faudra imaginer une primaire du centre d'ici 2027 ? Tellement il y a de candidats.
En tout cas, nous devons avoir un seul candidat. Et soit ce candidat est sélectionné naturellement, si j'ose dire, par les sondages, par son énergie, par son programme, le fait qu'il soit incontestable. Il y a eu des candidats incontestables parfois dans la vie politique. Soit effectivement, il faudra trouver, Madame Salamé, un moyen de le sélectionner. Mais c'est beaucoup trop tôt. On vient de prendre deux poids lourds sur l'autoroute électorale. Donc il faut qu'on se pose quelques instants.
Mais donc vous n'excusez pas l'idée d'une primaire du centre ?
En tout cas, j'exclus le fait qu'on ne soit plusieurs candidats. Donc soit encore une fois, il s'impose, parce que ce candidat ou cette candidate arrive à rassembler, arrive à montrer que c'est le seul qui peut battre Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon. Soit si nous sommes divisés, vous savez quoi ? On regardera le second tour à la télévision. Et on sera en train de choisir entre le candidat, M. Mélenchon peut-être, et le candidat, Madame Le Pen. Le pire des scénarios pour le Bloc Central, et je crois pour les Français, bien évidemment. Donc nous avons une responsabilité, c'est d'avoir un seul candidat.
Donc soit ce candidat s'impose, ou cette candidate s'impose, soit nous devrons trouver un moyen de le sélectionner.
Mais là, vous convenez qu'il y en a beaucoup quand même, non ?
Oui, mais c'est normal. Donc vous ? On est assez loin de la démarche. Moi, ce qui m'intéresse, c'est de peser sur la ligne politique.
Ça, c'est la langue de peau.
Non, ce n'est pas vrai, parce que je n'ai pas l'obsession du tout de la présidentielle. Ce qui m'intéresse, en revanche, ce sont mes convictions. Et ce qui m'intéresse, c'est de pouvoir corriger des erreurs que nous avons faites. L'assignation à résidence qu'évoquait Emmanuel Macron en 2017, le fait qu'il y a encore beaucoup de discrimination dans notre pays. J'ai essayé de dire dans mon discours de passation le fait qu'il y a plein de gens qui n'arrivent pas encore à trouver leur place dans la société française. C'est un discours qu'on ne portons plus, alors qu'on l'a porté en 2017. C'est ce qui m'avait plu chez Emmanuel Macron.
Ne pas voir qu'il y a un problème de discrimination dans notre pays. On est sans doute en partie responsable.
C'est-à-dire que vous avez été 7 ans au gouvernement, donc 4 ans ministre de l'Intérieur,
donc chargé de l'intégration. Nous avons fait, je crois, beaucoup de choses, mais on a effectivement raté un certain nombre d'autres choses. Et je pense qu'il faut qu'on se pose des questions, qu'on fasse notre introspection. Et vous savez, quand vous n'êtes plus au pouvoir, le but, ce n'est pas de dire qu'on a été très bons et les Français ne nous ont pas compris. C'est de comprendre pourquoi on n'a pas été si bons que ça.
Lors de la passation de pouvoir, précisément avec Bruno Retailleau, votre successeur a répété à trois reprises « La première priorité, rétablir l'ordre. La deuxième, rétablir l'ordre. La troisième, rétablir l'ordre. » Fin de citation. Ce n'était pas franchement un hommage à votre bilan de 4 ans à Beauvau. Vous l'avez trouvé trop sévère avec ce bilan. C'était le désordre, Gérald Darmanin, quand vous étiez aux commandes.
Je ne sais pas, les Français jugeront la façon dont les Jeux Olympiques se sont passés. Si j'en crois, les très nombreux remerciements que je peux avoir encore dans la rue de gens qui disent « Écoutez, je ne vous apprécie pas forcément dans votre vie politique, mais vous avez été, avec les forces de l'ordre, très bons pendant ces Jeux Olympiques. » Je crois que les choses étaient positives. Vous savez, moi je ne vais pas critiquer...
Mais c'est ce qu'il ne dira pas quand il voit les chiffres de la délinquance, Gérald Darmanin. Je ne vais pas critiquer mon successeur. Vous le savez, les chiffres de la délinquance ne sont pas bons. On est sur les homicides, sur les escroqueries.
J'essaye d'être élégant et je ne vais pas critiquer mon successeur parce qu'il découvre le ministère de l'Intérieur. C'est un ministère passionnant, difficile. Mais il ne faut pas être ministre de la police. Il faut être ministre des policiers. Il faut être ministre des gendarmes. Il faut être ministre des agents de préfecture. Il faut être ministre des gens. Il faut parfois être ministre des immigrés aussi. L'immigration, c'est quelque chose de très complexe.
L'immigration n'est pas une chance, a-t-il dit hier ?
Je n'ai pas vu l'émission de Bruno Retailleau. Je pense qu'il voulait parler de l'immigration illégale. Si c'est le cas, l'immigration illégale, en effet, c'est une malchance pour les immigrés illégaux eux-mêmes qui arrivent dans des conditions terribles sur notre sol et pour la France qui n'arrivent pas à les intégrer. Mais l'immigration illégale, bien sûr que c'est une chance pour notre pays. En tout cas, ce que je veux dire, c'est que le ministère de l'Intérieur, c'est un ministère humain. Il ne faut pas être ministre de la police. Il faut être le ministre des policiers.
Ce que je pense est très important dans ce que nous vivons, c'est que j'ai appris au bout de 4 ans au ministère de l'Intérieur, moi-même j'ai peut-être fait parfois les erreurs de communication que les ministres de l'Intérieur peuvent faire quand ils arrivent, c'est être aux côtés des hommes et des femmes du service public, de la sécurité et peut-être quitter ses habits parfois d'opposants pour être dans l'habit de celui qui les dirige parce que vous savez, ils risquent leur vie tous les jours.
C'est-à-dire qu'il est toujours dans l'opposition quand il dit hier... Non, parce qu'il a eu des mots très forts hier. Il a déclaré vouloir renverser la table en mémoire de Philippines, quitte à bousculer les règles pour que ça ne se reproduise pas. Il espère pouvoir modifier la Constitution pour permettre un référendum sur l'immigration. Il dit l'État de droit n'est pas intangible ni sacré. La source de l'État de droit, c'est la démocratie, c'est le peuple souverain. Comment recevez-vous ces déclarations de Bruno Retailleau ? Ce ne sont pas des petits mots.
Encore une fois, chacun son style. Bruno Retailleau est un homme intelligent. Le ministère de l'Intérieur, vous savez, ils appliquent le droit. Les préfets, les sous-préfets, les policiers, les gendarmes, on applique le droit. Que le droit doit changer, c'est entendu, c'est pour ça qu'on fait de la politique, mais il faut d'abord changer le droit. Donc la source de l'action du ministre de l'Intérieur, c'est l'application du droit.
Changer la Constitution pour permettre un référendum sur l'immigration, c'est bien favorable ?
Si le peuple souverain souhaite qu'on change la Constitution, pourquoi pas ? Modifier la Constitution pour un référendum sur l'immigration, pourquoi pas ? Mais ça, ce n'est pas demain, ce n'est pas après-demain. La sécurité, c'est aujourd'hui. J'ai eu beaucoup de critiques quand j'étais ministre de l'Intérieur pour dire, finalement, il faut faire beaucoup mieux. Ben voilà, nous regardons. Ne reportons pas demain ce qui semble être pouvoir fait aujourd'hui. Vous savez, je vais vous dire quelque chose de très, très simple. Le ministère de l'Intérieur, c'est vraiment le ministère social de protection des Français. Et d'espoir des Français.
Et c'est des policiers et des gendarmes qu'il faut soutenir. D'abord, le ministre de l'Intérieur, son premier sujet, c'est de récupérer de l'argent. L'argent à Bercy. C'est ce que j'ai fait pendant 4 ans et demi, dans des conditions difficiles. Il faut absolument que les policiers, les gendarmes, les agents de préfecture, les sapeurs-pompiers, ils aient les moyens. Donc d'abord, le ministre de l'Intérieur, son premier sujet, c'est de récupérer de l'argent à Bercy. Le deuxième, c'est de se mettre d'accord avec son collègue de la justice et des affaires étrangères pour que d'un côté, la chaîne pénale, de l'autre côté, les laissés-passés consulaires pour l'immigration fonctionnent.
Le troisième, c'est d'avoir de l'efficacité. Gérald Darmanin. Et quand on voit, pardon, parce que vraiment, c'est ce qui vous est reproché, quand on voit la mise en lumière par le viol et le meurtre de la jeune Philippine, encore par un Marocain récidiviste qui était sous le coup d'une OQTF la semaine dernière, votre bilan sur les exécutions d'OQTF interroge. 10% sont expulsés, dit la Cour des comptes, alors que la moyenne d'exécution des OQTF dans l'Europe est de 30%. Ce que je veux dire, c'est qu'Emmanuel Macron avait promis en 2019, 100% des OQTF seront exécutés.
Vous ne dites pas la vérité, nous sommes autour de 20% des OQTF exécutés, et c'est évidemment trop peu, bien évidemment. Et nous sommes le premier pays européen, madame, premier pays européen à pouvoir le faire. Mais vous voyez, dans le meurtre horrible de Philippines, je pense que nous pourrions être tous honnêtes. La police et la gendarmerie ont fait leur travail, le ministère de l'Intérieur a fait son travail. Cette personne a été arrêtée à deux reprises. Cette personne a été présentée devant des magistrats parce qu'il avait violé. Cette personne n'a pas été en prison pendant des longues années, contrairement au fait que notre code pénal est assez clair sur le viol.
Il a été mis en centre de rétention administratif, et c'est un juge des libertés de détention, avant même que la fin de la durée que l'on puisse mettre quelqu'un dans un centre de rétention, a été libérée pour recommettre son crime. Le ministère de l'Intérieur n'a rien à se reprocher.
Donc c'est la faute de la justice ?
Mais nous devons absolument considérer que lorsqu'on met quelqu'un dans un centre de rétention administratif, comme je l'ai demandé depuis des années, parce qu'il commette des actes criminels et délictuels, il ne faut pas les libérer parce qu'ils sont dangereux. C'est-à-dire un amendement de la loi immigration qui avait été accepté et voté d'ailleurs aussi par M. Retailleux lui-même. Donc évidemment que la justice doit avoir sa responsabilité. Et pardon de le dire, pourquoi je voulais aller aussi au ministère de l'Intérieur ? Parce qu'une partie des questions migratoires, c'est vrai qu'avec nos États partenaires, et ce n'est pas en les insultant qu'on arrivera mieux.
Il faut parler avec l'Algérie, avec le Maroc, avec la Tunisie, avec tous ceux qui nous ont toujours...
Vous avez le sentiment qu'il a insulté l'Algérie ?
Non, non, je ne dis pas ça, je dis juste qu'on apprend vite qu'il faut des partenaires. Et les partenaires, c'est Bercy, pour avoir plus d'argent pour les policiers et les gendarmes, c'est la justice, pour que la chaîne pénale soit plus efficace, plus rapide et plus ferme, et c'est nos partenaires étrangers. En général, il vaut mieux discuter avec eux pour obtenir des choses, ce que j'ai fait avec Eric Dupond-Moretti, qui était un grand garde des Sceaux, ce que j'ai réussi à faire avec un certain nombre de pays étrangers, peut-être pas très bien, et bien sûr qu'on a fait des erreurs.
Et j'ai dit moi-même dans ma passation de pouvoir, je pense être à la seule ministre, a reconnu que tout n'a pas été parfait lorsque j'étais ministre. Mais il faut bien voir que le ministère d'Intérieur, dans cette affaire ignoble, a fait son travail, et c'est la fierté des policiers et des gendarmes.
Gérald Darmanin, voyez-vous une différence sur les questions sécuritaires et migratoires entre Bruno Retailleau et le Rassemblement National, ou pense-t-il pareil ?
Je pense qu'il pense différemment, parce qu'ils ne sont pas dans le même parti politique, et M. Retailleau a eu l'honneur de ne pas partir avec M. Ciotti. Donc je crois que M. Retailleau est un homme ferme, mais un homme honnête. Ce qui est sûr, c'est que les républicains ne font pas de différence, quand je dis républicain, c'est au sens large, c'est pas le parti, sur la nationalité des personnes lorsqu'ils commettent quelque chose. Vous savez, quand vous êtes un républicain ou un démocrate, vous constatez qu'on juge les gens sur ce qu'ils font, et non pas sur ce qu'ils sont.
C'est pour ça que j'étais pour régulariser, je suis toujours pour régulariser les travailleurs, qui font vivre notre hôpital, qui font vivre nos écoles, qui font venir notre service public, qui font peut-être vivre France Inter, qui viennent, vous savez le matin que vous arrivez au ministère de l'Intérieur, c'est des dames issues d'immigration, qui nettoient le bureau du ministre de l'Intérieur. C'est comme ça, voilà. Et ils font une heure et demie des RER.
Et puis quand vous discutez avec eux, vous prenez le café avec eux le matin très tôt, parce qu'ils viennent très tôt pour faire un ménage dans votre bureau du ministre de l'Intérieur, vous apercevez qu'ils ne sont pas français depuis huit générations. Cette dame, évidemment qu'elle doit être française, bien sûr, qu'elle doit être encouragée. Et puis celui qui tue, qui viole, qui pille, bien évidemment qu'il doit être expulsé. Mais ce que je peux vous dire, c'est que tant que vous ne faites pas une différence par la nationalité, mais par ce que vous faites, vous n'avez pas essentialisé les gens. Et donc, pour moi, vous êtes dans un giron républicain.
Bruno Retailleau s'est dit par ailleurs favorable à restreindre ou réformer l'aide médicale d'État. Dans une tribune au Monde, huit anciens ministres de la Santé, dont Olivier Véran, Agnès Buzyn, Aurélien Rousseau ou Roselyne Bachelot, dénonce une décision aux conséquences sanitaires, humaines, sociales, économiques inacceptables. Sur ce point, est-ce que vous soutenez Bruno Retailleau ?
D'abord, ça dépend de ce qu'on appelle réformer l'aide médicale d'État. Si c'est réformé, oui, on peut toujours réformer. Il y a des abus également dans l'aide médicale d'État, bien sûr. Si c'est la supprimer, non. Je ne suis pas pour sa suppression. Ensuite, ce n'est pas le ministre de l'Intérieur qui gère l'aide médicale d'État. Donc, c'est ministre de la Santé. Donc, je voudrais savoir ce qu'on pense, ministre de la Santé, c'est intéressant. Mais l'aide médicale d'État, comme tout dispositif, peut être améliorée. Il a été déjà amélioré précédemment. Il est sûr que ce n'est pas un facteur d'attractivité énorme, comme l'a dit lui-même M.
Stéphanini, à qui on avait commandé un rapport et qui est du parti de M. Retailleau. Mais il y a des abus et il faut les corriger.
Vous avez déclaré lors de la passation de pouvoir, je m'appelle Gérald Moussa-Jean Darmanin. Il est assez évident que si je m'étais appelé Moussa Darmanin, je n'aurais pas été élu maire et député. Sans doute, je n'aurais pas été nommé ministre de l'Intérieur du premier coup. Certains ont pu être surpris par ces déclarations, estimant plutôt du côté de la gauche que vous n'aviez pas vraiment fait du combat antiraciste, l'un de vos fers de lance, pendant sept ans au gouvernement. Les autres, plutôt à droite, vous rétorquant que Rachida Dati, Najat Vallobal-Kassem ou Osman Nasrou ont bien été ministres avec leur prénom à connotation arabe. Vous l'assumez cette phrase ?
Vous pensez vraiment que si vous étiez appelé Moussa Darmanin, vous n'auriez été ni ministre, ni député, ni maire ?
J'ai reçu beaucoup de mails, beaucoup très positifs, qui me remerciaient de dire cela parce qu'ils se reconnaissaient dans ça. Et puis quelques-uns qui avaient le même argument que vous, me citant Rima, me citant Haughtman.
Rachida Dati ?
À ma connaissance, ils n'ont pas été élus députés. Rachida était élu maire. Rachida Dati ? Rachida était élu maire. Mais Rachida a une telle énergie et un tel besoin.
Najat Vallobal-Kassem a été élu également.
Écoutez, il ne m'a pas semblé que désormais, la carte politique de toutes ces personnes qui ont des prénoms dans le bloc central, on va l'appeler comme ça, qui viennent d'ailleurs, aient les mêmes réussites que tous ceux qui sont aujourd'hui au gouvernement, par exemple, ou qui l'étaient hier et qui le seront peut-être malheureusement demain pour tous. Je pense qu'il y a une discrimination très importante dans notre pays. Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas des exceptions.
C'est-à-dire que vous serez appelé Moussa Darmanin ?
Je pense que ça aurait été beaucoup plus dur. Moussa vient de mon grand-père algérien qui était tirailleur algérien. Et comme mon père, c'était son beau-père, comme mon père était à la maternité, il a voulu me déclarer Moussa en hommage au grand combattant français qui était mon grand-père, qui était condamné à mort par les félagas, qui avait suivi le général de Gaulle, qui était un très grand français, qui ne savait pas lire et écrire. Il se pensait qu'il n'était pas officier, il n'était que sous-officier, qui a été décoré pour ses faits victorieux. Pour lui, dans les années 80, c'était positif. Aujourd'hui, je pense que ça aurait été un frein dans ma vie politique électorale.
Mais on va tous être très honnêtes. Moi, je rencontre à Tourcoing des tas de gamins très diplômés qui n'arrivent même pas à trouver un contrat d'alternance, alors qu'ils font des études extrêmement prestigieuses. Nous avons un problème.
Vous avez été 7 ans au pouvoir. Mais oui, mais c'est une erreur. Vous n'auriez pas pu faire bouger les choses ?
Mais bien sûr, j'ai essayé modestement. Parfois, vous savez, quand vous sauvez une personne, vous êtes content. Mais oui, ce n'est pas assez. Et vous avez raison, on a fait un échec. C'est un échec. Aujourd'hui, pour faire très vite, le petit blanc vote Le Pen. Et le petit beurre vote pour Mélenchon parce qu'on est très mauvais sur beaucoup de choses, sur les discriminations, parce que par ailleurs, d'un point de vue international, je pense qu'ils attendent de nous la reconnaissance de l'État palestinien. Et en même temps, nos compatriotes juifs attendent la protection de l'État d'Israël.
Et on n'arrive pas à avoir un discours, me semble-t-il, qui est celui conforme à l'esprit de la France depuis de très longues années. Bon, il y a plein de gens qui se sentent aujourd'hui discriminés. Alors, parfois à tort, parfois à raison, mais vous savez, le sentiment, c'est comme le sentiment d'insécurité. Le sentiment de discrimination est tout aussi à prendre au sérieux. Et ça, c'est très inquiétant pour la nation française. Donc oui, moi, il y a des exceptions. Rachida Dati est une exception. Mais Rachida Dati, vous direz comme moi, qu'on apprenne de discriminations énormes dans notre pays. J'en parle avec Rachida.
Il y a des gens qui arrivent statistiquement à faire autre chose que ce que le déterminisme social attend d'eux. Mais c'est très, très, très peu. Mais regardez, pardon, le gouvernement, la grille de France Inter, qui dirige le 440. C'est une réelle idée. Alors, pour les sportifs et les chanteurs, oui, il y a beaucoup de multiculturalisme. Mais il y a plein de gens qui font polytechnique et qui s'appellent Mohamed, qui font HEC, qui font l'ESSEC. Et oui, on a fait une erreur. La signation à résidence que nous avions dénoncée, on n'a pas su la corriger. C'est une erreur que nous avons faite.
Un dernier mot sur la dissolution décidée par Emmanuel Macron le 9 juin dernier. Quand vous regardez en arrière, vous qui avez été l'un des seuls à défendre cette idée, est-ce que vous ne vous dites pas, comme Édouard Philippe, comme Gabriel Attal, que c'était une mauvaise idée ?
Moi, je défends le président de la République. D'abord parce que je suis loyal et que c'est lui qui m'a nommé 7 ans au gouvernement, que c'est un grand président de la République, ça a été un grand président de la République, ce qui n'empêche pas d'avoir fait des erreurs.
Eux ne sont pas loyaux ?
Moi, je considère que ce n'est pas bien de taper. Je pense que le président de la République mérite d'être respecté. On doit tout faire pour qu'il puisse tenir la fin de son mandat dans des conditions conformes au mandat des Français. Parce qu'il a été élu par deux fois président de la République, ce n'est pas arrivé à grand monde. Et moi, j'ai toujours été loyau avec les gens que j'ai servi. Je pense à Nicolas Sarkozy, je pense à Xavier Bertrand, même lorsqu'ils ont des difficultés. C'était une erreur ? Je pense que le président de la République, il a consulté les Français, les Français ne voulaient plus de nous. Est-ce que c'est une erreur que les Français ne voulaient plus de nous ?
C'est une question à se poser. Mais plutôt que de leur dire qu'ils n'ont pas bien compris, parce qu'on était vraiment formidables, et que le président de la République n'aurait pas dû leur demander, est-ce qu'il aurait dû le demander ce soir-là ? Est-ce qu'il aurait dû attendre début septembre ? La vérité, c'est que nous ne répondions plus à ce que voulaient les gens. Et on ne peut pas gouverner sans les gens. On ne peut pas gouverner sans le peuple. Donc voilà, c'était dur, c'était très difficile. On perd le pouvoir, on l'a perdu en partie.
Enfin là, vous êtes...
On l'a perdu en partie.
Une partie du bloc central est au gouvernement.
On l'a perdu.
Vous avez le sentiment que le pouvoir a changé de manière ?
On l'a perdu en partie. Je pense que c'est... Le président de la République lui-même a dit que c'était Michel Barnier qui a proposé un gouvernement et qu'il n'avait fait que le nommer. Bon, j'écoute ce que dit le président de la République. On a perdu en partie le pouvoir. On n'a pas gagné les élections, ni européennes, ni législatives. Donc plutôt que de se demander si l'arbitre, c'est-à-dire les électeurs, a eu tort, on se demande pourquoi nous, on n'a pas mis plus de buts, ce serait mieux.
Merci Gérald Darmanin d'avoir été à ce micro ce matin. Merci à vous. Il est 8h49.
Gérald Darmanin