Guillaume Bigot, député Rassemblement National du Territoire de Belfort | La politique et moi
Transcription youtube_captions. À recouper avec la source d'origine.
Avec lui, politique rime souvent avec polémique. Adepte des bons mots et des formules choc, mon invité a toujours été un électron libre. En tout cas, jusqu'à son élection à l'Assemblée, sous les couleurs du Rassemblement National.
Générique --- --- Bonjour Guillaume Bigot. -Bonjour à vous. -Vous avez une trajectoire politique étonnante, car avant de rejoindre Marine Le Pen et le Rassemblement national, vous vous êtes engagé pour celui qu'on a surnommé le "Ché" en 2002.
On va se replonger dans l'ambiance de son tout premier meeting de campagne présidentielle. *-CHEVENEMENT, PRESIDENT ! *CHEVENEMENT, PRESIDENT ! *-Jean-Pierre Chevènement savoure son plaisir.
Pour son premier meeting de campagne, plus de 5 000 personnes ont répondu présents. *Dans la foule, des militants du mouvement des citoyens et quelques gaullistes venus à Vincennes pour se faire une opinion. *-Je n'étais pas vraiment de gauche, mais je le deviens avec M.
Chevènement. *-Enfin, il s'est présenté en rassembleur car, dit-il, "la République est au-dessus de la droite et de la gauche." *-C'est à chacun de faire ce qu'il faut pour apparaître non pas comme l'homme de barque, mais comme étant véritablement l'homme de la nation au service de l'intérêt public. -Ce reportage le montre bien.
A l'époque, Jean-Pierre Chevènement apportait les espoirs de Français de tous bords politiques, on peut dire. Vos espoirs aussi, notamment. Vous y étiez-vous à ce meeting ? -J'étais à ce meeting et surtout, on avait organisé autour de la candidature de Jean-Pierre Chevènement un petit groupe de jeunes...
Les jeunes en politique, c'est très relatif. On avait une trentaine d'années, mais c'était considéré comme jeunes. Et ça s'appelait Génération République.
Et dans Génération République, on avait des gens qui ont... qui ont évolué très différemment.
Par exemple, votre collègue Apolline de Malherbe était avec nous dans Génération République. Des gens ont évolué dans tous les partis politiques. Le directeur de cabinet d'Emmanuel Valls a été dans Génération République.
Bref, on n'est pas nécessairement restés toujours en contact les uns avec les autres. Mais ce qui nous plaisait dans cette figure, c'est qu'il y avait l'idée de remettre d'aplomb la démocratie, non pas l'église au centre du village, parce qu'il y avait une idée quand même de laïcité importante, mais de remettre le suffrage universel au coeur du dispositif démocratique et de ne plus promouvoir de politique qui aille contre la majorité des citoyens. -Vous êtes allé assez loin dans cet engagement, vous êtes présenté aux législatives en 2002 dans les Yvelines. -Oui, à Mantes-la-Jolie. -Bon, 1,8 %... -Oui, ça a doublé quasiment le score national.
Parce qu'en vérité, Jean-Pierre Chevènement, c'était un peu l'homme qu'on n'attendait pas, le monsieur X, le troisième homme qui devait bousculer un peu le jeu. Et puis, la gauche lui a reproché d'avoir fait perdre Lionel Jospin. -On s'en souvient.
Vous étiez de gauche à l'époque ? -Oui, enfin, ce qui m'intéressait chez lui, c'était cette idée d'aller au-delà des partis politiques et d'aller au-delà du clivage droite-gauche en incarnant une politique qui soit populaire et qui défende les intérêts du pays. -Vous vous positionnez où sur l'échiquier à l'époque ? -Plutôt dans une gauche qui n'existe plus, trois fois hélas, c'est-à-dire une gauche qui était au service...
La définition de la gauche, qu'est-ce que c'est ? La gauche ne peut avoir de sens, que par rapport à la Révolution française, ceux qui votent la mort du roi, ceux qui ne votent pas la mort du roi, comme vous savez, c'est ça l'origine de la gauche. Et donc, l'idée de consacrer, comme souverain, le peuple.
Dans le peuple, vous avez déjà deux idées. Le peuple, c'est la majorité des citoyens, on en revient à l'idée démocratique, mais le peuple, c'est aussi la partie la plus fragile du peuple, la plus populaire du peuple. C'est défendre les petits et défendre l'idée de la majorité.
Si c'est ça être de gauche, alors je suis toujours de gauche, mais en vérité, on voit que la gauche n'est plus dans l'idée ni de défendre les petits, elle s'est convertie à l'ultralibéralisme et à l'Europe, et ni dans défendre le suffrage universel. Après, il y a Charles Pasqua vous vous êtes engagé aussi à ses côtés, mais tout cela, visiblement, vous a laissé un goût amer, vous vous êtes mis à qualifier les hommes et les femmes politiques de "politichiens". Pourquoi un terme aussi violent et dégradant ? -Alors, ce n'est pas mon terme, c'est un terme que j'ai repris au général de Gaulle, qui utilisait ce terme "politichiens" en brocardant le régime ou le système des partis.
Donc, cette histoire de "politichiens", j'avais l'impression que la vie politique était une querelle de personnes, une querelle pour le pouvoir et une querelle pour les partis et pas une querelle pour la nation. Ca m'avait intéressé chez Jean-Pierre Chevènement, ça m'avait intéressé aussi dans la démarche menée par Philippe Seguin et par le Charles Pasqua. Et c'est exactement ce qui m'intéresse aujourd'hui dans la démarche de Marine Le Pen et de Jordan Bardella.
On sent qu'il y a une volonté de transcendance, qu'ils ne sont pas là pour des boutiques, M. Chevènement n'a pas été là pour une boutique, il n'a pas hésité à aller, non pas marquer un but contre son camp, mais il s'est détaché de l'idée de gauche pour dire qu'il y a quelque chose de plus important : la défense de la démocratie et de la France, c'est exactement ce qu'avaient fait Charles Pasqua et Philippe Séguin en disant : "Oui, nous sommes à droite, mais en réalité, comme l'essentiel est en cause, nous y allons." Et aujourd'hui, me semble-t-il...
Marine Le Pen, qui a rompu avec son père, mais Jordan Bardella et Marine Le Pen et tout le mouvement du rassemblement. Dans le Rassemblement national, il y a "rassemblement", et cette idée d'aller rechercher la défense des intérêts du pays et la restauration de la démocratie directe par-delà les clivages. -Un mot de votre parcours professionnel, il est lui aussi assez étonnant.
Essayiste, politologue, professeur de géopolitique, vous avez dirigé deux écoles de commerce et vous avez aussi été journaliste, éditorialiste. Comment on passe de rédacteur en chef adjoint à l'Evénement du jeudi à éditorialiste sur CNews, ou au FigaroVox ? -Entre les deux, j'ai travaillé dans l'enseignement supérieur.
Et ça a un lien avec Charles Pasqua, puisqu'en fait, moi j'avais commencé en tant que journaliste spécialisé en politique étrangère, j'ai fait un premier livre chez Flammarion, "Les sept scénarios d'Apocalypse". Il est sorti en 2000. La thèse de ce livre est très simple : "Les guerres de haute intensité seront de retour.
La guerre est inscrite dans le coeur de l'homme, malheureusement dans l'Humanité, donc il faut se préparer au retour de la guerre." En 2000. On est en pleine mondialisation heureuse, donc tout le monde a haussé les épaules.
Ca s'appelait "Sept scénarios" parce qu'il était envisagé, en fonction des zones géographiques et des tensions, le pire pouvant arriver. -Et comment vous finissez à CNews ? -L'un de ces scénarios, c'est Al-Qaïda qui attaque New York.
Et donc, à partir du 11 septembre, le livre est retiré par Flammarion, traduit dans de multiples langues. Et là, j'ai été approché...
Je travaillais avec un groupe qui s'appelait la Fondation Marc-Bloch. Fondation souverainiste. Et là, j'ai rencontré Charles Pasqua, qui m'a proposé de faire des cours à Léonard de Vinci.
C'est comme ça que j'ai rencontré Charles Pasqua. J'étais journaliste. Et Charles Pasqua m'a convaincu de prendre la tête d'une école de commerce alors que je ne connaissais ni les écoles de commerce ni vraiment l'enseignement supérieur.
J'y ai donc fait une carrière assez longue hors de la politique et du journalisme. Et ensuite, je suis revenu dans le journalisme. -Votre fil rouge en politique, ça a toujours été le souverainisme ? -Je préfère dire le respect de la démocratie directe, et souveraineté populaire et nationale. -Et le corollaire de tout ça, c'était en tout cas sortir la France de l'Union européenne ou au moins de l'euro.
Vous n'avez pas renié tout cela en vous présentant sous les couleurs du RN quand celui-ci a renoncé à ce qu'on appelait à l'époque le "Frexit" ? -Je pense que la cohérence vient du fait que vous ne pouvez pas en démocratie aller contre la volonté populaire. Aujourd'hui, les sondages montrent, et ce n'est pas de la démagogie politique, pas pour suivre et courir après l'opinion, mais vous ne pouvez pas dire que vous défendez la souveraineté populaire et que vous ne voulez pas qu'une politique soit contre la majorité, et imposer de sortir de l'Union Européenne.
Il y a une contradiction. On peut être plus royaliste que le roi, on ne peut pas être plus démocrate que le peuple. L'Union européenne, aujourd'hui, elle dysfonctionne, elle ne peut pas rester en l'état.
Donc il est question de changer l'Union européenne. Et si elle ne peut pas être changée, d'en tirer toutes les conséquences. Aujourd'hui, on ne peut pas proposer une sortie car le peuple ne veut pas. -Il y a un sujet sur lequel j'aimerais vous entendre, c'est Marine Le Pen, parce qu'elle a été à un moment un peu votre punching ball.
En 2019, elle fait partie des personnalités que vous avez qualifiées de "politichiens", justement. Vous ajoutiez à l'époque, "Elle est bas de plafond et pleine de ressentiment." Vous l'avez surnommée Mussolini de Monoprix, et aviez critiqué aussi les origines dégoûtantes du Rassemblement national et son obsession pour l'immigration et la sécurité.
Comment vous pouvez dire des choses pareilles sur Marine Le Pen et rejoindre son parti quelques années après ? -D'abord, il arrive qu'on dise des bêtises. Encore plus lorsqu'on est...
J'ai pas dit payé pour en dire, mais quand vous êtes éditorialiste, vous êtes un peu le spécialiste de la punchline, on vous attend... -C'était sur les réseaux sociaux. -J'entends bien.
C'était dans cet exercice-là. Pas un exercice de mandat, c'était un exercice quasiment caricaturiste. La citation est tronquée parce qu'il y en avait pour tous les goûts.
Pour M. Wauquiez,... -Je n'ai pas dit que vous épargniez les autres. -En fait, tout le personnel politique était brocardé.
Je pense que Mélenchon devait, de mémoire, être traité de Chavez de supermarché ou un truc dans ce goût-là. Donc, la question est simple. Elle est que, en réalité, un, je ne connaissais pas Marine Le Pen personnellement.
On peut se faire une idée très fausse de ce qu'ils sont en réalité. Et deux, en tant que partisan de la souveraineté nationale et de la souveraineté populaire, dès 2017, je disais que Marine Le Pen était la mieux placée pour défendre ces idées. Et j'avais été, comme beaucoup, déçu par le débat.
Et j'ai constaté... -Le débat face à Emmanuel Macron ? -Face à Emmanuel Macron. -D'accord. -J'ai constaté entre-temps, qu'elle avait musclé son jeu, que la distance prise par rapport à son père, parce que moi, je n'aurais jamais rejoint le Front National, soyons clairs, j'ai constaté qu'il y avait une distance prise énorme, qu'elle avait musclé son jeu, et en plus, en rencontrant cette femme, et en comprenant son évolution et son évolution politique, je me suis dit que là, il y avait une véritable stature.
Quelqu'un qui s'était battu bec et ongle, et qui continue, et qui méritait, effectivement mieux que ces saillies faciles. -Ces saillies, justement, est-ce que vous n'allez pas parfois un peu trop loin dans la recherche du bon mot ? -Ca, c'était avant. -Vous avez qualifié Sandrine Rousseau de Greta Thunberg ménopausée, Marlène Schiappa d'experte en concours de t-shirts mouillés.
J'ai l'impression que vous vous êtes un peu calmé depuis que vous êtes député, non ? On vous a demandé de lever le pied sur ça ? -Alors non, je tiens à dire qu'au sein du Rassemblement national il y a un immense respect pour tous les élus, etc.
On m'a passé aucune consignes, mais c'était inutile de le faire car j'estime que dorénavant, ce n'est plus ma parole libre, je dirais, de bretteur ou de spécialiste de bon mot. Aujourd'hui, je représente une fraction de la souveraineté nationale. Je représente les électeurs de la 2nde circonscription. -Vous avez changé de rôle. -Qu'ils aient voté ou non pour moi.
Donc il y a un impératif, je pense, de dignité, de rassemblement aussi. Le Rassemblement national s'approche du pouvoir, c'est suffisamment souligné. Le but, c'est évidemment de rassembler au maximum.
Et je pense que, non seulement, ma volonté est de convaincre, et pour convaincre, c'est plus du tout faire de l'audience, pour convaincre, il ne faut pas piquer, au contraire. Il faut expliquer, être le plus pédagogue possible et le plus mesuré possible. -Il nous reste très peu de temps pour faire notre quiz traditionnel de La Politique et Moi.
Vous allez devoir compléter ces phrases. Avoir été dans le même parti qu'Eric Coquerel ? Vous l'avez côtoyé à l'époque ?
Parce qu'il a été chevènementiste. -Je ne l'ai pas côtoyé, mais j'aurais pu le faire parce que je le côtoie à l'Assemblée nationale. -Vous en avez parlé depuis, à l'Assemblée ? -Non, mais je vais lui en parler.
Et c'est quelqu'un avec qui je ne suis pas d'accord politiquement, mais j'estime son travail. C'est un gros bosseur. -Si on me demande de citer 10 communes de ma circonscription... -Je pourrais en citer 11. -Ca y est ?
Vous les aviez ? Parce que vous ne les aviez pas au moment du débat... -C'est pas ça.
Je vais vous livrer un scoop. Il y a certaines circonscriptions dont je n'étais pas sûr de la prononciation du nom. -C'est embêtant quand on est candidat ! -Précisément, j'en connaissais plus que 10, mais je n'étais pas sûr de pouvoir les prononcer correctement.
J'ai appris non seulement toutes les communes, mais surtout à les prononcer. Et j'avais quelques secondes pour me déterminer, et si je la prononce de travers, ça ne va pas aller. Donc, j'aurais dit : "Je ne suis pas votre élève, c'est pas un quiz"...
Là oui. -"Je ne suis pas votre élève, vous n'êtes pas mon professeur." Entre James Brown et Mahler, je choisis ? -Les deux.
Non, parce que pour le coup, il y a des domaines dans lesquels l'éclectisme, à mon avis, est indispensable. Ce n'est pas la même musique, ce n'est pas la même "vibe", comme diraient les jeunes. Quand vous voulez danser, c'est James Brown, et pour écouter une musique profonde, c'est Gustave Mahler. -Merci, Guillaume Bigot, d'être venu. -Merci.
Guillaume Bigot