Brice Teinturier : "Il y a un profond déclinisme dans ce pays, mais on ne peut pas le résumer simplement à ça"
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Questions et réponses
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- 0:44RelanceRéponse partielle
Expliquez-nous, Bristin Thurier, vous ne croyez plus vos sondages ? Vous avez changé de lunettes ou c'est une forme de méthode Coué ?
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Si l'on reste sur ces enquêtes de fractures françaises, les chiffres sont quand même sans appel : 90% des Français estiment que la France est en déclin. Est-ce que cela permet vraiment d'être optimiste ?
- 2:23OuverteRéponse directe
Ce n'est pas « Tout va bien, Madame la Marquise ». Donc, bien évidemment qu'il y a un profond déclinisme dans ce pays. Mais l'idée centrale, c'est de dire qu'on ne peut pas résumer le pays à ça.
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Rentrons dans le détail des exemples que vous prenez pour contester ces idées reçues sur un malheur français qui serait incontestable.
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Si on vous comprend bien, ce pessimisme ambiant et partagé, c'est la faute des médias, des responsables politiques ?
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C'est la prophétie autoréalisatrice ? On vous dit que ça va mal, alors ça va mal ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 2:05InvitéChiffre
« La dernière enquête, 90% des Français qui estiment que la France est en déclin, 3 points de plus que l'an dernier, 15 points de plus qu'en 2022. »
- 5:03PrésentateurChiffre
« 8% des Français se considèrent comme très heureux contre 13% des Belges, 15% des Américains, 24% des Brésiliens. »
- 5:15PrésentateurChiffre
« Vous avez la moitié des Français qui se situe dans les notes positives. »
- 6:40PrésentateurChiffre
« L'engagement des Français dans le travail, il a progressé au cours des dernières années. »
- 6:58PrésentateurFait
« On l'attend toujours, la grande démission. »
- 7:50InvitéFait
« Il y a une réalité statistique qui est qu'on n'a jamais fait aussi peu d'enfants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. »
- 11:58PrésentateurChiffre
« Il y a eu, les dernières années, 42 homicides de jeunes par jeunes. On était plutôt dans une trentaine. »
- 12:53PrésentateurChiffre
« Vous avez 89% de Français qui nous disent nous vivons dans une société violente. »
- 14:44PrésentateurChiffre
« Vous avez 33-34% de Français qui pensent qu'il y a d'autres régimes qui seraient meilleurs que la démocratie. »
- 17:57PrésentateurChiffre
« Vous avez une majorité de Français qui vous dit qu'ils souhaitent une dissolution. »
Temps de parole
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8h24 sur France Inter. France Inter, Benjamin Duhamel, Florence Paracuelos, la grande matinale. Et dans le grand entretien avec Benjamin Duhamel, nous recevons le politologue, directeur général délégué d'Ipsos, BVA, co-auteur d'un essai stimulant, pas franchement dans l'air du temps, ça s'appelle Au-delà des apparences, des raisons d'être optimiste en France. Bonjour Bristin Thurier. Bonjour. N'oubliez pas, chers auditeurs, vos questions, vos réactions au 01-45-24-7000 ou sur l'appli Radio France. Merci d'être avec nous ce matin au micro de France Inter. Bristin Thurier, on va commencer par ce paradoxe.
Malgré des Français qui expriment leur colère et leur pessimisme de plus en plus dans vos enquêtes d'opinion, vous nous dites donc qu'il y a des raisons d'être optimistes. Alors expliquez-nous, Bristin Thurier, vous ne croyez plus vos sondages ? Vous avez changé de lunettes ou c'est une forme de méthode Coué ? Non, pas du tout. On essaie de ne pas tomber d'un excès dans l'autre. En revanche, le point de départ de ce livre, sa raison d'être, c'est que nous avions véritablement, côté Ipsos, BVA en tous les cas, le sentiment qu'il y a une doxa ambiante qui ne fait qu'insister sur ce qui ne va pas, qui décrit des Français fracturés.
Et c'est vrai, je suis le premier à l'avoir souvent dit à travers nos enquêtes fractures françaises, mais ce n'est pas que cela. Et petit à petit, il y a une déformation de notre point de vue sur l'état réel du pays, avec beaucoup de stéréotypes qui circulent sur beaucoup de sujets. Les Français seraient paresseux, les Français ne voudraient plus d'enfants, les Français seraient uniquement happés par le pessimisme ou la demande d'autorité, voire d'autoritarisme. Tout cela n'est pas faux, mais tout cela est parfois mal interprété et dissimule d'autres logiques profondes dans la société.
Et on va revenir, Brice Tinturier, sur tous ces clichés, ces paradoxes que vous évoquez dans votre livre. Mais simplement, si l'on reste effectivement sur ces enquêtes passionnantes de fractures françaises que vous coproduisez, les chiffres sont quand même sans impel. La dernière enquête, 90% des Français qui estiment que la France est en déclin, 3 points de plus que l'an dernier, 15 points de plus qu'en 2022. Quand on est autant à considérer que la France décline, que la France ne tient plus sa place dans le monde, est-ce que cela permet vraiment d'être optimiste ?
Le sous-titre du livre, c'est « Des raisons d'être optimiste ». Ce n'est pas « Tout va bien, Madame la Marquise ». Donc, bien évidemment qu'il y a un profond déclinisme dans ce pays. Mais l'idée centrale, c'est de dire qu'on ne peut pas résumer. Le pays a simplement ça. Moi, je peux vous donner, et c'est le cas dans ce livre, qui est fait d'objets différents, de chapitres différents, sur l'automobile, sur le luxe, sur le rapport au travail, sur le rapport à la santé. Beaucoup de chiffres qui vont dans un sens contraire. En gros, ce que nous disons, c'est que la France n'est pas un archipel où il y aurait comme ça des petits îlots de Français qui ne se diraient plus rien.
Ils sont beaucoup plus unis que ce qu'ils s'imaginent.
L'archipel français, c'est la thèse de Jérôme Fourquet. Autre sondeur, vous dites, au fond, il faut faire attention à ces récits qui visent à, parfois, opposer les Français les uns aux autres, à faire le récit d'un pays qui n'arrive plus à se parler ?
Il faut être, effectivement, de mon point de vue, beaucoup plus précis, beaucoup plus nuancé, ne pas occulter ce qui ne va pas. Encore une fois, ce serait stupide. Les défis sont immenses, et les Français, évidemment, traversent. Je le souligne, je crois, dans le papier que j'ai fait sur ce qui se passe dans la société française. Ils sont habités par des hantises de disparition, de déclin. Il y a de très bonnes raisons à cela. Mais si vous refermez le chapitre en disant que c'est que ça, la France, là, vous vous trompez. Et c'est ça que nous avons voulu souligner.
Donc, la question, c'est pourquoi, Bristin Turier, vous écrivez, à force de se l'entendre répéter, comment s'étonner que 87% des Français finissent par croire au déclin plus ou moins irréversible de leur pays, avec des conséquences plus ou moins graves sur leur vie sociale, leur santé mentale, leur capacité à imaginer le futur. Donc, si on vous comprend bien, Bristin Turier, ce pessimisme ambiant et partagé, c'est la faute des médias, des responsables politiques ? Il y a un peu de tout. D'abord, nous produisons ces données. Et ces données sont ensuite débattues dans le débat public, commentées, analysées, etc. Et on est très conscients, on essaye de l'être, de notre responsabilité.
Donc, le message, c'est vraiment, à chaque fois de se demander d'où viennent les données, sont-elles bien interprétées ? Et si vous isolez simplement une donnée et que vous la répétez à satiété, vous produisez des effets, et ces effets déforment ensuite la réalité. Ce qu'on a voulu faire, c'est, encore une fois, avoir un regard beaucoup plus pointu et beaucoup plus nuancé pour dire qu'il y a d'autres choses que simplement ce tableau extrêmement noir de la société française. C'est la prophétie autoréalisatrice ? On vous dit que ça va mal, alors ça va mal ?
On peut l'appeler comme ça, mais à force, effectivement, de répéter quelque chose et de le répéter dans un sens uniquement univoque, oui, mais on ne dit pas assez que les Français, par exemple, font partie des peuples qui se considèrent comme les plus heureux. Ah bon ? Oui ? Parce que les données, c'est quand même quoi ? 8% des Français se considèrent comme très heureux contre 13% des Belges, 15% des Américains, 24% des Brésiliens. Quand vous prenez ce que nous avons dans nos enquêtes, une échelle de bonheur subjective, vous demandez aux gens de se positionner sur une note de 0 à 10, vous avez la moitié des Français qui se situe dans les notes positives.
Donc là encore, vous ne pouvez pas faire abstraction de cela. Vous avez beaucoup d'autres exemples qui montrent qu'il est beaucoup plus facile de s'enfermer dans une grille de lecture un peu simpliste et il est plus difficile d'essayer de tenir les deux bouts. Malgré tout, si vous ne tenez pas les deux bouts, vous produisez dans le débat public quelque chose qui déforme la réalité.
Alors, rentrons dans le détail, Brice Tinturier, des exemples que vous prenez pour contester ces idées reçues sur un malheur français qui serait incontestable, contre lequel on ne pourrait rien. D'abord, cette idée sur le travail, que les Français n'aimeraient plus le travail, qu'il y aurait une sorte de divorce entre les deux. D'ailleurs, à votre place, la semaine dernière, Carlos Tavares, l'ancien patron de Stellantis, développait cette idée-là d'une sorte de fracture irrémédiable. Vous, vous n'y croyez pas. Pourquoi ?
Ce n'est pas une question de croyance. C'est une question de données. Juste un mot sur le making-of de ce livre. On a réuni des groupes de travail avec des spécialistes chez nous et bien de la question de l'engagement des collaborateurs ou de la société ou de la santé, etc. Et on les a fait parler en leur demandant qu'est-ce que tu vois dans les données ? Ce sont des gens qui passent leur vie à travailler les données. Qu'est-ce que tu vois et comment ça a évolué ? Quand vous interrogez ces gens qui sont des experts de la relation au travail, des collaborateurs, ils vous disent mais il n'y a pas une France qui ne voudrait plus travailler. C'est faux.
L'engagement des Français dans le travail, il a progressé au cours des dernières années. Ça, ça se mesure. Ce sont des éléments objectifs. Donc les Français, en réalité, ont un rapport au travail qui n'est pas un rapport où ils ne voudraient plus travailler. Il y a eu des choses dans le débat public sur les Français paresseux ou la grande démission. On l'attend toujours, la grande démission. C'est totalement erroné. Et qu'est-ce qui préoccupe les collaborateurs, les salariés dans les entreprises ? C'est la question de l'efficacité. Ce qu'ils veulent, le pire pour eux, ce sont les process qui ne marchent pas, les réunions qui tournent à la réunion.
Donc c'est travailler différemment
plutôt que travailler moins ? C'est travailler efficacement. Le vrai sujet, c'est pas les Français ne travaillent pas. Le vrai sujet, c'est comment vous retrouvez de l'efficacité. C'est ça qui est le premier vecteur de stress des salariés. Les process qui ne fonctionnent pas. Et le deuxième véritable enjeu, c'est la formation. Si le débat public était sur ces deux enjeux-là et pas sur répéter à satiété, ce qui encore une fois est inexact, les Français ne veulent pas travailler, je crois qu'on progresserait dans ce pays. C'est un très bon exemple de ce qu'on cherche à faire dans ce livre. Un autre monde du travail est possible.
Encore un préjugé, Brice Tinturier, les Français ne voudraient plus faire d'enfants. Il y a une réalité statistique qui est qu'on n'a jamais fait aussi peu d'enfants depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale. Pour autant, ce que vous dites, c'est que ce n'est pas tant qu'on ne veut pas en faire, mais c'est qu'on peut moins parce qu'on a moins les moyens. Exactement. Ce qui veut dire que ce n'est pas tout à coup les Françaises et les Français qui se diraient je ne veux plus d'enfants avec, c'est toujours les exemples qui sont donnés, je ne veux pas que mes enfants naissent dans un monde qui serait un monde terrible avec le réchauffement climatique, les guerres, etc.
Même si cette tendance existe aussi.
Il y a un peu de cela, il y a un peu de cela et il y a beaucoup d'obstacles qui sont mis sur la route de ceux qui veulent faire des enfants. Mais le désir d'enfants n'a pas disparu. Simplement, vous avez des enjeux autour des crèches, vous avez des enjeux autour du travail, vous avez des enjeux autour de la façon dont on parle, dont on évoque la vie des jeunes parents qui est très colorée négativement, comme si c'était un enfer permanent, etc.
Donc vous avez beaucoup d'obstacles objectifs sur lesquels on peut jouer, sur lesquels on peut lutter, ce qui veut dire que c'est multifactoriel et que ce n'est pas encore une fois à réduire de manière comme ça assez caricaturale sur les Français ne veulent plus faire d'enfants. Brice Tinturier, nous avons un auditeur qui veut vous poser une question. Bonjour Patrick, bienvenue. Bonjour.
Bonjour. Bonjour M. Tinturier, en souhaitant que vous tentez à votre force et vigueur, j'ai une question importante pour vous. Je suis une jeune femme de 25 ans, je vis dans une grande ville de France. Je suis un jeune homme de 18 ans, je vis dans une petite ville en région. Compte tenu des difficultés pérennes face au changement climatique, d'une Russie agressive aux portes de l'Europe, de blocs agressifs économiquement, Chine et USA, de la place de plus en plus grande de l'IA dans l'économie et dans la société, attention à nos libertés individuelles, et enfin de la montée en force du masculinisme blanc de préférence, comment pouvons-nous être optimistes en l'avenir ?
Eh bien, parce qu'il n'y a pas que cela, et même dans ce que vous avez cité, vous avez des éléments qui ne convergent pas totalement dans l'idée qu'il y aurait une menace. Vous avez évoqué l'IA, il y a un excellent chapitre, je crois, sur l'enjeu de l'IA, et en réalité, vous avez beaucoup de potentialités aussi positives à travers l'IA en termes d'efficacité, en termes de capacité à nous apporter des éléments qui nous permettront de nous concentrer sur les tâches les plus intéressantes.
Sur la santé aussi, vous dites qu'il n'y a pas cette fracture entre ce qu'on a l'habitude de dire sur les Français, qu'ils refuseraient tout ce qui est diagnostic, prévention...
Pas du tout, ils s'emparent au contraire de tous ces outils. Donc, bien sûr, monsieur, vous avez raison qu'il y a, et encore une fois, je ne nie pas, j'ai été, je crois, je ne veux pas dire parmi les premiers, mais à souligner les fractures abyssales qu'il y a dans ce pays. Les déchets auxquels nous sommes confrontés sont colossaux. On l'entend bien, la crainte dans le propos de Patrick. La situation est extrêmement grave, personne ne le nie. En revanche, ce que nous essayons de dire, c'est encore une fois, il y a d'autres éléments, et il faut prendre ces autres éléments si on veut avoir un diagnostic juste et donc derrière des décisions appropriées.
On vous entendra dans un instant, Brice Tinturier, bien évidemment, sur la situation politique puisqu'on a besoin de vous comme une sorte d'oracle pour nous expliquer ce qui va advenir dans les semaines qui viennent puisque beaucoup de Français et sans doute beaucoup d'auditeurs ne comprennent plus grand-chose à ce qui se passe à l'Assemblée, mais encore, un de ces paradoxes et de ces idées reçues et que là encore, on peut questionner. Vous vous contestez dans le livre cette idée que la société serait de plus en plus violente. Vous dites en fait, ce n'est pas qu'elle est plus violente, c'est que nous sommes, nous Français, de moins en moins tolérants à la violence.
Est-ce que vous nous faites le coup du sentiment d'insécurité comme Lionel Jospin en son temps ?
Non, pas du tout. Je reprends les statistiques du ministère de l'Intérieur qui montrent qu'il y a une augmentation au cours des dernières années de la violence. Ça, c'est incontestable. Donc, nous ne disons pas, je ne dis pas qu'il n'y a pas de violence dans ce pays. Ce serait totalement absurde. En revanche, ce que j'essaye de montrer, c'est notamment sur la violence des jeunes qu'il n'y a pas une explosion de la violence des jeunes. Le phénomène, il est tout à fait différent. Ce qui se produit et qui est exact, c'est une extrême violence d'un petit segment de la jeunesse avec un changement de paradigme qui est que ce sont des jeunes qui tuent d'autres jeunes.
Il y a eu, les dernières années, 42 homicides de jeunes par jeunes. On était plutôt dans une trentaine. Mais ce n'est pas une explosion. Et du coup, ce n'est pas la même chose de présenter la société française comme étant dans un ensauvagement ou une décivilisation.
Ensauvagement terme utilisé par Gérald Darmanin, décivilisation terme utilisé par le président de la République. Ça, c'est des sortes de mots piégés dans le débat ?
Oui, parce que la décivilisation, alors là, pour le coup, je conteste totalement que nous soyons dans une phase de décivilisation. La décivilisation, ça renvoie à la thèse de Norbert Elias qui est sur le processus de civilisation. La civilisation des mœurs. Voilà, qui est un processus où justement, la violence fait de plus en plus horreur aux gens. Et où du coup, on essaye de civiliser les passions, il y a beaucoup plus de retenues dans tous les domaines de la vie. Et cette dynamique-là, elle existe toujours. Parce que dans nos enquêtes de fractures françaises, voilà un très bon exemple du contresens qu'il ne faut pas faire.
Vous avez 89% de Français qui nous disent nous vivons dans une société violente. Mais ça ne veut pas dire qu'on est dans la décivilisation. Pourquoi ? Parce que justement, ça les tétanise les Français, cette violence. Quand ils voient des jeunes qui au couteau, avec l'image évidemment qui génère de l'effroi, au couteau, tuent d'autres jeunes, ça les tétanise. Qu'est-ce que ça montre ? Qu'on a totalement intériorisé ce refus de la violence. On a des indicateurs qu'on suit où on demande aux Français est-ce qu'il est légitime d'avoir recours à la violence pour parvenir à ses fins. Vous avez 17% de Français qui vous disent oui. L'immense majorité nous dit non.
et c'est un processus aussi qui va en allant de plus en plus dans le sens refus de la violence. Donc vous jetez comme ça des mots dans le débat public, des civilisations, et vous créez une anxiété qui ne devrait pas être fondée si vous regardez de manière un peu plus précise, un peu plus objectif les faits. Alors, ça m'amène à cette question Bristin Thurier. Dans toujours cette dernière enquête Fractures françaises, on découvrait que plus de 80% des Français voulaient un vrai chef, estimer qu'on avait besoin d'un vrai chef, je cite, pour remettre de l'ordre. Pour autant, selon vous, ça n'est pas la demande d'un pourvoir fort, autoritaire, ni d'une droitisation de la société.
C'est quoi alors ? Une droitisation c'est encore autre chose. Il y a une droitisation je crois incontestable dans ce pays, je l'ai déjà souligné plusieurs fois dans les mois précédents. Non, en revanche, là aussi, si vous vous emparez de ce seul chiffre et que vous l'isolez sur on veut un vrai chef pour remettre de l'ordre, vous allez en conclure qu'il y a une demande d'autorité, ce qui est vrai, voire de régime autoritaire, ce qui est faux. Parce que ce que veulent les Français, c'est un régime qui créerait de l'efficacité, ce qui n'est pas tout à fait la même chose. Ils sont au contraire très attachés aux libertés publiques et on a toute une série d'indicateurs qui le montrent.
L'ébranlement démocratique qui existe, vous voyez, il faut toujours être un peu nuancé quand même, il existe et on le mesure. Vous avez 33-34% de Français qui pensent qu'il y a d'autres régimes qui seraient meilleurs que la démocratie. Mais c'est stable et vous en avez les deux tiers qui nous disent l'inverse. Donc il ne faut pas inverser non plus les proportions.
Brice Tinturier, donc sur l'actualité politique, il faut que vous nous donniez et aux auditeurs les clés pour comprendre la situation qui est parfois bien difficile à lire. Là encore, je rappelle non seulement votre propos, le sous-titre de votre livre des raisons d'être optimistes. Quand vous voyez les discussions à l'Assemblée, les postures des uns et des autres, est-ce que vraiment les débats à l'Assemblée, cette question aura-t-on un budget avant la fin de l'année ? Est-ce que tout cela vous rend optimiste ? Non, incontestablement, là on est dans une situation... Enfin un peu de lucidité !
On est dans une situation qui évidemment est extrêmement incertaine, grave potentiellement dans ses effets. Je crois que personne ne le nie, ça serait absurde. La seule chose qu'on peut peut-être se dire, c'est que dans la façon dont nous fonctionnons dans ce pays, et bien finalement le Parlement, là, et on le voit, c'est lui qui a le ballon entre les jambes.
Et plutôt que de dire à chaque fois c'est le gouvernement qui décide à coup de 49-3 et de tout mettre au niveau du gouvernement, on a quand même un processus qui est un processus de délibération, certes imparfait, qui risque de ne pas aboutir, et c'est très grave parce qu'on est véritablement proche d'une crise politique, enfin on est déjà dans une crise politique, mais qui pourrait avoir des effets extrêmement graves.
L'éloge du parlementarisme quand on voit tous les jours des impôts nouveaux qui sont votés sans que l'on comprenne tout à fait à quoi ils vont être affectés, quand on voit des responsables politiques qui prennent des positions exactement inverses à ce qu'ils pouvaient dire il y a quelques mois, vous avez vraiment l'impression qu'on se dirige vers une sorte de super régime parlementaire qui permettrait de créer des compromis comme dans les pays scandinaves ou en Allemagne ?
Bien sûr que la culture politique française n'est absolument pas celle-là et on le voit justement au Parlement mais malgré tout nous n'avions pas eu je crois dans ce pays depuis très longtemps du débat parlementaire comme nous l'avons là. Alors vous pouvez souligner qu'il est imparfait, qu'il ne va pas, etc.
Et je vous dirais oui, vous avez mille fois raison mais si on veut chercher quand même quelques éléments qui ne soient pas que dans tout va mal et bien on peut au moins se dire qu'il y a cet effort ça prendra des années ou des décennies pour que ça progresse très certainement mais il y intéresse que ça progresse parce qu'il n'est pas assuré du tout que même en 2027 si l'élection a lieu en 2027 présidentielle et législative qu'on ait à nouveau une majorité absolue. Donc il va bien falloir se coltiner cet effort de travailler autrement dans la sphère politique. Alors pour l'instant le consensus est loin d'être évident comment vous voyez la suite ?
Qu'est-ce qui va se passer en cas de rejet du budget une censure du gouvernement une nouvelle dissolution ?
Pour l'instant d'ailleurs rien n'est voté le processus n'est pas abouti je ne sais pas ce qui va se passer ensuite ce qu'on sait c'est que si effectivement les parlementaires n'arrivent pas à trouver les compromis pour voter un budget là on sera dans une impasse et là on ira à la dissolution et que la dissolution il faut faire attention là aussi aux chiffres vous avez une majorité de français qui vous dit qu'ils souhaitent une dissolution mais c'est très porté par le RN et compte tenu du poids du RN dans un échantillon aujourd'hui représentatif la moyenne générale c'est un indicateur mais il faut aller regarder ensuite formation politique sympathisant politique par sympathisant politique et là vous vous rendez compte qu'une fois vous avez enlevé la France insoumise ou le RN qui pèse et c'est légitime évidemment on a aussi leur avis mais dans les autres formations on n'est pas partisan de ça donc les français redoutent l'instabilité les français ne sont pas du tout convaincus que la dissolution en tous les cas une part importante de français
parce que sans doute Brice Tinturier une dissolution donnerait une assemblée nationale pas plus lisible sans majorité claire si demain il y avait des élections législatives
c'est très probable on n'aurait absolument pas la garantie qu'une majorité absolue puis peut-être que cette idée de la majorité absolue comme Graal il va falloir en sortir aussi dans les autres pays ça ne se passe pas comme ça on n'est pas condamné à être systématiquement dans des majorités absolues qui n'ont pas forcément donné non plus de très très bons résultats
cette nuance que vous nous apportez ce matin elle est passionnante et on en profite aussi pour faire une sorte de panorama des mouvements tectoniques qui se passent sur la scène politique et d'abord du côté de ce qu'on appelle encore le bloc central ou le camp du président je ne sais pas exactement la bonne dénomination qu'il faut utiliser on voit la réforme des retraites qui va être suspendue on voit ce que l'on disait chaque jour des impôts supplémentaires qui sont votés là où la doctrine initiale du président était de dire il faut arrêter sur la fiscalité qu'est-ce qui va rester du président de la république du macronisme huit ans après son élection en 2017 ?
pas grand chose effectivement le deuxième mandat le second mandat d'Emmanuel Macron est un mandat assez désastreux puisque ce qui en constituait la seule vraie grande réforme c'était la réforme des retraites et qu'elle est remise en question et que finalement on se souviendra surtout je crois qu'il a dissous l'Assemblée nationale et que ça a aggravé les difficultés et puis qu'on a des déficits qui sont vertigineux or le socle de la compétence économique du gouvernement c'était ce qui résistait par rapport à des reproches faits sur le régalien donc c'est une situation les seconds mandats ils sont toujours extrêmement difficiles mais c'est une situation assez catastrophique effectivement pour le bilan du président de la république
et sur le rassemblement national puisque Bristin Turier là encore dans les engagements pris par Emmanuel Macron il y avait en 2017 cette idée je ferais tout pour que les français n'aient plus de raison de voter pour l'extrême droite là encore dans tous les sondages que vous publiez Bristin Turier le RN apparaît comme ultra favori est-ce qu'il y a encore quelque chose qui pourrait empêcher leur arrivée au pouvoir à l'occasion des prochaines élections
il y a la question de l'incarnation malgré tout qui portera les couleurs du rassemblement national est-ce que ce sera Bardella est-ce que ça sera Marine Le Pen et puis surtout qui sera en face en ordre dispersé ou pas donc il ne faut pas en conclure trop vite non plus qu'il y a une route inéluctable pour la présidentielle devant le RN mais une fois qu'on a dit ça la progression du rassemblement national depuis maintenant 20 ans elle est continue elle est continue elle est forte c'est la première formation politique on est à 33-34% que ce soit dans les intentions de vote ou des indicateurs de satisfaction donc incontestablement cette dynamique est très bien
mais le fameux plafond de verre est-ce que vous y croyez encore cette idée que au moment de choisir au moment de déposer un bulletin dans l'urne il y aura une sorte de sursaut quand on regarde là encore les enquêtes d'opinion et notamment sur les souhaits de victoire le rassemblement national n'a jamais été aussi haut
oui alors le plafond de verre il est fissuré mais pardonnez-moi là encore d'essayer d'être nuancé on a fait tout un travail et un article est sorti ou va sortir sur la question du front républicain vous vous rendez compte que malgré tout il n'est pas mort contrairement à ce qu'on dit ce front républicain quand vous posez des questions et que vous regardez attentivement qui sera capable ou pas de se mobiliser contre le rassemblement national vous retrouvez la gauche et d'autres électeurs qui vous disent aujourd'hui alors que la menace elle est encore un peu diffuse pour qu'ils se mobiliseraient c'est plutôt du côté des LR qu'il y a là pour le coup une baisse considérable de ce qui était le RN le front républicain il ne faut pas s'en étonner vu les décisions les propositions les déclarations qui ont été prises par beaucoup de responsables LR Est-ce qu'il reste des digues justement chez LR pour empêcher cette union des droites ?
Je crois qu'on est sur une pente qui nous rapproche de plus en plus de cette union des droites en tous les cas si vous prenez au sérieux je les prends au sérieux les déclarations des dirigeants LR que ce soit sur l'immigration sur la question de l'énergie il y a eu une tribune quand même que je crois très importante signée par Bruno Retailleau et Bellamy qui condamnait les énergies non renouvelables c'est un alignement là aussi sur le Rassemblement National vous avez eu la dernière législative partielle où le président LR a dit pas une voix pour la gauche ce qui est un nouveau pas la gauche socialiste en l'occurrence tout à fait qui était socialiste et pas France insoumise donc on voit bien qu'un certain nombre de digues se craquellent est-ce qu'elles sont toutes tombées ?
est-ce que le plafond de verre est définitivement tombé ? non pas encore mais bien évidemment qu'on se rapproche de la possibilité d'une victoire du RN
merci beaucoup merci pour ce sens de la nuance parfois rare dans le public
la revue de presse à suivre