Jean-François Copé
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Propositif 30 %Attaque 50 %Défensif 20 %
Questions et réponses
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- 0:08OuverteRéponse partielle
Claude Guéant a-t-il prononcé une évidence ou un mot de travers en évoquant les civilisations qui ne se valent pas ?
- 0:18RelanceÉludée
Vous présentez les choses de manière un peu fermée, non ?
- 1:08OuverteRéponse directe
C'est-à-dire ?
- 4:03OuverteRéponse directe
Et ce que ne fait pas la gauche, selon vous ?
- 6:08OuverteRéponse directe
Pourquoi ne parlez-vous jamais du Front National dans vos argumentaires ?
- 7:46OuverteRéponse directe
Que dites-vous aux électeurs du Front National ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 1:59Invité politiqueFait
« vous ne pouvez pas dire que le nazisme était consubstantiel à la civilisation allemande »
- 4:33PrésentateurFait
« J'ai porté, avec beaucoup de mes amis, l'interdiction du port de la burqa. »
- 5:09PrésentateurFait
« Le Parti Socialiste a refusé de voter ce texte »
- 6:51PrésentateurFait
« son projet de fermer les frontières françaises, de revenir aux francs français, était simplement irresponsable et démagogique »
- 9:20PrésentateurFait
« il faut dans cette période continuer les réformes, elles prennent évidemment un tour d'autant plus important que la crise est là »
- 9:42PrésentateurFait
« dans le domaine des retraites, dans le domaine de l'organisation du travail, dans le domaine de la compétitivité »
Temps de parole
- Présentateur81 %
- Jean-françois Cope19 %
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Bonjour Jean-François Copé.
Bonjour. En parlant de civilisations qui ne se valent pas, Claude Guéant a-t-il prononcé une évidence, comme il l'affirme ce matin dans Le Figaro, ou un mot de travers, comme le laisse entendre Alain Juppé ?
Enfin, vous présentez les choses de manière un peu fermée là-dessus. Je vais vous dire ce qu'un certain nombre de mes amis ont dit à ce propos et que je partage. Certes, nous sommes en campagne électorale, et ces périodes sont propices à toutes les polémiques, petites ou grandes. Mais enfin, je pense que pour autant, le politiquement correct peut de temps en temps être mis de côté, je parle de ce qui se dit dans le petit cercle parisien, pour assumer de temps en temps les vérités telles qu'elles sont.
On se focalise sur une polémique qui n'en vaut vraiment pas la peine, alors que Claude Guéant a dit quelque chose que les uns et les autres nous voyons et qu'il faut, à mon sens, évoquer sans langue de bois. C'est qu'effectivement, il y a un certain nombre de choses qui ne sont pas acceptables, et je parle qu'ils ne sont pas acceptables aujourd'hui, et qu'il est temps de dire. C'est-à-dire ? Des pratiques, d'un système politique, des idées, mais pas des civilisations, c'est pas pareil, c'est ça ? Alors, il faut écouter, après, culture, société, civilisation, on peut y aller à l'infini. Je voudrais vous donner une illustration.
Il y a de cela quelques décennies, il y a des hommes qui ont combattu des projets politiques, de sociétés, de cultures, de civilisations fous. Le bolchevisme, le nazisme, etc. Que faut-il penser de ce que préconisent aujourd'hui, par exemple, les talibans ? Est-ce qu'ici, autour de cette table, il y a des gens qui peuvent trouver des excuses, des circonstances atténuantes à des projets fous que défendent aujourd'hui des gens, les talibans, en Afghanistan, mais bien au-delà de l'Afghanistan ?
Puisque vous faites référence aux décennies passées, au combat de la dernière guerre, par exemple, vous ne pouvez pas dire que le nazisme était consubstantiel à la civilisation allemande, ou le bolchevisme à la civilisation russe. Le terme de civilisation englobe les peuples. Et ce que vous avez dit, parle de système politique et d'idées, vous voyez, c'est la différence.
Oui, enfin écoutez, personne n'a jamais pensé que l'Allemagne était une civilisation, pardonnez-moi, donc ce n'est pas le sujet. Non, non, non, non, je ne suis pas du tout dans cette logique, je vois Bernard Guetta qui s'évanouit à moitié, excusez-moi. Oui, c'est une notion allemande, ça existe. Ah bon, alors écoutez, très bien, on n'a pas tout à fait la même définition du terme de civilisation. Moi, il me semblait que c'était quelque chose de beaucoup plus global, qui dépassait d'ailleurs largement les frontières.
Et je crois que le nazisme n'avait pas qu'une approche allemande, il avait une approche, certes nationaliste, qui n'est pas tout à fait la même chose, mais dont chacun se souvient qu'il utilisait en réalité la nation allemande pour un projet qui allait bien au-delà, et qui était une vision du monde et de l'humanité. Voilà, donc en réalité, ce n'est pas tant la question allemande qui était en cause que le projet de gens totalement fous, qui certes était allemand, mais qui avait surtout une vision qui était monstrueuse. Très bien.
Nous savons que là-dessus, j'ai effectivement une divergence, et avec Bernard Guetta et avec vous-même là-dessus, le problème n'était pas que ce soit allemand, le problème est que c'était une vision de civilisation qui était monstrueuse.
La divergence allait surtout avec Alain Juppé qui trouvait que le mot de civilisation était inadéquat, c'est le terme qu'il a employé hier sur BFM. Encore une fois, très bien, très bien, je crois... Il aurait dit système politique ou idée politique, je pense que la phrase n'aurait pas fait la moindre politique.
Oui, il faudrait écouter. Moi, personnellement, je pense que le vrai sujet n'est pas tant ce mot de civilisation que le sujet de fond, qui est de voir comment dans les jours, les mois, les années qui viennent, chacun prendra conscience qu'il est effectivement des projets, politiques, de sociétés, des projets qui, en réalité, sont des projets qui ne sont pas les nôtres, et face auxquels, le cas échéant, il faut savoir dire non. Voilà. Et c'est vrai que sur ce point, il faut être extraordinairement vigilant. Voilà ce qu'a dit Claude Guéant.
Et ce que ne fait pas la gauche, puisque Claude Guéant pointait dans la même phrase le relativisme de la gauche ou du Parti Socialiste, je ne sais plus...
Là encore, mais là encore, enfin, je risque de vous choquer, je pense qu'il y a, à gauche, par rapport à certains comportements intégristes, au sens large du terme, je dirais, un certain laisser-aller. On ferme parfois un peu les yeux, à gauche, sur ces réalités. Il a cité, d'ailleurs, des exemples que je fais mien bien volontiers. Moi, j'ai porté, avec beaucoup de mes amis, l'interdiction du port de la burqa. Je considérais, je ne sais pas si c'est partagé autour de cette table à France Inter, mais je considérais que la pratique du port du voile intégral, du masque, pour des femmes, était totalement contraire avec l'esprit, les lois de la République française, qui se vit à visage découvert.
Eh bien, à ma grande surprise, le Parti Socialiste a refusé de voter ce texte, alors qu'on pouvait légitimement penser que sur un sujet comme celui-là, quelques-uns de ses membres l'ont voté. Débat. Oui, enfin, quelques-uns. J'ai le souvenir de deux. C'était minoritaire. Deux. Manuel Valls, c'est un peu. Deux. Excusez-moi, j'ai deux. Manuel Valls, en l'occurrence, et Aurélie Philippetti. Je me souviens bien de tout cela, puisque voilà. Et à ce moment-là, proposition de loi communiste, ce n'est pas vrai, excusez-moi, Thomas Legrand, il y a un communiste qui l'a voté, qui est M. Gérin. Non, il ne l'a pas.
Écoutez, excusez-moi, je suis désolé, et tout d'un coup, voilà que l'on trouve des tas d'arguments pour défendre la gauche. Non, je suis désolé, le Parti communiste n'a pas rédigé ce texte. Je suis, excusez-moi, je connais un peu le sujet, avec mes amis députés, l'auteur d'un texte originel, qui a été à peine modifié d'ailleurs par le gouvernement, qui l'a repris, ce qui était une très bonne chose, et j'ai eu, en tout et pour tout, un seul soutien communiste, M. Gérin.
Bon, donc, je suis désolé de dire que la gauche, que ce soit le Parti socialiste ou le Parti communiste, a honteusement refusé de voter un texte, qui était un texte profondément cohérent avec les valeurs que nous défendons, qui sont les valeurs de la République.
Dans cette pré-campagne, Jean-François Copé, vous parlez abondamment du PS, on vient de l'entendre, et c'est normal, c'est votre principal adversaire. Jamais du Front National. Sur le site de l'UMP, la page d'accueil est parsemée d'argumentaires contre le PS et François Hollande. Aucun sur le Front National. Vous n'avez rien à dire sur Marine Le Pen, son programme, ses déclarations, ses discours ?
On n'a beaucoup à dire, d'ailleurs, si je peux me permettre, je suis persuadé d'ailleurs que vous le faites, si vous écoutez nos discours aux uns et aux autres, et en particulier les miens, il m'arrive très régulièrement d'alerter sur le fait que nous n'avons pas grand-chose en commun avec le Front National, par exemple sur le plan économique.
J'ai eu l'occasion d'ailleurs de faire un débat face à Mme Le Pen pour lui en faire la démonstration, et pour lui montrer combien son projet de fermer les frontières françaises, de revenir aux francs français, était simplement irresponsable et démagogique, et qu'il m'est arrivé sur d'autres sujets encore de m'opposer assez frontalement à Mme Le Pen et à ceux qui la soutiennent. Donc je n'ai là-dessus aucune leçon à recevoir. Je le dis d'autant plus que chacun sait que nous ne ferons pas d'alliance électorale avec le Front National. Ça n'aurait d'ailleurs aucun sens.
Et que du coup, ceux de nos compatriotes, qui, pour des raisons que je peux parfaitement comprendre dans ce contexte de crise liée à l'angoisse du chômage, de la violence, aussi de certaines dérives intégristes, seraient tentés de voter pour l'extrême droite, et bien la conséquence, c'est que ça ferait passer la gauche. C'est-à-dire très exactement l'inverse de ce qu'ils veulent pour notre pays.
Qu'est-ce que vous dites en priorité à des électeurs du Front National que vous devez croiser, j'imagine, sur le terrain ? En plus, le sondage publié hier par le journal du dimanche montre que, bon, c'est ce fameux sondage, si Marine Le Pen n'était pas présente à l'élection, Nicolas Sarkozy et François Hollande seraient à égalité au premier tour.
C'est un sondage qu'il faut relativiser. J'ai vu que François Bayrou en profiterait aussi, d'une certaine manière, parce qu'il prend quelques points supplémentaires. Et deuxièmement, c'est quand même un peu théorique.
Oui, enfin, il montre que les électeurs de Marine Le Pen
sont plutôt les vôtres.
Pourraient être les autres. Ce seraient des électeurs potentiels de Nicolas Sarkozy.
En tout cas, ce qui est sûr, c'est que ce que je dis à ceux de nos compatriotes qui, je le répète pour des raisons que je comprends parfaitement, inquiets par la crise, voudraient voter au premier tour pour l'extrême droite, je leur dis, attention, ceux-là risquent mécaniquement de faire passer la gauche, c'est-à-dire de faire passer des idées qui sont souvent à l'inverse de ce que beaucoup de nos compatriotes souhaitent lorsqu'ils votent à l'extrême droite, notamment en matière de sécurité, de fermeté en matière de lutte contre l'immigration clandestine, et puis aussi sur le plan économique.
Mais pour ceux-là qui pensent que droite et gauche, c'est à peu près la même chose, et que ça ne changerait pas grand-chose aux gouvernements, qui sont un peu dégoûtés de la politique, ça n'a pas beaucoup d'effet ?
Écoutez, je crois vraiment qu'au-delà de l'expression immédiate que l'on peut avoir de dire tout le monde pareil, il suffit d'écouter M. Hollande et M. Sarkozy, il suffit d'écouter les amis de M. Hollande et les amis de M. Sarkozy pour comprendre que vraiment, sur bien des sujets, nous sommes profondément différents. Là où je vois M. Hollande faire un discours dans lequel il préconise principalement des augmentations de dépenses publiques et d'impôts, vous voyez que nous, notre thème, c'est plutôt de dire qu'il faut dans cette période continuer les réformes, elles prennent évidemment un tour d'autant plus important que la crise est là, et que nous avons commencé à avoir des résultats.
Et que si nous avons une France qui décroche dans ce domaine, parce qu'elle ne prend pas de décisions courageuses, dans le domaine des retraites, dans le domaine de l'organisation du travail, dans le domaine de la compétitivité, si on continue de faire des programmes type 1981, alors qu'on est complètement en train de changer d'époque, si on ne dit pas la vérité aux Français, forcément, un jour ou l'autre, on en paye l'addition.
Jean-François Copé, le secrétaire général de l'UMP, invité de France Inter jusqu'à 9h moins 5, on vous retrouve dans quelques minutes avec les questions des auditeurs d'Inter, 01 45 24 7000.
Jean-françois Cope