L'interview de Najat Vallaud-Balkacem, en intégralité
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 20 %Attaque 60 %Défensif 20 %
Questions et réponses
Taux de réponse directe : 100 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)
- 0:03OuverteRéponse directe
Que ressentez-vous en découvrant cette séquence ?
- 4:48FerméeRéponse directe
Envisagez-vous de porter plainte contre Roger Chudot ?
- 5:15FerméeRéponse directe
Considérez-vous que le RN est un parti raciste ?
- 6:40OuverteRéponse directe
Que vous inspire l'affaire de Montargis ?
- 8:57OuverteRéponse directe
Que vous inspire le témoignage de Joëlle Dagosseri ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:10Invité politiqueFait
« Je n'étais pas devant ma télé, mais j'ai reçu aussitôt des dizaines de SMS me disant « il faut que tu allumes » »
- 1:49Invité politiqueFait
« Ce n'est pas parce qu'on a une binationalité qu'on n'est pas à 100% français. »
- 1:53Invité politiqueFait
« Moi, je suis à 100% française. »
- 1:58Invité politiqueFait
« Je suis arrivée il y a 44 ans en France. 42 ans. 42 ans en France. J'ai 46 ans. J'avais 4 ans. »
- 3:30Invité politiqueFait
« C'est quand même Marine Le Pen qui a déposé cette proposition de loi en janvier dernier, dans laquelle les choses sont écrites noir sur blanc. »
- 3:40Invité politiqueFait
« Ce n'est pas simplement, d'ailleurs, non-accès au ministère ou au poste de ministre. Non, c'est non-accès aux emplois publics, aux emplois dans la fonction publique. »
- 4:12Invité politiqueFait
« Le seul projet politique du Rassemblement national, c'est la hiérarchisation des citoyens. »
- 4:33Invité politiqueFait
« La seule chose qui demeure, c'est la conviction profonde de tous les élus et partisans du Rassemblement national qu'il y a des Français de seconde zone qui ne méritent pas vraiment d'être Français, qui sont des Français de papier. »
- 5:20Invité politiqueFait
« Ah oui ! Mais ça ne fait pas le moindre doute pour moi. Et je dis bien raciste même. »
- 6:23Invité politiqueFait
« Et j'appelle ça du racisme. Puisque sur quoi est-ce que ça se fonde ? Ça se fonde sur une couleur de peau, une religion, un prénom. »
- 7:30Invité politiqueFait
« Elle disait, « Je doute qu'une quelconque personne issue de l'immigration ou à la couleur de peau différente n'ait jamais subi ce type de propos, de remarques racistes, de comportements inadmissibles. » »
- 11:05Invité politiqueFait
« Frantz Fanon disait, à propos des Juifs, il disait, à chaque fois que tu entends dire du mal d'un Juif, tend l'oreille, parce que c'est de toi que l'on parle. »
- 11:59Invité politiquePromesse
« C'est que les candidats Renaissance ou les Républicains qui arrivent en troisième position au soir du premier tour des élections législatives se désistent en faveur du seul candidat qui défendra les valeurs de la République qui ne sera jamais le Rassemblement national. »
Temps de parole
- Najat Vallaud-belkacem79 %
- Présentateur11 %
- Invité6 %
- Invité 23 %
≈ 0 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).
Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.
Bonsoir Najat Vallaud-Belkacem. Soyez bienvenue. Merci. D'abord, quand vous découvrez cette séquence hier soir ou ce matin, que ressentez-vous ?
Je n'étais pas devant ma télé, mais j'ai reçu aussitôt des dizaines de SMS me disant « il faut que tu allumes », donc j'ai allumé, j'étais chez moi. Je dois le dire, d'abord j'étais à peu près rassurée par les réactions sur le plateau, parce que je me suis dit « ok, on n'est pas encore complètement au fond du trou, même si on n'en est pas loin ». Mais quant au propos de M. Chudot, qu'est-ce que je ressens ? C'est absolument insupportable. C'est-à-dire qu'au fond, ce n'est pas seulement de moi qu'il s'agisse, c'est qu'à travers moi, c'est tous les Français d'origine étrangère ayant une binationalité qui sont accusés de déloyauté automatique.
C'est de la diffamation, c'est de la diffamation massive. Derrière, ça renvoie un message simple à tous nos compatriotes d'origine étrangère, qui est « en fait, on ne peut pas leur faire confiance, on ne peut vraiment pas leur faire confiance ». Vous imaginez la violence et l'agressivité d'un tel propos, de la normalisation d'un tel propos, d'une telle suspicion permanente ? Je vous avoue que j'y étais quand même habituée, parce que sur les réseaux sociaux, les élus d'extrême droite, leurs partisans, ne m'ont jamais vraiment fait de cadeau. Donc ce type de discours, j'y ai eu droit souvent.
Mais la différence maintenant, et c'est en ça qu'on vit un moment absolument inédit, c'est qu'on a fait changer de statut au Rassemblement national globalement. On l'a banalisé, normalisé, rendu plus acceptable. Et donc du coup, en fait, ce propos, il est entendu par des Français comme étant « moi, pourquoi pas ? Allez, on peut le tenir ». En fait, non, on ne peut pas le tenir. On ne peut pas accuser les gens comme ça d'avoir un agenda caché, d'être déloyale, de travailler sous allégeance d'un autre pays. Ce n'est pas parce qu'on a une binationalité qu'on n'est pas à 100% français. Moi, je suis à 100% française. Mon engagement, quand même, en témoigne depuis des années maintenant.
Tout ce que j'ai fait, je suis arrivée, je calculais, je suis arrivée il y a 44 ans en France. 42 ans. 42 ans en France. J'ai 46 ans. J'avais 4 ans. Eh bien, toutes ces années, finalement, j'ai non seulement adopté les valeurs de la France, mais j'en suis la première ambassadrice, défenseuse. Tout mon engagement politique, associatif va dans ce sens-là. Et c'est à moi que M. Chudot fait un tel procès.
Écoutons Marine Le Pen, si vous le voulez bien, au sujet des propos de Roger Chudot.
La commission, je pense, des conflits sera saisie. Vous comprenez bien que cette déclaration n'est pas admissible parce qu'il est un élu du Rassemblement national. Et donner son avis personnel, puisque c'est son avis personnel, tout en sachant pertinemment que ça n'est pas le projet du Rassemblement national, je considère que c'est une faute lourde. Mais ça permet de rassurer aussi l'ensemble des binationaux pour leur dire que non, pas du tout, on n'entend pas, encore une fois, les écarter de l'ensemble des postes qui sont ceux de notre République et pas des postes d'élus. Ça n'a jamais été, pour le coup, dans notre projet.
Vous vous la rassurez ?
Y a-t-il encore quelqu'un pour accorder un quelconque crédit à Marine Le Pen ? Enfin, c'est quand même elle, Jordan Bardella, qui ont remis sur le devant de la scène cette question des binationaux et de la nécessité de se méfier d'eux, de ne pas les laisser accéder à des emplois publics. C'est quand même Marine Le Pen qui a déposé cette proposition de loi en janvier dernier, dans laquelle les choses sont écrites noir sur blanc. J'invite tout le monde à aller la consulter. Elle est publique, cette proposition de loi. Ce n'est pas simplement, d'ailleurs, non-accès au ministère ou au poste de ministre. Non, c'est non-accès aux emplois publics, aux emplois dans la fonction publique.
C'est non-accès, finalement, à tout ce qui permet à des individus d'être repérés comme des personnalités publiques s'exprimant au nom de l'État. C'est quand même extrêmement grave d'avoir un jour fomenté ça dans son esprit. Ça veut dire qu'en fait, il y a une hiérarchisation des citoyens qui est installée. Le seul projet politique du Rassemblement national, c'est la hiérarchisation des citoyens. On a bien compris maintenant qu'il n'y a pas vraiment de projet économique, qu'il n'y a pas vraiment de projet social. La preuve, c'est que chacune des mesures qui avaient été annoncées à grand renfort de cris de chiffrage économique et de... Ah là là, mais c'est bien.
En fait, tout ça est détricoté jour après jour. La seule chose qui demeure, c'est la conviction profonde de tous les élus et partisans du Rassemblement national qu'il y a des Français de seconde zone qui ne méritent pas vraiment d'être Français, qui sont des Français de papier. Et donc, finalement, demain, aujourd'hui, c'est les discours de haine. Demain, s'ils sont au pouvoir, ce sera la traque à ces Français de seconde zone.
Est-ce que vous envisagez de porter plainte contre Roger Chudot ?
Oui, je l'ai envisagé. Je ne sais pas si je vais le faire. Honnêtement, je crois qu'il s'est quand même tellement pris les pieds dans le tapis que ça lui suffira sans doute. J'ose espérer que plus personne n'imaginera qu'un tel individu finisse ministre de l'Éducation. Mais surtout, avant toute chose, et c'est pour ça que déposer plainte, ce n'est peut-être pas la priorité pour moi. La priorité des priorités, c'est qu'on vote dimanche. On vote dimanche.
Et justement, au-delà de la personne de Roger Chudot, est-ce que vous considérez que l'ERN est un parti raciste ?
Ah oui ! Mais ça ne fait pas le moindre doute pour moi. Et je dis bien raciste même. Je trouve que le terme de xénophobe, d'une certaine façon, est presque trop doux. Il n'est pas doux, dans l'absolu, on se comprend bien. Mais comme la xénophobie est entendue comme le rejet de l'étranger, de l'ailleurs, on a l'impression que c'est quelque chose de lointain. On rejette les gens d'ailleurs. Mais non, là, c'est au sein de notre communauté nationale que sont ciblées. Alors d'abord, on prétend qu'on cible les étrangers qui ne sont pas français, qui sont en situation irrégulière.
Puis après, on étend, c'est de plus en plus extensif comme conception de l'extranéité, aux Français qui sont naturalisés. Puis ensuite, on étend aux Français binationaux, quelle que soit la façon dont ils ont acquis la binationalité. Parce que vous avez conscience, par exemple, qu'on peut être binational en étant enfant de deux parents dont l'un a la nationalité française et l'autre, la nationalité sénégalaise. Vous voyez, on peut être binational comme ça. Donc il faudrait renoncer à être l'enfant de ces deux parents. Donc, si vous voulez, cette conception très extensive de l'extranéité au sein de la communauté nationale, c'est ça le véritable projet politique du Rassemblement National.
Et j'appelle ça du racisme. Puisque sur quoi est-ce que ça se fonde ? Ça se fonde sur une couleur de peau, une religion, un prénom. Voilà. Donc, en fait, c'est quoi, si ce n'est du racisme ?
Durant cette campagne éclair, Najat Vallaud-Belkacem, on a vu se multiplier les actes, les propos racistes, notamment de la part d'un. D'un couple de sympathisants RN à Montargis à l'encontre de leur voisine, noire, prénommée divine, aide-soignante. La femme qui tient les propos va à la niche, entre autres, est fonctionnaire au tribunal de Montargis. Elle a été suspendue cette semaine, d'après nos informations. Vous avez, aujourd'hui, échangé avec Divine, qui, je le précise, au passage, est sympathisante du Parti communiste français.
Oui, je me suis rendue à Montargis ce matin. Je vous avoue que c'était prévu de longue date. Donc, c'est intéressant comme connexion avec les propos de M. Chudot hier soir. Mais bon, il se trouve que, voilà, je m'y suis rendue ce matin parce que je voulais faire la connaissance de Divine, discuter avec elle, prendre le temps de l'écouter, écouter son témoignage. Pour moi, il est très représentatif. D'ailleurs, elle-même le disait, je la cite. Elle disait, « Je doute qu'une quelconque personne issue de l'immigration ou à la couleur de peau différente n'ait jamais subi ce type de propos, de remarques racistes, de comportements inadmissibles. » Qu'au début, d'ailleurs, on tolère.
Et c'est là tout le problème. C'est qu'en fait, je trouve que notre niveau d'intolérance au racisme n'est pas suffisamment élevé collectivement. Il faut faire un peu ce qu'on a fait avec le sexisme où on a progressivement élevé notre niveau d'intolérance. Ne plus accepter. Elle donnait un exemple. Elle disait, « Un de mes collègues dans une entreprise où j'étais m'appelait régulièrement Blanche-Neige. » Bon, c'est pas drôle, en fait. C'est pas drôle. Ça commence par des choses comme ça et puis ça se termine par des agressions physiques dans la rue. Et on en a encore eu quelques exemples.
Je voulais aussi vous soumettre ce moment très émouvant ce matin dans les grandes gueules sur RMC. quand Joëlle Dagosseri, chroniqueuse des Gégés, craque à cause du climat ambiant. Elle est à ce moment-là aux côtés d'Yahelle Brontivet, présidente sortante de l'Assemblée nationale.
En tant que personne, en tant que personne, je ne sais pas, je ne sais plus à qui j'appartiens, à quel pays j'appartiens. Je me sens presque apatride parce que je me dis, « Mais je suis française. » C'est vraiment compliqué. C'est vraiment compliqué. Qu'est-ce que ça vous inspire
à Jeanne Vallaud-Belkacem ?
Elle est très représentative de ce que j'entends depuis des jours et des jours comme témoignage. En fait, il y a énormément de tristesse. Vous voyez, il y a de la colère.
On vous sent émue. Mais bien sûr,
parce que, si vous voulez, il faut se rendre compte de ce que vivent les personnes dont nous parlons et dont je fais partie. Mais d'une certaine façon, ce n'est pas moi le sujet. Les personnes dont nous parlons qui ont tout fait en réalité pour faire les choses bien, en fait, s'éduquer, avoir des diplômes, travailler, fonder une famille, souvent une famille mixte, d'ailleurs, parce qu'on ne dit jamais combien la France est métissée, avoir des enfants qu'elles élèvent ici. Et puis, qui se retrouvent ainsi avec une cible dans le dos pour les besoins politiciens d'une formation politique. Le Rassemblement National qui n'a jamais rien apporté de bon au paysage politique français.
Jamais rien, ni dans son histoire, évidemment, on ne va pas leur faire, ni dans la nature des débats et la brutalisation du débat public aujourd'hui. Finalement, ces personnes, elles sont pleines de chagrin, en fait. C'est un vrai chagrin, c'est comme un chagrin d'amour, en fait. On se dit, mais en plus, dans les discours du Rassemblement National, souvent suivis d'ailleurs par une partie de la droite, disons-le franchement, quand ce n'est pas parfois par le président lui-même dans certains propos, on avait l'impression que le vrai problème, c'était les étrangers qui ne s'intégraient pas, les étrangers en situation irrégulière, etc.
Mais en fait, alors du coup, là, vous vous attaquez à des gens qui se sont intégrés, qui travaillent, qui même ont un certain succès dans ce qu'ils font, qui apportent à la société française. Donc, même en faisant tout cela, ça ne marche pas. Quand est-ce que ça va s'arrêter ? Est-ce que demain, et j'attire votre attention là-dessus, dans cette conception très extensive de l'extranéité, demain, le Rassemblement National au pouvoir, il s'en prendra aussi aux Français qui épousent des étrangères ou des étrangers ? Pourquoi pas, en fait, si l'étranger est un problème à ce point-là ? Mais vous savez, moi, je vais vous dire une chose. Je vais vous dire une chose.
Il y a quelques décennies de ça, dans une période déjà très sombre de l'histoire, Frantz Fanon disait, à propos des Juifs, il disait, à chaque fois que tu entends dire du mal d'un Juif, tend l'oreille, parce que c'est de toi que l'on parle. Eh bien, aujourd'hui, j'ai envie de vous dire, à chaque fois qu'on entend dire du mal des migrants, qu'on les voit être déshumanisés comme ils le sont, eh bien, il faut tendre l'oreille parce que, en fait, par extension, c'est les migrants, puis les personnes en situation irrégulière sur le territoire, puis les Français naturalisés, puis les Français binationaux. Demain, ce sera les associations qui aident les personnes en question.
Après, demain, ce sera les journalistes. En fait, ce sera nos libertés publiques à tous. C'est toute la capacité que nous avons à vivre comme des citoyens libres, émancipés, avec des droits qui nous protègent dans ce pays, qui sera remise en cause si, le 7 juillet au soir, c'est le Rassemblement national qui accède au pouvoir. Et je veux juste terminer sur un mot. Il y a une façon d'empêcher cela. Soyons très, très clairs aujourd'hui et allons droit au but.
C'est que les candidats Renaissance ou les Républicains qui arrivent en troisième position au soir du premier tour des élections législatives se désistent en faveur du seul candidat qui défendra les valeurs de la République qui ne sera jamais le Rassemblement national.
Merci, Najat Baoulopel-Cassem. Merci d'avoir accepté l'invitation de Week-end 3D sur BFM TV. Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Merci d'avoir regardé cette vidéo !
Najat Vallaud-belkacem