UMP - Bruno Le Maire - Discours de clôture atelier agriculture
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- 2:09Invité politiqueChiffre
« C'est le patrimoine des plus de 60 millions de citoyens français. »
- 9:23Invité politiquePromesse
« Nous continuerons de refuser la culture du Monsanto 810 en France »
- 4:58Invité politiqueFait
« L'agriculture, c'est aussi la vie de nos territoires ruraux. »
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Bonjour à tous. Merci de m'avoir invité à conclure cet atelier sur l'agriculture et l'alimentation. Je vais profiter de ce moment d'échange avec vous tous pour vous dire quelle est mon évaluation de la situation agricole française, des perspectives que nous pouvons avoir devant nous, et puis l'expérience que j'ai eue pendant près de trois années de ministre de l'agriculture qui est vue changer en profondeur et l'agriculture française et l'agriculture mondiale. Moi, mon sentiment profond, c'est qu'il est en train de se passer quelque chose de très important autour de la question agricole en France, en Europe et dans le monde.
Pour la première fois depuis des années, il y a une vraie prise de conscience de l'importance de la question agricole. Il y a eu, je n'hésite pas à le dire, en France, un mépris agricole pendant des années, que moi j'ai ressenti comme ministre de l'agriculture en arrivant à mon poste, avec le sentiment que le monde agricole était un monde un peu à part, que bien entendu, pour des raisons politiques qui n'échappent à personne, il fallait respecter ou qu'elle il fallait prêter attention, mais qui surtout devait rester dans son coin.
Or, toute mon ambition a été de faire sortir l'agriculture et les agriculteurs français du coin où certains auraient bien voulu les mettre, pour remettre les agriculteurs et l'agriculture française à la seule place qu'ils méritent, c'est-à-dire la première. Et j'ai le sentiment, quand je vois les débats qui ont lieu en France, en Europe, aux Nations unies, sur la question agricole, sur la question de l'alimentation, que finalement on est en train de réussir un double exploit. Le premier exploit, c'est de faire entrer définitivement l'agriculture française dans la modernité, sans doute avant tous les autres secteurs économiques.
Et le deuxième exploit, qui est de faire prendre conscience que l'agriculture est notre patrimoine commun. Ce n'est pas le patrimoine de 1 million de paysans français. Ce n'est pas le patrimoine des exploitants agricoles français. C'est le patrimoine des plus de 60 millions de citoyens français. Pour une raison d'ailleurs qui est très simple. C'est qu'il n'y a pas d'alimentation de qualité sans agriculture, et il n'y a pas de France sans alimentation de qualité. Par conséquent, ce que je vois venir, même si c'est encore pour l'instant uniquement en germination, c'est une prise de conscience, une fois encore, par tous les citoyens français, du caractère vital de l'agriculture en France.
C'est vital bien entendu en termes d'emplois. 1 million d'emplois directs, mais beaucoup plus en termes d'emplois indirects, notamment dans l'industrie agroalimentaire. C'est vital en termes de croissance. On nous parle sans cesse, et on a raison, de la balance commerciale extérieure française. Toujours pour se lamenter, à dire, elle est en déficit, celle des Allemands est en excédent, ce n'est pas possible, on perd du terrain. Quel est le seul poste économique français qui, en matière de balance commerciale, a gagné des parts de marché cette année et reste excédentaire ? C'est l'agroalimentaire, c'est l'agriculture et c'est la viticulture.
Quel est le seul poste qui puisse se mesurer en termes de chiffre d'affaires en exportation à l'étranger avec l'aéronautique et avec Airbus ? C'est l'agroalimentaire et c'est notamment la viticulture. Quel est le seul poste qui a pris près de 20% de croissance sur les marchés extérieurs cette année ? C'est, une fois encore, l'agriculture. Donc l'agriculture, ce n'est pas simplement du folklore, ce n'est pas simplement la tradition française, ce n'est pas les images de sépia, ce n'est pas cette idée qu'on a tous un grand-père, un arrière-grand-père agriculteur, c'est très sympathique, ce n'est pas le sujet.
Moi, mon sujet, ce n'est pas le passé de la France, c'est d'abord l'avenir de la France. Et je dis haut et fort que l'avenir de la France passe par le renforcement de notre agriculture et qu'il n'y a pas beaucoup de secteurs économiques qui puissent dire les yeux dans les yeux aux Français « Nous, on s'est renouvelés, nous, on s'est modernisés, nous, on s'est restructurés, nous, on a gagné des parts de marché à l'extérieur et nous, on rapporte des milliards d'euros de chiffres d'affaires à la France. » Un des seuls secteurs qui puissent le dire aujourd'hui, c'est l'agriculture.
Et au-delà de ça, vous en êtes tous convaincus ici, au-delà de la question économique, de la question d'emploi, mais qui est vitale en période de crise, où en serait un certain nombre de territoires ruraux s'il n'y avait pas les exploitations agricoles ? Quelle serait la situation du Massis central, de la Lausère, de la Creuse, de certains endroits de Normandie, de certains endroits de Bretagne, s'il n'y avait pas les exploitations agricoles ?
Comment serait le tissu social français si, sur des centaines de points du territoire, il n'y avait pas des petites exploitations qui demeuraient, qui créaient de l'activité, qui créaient de l'animation, qui créaient des chaînes d'emploi pour tout le monde ? L'agriculture, c'est aussi la vie de nos territoires ruraux. Et ne soyons pas naïfs. Le jour où ces exploitations agricoles disparaissent dans le Morvan, dans le Massis central, dans la Lausère, dans la Creuse, rien ne les remplacera. Rien.
L'idée qu'il y aurait tout d'un coup tombé de je ne sais trop où du ciel, je ne sais quelle industrie extraordinairement moderne, qui viendrait s'installer à la place des exploitations agricoles, permettez-moi de vous dire que j'y crois à moitié, et que les Français, qui sont plein de bon sens, y croient à moitié également. Ils ont parfaitement conscience qu'une exploitation agricole qui ferme dans un territoire reculé, c'est de l'emploi en moins, de la croissance en moins, et de la vie en moins, tout simplement, dans ces territoires. Enfin, l'agriculture, au-delà de tous ces aspects-là, c'est tout simplement la France. La France est rurale. La France est agricole.
La France a cette tradition chevillée à son corps. C'est comme ça depuis des siècles, et ça doit le rester pour les siècles à venir. Tout simplement parce que, derrière la question agricole, derrière les traditions, derrière le savoir-faire, derrière l'exploitation des terres, il y a une certaine image de la France qui est en jeu. Vous circulez en France en voiture, en train, nous sommes un pays cultivé, cultivé partout. Soit il y a des forêts, soit il y a des champs. La France, c'est comme ça. Et tous ceux qui disent autre chose n'ont jamais circulé en France.
Moi, mon honneur et ma grande chance, c'est de circuler tout le temps, en France, partout, en permanence, dans les coins les plus reculés. Partout, c'est cultivé. Partout, c'est entretenu. Partout, c'est tenu. Il n'y a pas de friche. Il n'y a pas de territoire en désordre. Il n'y a pas de territoire à l'abandon, ou très peu, parce que les paysans ont occupé le sol français. Donc faisons très attention à ce dont nous parlons, parce qu'on touche, à mon avis, au cœur de ce qu'est la France aujourd'hui. Pas à la superficie, pas au petit moutonnement quotidien dont on entend parler, dont on nous rabat les oreilles, qui n'intéresse personne, mais à ce qu'est réellement la France.
Quand on parle agriculture, on parle de la France. Derrière cette agriculture, il y a évidemment, ce dont je vous parlais précédemment, l'alimentation de qualité pour chacun. Et je crois qu'un des éléments qui a permis à chacun de prendre conscience de l'importance de l'agriculture, c'est la question de l'alimentation. Une des décisions importantes, mais si elle peut paraître anecdotique, qui a été prise par le président de la République et par le Premier ministre, c'est de faire du ministre de l'Agriculture le ministre de l'Alimentation.
C'est une façon de créer un lien, qui devrait être évident, mais qui n'est pas toujours, entre l'alimentation, ce que nous avons dans nos assiettes, et ceux qui produisent cette alimentation, c'est-à-dire les paysans. Nous, notre objectif, c'est que la France soit le modèle dans le monde d'une alimentation de qualité. Là aussi, essayons une fois de sortir un peu de nos frontières, de sortir un peu des ornières que beaucoup de Français se mettent en ne regardant que ce qui se passe dans l'Hexagone. Allez en Chine, 1,4 milliard de personnes à nourrir. Premier problème, numéro 1, la sécurité alimentaire. Deuxième problème, la sécurité sanitaire des produits.
Quand vous avez des centaines de personnes, des milliers de personnes en Chine, qui meurent chaque année d'intoxication alimentaire, de non-respect des règles sanitaires les plus strictes, de la crise de la mélanine qui a frappé beaucoup de nourrissons en Chine, je peux vous garantir que cette question de sécurité sanitaire, de qualité alimentaire est une question vitale. Même chose en Inde, même chose aux Etats-Unis, même chose au Brésil. Nous, nous avons la chance d'avoir cette sécurité sanitaire, cette sécurité alimentaire. Il faut tout faire pour la préserver. Tout faire pour la préserver.
J'ai appris, pour prendre un exemple d'actualité, qu'il y a quelques heures, le Conseil d'Etat avait pris un arrêt sur la question des OGM et de la culture du Monsanto 810. Arrêt qui ne va pas tellement dans le sens des recommandations que nous avons émises. Moi, je tiens à profiter de votre présence ici pour vous dire que nous continuerons de refuser la culture du Monsanto 810 en France. Parce qu'il y a trop de doutes qui subsistent encore en matière environnementale sur les conséquences de la culture du Monsanto 810 en France.
Nous continuerons de refuser la culture du Monsanto 810 en France et nous prendrons, avec Nathalie Kosciusko-Morizet, avec l'ensemble du gouvernement, les décisions nécessaires qui nous permettront de tenir cette ligne qui a toujours été affirmée par le gouvernement et par le président de la République. Parce que ce qui est en jeu derrière, c'est notre modèle alimentaire, c'est la qualité sanitaire de nos produits, c'est la qualité de l'alimentation et le respect de l'environnement qui sont dus à tous les Français. Un mot encore sur cette question alimentaire avant d'en venir aux producteurs eux-mêmes. Une alimentation de qualité, ça suppose de prendre un certain nombre de décisions.
Moi, je me suis battu pour la relocalisation de la production agricole en France et de l'alimentation, notamment dans un certain nombre de services publics. Je suis élu, comme vous le savez, en Normandie. J'ai visité un certain nombre de cantines scolaires en Normandie.
Quand je vois qu'en Normandie, dans les cantines scolaires, la plupart de l'approvisionnement en pommes, je prends juste cet exemple-là, vient du Chili et qu'on fait faire 6 000 km à des pommes qui existent à 10 km de chez nous, eh bien je dis que le modèle ne tourne pas rond, qu'il faut relocaliser l'alimentation pour avoir la consommation de produits français et qu'il faut continuer à se battre pour qu'en Normandie, on mange des pommes normandes, que dans le Massif central, on consomme de la viande française et qu'en Bretagne, on consomme du poisson breton. C'est du bon sens, mais ça mérite d'être dit.
Pour ça, on a pris un certain nombre de décisions techniques, je le précise, qui n'ont pas été des décisions faciles, notamment le décret sur l'approvisionnement des cantines scolaires pour faire en sorte qu'elles s'approvisionnent d'abord en produits locaux. Je pense que c'était une bonne décision. De la même façon que j'assume totalement la décision qui a été prise sur les règles nutritionnelles dans les cantines. J'ai vu beaucoup de maires, on a parlé avec Antoine Hertz, dont je salue d'ailleurs le travail à l'UMP en faveur de l'agriculture française, qui fait un travail tout à fait formidable.
Beaucoup de maires m'ont dit « Voilà, les règles nutritionnelles que vous avez mises en place, nous, ça nous embête, c'est quand même gênant. » Sauf que là aussi, derrière, il y a un modèle de société. Beaucoup de jeunes Français mangent mal. Ils mangent mal parce que la nourriture coûte cher, parce que c'est compliqué, parce que ça prend du temps, parce que les parents ne sont pas forcément formés, parce qu'il y a toutes sortes de raisons. Mais derrière cette question sociale, il y a une réponse que nous, nous pouvons apporter au pouvoir public.
C'est-à-dire qu'il y a au moins un moment dans la journée où les enfants en France mangeront bien, c'est à la cantine, parce que nous garantirons des règles nutritionnelles strictes. C'est tout l'objectif du Plan national pour l'alimentation et je tiens à remercier tous ceux qui y ont travaillé, car je crois que c'est un objectif social que tout le monde peut partager et il y a derrière cet objectif social, au-delà de la question de société, une question d'équité. Je vais vous dire des banalités, mais ce sont les riches qui mangent le mieux et ce sont les pauvres qui mangent le plus mal.
Eh bien, dans un pays comme la France, on doit faire en sorte que tout le monde mange bien, les pauvres comme les riches, et prendre des règles nutritionnelles, adopter le Plan national pour l'alimentation, c'est tout simplement se battre pour que les pauvres mangent aussi bien que les riches. Permettez-moi de vous dire que ça reste une question dans ce pays. Alors, bien entendu, nous n'aurons pas d'alimentation de qualité s'il n'y a pas à la base des agriculteurs et des producteurs agricoles que nous défendons. On l'a fait avec Jean-Paul et Maureen, je salue sa présence ici.
Si nous avons pu adopter un certain nombre de décisions fortes sur l'agriculture depuis trois ans, c'est notamment grâce à lui. Cette agriculture forte, ces agriculteurs forts, nous les maintiendrons si nous savons où nous allons, comment nous y allons et si nous assumons de décisions. J'ai fixé depuis près de trois ans un cap clair à l'agriculture française qui donne des résultats et qui doit impérativement être maintenu dans les années à venir. Premier point de ce cap, c'est une agriculture qui soit une agriculture durable.
Il est évident que pour toute la société française, personne ne pourrait accepter que nous ne changions pas un certain nombre de pratiques pour mieux respecter l'environnement. Et je tiens à dire que c'est d'autant plus nécessaire que l'immense majorité des agriculteurs français se sont engagés depuis des années dans cette voie-là, qu'ils ont fait des efforts considérables, qu'ils ont su changer leurs pratiques, modifier leur façon de produire, aussi bien dans l'élevage que dans les grandes cultures ou dans le maraîchage ou dans la viticulture.
Eh bien nous devons à tous ces efforts qui ont été faits par les paysans de leur dire vous avez fait le bon choix, vous êtes dans la bonne direction et on continuera à se battre pour une agriculture durable dans ce pays. Simplement, on le fera avec un minimum de bon sens. Et je dois dire là aussi que lorsque j'ai pris mon poste de mise en agriculture, je vous parle très librement, il m'a semblé, Christiane Lambert en est témoin, qu'un certain nombre de mesures que nous nous efforçons de faire respecter dépassaient le sens commun et qu'il était temps de remettre un peu d'ordre et un peu de bon sens dans tout cela. Donc j'ai fixé une ligne qui est claire en matière de règles environnementales.
Ces règles doivent d'abord être raisonnables d'un point de vue économique. Vous ne pouvez pas demander à un exploitant agricole qui a perdu 30 ou 50 % de son revenu, c'était le cas en 2009, de prendre des mesures qui lui coûtent une fortune sans vous assurer qu'il peut tout simplement les payer. Il faut être raisonnable d'un point de vue économique et tenir compte de la situation économique des agriculteurs parce qu'à la fin, c'est eux qui payent. C'est eux qui mettent en place les règles environnementales. C'est eux qui perdent de la rentabilité lorsqu'on leur demande de mettre en place un certain nombre de mesures sur le terrain. Donc c'est une première règle de bon sens.
On ne demande pas à des agriculteurs, à des exploitants agricoles d'appliquer des règles qui sont économiquement insoutenables pour eux. Ça paraît du simple bon sens, mais une fois encore, on en était très loin sur certaines règles qui étaient appliquées. Deuxième élément, il faut des règles simples. Toute personne qui connaît un peu l'agriculture sait que l'agriculture française croule sous une gestion suradministrée, sous des règles d'une complexité folle, et que les agriculteurs n'ont pas choisi le métier d'agriculteur pour gérer des mètres cubes de paperasse chaque semaine pour gérer leurs aides, les subventions de la PAC ou les aides qui leur sont accordées par l'État français.
Les règles doivent être simples. Enfin, troisième point de cette méthode, les règles doivent être équitables. Équitables, ça veut dire quoi ? Ça veut dire qu'on applique en France ce qui est appliqué en Allemagne, en Espagne ou en Italie, ni plus ni moins. On n'essaye pas de faire systématiquement mieux que le voisin, sinon on remet en cause notre compétitivité.
Et règles réciproques, ça veut dire que lorsque vous demandez, je vois Jean-Michel Serres qui est dubitatif parce que je sais bien qu'il a le sentiment que parfois en France ça reste plus compliqué, mais il reconnaîtra lui-même parce que c'est un esprit honnête que j'ai tout de même fait un petit peu progresser les choses de ce point de vue-là. On n'y est pas encore tout à fait, je reconnais, mais ça a progressé. Équitable, ça veut dire aussi réciproque.
Vous ne pouvez pas demander à des éleveurs français de respecter les normes environnementales, de bien-être animal, parmi les plus strictes au monde, puis dans le même temps leur dire « Voilà, vous faites tout ça, mais de mon côté, je dois vous laisser parce que je vais signer un accord entre l'Union européenne et le Mercosur qui laissera ouverte tout grand nos frontières à des produits qui ne respectent ni les mêmes règles environnementales, ni les mêmes règles sanitaires, ni les mêmes règles de bien-être animal. Vous ne pouvez pas faire ça parce que ça signifie tout simplement la mort de vos éleveurs et de vos producteurs français.
Il faut de la réciprocité dans le commerce mondial comme dans les règles environnementales, sinon, elles ne pourront pas tenir. Deuxième cap qui a été fixé à l'agriculture française, c'est celui de la qualité des produits. Il est évident que sur les filières agricoles, comme sur beaucoup d'autres filières économiques françaises, il faut monter en gamme pour valoriser nos produits et leur permettre de dégager une valeur ajoutée au service des producteurs. Enfin, troisième élément de cette stratégie, c'est l'exportation et la compétitivité.
Vous pouvez regarder tous les secteurs, que ce soit la viticulture, la viande bovine, la viande ovine, la viande porcine, que ce soit le lait, que ce soit les fruits et légumes. Par définition, la consommation française stagne ou augmente peu. Dans certains cas, comme dans la viticulture, elle décline. Nous avons perdu 15 millions d'hectolites de consommation de vin en France en 10 ans. Donc, il a bien fallu aller chercher la croissance ailleurs. Je le dis pour tous ceux qui prônent la démondialisation, la démondialisation signifie la mort des exploitations agricoles françaises.
Car si vous démondialisez, si vous vous privez des marchés extérieurs, eh bien, il n'y a plus de création de richesses pour les paysans français. Il n'y a plus de revenus pour les paysans français. Nous, nous avons fait le choix de l'exportation avec des résultats. On a ouvert, je prends juste l'exemple de la filière bovine qui reste une filière en difficulté mais qui, pour la première fois, a une petite lueur d'espoir sur le fond de sa route. On a ouvert le marché turc. On a ouvert le marché russe. On a ouvert un certain nombre de marchés d'Afrique du Nord. Pour la première fois, les prix de la viande bovine remontent. C'est tout simple. Il y a une demande forte dans ces pays-là.
Il faut la prendre. Il faut organiser des filières. Il faut structurer l'offre. Il faut aller chercher cette demande-là, saturer les marchés, prendre des positions, ne pas laisser nos concurrents s'y installer à notre place. Nous sommes les premiers producteurs de bovins en Europe. On doit prendre ces parts de marché à l'exportation parce que ça fera le revenu des exploitations agricoles sur le terrain en France. C'est absolument vital.
Je dis d'ailleurs au passage, au-delà de l'augmentation des prix de la viande bovine en France, que lorsque vous regardez ce qui a été fait par les viticulteurs français qui ont repris la première place mondiale cette année en matière d'exportation, c'est bien la preuve qu'on peut y arriver. Arrêtons de toujours se mettre un sac de cendres sur la tête en disant les Français n'y arrivent pas, c'est trop difficile, on ne va pas réussir dans la mondialisation si on y arrive. Et les viticulteurs, les agriculteurs français montrent qu'on peut y arriver. Alors ça suppose, je termine sur le volet économique par là, de prendre un certain nombre de décisions.
C'est des décisions qu'on a prises sur le coût du travail, le coût du travail permanent, le coût du travail occasionnel, prendre des décisions également sur les règles environnementales, prendre des décisions sur un certain nombre de choix, notamment en matière de gestion de l'eau, qui sont absolument essentiels pour permettre tout simplement à nos agriculteurs de faire correctement leur travail. C'est vrai que la bataille sur les retenues collinaires, les retenues d'eau est une bataille très difficile.
Mais comment est-ce que vous pouvez expliquer à des agriculteurs qu'on leur demande d'être les plus performants au monde et qu'en même temps, on s'interdit de construire des retenues collinaires qui permettent de stocker de l'eau en hiver pour faire face à la pénurie d'eau et à la sécheresse croissante l'été. Là aussi, un peu de bon sens pour permettre de défendre nos atouts et valoriser les qualités de notre modèle agricole. Un dernier point pour terminer, pardon d'être un tout petit peu long sur ce sujet qui me passionne.
Si nous voulons garantir cette alimentation de qualité, préserver cette agriculture et la développer suivant le cap que j'ai indiqué avec des résultats qui viennent, qui commencent à se faire sentir dans les campagnes françaises, il faut aussi faire un certain nombre de choix stratégiques. D'abord, le choix des hommes. Une économie, une filière, c'est d'abord des hommes et des femmes qui y travaillent. Il faut défendre les paysans français, les défendre matin, midi et soir. Répondre aussi à leur désarroi lorsqu'il y a du désarroi. Moi, j'ai lancé un plan de prévention des suicides dans l'agriculture parce que j'ai voulu parler de ce sujet.
Lorsqu'il y a plus de 400 suicides dans l'agriculture en France, il faut en parler. Il n'y a pas de raison qu'on parle des suicides à France Télécom qui sont tout aussi graves et qu'on laisse de côté les suicides des paysans français parce que, soi-disant, l'agriculture française serait condamnée au silence et au mutisme. Il faut faire le choix des hommes et des femmes qui ont fait le choix difficile, courageux, exigeant de travailler la terre, d'exploiter notre terre et nos exploitations au bénéfice de tous les Français. Faire le choix des hommes et des femmes, ça veut dire aussi, je le dis pour la représentante des jeunes agriculteurs, faire le choix de l'installation des jeunes.
Soyons très vigilants sur l'installation des jeunes. Un métier dans lequel les jeunes ne veulent plus s'installer parce que c'est trop dur, parce qu'on n'a pas su ouvrir des débouchés et parce que les revenus sont trop faibles est un métier qui, par définition, n'a pas beaucoup d'avenir.
Donc soutenons les jeunes qui veulent s'installer en agriculture, maintenons les crédits, c'est ce que nous avons fait, facilitons les démarches, là pour le coup, je le reconnais, il reste encore beaucoup à faire pour qu'un jeune en France qui a 17 ou 18 ans se dise, oui, on peut être éleveur bovin ou éleveur au vin, ce sera un métier qui me rapportera quelque chose et dont la vie ne sera pas aussi contraignante qu'elle pouvait l'être par le passé. Et de ce point de vue-là, je le reconnais, il reste encore un effort très important à faire. Mais agriculture doit rimer avec jeunesse. Agriculture doit rimer avec compétence. Agriculture doit rimer avec féminisation du métier.
Et s'il y a bien une chose que j'ai trouvée favorable dans le recensement qui est paru sur le monde agricole, c'est qu'on s'aperçoit qu'on tient le bon bout et qu'il faut poursuivre dans ce sens-là. Les agriculteurs sont peut-être moins nombreux, mais ils sont aussi mieux formés et ils sont plus féminins. Donc ça veut dire qu'il y a vraiment de l'avenir pour ce métier. Premier choix, le choix des hommes et des femmes qui travaillent la terre en France. Deuxième choix, le choix des terres agricoles. Ça paraît une évidence, là aussi. C'est un sujet absolument essentiel pour notre pays. Nous ne pouvons pas dire d'un côté que nous sommes une grande puissance agricole.
Nous avons vocation à créer des emplois, de la richesse avec l'agriculture française. Nous ne pouvons pas nous targuer d'être la première puissance agricole européenne, une des premières puissances agricoles mondiales qui exportent, qui créent de la richesse, qui est reconnue par l'ensemble des grandes puissances de la planète. Et puis en même temps, se dire, lorsqu'il faut installer un supermarché à la sortie de la ville, on prend systématiquement la meilleure terre agricole. Lorsqu'il faut construire des logements, on prend systématiquement l'option qui consomme le plus de terres avec des surfaces démesurément grandes au détriment des terres agricoles.
Nous ne pouvons pas dire nous voulons être une grande puissance agricole et en même temps laisser partir toutes les terres agricoles à proximité des grandes agglomérations françaises. C'est irresponsable. Attention à préserver nos terres agricoles. On a pris avec Jean-Paul et Maureen un certain nombre de décisions dans cette direction-là, notamment sur la taxation, la spéculation sur les terres agricoles. Mais moi, je n'exclus pas qu'il fallait aller plus loin. Parce que préserver nos terres agricoles, c'est comme pour l'industrie, c'est dire, voilà, c'est un élément clé de notre développement économique. Eh bien, on préserve ces terres, y compris par des moyens coercitifs.
Enfin, un dernier point, dernier choix stratégique évident à faire, c'est le choix européen. Il n'y a pas d'agriculture française sans le soutien de la politique agricole commune. C'est tout bête à dire, mais ça mérite d'être rappelé. Parce que la politique agricole commune, c'est ce qui permet d'assurer les soutiens lorsque les choses vont mal. C'est ce qui permet d'intervenir lorsque les marchés s'effondrent à un niveau pertinent. Si c'est la France qui intervient tout seul, il ne se passera pas grand-chose. Si c'est l'Union européenne, il peut se passer quelque chose. C'est une politique qui permet d'assumer le surcoût lié aux choix environnementaux nécessaires que nous avons faits.
Si on veut une agriculture durable, il faut aussi une Europe qui assume les surcoûts de cette agriculture durable. C'est plus cher d'élever des bovins à l'herbe plutôt que dans des batteries industrielles avec une nourriture artificielle. C'est beaucoup, beaucoup plus cher. Si on veut garder cela, il faut bien des compensations. Ces compensations ne viendront pas des budgets nationaux. Elles doivent rester des compensations européennes. Choix des hommes, choix de la terre, choix européens. Avec tout cela, on gardera une agriculture qui sera une force considérable pour notre pays. Nous avons des atouts.
Apprenons à les développer plutôt qu'à les dilapider et faisons confiance aux paysans français. Merci.
Merci. Merci.
Bruno Le Maire