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AutreFrance Culture — L'invité(e) des Matins (sur Site radio)· 18 avril 2026 36 minContradictoireMixteCulture, médias & sport

La culture en temps de crises : grand entretien avec Rima Abdul Malak

Source d'origine 3 locuteurs

Audio original de l'émission.

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Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 14 %Attaque 3 %Défensif 1 %

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 34:16PrésentateurFait
    « Dans les deux thématiques qui nous ont intéressés ce matin, les médias, l'information et la culture, il y a toujours une question de financement. »

Temps de parole

  • Invité66 %
  • Présentateur32 %
  • Locuteur non identifié2 %

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0:01
Présentateur

Pour s'inscrire dans ce moment de réflexion que France Culture vous propose, intitulé « La culture à l'épreuve », nous avons choisi d'initier ce samedi matin une longue discussion avec Rima Abdulmalak. Bonjour, madame. Bonjour. Vous êtes ce matin en duplex de Beyrouth au Liban, où vous vous êtes réinstallé à l'automne dernier, pays que vous aviez quitté 35 ans plus tôt durant votre enfance pour échapper à la guerre ancienne ministre de la Culture en France. Vous avez choisi de prendre la direction, il y a quelques mois, d'un journal libanais mythique, l'Orient le jour. Vous nous expliquerez votre choix à peine quelques mois après votre installation.

Le Liban était à nouveau sous les bombes israéliennes. Une nouvelle guerre déclenchée entre l'État hébreu et le Hezbollah en marge de l'attaque américaine sur l'Iran. Alors, votre parcours, Rima Abdulmalak, votre expérience nous ont fait dire que vous aviez un regard à nous apporter sur la culture en temps de crise. Vous qui avez aussi été conseillère culture du président Emmanuel Macron pendant la pandémie de Covid-19. On s'interrogerait d'ailleurs tout à l'heure sur ce que vous retenez avec le recul de votre expérience rude valois sur la fragilisation aussi actuelle du modèle culturel français. Mais plongeons-nous dans votre quotidien.

Diriger un journal en pleine guerre reste pour vous, Rima Abdulmalak, une expérience inédite. Est-ce que vous vous attendiez à cela ?

1:26
Invité

Absolument pas. En fait, plusieurs personnes m'avaient alertée sur le risque de retour de la guerre ou d'un embrasement régional avec l'Iran qui impacterait le Liban. Mais j'ai dû faire un déni puisque je n'ai pas voulu y penser. Et j'étais dans l'élan des débuts, la découverte de cette équipe extrêmement engagée et passionnée à l'Orient le jour. Et je me disais non, non, ça ne va pas nous arriver. Quand bien même il y a une guerre en Iran, elle n'impactera pas le Liban. Le Hezbollah n'a aucun intérêt à déclencher des tirs de roquettes sur Israël et à entrer dans le conflit. Mais j'avais évidemment faux.

Et effectivement, depuis sept semaines maintenant, nous sommes quotidiennement pris dans cette guerre et ce cauchemar.

2:09
Présentateur

Vous allez nous parler de ce quotidien. Mais quel était à l'origine votre projet initial en acceptant de prendre la direction d'un quotidien comme l'Orient le jour ?

2:17
Invité

L'Orient le jour, vous l'avez dit, c'est un journal mythique. Il a toujours fait partie de ma vie, de la vie de mes parents, de la vie de tous les Libanais, du Liban et de la diaspora. Il était ce pont entre ceux qui sont restés au Liban et ceux qui sont partis. Il a cette aura internationale. C'est aussi un journal francophone, ce qui est rare. C'est le seul de la région. Et c'est le plus indépendant de tout le Moyen-Orient sur le plan politique et financier. Il est vraiment très libre. Donc cette voie-là, pour moi, elle est unique dans cette région. J'avais envie de pouvoir contribuer à son avenir, à son développement et qu'on l'entende plus dans les années qui viennent.

2:53
Présentateur

Vous l'avez dit, c'est un quotidien particulier parce que francophone aux proches et au Moyen-Orient. Mais à qui il s'adresse ? Vous l'avez dit aussi, il y a des lecteurs qui sont majoritairement à l'international ?

3:04
Invité

Oui. En fait, 80% de nos lecteurs sont hors du Liban. Le Liban est un petit pays avec une petite population aussi. Et les francophones du Liban ne sont pas les plus nombreux. Mais notre journal est aussi maintenant en anglais. On a une publication qui s'appelle L'Orient Today. Et on est lu surtout à l'international. Beaucoup en France, mais aussi au Canada, aux Etats-Unis, en Angleterre, en Suisse, en Belgique. On a des lecteurs dans 102 pays précisément.

3:28
Présentateur

Vous disiez, en prenant le poste, vouloir adapter le modèle économique du journal, poursuivre son développement, élargir son impact et son rayonnement à l'international. Ça veut dire qu'aujourd'hui, vous vous sentez avec une responsabilité plus lourde au vu du contexte sur les épaules ?

3:43
Invité

Disons qu'en plus de toutes ces missions stratégiques, je me retrouve à devoir faire beaucoup de gestion de crise au quotidien. Depuis cette semaine, ma fiche de poste a un peu évolué. J'ai dû, par exemple, aider des employés à être relogés parce qu'ils ont dû quitter leurs appartements dans la banlieue sud ou dans d'autres régions ciblées par les frappes israéliennes. J'ai dû monter une cellule psychologique pour appuyer nos journalistes sur le terrain. J'ai dû organiser des négociations avec des stations-service pour des coupons d'essence parce qu'il y avait des pénuries.

Vous voyez ce genre de nouvelles missions auxquelles je ne m'attendais pas initialement et qui, maintenant, font partie de mon quotidien.

4:19
Présentateur

Il y a beaucoup lieu à l'étranger, on l'a dit, par la diaspora. Il est aussi beaucoup lu par les journalistes non-arabophones qui suivent la situation au Moyen-Orient. Est-ce que, là aussi, c'est une responsabilité particulière, une mission que vous vous donnez par rapport à ce lectorat international, j'allais dire professionnel, mais vous voyez le sens de l'adjectif que j'ajoute ?

4:41
Invité

Oui, bien sûr, c'est-à-dire que chaque journaliste, quand il écrit, il pense à toutes ces typologies différentes de lecteurs. Le Libanais de la diaspora, le professionnel des médias, l'universitaire et aussi toute personne qui s'intéresse à ce qui se passe au Moyen-Orient, surtout dans des temps comme celui-là, de conflits très complexes avec de multiples répercussions. Donc, il y a plusieurs niveaux de pédagogie et d'approfondissement et trouver le bon équilibre entre la précision, le sens du détail et l'analyse la plus approfondie, mais aussi la pédagogie, le décryptage pour des personnes qui découvrent la réalité très complexe de cette région.

Donc, c'est un équilibre pas toujours facile, mais que notre équipe rédactionnelle, mais aussi l'équipe numérique, arrive à développer de manière très pertinente, je trouve.

5:29
Présentateur

Riba Abdelbazak, vous nous avez parlé de cet attachement personnel, familial à ce journal, mais il est aussi centenaire. Donc, c'est un lien qui est encore plus profond, si je peux dire, plus ancien. Est-ce que ce journal est aussi, selon vous, une sorte de symbole de la continuité dans, vous l'avez dit, un pays qui est cycliquement bouleversé par les conflits ? Est-ce que ce journal a une sorte de rôle de boussole, selon vous ?

5:53
Invité

Oui, c'est un symbole de la résilience du Liban, puisque depuis 1924, ce journal a traversé de multiples secousses, crises et guerres, et il est toujours debout. C'est aussi un laboratoire de coexistence et de dialogue, parce que l'Orient Le Jour est quelque part un miroir de ce qu'on aimerait le mieux pour le Liban. On a dans nos équipes des personnes de toutes les communautés religieuses, de toutes les régions du Liban, de toutes les classes sociales. On a aussi des journalistes d'origine syrienne, palestinienne, iranienne, de toute la région. Donc, en fait, on est finalement ce laboratoire du meilleur possible avenir du Liban.

En tout cas, c'est ce qu'on essaye de préserver, même si autour de nous, parfois, l'effondrement de la pensée, comme l'effondrement de la ville, nous atteint beaucoup.

6:40
Présentateur

La réflexion, effectivement, c'est aussi de parler de la culture. Notre sujet ce matin sur cette culture à l'épreuve, cette culture en temps de crise et de conflit. L'Orient Le Jour contient des pages culture, comme tous les quotidiens, avec en plus un supplément littéraire qui est publié chaque premier jeudi du mois. Est-ce que là aussi, il y a une forme d'acte de résistance pour vous de continuer à couvrir la scène artistique libanaise, qu'elle soit d'ailleurs dans le pays ou à l'étranger ?

7:09
Invité

Bien sûr, il était hors de question, malgré la guerre, de renoncer aux pages culturelles ni à l'Orient littéraire, mais au contraire, de montrer comment aussi les artistes, la scène culturelle, se mobilisent, par exemple, en solidarité avec les familles déplacées ou pour soutenir des artistes qui sont empêchés de créer, etc. Donc, il y a aussi une voie à porter pour montrer cette résistance culturelle face au chaos. Et nos pages sont très lues aussi pour ça.

7:37
Présentateur

Il y a des entretiens avec des plasticiens. Récemment, il y a eu Nasri Sayegh ou la romancière Manal Salamé, le peintre Jamil Molaeb. Qu'est-ce que ça montre aussi cette variété d'artistes libanais qui sont parfois aussi à l'étranger, je l'ai dit, mais qui gardent un lien très fort avec le pays, avec leur famille aussi, souvent encore sur place ?

7:58
Invité

Oui, on équilibre entre des artistes et auteurs basés au Liban, d'autres basés à l'étranger qui peuvent être libanais ou pas, qui peuvent être du Moyen-Orient ou pas, et pour donner cette pluralité de regards et aussi cet attachement viscéral à cette terre qu'est le Liban, qui est une terre complexe mais extrêmement attachante. Et ce sont des voies qui permettent d'amener une autre perception par rapport aux pages politiques et géopolitiques qui amènent cette couche presque existentielle, en fait, de ce qu'on vit au Liban.

8:31
Présentateur

L'une des questions que l'on se pose durant cette opération La Culture à l'épreuve, Rima Abdulmalak, c'est que peut la culture ? Est-ce que la culture arrive aussi à continuer à exister, à créer, à se développer dans ces temps de guerre et de crise ? Quel est le Liban que vous avez retrouvé en retournant vivre à Beyrouth il y a plusieurs mois maintenant en prenant la direction de l'Orient Le Jour ?

8:53
Invité

Quand je suis arrivée en novembre, j'ai senti une énorme vitalité culturelle. Après des années de crise, l'explosion du port, la guerre de 2024, la crise financière, etc., il y avait un nouvel élan. Un cinéma, notamment le Métropolis, avait ouvert et faisait salle comble à chaque fois que j'y allais. Le musée sur Sock lançait des expositions magnifiques, plein de galeries se développaient, y compris des nouvelles étaient en train d'ouvrir. Donc, il y avait une vraie dynamique. Maintenant, évidemment, depuis le 2 mars, un grand nombre de lieux culturels a dû fermer temporairement. Certains se sont transformés en espaces d'accueil pour les déplacés ou pour des ONG.

D'autres ont accueilli des familles déplacées pour créer, par exemple, un spectacle avec des enfants, des adolescents déplacés comme un théâtre à Hamra dans la banlieue ouest de Beyrouth. Il y a eu énormément d'initiatives pour aussi être solidaires de la situation des déplacés qui sont quand même un million aujourd'hui au Liban. C'est un cinquième de notre population. Mais il y a aussi des lieux qui continuent à résister par une programmation culturelle entre guillemets normale pour continuer à montrer toutes les voies artistiques possibles et pas seulement s'enfermer finalement dans la guerre et le récit de la guerre.

10:05
Locuteur non identifié

La bande-annonce La bande-annonce

10:52
Présentateur

du film Binizbi La Bokrachou réalisée à partir d'archives de captation de la pièce éponyme de Ziad Rabani compositeur libanais et accessoirement le fils de Ferouz. La pièce date de 1978. Elle raconte la vie d'un snack-bar de Beyrouth pendant la guerre civile. Rima Abdulmalak on a voulu entendre cette bande-annonce parce que le film est actuellement projeté en version restaurée dans le cinéma dont vous avez donné le nom tout à l'heure le Métropolis qui est au cœur de Beyrouth. Pourquoi il est si important pour vous ce cinéma ?

11:27
Invité

Ce cinéma déjà il est indépendant il a une mission éducative très forte vers les écoles vers les jeunes il a aussi une mission de cinémathèque de préservation d'archives et de restauration et il montre tous les films importants qui sortent comme n'importe quel cinéma du monde et il est porté par une équipe absolument formidable qui a dû se réinventer à de multiples reprises puisque ce cinéma a dû fermer ouvrir se reconstruire plusieurs fois donc il est aussi un symbole de résistance et de résilience culturelle au Liban et là ils ont fait le choix de modifier leur programmation après une période de fermeture ils ont rouvert après le début de cette guerre avec des films comme celui que vous avez cité Nesbela Boukhrashou qui est un film mythique sur une pièce mythique de Ziyad Rahbene et je vous assure que le cinéma est plein alors que les gens ne sortaient plus depuis plusieurs semaines et ça leur a donné envie de ressortir pour se retrouver autour de cette figure emblématique qui est un film

12:29
Présentateur

aussi qui interroge sur l'avenir alors je traduirai très mal ce titre mais c'est vraiment une interrogation sur ce que peut être le Liban de demain

12:38
Invité

exactement en fait ça pose la question de à quoi va ressembler notre lendemain et malheureusement l'histoire se répète et cette question on se la pose tous les jours on est dans un très très court terme je disais hier à un chauffeur de taxi qu'on était obligé de vivre au jour le jour et il m'a répondu c'est pas au jour le jour c'est demi-heure par demi-heure et donc c'est ça le Liban quelque part ce court terme qui en ce moment avec la guerre se réduit à l'espace de 30 minutes

13:07
Présentateur

Est-ce que vous savez nous dire Riba Abdullbalak la place que les Libanais accordent d'un côté à l'information à l'actualité à ce qui se passe actuellement dans le pays et la région et aussi à la culture dans ce contexte là est-ce qu'il y a une balance entre les deux est-ce qu'il y a des choix qui se font

13:26
Invité

En tout cas l'information est un combat parce qu'on est dans une période de manipulation et de désinformation de toutes parts cette guerre depuis le début du déclenchement des hostilités entre l'axe américano-israélien et l'Iran il y a énormément de fausses vidéos qui circulent de fausses informations de guerres de narratifs donc pour nos journalistes c'est un double travail de vérification pour s'assurer de recouper toutes les sources de tout revérifier parce qu'on est dans un moment où la fiabilité de l'information est plus en danger que jamais et nous dans cette région étant donné que la majorité des médias autour de nous sont financés soit par des partis politiques soit par les grandes puissances du Golfe il faut aussi décrypter dans leur narratif quel est l'agenda derrière qui se cache derrière chaque reportage ou analyse donc nous on essaye de garder cette voie d'indépendance de rigueur de fiabilité et de pluralisme et pour ça vraiment l'orient le jour est unique mais c'est un combat aujourd'hui on peut continuer parce qu'on est soutenu par des abonnés mais il faudrait qu'on en ait beaucoup plus pour pouvoir survivre parce qu'on perd de l'argent tous les mois et ce combat de l'information ça a toujours été moi une cause qui m'était chère parce que déjà quand j'étais ministre et avant conseillère à l'Elysée j'ai énormément été concernée par ces enjeux d'indépendance des médias et j'ai rejoint d'ailleurs le conseil d'administration de Reporters sans frontières pour défendre cette cause de l'information qui pour moi est essentielle elle est la base de tout on ne peut pas avoir de justice de santé de paix de sécurité sans information

15:00
Présentateur

on voit bien qu'il y a presque deux jambes dans cette conversation que l'on a ensemble celle de l'information et puis celle de la culture aussi qui sont très liées on en parlera tout à l'heure effectivement peut-être dans le contexte français mais sur les Libanais qui continuent vous l'avez dit de sortir qui continuent d'aller au cinéma vous vous accordez à titre personnel de l'importance à la poésie qui est présente dans votre quotidien je crois depuis toute petite il y a une forme de tradition orale qui vous a bercé quand vous étiez plus jeune

15:31
Invité

oui au Liban ça s'appelle le zajal c'est une tradition d'improvisation poétique il se trouve que dans la famille de ma mère il y avait un oncle qui pratiquait cette tradition-là de poésie et j'attendais avec impatience les repas du dimanche qui était ma lumière au milieu de la guerre et de cette angoisse permanente de la guerre civile qu'on vivait parce que je savais que voilà entre deux mésés deux vers d'arac cet oncle allait déclamer improviser des vers magnifiques et nous emmener ailleurs et ça a toujours été pour moi la force de la poésie cette lueur dans l'obscurité qui vous aide à tenir

16:08
Présentateur

à l'automne 2023 vous avez lancé le Rima Poésie Club l'idée c'était de quoi ? de rassembler de créer encore un lieu où on pouvait justement transmettre peut-être ce sentiment que vous nous avez décrit quand vous étiez petite ?

16:21
Invité

Exactement au fond je cherchais à reproduire ce sentiment des repas du dimanche en pleine guerre civile au Liban offrir ce partage oral de la poésie qui pour moi a une autre force que la lecture seule chez soi qui peut être magnifique mais ce partage cette communion collective autour d'un poème lue par les poètes eux-mêmes ça c'est très important pour moi ça ça a une force particulière c'est pas des comédiens qui lisent ce sont les poètes eux-mêmes avec leur timidité parfois leur fragilité parfois leur corps leur voix et donc c'est tout un univers dans lequel on entre il y a toujours de la musique aussi qui les accompagne et moi je suis la maîtresse de cérémonie qui présente tout le monde initialement quand j'avais créé le Rima Poésie Club au ministère de la Culture c'était à destination des jeunes du Passe Culture c'était pas ouvert au grand public c'était dans les salons du ministère rue de Valois et il n'y avait que des jeunes de 18, 19, 20 ans invités par le Passe Culture qui venaient parce que je voyais aussi l'engouement de la jeunesse pour la poésie notamment sur les réseaux sociaux et ça ça me réjouissait de pouvoir aussi l'alimenter le nourrir et le développer

17:24
Présentateur

il y a aussi une dimension internationale avec des choix assumés vous citez régulièrement des poètes et des poétesses de Gaza du Sud Liban d'Iran aussi ou d'autres régions qui sont frappées par la guerre est-ce qu'à ce moment-là vous vous dites que vos deux activités en quelque sorte d'aujourd'hui se rejoignent l'information avec l'orient le jour d'un côté et puis cet amour de la poésie et de cette sensibilité-là

17:48
Invité

oui tout à fait parce que dans les deux cas en fait c'est la force des mots face au tumulte des guerres et au fracas des armes écrire un article politique géopolitique c'est aussi la puissance des mots écrire un poème c'est aussi la force des mots pour toucher au cœur les lecteurs donc c'est ça en quoi je crois au fond c'est le pouvoir du langage le pouvoir du récit le pouvoir de l'imagination

18:12
Présentateur

et de mélanger ces voix et ces langues différentes aussi est-ce que vous y arrivez aujourd'hui au Liban est-ce qu'il y a eu des poésie club que vous avez pu organiser ou pour l'instant c'est entre parenthèses c'est en suspension vu le contexte

18:26
Invité

alors c'était prévu j'avais identifié un lieu qui est la fondation Charles Corbe qui a lui-même été un grand poète libanais avec le soutien de l'Institut français au Liban on devait faire un premier poésie club à Beyrouth le 13 mars mais malheureusement la guerre a commencé 10 jours avant et c'était impossible de le maintenir donc pour l'instant c'est en suspense et reporté à une date non définie puisqu'on ne sait pas de quoi l'avenir est fait comme le titre du film que vous mentionniez tout à l'heure mais j'espère bien pouvoir le faire et en attendant je continue les poésie club en France à Paris et dans d'autres villes qui m'invitent avec à chaque fois des poètes effectivement d'autres horizons d'autres langues pour faire entendre aussi du créole de l'arabe du grec de l'espagnol du persan et je tiens beaucoup à ce plurilinguisme poétique

19:14
Présentateur

finalement pour conclure cette première partie la culture en temps de crise c'est un peu une constante dans votre parcours vous avez été dès le début des années 2000 directrice des programmes de clowns sans frontières une association Rima Abdul Malak destinée à apporter le rire aux enfants victimes de crises humanitaires est-ce que vous avez toujours eu la conviction que face aux situations tragiques la culture est là et joue un rôle ?

19:38
Invité

Complètement en fait ça m'a été confirmé par toutes les missions que j'ai pu faire avec Clones sans frontières que ce soit à Gaza au Bangladesh en Birmanie aux Philippines ou ailleurs à chaque fois il y a cette force des artistes la magie du spectacle qui réunit des milliers de personnes et qui crée des émotions inoubliables qui apportent un véritable soutien moral à des populations en détresse on a aussi développé avec Clones sans frontières des ateliers avec des travailleurs sociaux des psychologues des médecins mais aussi avec des enfants des adolescents directement et j'ai pu voir dans leurs yeux dans leurs mots les changements que permettait soit la musique soit la danse soit le théâtre soit le cirque c'était à chaque fois extrêmement transformateur et cet impact-là il est souvent difficile à raconter parce qu'il n'est pas quantitatif mais il est réel ça peut véritablement changer des vies sauver des vies je ne sais pas mais changer des vies oui certainement

20:32
Présentateur

Merci beaucoup Rima Abdulmalak on se retrouve dans 20 minutes pour poursuivre notre discussion autour de la culture à l'épreuve et en temps de crise quel regard portez-vous avec le recul sur votre expérience rue de Valois sur la fragilisation actuelle du modèle culturel français et plus largement sur l'économie de la culture dans le monde on se retrouve donc juste après le journal de 8h dans quelques instants à tout de suite France Culture les matins du samedi Nicolas Herbeau nous poursuivons notre discussion ce matin avec l'ancienne ministre de la culture en France et actuelle directrice du quotidien libanais Laurion Lejour Rima Abdulmalak est notre invitée ce samedi dans le cadre de cette programmation spéciale que propose France Culture un moment de réflexion intitulé la culture à l'épreuve Rima Abdulmalak l'épreuve c'est aussi celle que traverse aujourd'hui même le monde de l'édition et notamment la prestigieuse Maison Grasset après le limogéage de son patron historique Olivier Nora éviction brutale qui a d'ailleurs déclenché le départ de plus de 150 auteurs et autrices j'imagine que vous suivez cette actualité depuis le Liban aussi comment est-ce que vous réagissez à cet événement en tant qu'ancienne ministre de la culture

21:40
Invité

C'est malheureusement la confirmation d'un déclin d'une dégradation qu'on commençait à avoir depuis plusieurs années déjà à la fois un problème de concentration dans le monde de l'édition et dans le monde des médias mais concentration ne veut pas toujours dire ingérence et censure mais ce qu'on voit maintenant c'est que la concentration se double d'une intervention idéologique et d'une influence sur les contenus ce qui est complètement contraire à notre tradition française de liberté de création de liberté d'expression et de liberté de publication donc là on voit que de grands éditeurs comme Olivier Nora avec une carrière qui est absolument remarquable et qui a toujours en plus prôné la diversité qui n'est pas un homme d'une seule chapelle se retrouvent limogés du jour au lendemain pour des raisons évidemment idéologiques donc il y a un vrai moment d'alerte là je pense que tous ceux qui n'avaient pas réalisé ce qui était en train de se passer vont peut-être se réveiller maintenant

22:38
Présentateur

Je rappelle que Grafait est une filiale d'achète-livres au sein du groupe Lagardère dont Vincent Bolloré a pris le contrôle depuis 2023 est-ce qu'il faut Rima Abdulmalak réguler selon vous cette concentration des acteurs de l'édition est-ce que l'État doit intervenir à ce moment-là ?

22:53
Invité

Il y a déjà au niveau européen plusieurs règles anti-concentration qui fonctionnent qui ont d'ailleurs bloqué à un moment donné les ambitions d'expansion de Vincent Bolloré au niveau français plusieurs régulations existent aussi déjà elles pourraient être renforcées notamment pour les médias d'ailleurs plus encore que pour l'édition mais il y a aussi une mobilisation des auteurs eux-mêmes c'est-à-dire que plus d'auteurs partiront pour aller vers d'autres maisons d'édition et défendre d'autres manières de publier plus on réduira aussi la mainmise de ce type de milliardaires sur le monde du livre et puis il y a le rôle du centre national du livre et du ministère de la culture qui permet quand même de soutenir un grand nombre d'éditeurs indépendants et tous les maillons de la chaîne du livre les libraires les bibliothécaires les distributeurs etc.

pour permettre cette diversité éditoriale parce que l'enjeu aujourd'hui c'est un enjeu de diversité qu'il y ait des auteurs avec des opinions d'extrême droite d'extrême gauche ou autre c'est normal en démocratie mais l'important c'est la diversité et le pluralisme c'est de préserver cette diversité

23:58
Présentateur

Puisque vous parlez d'idéologie et de prise de position politique aussi dans ce contexte culturel c'est la question qui vient c'est celle de ce qu'est la culture on la décrit souvent comme un besoin essentiel est-ce qu'aujourd'hui on continue de dire selon vous que la culture est un service public par exemple et qu'il mérite à ce titre d'être soutenu par l'ensemble de la collectivité

24:21
Invité

Cette conception c'est vraiment la tradition française depuis Malraux de considérer la culture comme un service public comme un bien public aussi important que l'eau ou l'électricité mais aujourd'hui ce consensus est quand même extrêmement fragilisé et j'avais pu le voir déjà il y a plusieurs années quand j'étais ministre et je pense que ça s'est aggravé on le voit aussi au niveau local de certaines collectivités et de tous bords politiques c'est-à-dire que j'ai été très surprise par exemple de voir que le département de l'Hérault qui était présidé par un socialiste avait coupé quasiment 100% des subventions culturelles donc cet enjeu de consensus autour du service public de la culture il est extrêmement fragilisé partout et c'est pas uniquement à droite et à l'extrême droite c'est ça qui est préoccupant aujourd'hui

25:07
Présentateur

ça veut dire que puisque vous avez cité André Malraux les politiques culturelles les aides à la création à la diffusion de spectacles aussi on le voit bien aujourd'hui elles sont contraintes par une question de moyens de financement et vous l'avez dit certains élus sont tentés de couper ces financements est-ce que vous diriez qu'il y a une forme aujourd'hui plus accentuée de précarisation aussi de ce milieu

25:30
Invité

oui bien sûr il y a une fragilisation à tous les niveaux parce que forcément les coûts fixes avec les différentes poussées d'inflation des dernières années ont flambé pour toutes les structures culturelles les recettes peuvent pas tellement se développer car les tarifs peuvent pas non plus être totalement doublés et les subventions ne suivent pas donc il y a une véritable prise en étau le mécénat culturel en France n'est pas suffisamment développé par rapport à d'autres pays comme les Etats-Unis là il pourrait y avoir aussi un peu plus de philanthropie même si elle existe et elle se développe mais surtout ce que je vois c'est un populisme en fait qui s'est diffusé partout et qui considère aujourd'hui que la culture n'est pas essentielle que les professionnels de la culture sont des privilégiés biberonnés aux subventions et qu'il faut arrêter de les aider et qui ne voient pas ni l'apport en termes de liens sociaux et d'aura touristique pour une région ou une ville mais aussi la dimension économique de ce monde de la culture les emplois que ça crée les retombées par exemple d'un festival sur une région le festival d'Avignon c'est 80 millions de retombées économiques pour les commerces les hôtels pour la création d'emplois pour énormément de professionnels sur l'ensemble de la région les rares années crise de l'intermittence ou crise du Covid où le festival d'Avignon a dû être annulé ça a été une catastrophe économique pour la région donc on se trouve aujourd'hui à devoir re-rappeler l'impact économique de la culture que c'est pas un milieu stratosphérique dans le ciel des idées c'est une industrie ce sont des métiers ce sont des emplois et c'est des retombées économiques

27:10
Présentateur

pour toute la France qu'est-ce qu'il fait selon vous Rima Abdelmalak qu'on n'arrive plus à avoir ce débat aujourd'hui sur ce qu'est la culture pourquoi il faut la défendre comment il faut la défendre comment il faut l'accompagner et vous l'avez dit aussi c'est retombé pour toute la société pourquoi on n'arrive pas à poser ça simplement calmement et à débattre est-ce que par exemple ça doit être le thème de la prochaine élection présidentielle c'est dans quelques mois

27:34
Invité

moi j'en suis venue à une réflexion qui va peut-être vous paraître trop directe mais il me semble qu'aujourd'hui plus ce sont les artistes et les professionnels de la culture qui parlent pour défendre la culture moins c'est audible on a l'impression que c'est du corporatisme pour défendre par exemple le privilège de l'intermittence qui est vu comme tel par un certain nombre d'autres professions qui peuvent être précaires en tout cas je pense qu'il manque la voix des habitants de la population de ceux qui vont dans les bibliothèques mettent leurs enfants dans les conservatoires aiment aller au théâtre ou tiennent à ce qu'il y ait un théâtre dans leur ville même s'ils n'y vont pas plus de deux fois par an aiment un festival qui existe depuis 40 ans dans leur village ces gens-là pourquoi on ne leur tend pas le micro pourquoi on ne les entend pas davantage c'est une responsabilité à la fois des médias mais c'est aussi une responsabilité des acteurs culturels qui au lieu de parler en leur nom devraient davantage réfléchir à une manière de faire entendre la voix des publics

28:34
Présentateur

vous avez été conseillère culture du président Macron au moment de la crise du Covid puis vous avez été nommée Ruth Valois à la tête du ministère de la culture Rima Abdulmalak qu'est-ce que vous retenez de ces expériences ?

28:45
Invité

c'est très difficile à résumer parce que ça a été des années extrêmement intenses palpitantes et impactantes je pense qu'on a pris énormément d'initiatives pour non seulement protéger le monde de la culture mais l'accompagner dans ses mutations moi je retiendrai l'année blanche pour sauver les intermittents de la culture pendant le Covid puisque cette année blanche a même duré un an et demi ça a été décisif pour préserver tous ces métiers je retiendrai aussi l'obligation mise aux plateformes américaines pour contribuer à la création européenne et notamment française Netflix Amazon Disney Plus ont été forcés d'investir 20% de leur chiffre d'affaires réalisé en France et il a fallu mener cette bataille là à la fois au niveau européen et au niveau local mais c'est transformateur pour l'ensemble du secteur et ça permet quand même de préserver notre industrie mais aussi de diffuser partout dans le monde nos séries nos films d'animation nos documentaires c'est extrêmement important je retiendrai aussi le pass culture ça a été pour moi une réalisation très importante et j'ai pu voir en me déplaçant partout en France l'impact pour ces jeunes entre 16 et 20 ans pour découvrir de nouvelles expériences culturelles et pour eux-mêmes participer à la vie culturelle aussi pas seulement être consommateur de culture de manière passive mais être acteur de notre vie culturelle je pourrais citer plein d'autres actions mais je ne veux pas vous faire un catalogue

30:15
Présentateur

mais est-ce que vous avez eu l'impression que vous avez eu le temps d'imprimer une patte d'installer une politique culturelle est-ce que vous n'avez pas été victime mais comme d'autres ministres de la culture aussi de cette accélération de la vie politique où il y a un changement rue de Valois trop régulier ?

30:31
Invité

Vous savez moi j'ai la modestie de penser qu'on s'inscrit dans un sillon on ne peut pas seul révolutionner une politique culturelle surtout effectivement quand on a aussi peu de temps à titre personnel je compte mes années de conseillère culture et mes années de ministre ensemble donc ça fait 4 ans et demi d'un cycle qui a été très constructif et très fort mais c'est vrai que si on regarde depuis Jack Lang en fait aucun ministre n'a pu rester plus de 2 ans et demi donc c'est une temporalité beaucoup trop courte c'est d'ailleurs pour ça qu'on ne retient que Malraux et Jack Lang tout le temps c'est parce qu'ils ont eu du temps en plus de leur génie et de leur vision mais ils ont eu du temps pour déployer leur vision ce que la plupart des autres ministres après n'ont pas pu faire mais on s'inscrit quand même dans une continuité le président de la république a eu quand même deux mandats il n'a pas encore fini le deuxième et donc l'administration aussi du ministère de la culture assure une certaine continuité une certaine stabilité et quand je vois d'autres ministères comme la santé ou le logement ou l'éducation qui ont un turnover encore plus grand je me dis que la culture finalement n'est pas si mal lotie

31:34
Présentateur

nous faisions la semaine dernière une émission sur la question du service public et comme on a dit ici que la culture était aussi un service public comment on fait aujourd'hui pour imaginer le service public de la culture de demain comment il faut organiser cette réflexion selon vous

31:51
Invité

pour moi il y a une réflexion qui est à mener aussi au niveau local avec les élus locaux avec les associations les centres sociaux les écoles les habitants représentés de mille manières et il y a une réflexion très internationale en parallèle c'est vraiment deux jambes parce que la France de la culture est une France regardée dans le monde entier comme un modèle et donc c'est intéressant aussi d'aller chercher dans d'autres pays comment ils ont pu faire face à certaines difficultés comment ils réinventent leur modèle comment ils font face à cette bataille culturelle qui est aujourd'hui une vraie bataille politique avec un rouleau compresseur de l'extrême droite c'est le cas en Hongrie c'est le cas aux Etats-Unis c'est le cas dans énormément de pays en Italie plus près de chez nous donc il faut avoir cette double vision je pense pour se projeter dans l'avenir une vision très ancrée dans le local parce que tout commence au plus près de chez soi et regarder toujours dans ce dialogue avec le monde qui a toujours été la force de la France

32:48
Présentateur

ça veut dire que la politique culturelle c'est une bataille politique

32:52
Invité

complètement tous les jours il n'y a rien de plus politique que la culture on voit bien comment les gouvernements d'extrême droite s'attaquent immédiatement à la culture pour installer des nouveaux narratifs installer des nouveaux imaginaires c'est le domaine le plus politique

33:07
Présentateur

il y a un autre service public qui a été mis sur le devant de la scène ces derniers mois à l'occasion de la commission d'enquête parlementaire sur l'audiovisuel public on saura à la fin du mois si les conclusions de ce rapport seront rendues publiques les auditions ont duré plus de 6 mois Emma Abdoulmalak vous avez vous-même été entendue comme ancienne ministre de la culture qu'est-ce que vous attendez de ce rapport ?

33:29
Invité

j'en attends pas grand chose parce que vu la manière dont sont passées les auditions on peut déjà savoir ce qui va être écrit malheureusement puisque ça a été une attaque en règle de la notion même de service public de l'audiovisuel en fait évidemment qu'il y a des questions légitimes sur la gestion des budgets sur les modes de fonctionnement sur les salaires etc tout ça peut être posé il y a eu d'ailleurs des rapports de la cour des comptes etc mais ce que je trouve le plus préoccupant c'est la remise en cause en fait de l'existence même de l'audiovisuel public parce que cette commission au fond qu'est-ce qu'elle prépare ?

Elle prépare une campagne pour appeler à la privatisation de l'audiovisuel public qui n'est pas nouvelle et qui sera au cœur des enjeux de la présidentielle de 2027

34:15
Présentateur

On remarque que dans les deux thématiques qui nous ont intéressés ce matin les médias l'information et la culture il y a toujours une question de financement et c'est par ce biais-là par ce coin-là qu'ils sont attaqués aussi

34:28
Invité

Oui bien sûr mais il faut toujours voir en face du financement public qu'est-ce que ça permet l'audiovisuel public comme pour n'importe quel acteur culturel c'est aussi des emplois qui sont créés c'est aussi une projection de notre création ailleurs dans le monde c'est aussi l'image de la France qui voyage à partir de séries ou de films produits par France Télévisions par exemple et puis ce sont des millions d'auditeurs c'est pas à vous que je vais dire ça qui écoutent tous les matins les programmes de Radio France pas que le matin d'ailleurs et donc on voit bien qu'il y a un attachement des français aux émissions et aux programmes de l'audiovisuel public sauf qu'on essaye de saper cet attachement en focalisant sur quelques points qui sont manipulés dans le débat public pour attaquer de manière complètement frontale le service public de l'audiovisuel et appeler à sa privatisation

35:22
Présentateur

un grand merci Rima Abdul Malak d'avoir été l'invité des matins du samedi sur France Culture en duplex depuis Beyrouth sur franceculture.fr et l'appli Radio France vous pouvez retrouver l'intégralité de cette discussion mais aussi l'ensemble des contributions des émissions de France Culture à cette programmation spéciale intitulée La Culture à l'épreuve les matins du samedi se poursuivent en direct jusqu'à 9h dans un instant direction la Hongrie pour découvrir un guide de voyage clairement pas comme les autres nous recevons l'écrivaine franco-hongroise Nina Yargekov qui nous fait visiter Budapest à sa façon entre trésor et misère mais d'abord c'est le podcast de Clément Saint-Berre le Phil Pop Culture il est 8h36 Merci

36:03
Locuteur

Merci Merci