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Podcast / conversationFrance Inter — L'invité de 8h20 (sur Site radio)· 15 avril 2024 24 minContradictoireActualité / polémiqueDéfenseSécurité

L'attaque iranienne contre Israël analysée par Christophe Ayad, Armin Arefi et Dov Alfon

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 5 %Attaque 45 %Défensif 50 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 97 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 1:04OuverteRéponse directe

    Comment analysez-vous cette attaque ? Comment qualifiez-vous son ampleur ?

  • 1:08OuverteRéponse directe

    Marque-t-elle un tournant majeur au Proche-Orient ?

  • 2:10OuverteRéponse directe

    Comment lisez-vous cette attaque, Armin Arefi ? Y voyez-vous un basculement historique ?

  • 2:59OuverteRéponse directe

    Pourquoi l'homme qui a été tué était une très très grosse légume ?

  • 4:08OuverteRéponse directe

    Cette attaque vous a-t-elle surpris ? L'Iran aurait perdu la face en ne faisant rien ?

  • 5:55RelanceRéponse directe

    Est-ce qu'ils ont gagné ou est-ce qu'ils ont perdu la face ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 0:16PrésentateurFait
    « Dans la nuit de samedi à dimanche, 300 drones et missiles envoyés contre l'État hébreu, pour la plupart depuis le territoire iranien. »
  • 1:15PrésentateurFait
    « La dernière fois que l'Iran avait attaqué Jérusalem, je me réfère à cette vidéo amateur où les missiles iraniens planent au-dessus du dôme de la mosquée d'Omar et d'El-Aqsa. »
  • 1:29PrésentateurFait
    « La dernière fois que c'était arrivé était en 714. »
  • 2:16InvitéFait
    « C'est historique dans le sens où jamais la République islamique, qui appelle à la destruction d'Israël depuis sa création il y a 45 ans contre la République islamique, n'avait attaqué directement l'État hébreu. »
  • 3:08InvitéFait
    « Mohamed Rezaïdari était le numéro 2 de la branche extérieure des gardiens de la révolution, la force Al-Roth, qui était donc en charge de tout le soutien logistique au groupe de l'axe de la résistance. »
  • 3:16InvitéFait
    « L'attaque a eu lieu d'ailleurs dans le consulat iranien, bâtiment diplomatique, donc les conventions de Vienne, elles ont volé en éclat, en tout cas pour Israël à ce moment-là, sans condamnation occidentale, notamment de la part de la France. »
  • 3:38InvitéFait
    « Mohamed Rezaïdari était le numéro 2 de la branche extérieure des gardiens de la révolution, la force Al-Roth, qui était donc en charge de tout le soutien logistique au groupe de l'axe de la résistance. »
  • 4:26InvitéFait
    « Il aurait perdu beaucoup, beaucoup de sa crédibilité, notamment auprès de ses alliés arabes, du fameux axe de la résistance. »
  • 5:35InvitéFait
    « C'est que l'arsenal iranien a changé. Les Iraniens ont développé une industrie qui fabrique des missiles balistiques de croisière et qui fabrique des drones par millier. »
  • 6:45InvitéFait
    « On a des images extrêmement fortes, publiées d'ailleurs, retweetées par les réseaux, les chaînes officielles iraniennes, qui montrent justement cette pluie de missiles interceptés au-dessus de la mosquée Laksa. »
  • 9:32PrésentateurFait
    « Emmanuel Macron vient de reconnaître que nous sommes intervenus, a dit le Président de la République, à la demande de la Jordanie pour intercepter ces drones. »
  • 10:08PrésentateurChiffre
    « Les estimations semi-officielles, donc au cadre du ministère du Trésor israélien et de l'armée, parlent de 4 à 5 milliards de shekels, ce qui fait 1,2 milliard d'euros. »
  • 15:27PrésentateurChiffre
    « 80% des Israéliens est-ce qu'il a intérêt à ouvrir le front avec le Hezbollah même s'il a le souvenir de la guerre de 2006 avec le Liban où Israël a perdu ? »

Temps de parole

  • Invité28 %
  • Invité 221 %
  • Présentateur21 %
  • Présentateur 217 %
  • Présentateur 311 %
  • Auditeur2 %

0,8 interruption / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:01
Présentateur

Et avec Léa Salamé, nous vous proposons un grand entretien en forme de table ronde après l'attaque inédite lancée par l'Iran contre Israël. Dans la nuit de samedi à dimanche, 300 drones et missiles envoyés contre l'État hébreu, pour la plupart depuis le territoire iranien. C'est sans précédent, Pierre Aski le disait, et beaucoup de questions se posent ce matin. On va en parler Léa, aujourd'hui avec... Christophe Hayad, grand reporter au Monde, vous venez de publier Géopolitique du Hezbollah au PUF. Bonjour à vous, bonjour à Davalfon, directeur de la rédaction de Libération, ancien rédacteur en chef du quotidien israélien Haaretz.

Et Armin Arefi, grand reporter au Point, spécialiste du Proche et du Moyen-Orient, ancien correspondant en Iran et auteur de Un printemps à Téhéran, édité chez Plon. Bonjour également. Voilà, nous sommes six mois après le 7 octobre et la guerre à Gaza. Israël a donc été la cible d'une attaque sans précédent. Comment analysez-vous cette attaque ? Comment qualifiez-vous son ampleur ? Marque-t-elle, Davalfon, un tournant majeur au Proche-Orient ? Forcément par son côté inédit déjà, Nicolas.

Donc la dernière fois que l'Iran avait attaqué Jérusalem, je me réfère à cette vidéo amateur où les missiles iraniens planent au-dessus du dôme de la mosquée d'Omar et d'El-Aqsa, qui sont des images saisissantes. La dernière fois que c'était arrivé était en 714. L'armée perse allait sur Jérusalem avec l'aide des Juifs contre les Byzantins. C'est donc quand même quelque chose d'inédit et historique, oui. Mais est-ce que c'est un incident majeur qui sera soudain classé parmi les anecdotes de l'histoire dans quelques mois ? Ou est-ce que nous sommes devant un engrenage particulièrement périlleux ?

Et quand je dis périlleux, c'est périlleux en fait pour le monde entier, pas seulement pour la région. Vous allez nous dire pourquoi c'est à vos yeux périlleux, mais c'est vrai que c'est une première depuis 714, donc c'est la première fois que l'Iran envoie depuis son territoire des missiles et des drones sur Israël. Comment lisez-vous cette attaque, Armin Arefi ? Y voyez-vous, vous, un basculement historique ?

2:16
Invité

C'est historique dans le sens où jamais la République islamique, qui appelle à la destruction d'Israël depuis sa création il y a 45 ans contre la République islamique, n'avait attaqué directement l'État hébreu. L'Iran avait pour habitude d'agir via ses proxys, donc ses groupes arabes alliés au Liban, au Syrie, en Irak, pour ne jamais être pris la main dans le sac et ne pas provoquer de réponse israélienne. C'est ainsi que l'Iran depuis 11 ans est frappé en Syrie par Israël, jamais l'Iran n'avait répondu sur le territoire israélien. La donne a changé, comme l'a dit Pierre Aski tout à l'heure, après l'attaque, peut-être l'attaque de trop, celle du consulat iranien à Damas.

2:59
Présentateur

Dites-nous pourquoi c'était particulièrement une attaque violente aux yeux des Iraniens ? Pourquoi l'homme qui a été tué était une très très grosse légume ?

3:08
Invité

Parce que Mohamed Rezaïdari, donc déjà il y a sept gardiens de la révolution, donc l'armée idéologique de la République islamique, qui ont péri dans cette attaque. L'attaque a eu lieu d'ailleurs dans le consulat iranien, bâtiment diplomatique, donc les conventions de Vienne, elles ont volé en éclat, en tout cas pour Israël à ce moment-là, sans condamnation occidentale, notamment de la part de la France.

Et la personne donc militaire, gardienne de la révolution, qui est donc une armée régulière, en tout cas pour la République islamique, une armée officielle tout du moins, Mohamed Rezaïdari était le numéro 2 de la branche extérieure des gardiens de la révolution, la force Al-Roth, qui était donc en charge de tout le soutien logistique au groupe de l'axe de la résistance, c'est-à-dire Hezbollah, milices chiites, irakiennes, syriennes et milices rebelles yéménites outils, donc ces mêmes groupes qui, depuis le 7 octobre, accentuent la pression sur l'état hébreu en multipliant les attaques, non pas depuis le territoire iranien, mais depuis, comme on l'a dit, le Liban, la Syrie, l'Irak et le Yémen.

4:08
Présentateur

Et vous, Christophe Hayat, cette attaque vous a-t-elle surpris ? Ou au fond, les Iraniens étaient obligés de réagir après la destruction, on vient d'en parler, de leur consulat à Damas, la mort de ces 7 personnes et de ce général ? L'Iran aurait perdu la face, entre guillemets, en ne faisant rien ?

4:26
Invité

Il aurait perdu beaucoup, beaucoup de sa crédibilité, notamment auprès de ses alliés arabes, du fameux axe de la résistance, c'est-à-dire qu'il serait passé pour lâche, alors qu'il passe son temps à appeler à la destruction du petit Satan, Israël, après un tel coup et une telle humiliation qu'était la destruction de son consulat à Damas.

4:52
Présentateur

Il ne pouvait pas ne rien faire.

4:53
Invité

Il ne pouvait pas ne rien faire. Après, il y avait plusieurs options. Il pouvait répondre par l'action terroriste, contre une enceinte diplomatique israélienne, dans plusieurs semaines, plusieurs mois. Il pouvait répondre par l'intermédiaire de ses alliés, comme il avait l'habitude de le faire, le Hezbollah, les milices outils au Yémen ou les milices irakiennes. Et puis, il y avait enfin l'option de répondre directement. S'il l'a fait, c'est qu'il a eu peur de passer pour faible, mais il se sentait aussi suffisamment fort pour le faire.

C'est-à-dire que ce qu'on a découvert aussi, enfin ce que le monde a découvert, même si les Israéliens, les dirigeants israéliens, ce n'est pas une nouveauté pour eux, c'est que l'arsenal iranien a changé. Les Iraniens ont développé une industrie qui fabrique des missiles balistiques de croisière et qui fabrique des drones par millier. Puisque d'ailleurs, ils sont vendus à la Russie, qui les utilise massivement en Ukraine. Donc, ils peuvent se permettre de balancer 300 drones.

5:55
Présentateur

Mais vous dites qu'ils ne pouvaient pas ne pas réagir sous peine de perdre la face. Mais ce matin, est-ce qu'ils ont gagné ou est-ce qu'ils ont perdu la face ? Parce que quand on voit, pardon, de vous dire que les Israéliens ont intercepté 99% des projectiles envoyés, des 300 drones et ou missiles de croisière, l'Iran, ce matin, certes, il montre qu'ils peuvent envoyer, qu'ils peuvent atteindre Israël, qu'ils ont des drones plus sophistiqués. Mais enfin, est-ce qu'ils ont gagné ?

6:23
Invité

Pour répondre à votre question, la dernière attaque indirecte, il a pu dire, de l'Iran contre Israël après l'élimination d'un autre haut gradé des gardiens de la Révolution, dont Razim Moussavi, en décembre dernier, lui aussi, a battu à Damas. C'était une riposte de missiles balistiques contre un curieux bâtiment censé abriter des agents du Mossad à Erbil, au Kurdistan irakien. C'est-à-dire que jusqu'ici, ça se limitait au Kurdistan irakien. Là, comme l'a dit Dovalfon, on a des images extrêmement fortes, publiées d'ailleurs, retweetées par les réseaux, les chaînes officielles iraniennes, qui montrent justement cette pluie de missiles interceptés au-dessus de la mosquée Laksa.

Donc, ce sont des images qui font, on va le dire, rêver une partie, en tout cas, du monde arabe, à défaut de faire rêver une grande partie de la population iranienne. Donc, là-dessus, oui, la réponse, en tout cas, cette forme de réponse, l'ampleur de ces missiles, plus de 300 de drones, missiles de croisière, missiles balistiques, apportent, c'est une démonstration de force de la part de la République islamique, d'autant qu'elles affirment n'avoir ciblé que des sites militaires et d'avoir épargné des civils. Visiblement, ce matin, il n'y a qu'un ou deux blessés dans la communauté bédouine israélienne. Vous êtes d'accord, Christophe Ayad ?

Oui, alors, pour vous répondre, Léa, vous disiez, est-ce que c'est une victoire de l'Iran ? Ce n'est pas une victoire militaire, c'est une victoire symbolique. Militairement, les Iraniens ont tout fait pour qu'elle échoue. C'est-à-dire qu'ils ont prévenu les Américains, directement ou indirectement, via leur contact à Oman et par l'intermédiaire des Omanais, et ils ont laissé largement le temps à Israël de mettre en place une sorte de parapluie avec l'aide des Américains qui allaient intercepter ces drones.

8:03
Présentateur

Ils ne voulaient pas de mort, quoi. En gros, ils voulaient un message fort, symbolique, mais ils ne voulaient pas ouvrir une guerre.

8:09
Invité

Pas ouvrir une guerre ouverte.

8:11
Présentateur

Voilà, l'Iran a cherché à éviter à ce que la riposte ne soit pas maximale, Dov Alfon, totale, débouchant de fait sur une guerre ouverte. Je ne sais pas, je ne sais pas s'ils pouvaient deviner qu'à ce point, leur attaque échourait. Évidemment, ils ne voulaient pas créer une vague de morts et aussitôt, donc, appeler à une riposte israélienne. Mais pouvaient-ils comprendre que 99,3% de leurs missiles allaient être stoppés, que toutes ces attaques feraient une blessée, une fillette palestinienne bédouine ? Je ne crois pas. Je pense qu'on est dans une dynamique où il est très difficile aux deux parties de comprendre qu'est-ce qu'ils font.

Et c'est comme ça depuis le début, depuis cette fameuse attaque, donc, sur l'annexe du consulat, petite entourloupe qui a permis à Israël de dire « Nous n'avons, en fait, absolument pas blessé quelqu'un qui est protégé par le statut diplomatique. » Et d'ailleurs, cela vient après l'attaque sur l'ambassade israélienne en Argentine, qui est maintenant attribuée à l'Iran. Mais tout de même, on joue un jeu extrêmement dangereux à ce moment. On va parler des conséquences, mais juste encore un mot sur ce qui s'est passé samedi soir. Israël a donc intercepté 99% des tirs iraniens grâce à son dôme de fer et grâce à l'aide, évidemment, des alliés, des Américains, des Britanniques, aussi des Français.

Emmanuel Macron vient de reconnaître que nous sommes intervenus, a dit le Président de la République, à la demande de la Jordanie pour intercepter ces drones. Cette défense aérienne, pour choper les drones et les missiles, pardon de parler un peu vulgairement, ça a un prix. Alors, est-ce que les chiffres qu'on a vus défiler sont justes, Dovalfon, qu'intercepter ces projectiles, ces 300 projectiles, a coûté un milliard d'euros ? Est-ce que ça coûte aussi cher pour Israël et pour ses alliés ? Les estimations semi-officielles, donc au cadre du ministère du Trésor israélien et de l'armée, parlent de 4 à 5 milliards de shekels, ce qui fait 1,2 milliard d'euros.

C'est peu par rapport aux Jeux Olympiques à Paris, c'est beaucoup pour un budget militaire. C'est beaucoup, les Jeux Olympiques à Paris, Pierre Moscovici nous disait que ça coûtait 5 milliards. Là, c'est 1 milliard, c'est 20%. Pour la nuit. Pour une nuit, ça fait cher payer la nuit, et ça démontre bien que ce serait absolument impossible pour Israël d'entrer dans une guerre de longue haleine de ce type. Maintenant, Joe Biden a recommandé immédiatement de nouvelles aides financières qui devraient arriver sous peu. C'est jouable, mais c'est extrêmement cher. Alors, et si on nous projetez, maintenant, que va faire Israël ? Que peut faire Israël ? Y aura-t-il, selon vous, une riposte ?

Ou l'épisode est clos, Christophe Hayad ?

11:00
Invité

Là où l'Iran a pris un risque, c'est qu'il y a une occasion en or pour Israël de mettre à exécution ses plans de longue date de frappe massive en Iran pour déstabiliser le régime et surtout ralentir, faire reculer son programme nucléaire. Maintenant, ce plan ne peut pas être mis en œuvre sans l'accord et le soutien des États-Unis. Qui n'en veulent pas. Et il semble que Biden n'en veut absolument pas.

11:32
Présentateur

Donc, vous ne voyez pas, vous voyez une riposte mesurée de l'État d'Israël ?

11:35
Invité

Je vois une riposte mesurée, pas forcément immédiate, et de la reprise des hostilités secrètes.

11:44
Présentateur

Rien n'a filtré de ce qui s'est passé dans le cabinet de guerre hier soir en Israël, mais ils ont promis une riposte. Alors, est-ce qu'elle sera immédiate ou est-ce qu'elle sera dans quelques semaines ? Qu'est-ce que vous voyez ? Qu'est-ce que vous imaginez, Armin Arifi ? Est-ce que vous imaginez une possibilité d'escalade ?

11:58
Invité

Alors, j'aimerais déjà juste revenir sur une chose. 99% d'interceptions, ce sont quand même les chiffres donnés par Tzal, donc l'armée d'Israël. On a quand même vu des vidéos de missiles balistiques iraniens frappant une base, la base de Nevatim, donc à côté de Bercheva, dans le sud d'Israël, dans le désert du Negev. La même base d'où avaient décollé les F-35 américains qui ont frappé le consulat iranien. Donc, encore une fois,

12:21
Présentateur

vous mettez en doute les 99% ?

12:23
Invité

Pas en doute, mais je dis justement qu'il s'agit des chiffres de Tzal et qu'il y a des missiles quand même qui ont atteint, en tout cas ceux qui ont atteint et qui ont provoqué des dégâts, ils ont visé notamment cette fameuse base d'où seront partis les F-35. Pour répondre à votre question, l'escalade, enfin la balle est dans le camp aujourd'hui d'Israël. Israël, sa dissuasion a été mise à mal par cette attaque sans précédent depuis en tout cas 33 ans, comme vous l'avez dit, comme l'a dit De Valfon. Maintenant, quand on dit que la balle est dans le camp d'Israël, tout dépend de Joe Biden.

Je pense que les Iraniens, en tout cas c'est ce que me disent, j'ai interviewé aujourd'hui dans le point un des fondateurs des gardiens de la révolution, il affirme que les Iraniens savent que les Américains ne veulent pas s'engager dans une nouvelle guerre au Moyen-Orient. Ils sont beaucoup plus dans une volonté de se déporter vers l'Asie et ils ne veulent pas de nouvelles guerres. C'est le cas de Joe Biden, c'était également le cas avant lui de Donald Trump. Donc les Iraniens misent sur le fait que seuls les Israéliens n'iront pas frapper l'Iran car encore une fois pour attaquer le programme nucléaire iranien et les sites nucléaires iraniens enfouis.

Ils ont besoin au moins du parapluie américain, de l'aide de la couverture aérienne des Etats-Unis. Or il semble bien clair aujourd'hui que les Etats-Unis ne veulent pas participer à une action contre l'Iran de la même sorte, de la même façon que les Iraniens, il faut aussi dire ceci, les Iraniens, il est rare qu'aujourd'hui des assaillants annoncent alors que le dernier missile n'a pas encore quitté l'Iran qu'ils annoncent qu'ils vont frapper ce feu. Et attention, on frappe comme démonstration de force. Donc les Iraniens mis sur le fait que les Américains ne frapperont pas, maintenant est-ce que les Israéliens vont écouter ? Les Israéliens ont leur dissuasion qui sont mises à mal.

Les rôles sont d'une certaine manière inversés par rapport à la situation avant l'attaque iranienne. Avant l'attaque iranienne, c'est les Iraniens qui étaient obligés de réagir. Aujourd'hui, c'est le contraire, c'est Israël. Est-ce que les Américains, le grand para-américain vont l'accepter ? C'est toute la question.

14:03
Présentateur

Dov Alfon, sur le rôle et le pouvoir des Etats-Unis, Joe Biden a prévenu qu'il fallait éviter l'escalade, que les Etats-Unis ne soutiendraient pas une contre-attaque israélienne. Vous tenez une victoire, prenez la victoire, aurait dit Biden à Netanyahou selon le média Axios. Est-ce que Benjamin Netanyahou écoutera ? Il n'a absolument pas averti Joe Biden de la frappe déjà sur le fameux consulat iranien. Donc, pas forcément.

Et de toute façon, on est dans un quiproquo digne de FEDO et des meilleurs vaudevilles comme les Iraniens essayent de deviner qu'est-ce que les Américains pensent, les Israéliens essayent de deviner ce que les Iraniens pensent et dans tout cela, on oublie qu'une simple étincelle, un malentendu, un pilote jordanien, tout peut soudain plonger la région dans l'inconnu. Et donc, je ne crois pas trop à ces raisonnements très diplomatiques ils vont faire ça. Ce n'est pas un jeu d'échec, c'est la réalité du Moyen-Orient où tout peut soudain basculer très vite. Benyamin Netanyahou a-t-il intérêt aujourd'hui à poursuivre sa guerre voire à ouvrir le front ?

On sait qu'il a envie d'ouvrir le front avec le Liban et avec le Hezbollah. Est-ce qu'il a tout intérêt aujourd'hui pour garder son poste alors qu'il est contesté par une grande partie de plus en plus ultra impopulaire ? 80% 80% des Israéliens est-ce qu'il a intérêt à ouvrir le front avec le Hezbollah même s'il a le souvenir de la guerre de 2006 avec le Liban où Israël a perdu ? Il a surtout tout intérêt à faire rentrer les Etats-Unis dans ces confrontations. C'est surtout ça qui pourrait l'aider. Les Américains ne veulent pas. Ils sont à 5 mois de l'élection présidentielle.

Si des missiles du Hezbollah atteignent une base américaine en Irak, ils seront bien forcés, n'est-ce pas, de répondre quand même. Christophe Hayad sur ce point ?

15:54
Invité

Non, les Américains ne veulent pas mais effectivement Israël n'a jusqu'à présent pas écouté les conseils voire les admonestations de Biden sur la façon de mener la guerre à Gaza. Il se trouve que la guerre à Gaza est en train de s'enliser, que Netanyahou n'arrive pas à obtenir une victoire claire et que s'il veut rassembler à nouveau le camp occidental derrière lui, il a effectivement tout intérêt à déclencher une confrontation régionale parce que personne n'abandonnerait Israël face à une offensive généralisée.

16:32
Présentateur

Et le Hezbollah, ils le veulent, vous venez de publier la semaine dernière Géopolitique du Hezbollah au PUF, Christophe Hayad, le Hezbollah, ils veulent ou ils ne veulent surtout pas ?

16:41
Invité

Non, pour l'instant le Hezbollah ne veut pas d'une confrontation ouverte parce que le Hezbollah c'est un fusil à un coût. Il dispose de 150 missiles, c'est énorme, mais une fois qu'il les aura tirés, il mettra 15 ans à reconstituer son arsenal. Comme il a mis 15 à 20 ans à le reconstituer après la guerre de 2006. Deuxièmement, si l'Iran n'a pas fait entrer le Hezbollah dans sa frappe contre Israël samedi soir, c'était la preuve que l'Iran voulait d'une confrontation limitée. Le Hezbollah, c'est l'arme suprême aujourd'hui de l'Iran contre Israël. Ce n'est pas seulement un proxy, c'est l'arme la plus avancée et la plus efficace.

C'est que 150 missiles qui tombent, non pas en même temps, mais à raison de plusieurs milliers par jour sur Israël, c'est l'assurance d'avoir des milliers de morts en Israël. Et ça, le Hezbollah n'a pas envie d'entrer là-dedans pour le moment parce que le jeu n'en vaut pas la chandelle. Le jeu qui en vaudrait la chandelle, c'est une menace contre, comment dire, le régime iranien et contre son programme nucléaire. Question au standard

17:47
Présentateur

d'Inter. Bonjour Hugues. Bonjour. Vous nous appelez Lyon, on vous écoute.

17:53
Auditeur

Oui, exact. Alors, merci de prendre mon appel. Question simple, peut-être un peu simpliste, mais pour avoir une vision claire de l'échiquier lorsque l'on est chez nous et tranquille, est-ce que qui serait avec l'Iran en cas de conflit ? Quels seraient ses soutiens ? Et j'avoue que pour l'instant, je n'en ai pas une vision claire. Autant les Occitans en peau, oui, autant certaines organisations militaires locales, oui, mais en termes d'État.

18:25
Présentateur

Les États alliés de l'Iran en cas de conflit. Merci Hugues pour cette question. Armin Arefi vous répond ?

18:35
Invité

Oui, je pense que c'est assez clair. Aujourd'hui, on a vu se dessiner à la faveur d'ailleurs du conflit en Ukraine en un axe Téhéran, Moscou, Pékin. L'aide est aujourd'hui militaire, comme on disait tout à l'heure, donc des drones et des missiles balistiques sont vendus par l'Iran à la Russie. Pour la Chine, c'est un peu plus compliqué, c'est avant tout un soutien économique. Jusqu'ici, le soutien russe et chinois à l'Iran s'est manifesté par le veto qu'il dépose à chaque fois, en tout cas au cours de la dernière décennie au Conseil de sécurité lorsque l'Iran est sous le coup d'une résolution.

Il est probable que, d'ailleurs, la résolution déposée par la Chine et la Russie pour condamner au Conseil de sécurité de l'ONU la frappe israélienne attribuée à Israël sur le consul iranien à Damas a été s'est vu opposé à un veto de la part des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne. Maintenant, s'il y avait un conflit militaire, je ne suis pas certain que les Russes, en tout cas, aident ouvertement les Iraniens. D'ailleurs, la question aussi que beaucoup aujourd'hui en Iran se pose qui décrit cette alliance entre Moscou et Téhéran, c'est qui a donné les coordonnées du général iranien de sa position au sein du consulat iranien à Israël. S'agit-il de la Russie ?

S'agit-il du régime syrien ? On sait que la présence iranienne en Syrie est gênante, notamment de la part de la Russie. La Russie a fermé les yeux depuis 10 ans. Elle ferme les yeux. Elle autorise Israël à frapper les généraux iraniens. Donc, ce n'est pas une alliance indéfectible. Maintenant, aujourd'hui, à la faveur du conflit en Ukraine, on voit quand même d'un côté Pékin, Moscou, Téhéran et de l'autre le monde occidental avec l'Ukraine.

20:18
Présentateur

Oui, et au niveau régional, si on poursuit la question d'Ug, notre auditeur, s'il y avait une escalade entre l'Iran et Israël, quelles seraient les réactions de la Jordanie, de l'Arabie Saoudite, des pays sunnites ? Parce qu'on a vu que cette nuit, la Jordanie était intervenue pour intercepter, enfin, samedi soir, les drones iraniens. ça a mis en colère sa population qui a dit comment ça vous pactisez avec Israël ? Où seraient les Etats sunnites dans une éventuelle confrontation entre Israël et l'Iran ? C'est quoi le pire pour eux ? C'est justement la question de la lecture des événements. Tout dépend, en fait, des circonstances.

La Jordanie dit tout ce que nous avons fait c'est protéger notre territoire. Nous ne voulons pas que des missiles balistiques iraniens survolent à Man. Et d'ailleurs, le président de la République dit bien que c'était pour protéger des emprises françaises au Moyen-Orient aussi. Donc, on fait très attention. On n'aide pas Israël. On se protège de l'Iran. Si l'Arabie Saoudite, la Jordanie peuvent prétendre que tout ce qu'elles font c'est se défendre contre une ingérence iranienne, contre une attaque iranienne, ben oui, forcément, elles seront du côté d'Israël.

Mais si Netanyahou rend cette lecture impossible parce que c'est un défi qui est une humiliation à l'Iran, ça n'a rien à voir avec les intérêts régionaux, ben, ce leur sera carrément impossible. Vous semblez inquiet, Davalfon, vous qui connaissez parfaitement la politique israélienne, vous semblez inquiet de la riposte de Netanyahou. Forcément, parce que nous avons des leaders qui jouent leur population locale. Nous avons Netanyahou qui joue pour ses électeurs. Nous avons l'Iran qui joue pour calmer sa population après la révolution de 2022. Et donc, il est très difficile de rester en termes géopolitiques mondiaux, de dire, voilà, ils vont faire ça, ils vont faire ça.

Non, ces leaders vont faire ce que leur peuple a l'air de demander. Et donc, à cet instant où tout le monde demande d'une riposte israélienne, y compris à ses antennes, c'est ce qu'un peu on attend, c'est à quoi on s'attend, et bien, c'est extrêmement dangereux, bien sûr. Vous partagez cette inquiétude, Christophe Ayad ?

22:27
Invité

Oui, et pour parler du Hezbollah qui est un peu plus ma spécialité, vous avez quand même 80 000 Israéliens qui ont quitté leur foyer depuis le 8 octobre 2023 et qui ne sont pas retournés chez eux à cause des frappes du Hezbollah.

22:43
Présentateur

Dans le Nord, il faut préciser, c'est les Israéliens qui habitent à la frontière avec le Liban.

22:47
Invité

Il y a 100 000 Libanais qui ont quitté leur foyer aussi dans le sud du Liban. Mais il y a une pression extrêmement forte de ces Israéliens pour mettre fin à la menace du Hezbollah. Le problème, c'est qu'on ne met pas fin au Hezbollah comme on ne met pas fin au Hamas. Le Hezbollah comme le Hamas, c'est une idée avant d'être une armée.

23:07
Présentateur

Merci à tous les trois. Armin Arefi, Dovalfon, Christophe Ayad, je renvoie à votre livre Géopolitique du Hezbollah publié aux presses universitaires de France et je renvoie également nos auditeurs au podcast de France Inter Israël-Palestine Anatomie d'un conflit par Thomas Négaroff avec Vincent Lemire qui est également disponible désormais en version papier, en livre. Merci à tous les trois. Sous-titrage Société Radio-Canada