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Conférence de presseÉlysée (sur YouTube)· 26 mars 2019 38 minFond programmatiqueEurope & internationalEnvironnement & énergieÉconomie & entreprisesNumérique

Union européenne - Chine / Déclarations conjointes

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Répartition du ton (temps de parole politique)

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Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 3:00E. MacronFait
    « Nous avons su donner l'impulsion au G20 pour l'adoption des règles d'application des règles de Paris. »
  • 11:00X. JinpingFait
    « En 40 ans, nous avons réalisé ce que les pays occidentaux ont réalisé en matière d'industrialisation en 3 siècles. »
  • 12:00X. JinpingFait
    « La Chine soutient une réforme nécessaire de l'OMC pour bâtir une économie mondiale ouverte. »
  • 13:00A. MerkelFait
    « Le 8 avril il y aura le sommet Union européenne/Chine. »
  • 15:00J.-C. JunckerFait
    « Il faudra que les entreprises européennes trouvent le même degré d'ouverture pour ce qui est de l'accès au marché chinois. »

Modèle mistral-small-latest · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

-E. Macron: Bien. M. le Président de la République populaire de Chine, Mme la Chancelière de la République fédérale d'Allemagne, M. le Président de la Commission européenne, Mesdames et Messieurs, chers amis.

Je tiens tout d'abord à remercier en notre nom à tous le président Xi Jinping d'avoir accepté de participer à cet échange à l'occasion d'une visite d'Etat bilatérale. Le dialogue entre la Chine et l'Europe est en effet devenu incontournable pour la définition des équilibres mondiaux, pour la préservation du multiculturalisme, surtout dans le contexte que nous connaissons et une crise sans précédent dans notre histoire récente. Et nous venons d'avoir tous les 4 une discussion pendant un peu plus d'une heure très fructueuse sur ces sujets de manière très libre, évoquant à la fois la relation bilatérale entre la Chine et l'Union européenne, mais également nos visions du multilatéralisme.

Et, de nos discussions très constructives, je retiens au fond 4 points de convergence. Le 1er est la nécessité de construire ensemble un multilatéralisme fort en termes de paix et de sécurité internationale. Je dois le dire, il y a, sur ce point, un vrai travail conjoint entre la Chine et l'Union européenne.

Un travail qui a été conduit par exemple pour préserver l'accord de 2015 sur le nucléaire iranien. C'est la même perspective commune que nous avons pour assurer la dénucléarisation de la péninsule coréenne dans le plein respect des résolutions du Conseil de sécurité. Et c'est également sur cet axe que nous voulons travailler ensemble pour faire davantage en matière, justement, de développement et de sécurité sur le continent africain, où l'Europe et la Chine sont très présentes.

Le 2e point de convergence, c'est de bâtir ce multilatéralisme fort sur le sujet climatique. Nous devons en effet répondre à cette urgence. Le secrétaire général des Nations unies nous a écrit un mot pour, justement, insister sur cet agenda climatique qu'il a mis au coeur des ambitions, et en particulier du sommet de septembre prochain.

Et très clairement, nous avons, ensemble, les moyens d'agir. Nous avons su donner l'impulsion au G20 pour l'adoption des règles d'application des règles de Paris. Nous devons maintenant passer à la vitesse supérieure, et l'accord qui a été signé sur le plan bilatéral entre la Chine et la France, et qui est rendu public ce matin, est pour moi un point d'avancée extrêmement fort sur ce sujet.

Et je veux vraiment remercier le président Xi Jinping des indications claires qu'ils donnent sur les ambitions de la Chine, en matière de réduction, justement, des émissions de gaz à effet de serre, de volonté de s'engager dans des actions très concrètes sur des questions telles que le financement du développement ou encore la mise en oeuvre de l'amendement de Kigali sur les HFC, ce qui est un point et un combat essentiel que nous voulons mener ensemble, pour justement tenir nos engagements internationaux en matière climatique. Et l'Union européenne sera aussi présente pour assurer justement ce leadership, mais cet agenda climatique est pour moi, à côté des sujets de sécurité et de paix, un élément extrêmement structurant de ce multilatéralisme fort auquel nous croyons beaucoup et dont nous venons de parler. Le 3e point de convergence est la nécessité que le partenariat entre la Chine et l'Europe soit exemplaire de de coopération qui est celui du multilatéralisme.

Et au fond, de bâtir ce que nous avons qualifié de confiance stratégique entre nous. Nous avons longuement débattu des sujets de partenariat, d'amitié, de rivalité, qui existent et qui font partie, justement, de l'univers dans lequel nous avançons, mais la volonté qui est la nôtre, c'est d'avoir un agenda de confiance stratégique. L'Union européenne forme, avec la Chine, l'un des 3 grands pôles économiques du monde.

L'ouverture du marché européen a accompagné, à cet égard, la spectaculaire émergence de la Chine qui a sorti 700 millions de personnes de la pauvreté. Et ces progrès considérables ont, dans le même temps, engendré de profondes transformations et des tensions dans nos sociétés. Nous en avons fait l'expérience, nous les connaissons, avec des déséquilibres qui ont émergé sur le plan de la production, ou des conséquences économiques et sociales.

Des tensions profondes qui font naître un besoin de protection légitime. Et je crois que notre volonté commune est d'éviter que la réponse à ces tensions ne soit dans la fracturation de l'ordre international commercial, dans une nouvelle conflictualité commerciale ou dans des politiques d'isolation ou de repli. Ce que nous voulons bâtir ensemble, c'est un cadre multilatéral rénové, plus juste, plus équilibré.

Et alors même que l'Union européenne est l'une des économies les plus ouvertes au monde, de pouvoir oeuvrer ensemble dans les prochains jours, lors du sommet Union européenne-Chine, avec le point de rendez-vous du G20 d'Osaka et dans les mois qui viennent, sur un agenda conjoint de modernisation du multilatéralisme commercial, pour, dans notre intérêt commun et dans celui de la planète, de bâtir de nouvelles formes de concurrence loyale et de bâtir, justement, ces nouveaux équilibres. Nous devons donc à cet égard accélérer les travaux qui sont actuellement menés entre la Chine et l'Union européenne sur la modernisation de l'EMC, pour mieux répondre, dans un cadre coopératif, aux questions de transparence, de surcapacité, de subventions d'Etat et de règlement des différends. Et nous en avons la volonté, nous en avons longuement parlé.

Et l'enjeu est aussi de démontrer dans les faits que la coopération rapporte plus que la confrontation et que nous avons plus à gagner à l'ouverture qu'à la fermeture. Là aussi, le partenariat entre l'Europe et la Chine peut et doit être exemplaire en aboutissant à des résultats tangibles lors du prochain sommet Union européenne-Chine, en particulier sur l'accord global sur les investissements et sur les indications géographiques. Et puis le 4e axe, pour moi, de convergence de notre discussion, c'est la nécessité de renforcer notre dialogue pour une vision commune de l'avenir du multilatéralisme à travers les initiatives qui sont menées de part et d'autre.

La Chine joue, en effet, aujourd'hui, le rôle qui correspond à son rang et à sa puissance. Et l'initiative des routes de la soie que vous avez proposée au monde, M. le Président, est un geste extrêmement structurant qui peut contribuer à la stabilité, au développement, à la coexistence pacifique entre les peuples.

Et de son côté, l'Union européenne, qui est le plus grand bailleur mondial d'aide au développement, doit aussi jouer pleinement son rôle sur la scène internationale. Et je crois que c'est dans l'articulation de ces initiatives que nous pouvons bâtir quelque chose d'extrêmement novateur et structurant. En effet, il nous faut réussir à définir, et je crois en cette possibilité, un agenda commun, justement, de connectivité, où nous pourrons bâtir des infrastructures et des équipements, tenir nos engagements climatiques et le faire avec beaucoup de scrupules, avoir une politique en matière d'éducation et de santé extrêmement forte et avoir un agenda de soutenabilité financière pour tous les pays tiers, partenaires à ces initiatives.

Et au fond, si nous respectons ce cadre conjoint dont nous avons beaucoup parlé ce matin, nous pouvons, je le crois, non seulement sortir beaucoup de pays et de peuples de la pauvreté, les aider, mais le faire de manière extrêmement inclusive et durable. Et c'est là que je vois ce que j'appellerais les nouveaux liens d'équilibre que nous pouvons bâtir. Il y a des routes et des agendas multiples, mais ces nouveaux liens d'équilibre sont ce que nous pouvons créer, et c'est peut-être ce point d'appui qui sera un peu le point d'Archimède pour bâtir ce nouveau multilatéralisme et ce cadre de coopération.

Au total, pour atteindre ces objectifs, c'est-à-dire, un multilatéralisme fort, l'esprit de coopération et ce nouveau lien d'équilibre, nous souhaitons pouvoir avancer sur la construction d'un multilatéralisme rénové. Alors, nous avons des divergences. Evidemment, l'exercice de la puissance dans l'histoire de l'humanité ne va pas sans rivalité.

Nul d'entre nous n'est naïf. Mais nous respectons la Chine et nous sommes déterminés au dialogue et à la coopération. Et nous entendons naturellement de nos grands partenaires qu'ils respectent eux aussi l'unité de l'Union européenne, comme les valeurs qu'elle porte pour elle-même et dans le monde.

Et autour de ce respect des souverainetés, de la construction de ces nouveaux équilibres et de la construction d'un cadre rénové et loyal, je crois que nous avons, M. le Président et mes chers amis, le chemin pour bâtir ce nouveau lien. Voilà ce que je voulais dire de nos convergences et de nos échanges.

Confucius disait que 3 sortes d'amis sont utiles et 3 sont néfastes. Les utiles, c'est un ami droit, un ami fidèle, un ami cultivé. Les néfastes, c'est un ami faux, un ami mou, un ami bavard.

Monsieur le Président de la République populaire de Chine, sachez que vous avez dans cette salle des amis droits dans leurs exigences, fidèles à ce qu'ils sont et à leur amitié avec la Chine et pour éviter d'être un ami trop long, je m'arrête là et je vous cède, avec beaucoup de plaisir, la parole, en vous remerciant à nouveau d'être là. (Applaudissements) (...) (Propos traduits du chinois) -X.

Jinping: Monsieur le Président, madame la Chancelière, monsieur le Président de la Commission européenne, Mesdames, Messieurs, chers amis, en ce mois printanier de Paris, Paris de mars, Paris est plein de vie. J'ai le grand plaisir, à l'occasion de ma visite en France, d'être invité à la clôture du séminaire sino-français, sur la gouvernance mondiale. Hier, les discussions constructives de ce séminaire ont donné des résultats positifs.

Je tiens tout d'abord à adresser mes salutations cordiales à tous les participants et à exprimer mes félicitations pour le succès des travaux. Hier, j'ai eu aussi, pendant nos entretiens, des échanges de eu approfondis avec le président Emmanuel Macron sur la gouvernance mondiale et nous avons réalisé d'importants consensus. La Chine et la France sont toutes les 2 acteurs importants dans la gouvernance mondiale.

En ce qui concerne la préservation de la paix, de la sécurité et de la stabilité internationale, la sauvegarde du multilatéralisme et du libre-échange et le soutien à un rôle plus actif des Nations unies et d'autres questions majeures, elles ont une large convergence de vues sur le plan politique et une base de coopération solide. Les 2 pays, fidèles aux principes de respect mutuel, de confiance réciproque, d'égalité, d'ouverture, de tolérance et de bénéfice pour tous, défendent ensemble les normes fondamentales régissant les relations internationales, travaillent ensemble à l'amélioration de la gouvernance mondiale et constituent des forces importantes pour la préservation de la paix et de la stabilité mondiale et la promotion du progrès de l'humanité. Tout à l'heure, en plus d'une heure, nous avons une rencontre à 4 parties avec le président Emmanuel Macron et la chancelière Angela Merkel et le président Jean-Claude Juncker.

Nous avons eu, sur des sujets du multilatéralisme, du développement, du partenariat global stratégique sinon-européen, des discussions en profondeur qui ont dégagé une plus grande convergence de vues. Mesdames, messieurs, chers amis, il y a 2 ans, dans mon discours à l'Office des Nations unies, à Genève, j'ai posé les questions suivantes : où en est le monde ? Que devons-nous faire ?

Le monde d'aujourd'hui connaît des changements inédits. La paix et le développement restent toujours le thème de notre époque et en même temps, le monde est confronté à des instabilités et des incertitudes accrues et l'humanité fait face à beaucoup de défis communs. On dit en France que chacun est l'artisan de son sort.

Face aux défis planétaires globaux graves et face aux choix que l'humanité doit faire à cette croisée des chemins, les pays doivent faire preuve de sens d'engagement à l'égard du monde pour passer à l'action et non rester dans l'observation et pour être l'artisan de l'avenir et du destin de l'humanité. Premièrement, adopter une approche équitable et raisonnable pour remédier au déficit de gouvernance. Les dossiers brûlants de l'actualité internationale surgissent l'un après l'autre, les défis sécuritaires non conventionnels, comme le changement climatique, la cybersécurité et la crise migratoire continuent à se propager.

Les tentations du protectionnisme et de l'unilatéralisme se multiplient, et ce sont la gouvernance mondiale et le système multilatéral qui sont mis à mal. Nous devons adopter un concept de gouvernance mondiale marqué par la consultation, la coopération et le bénéfice pour tous, préconiser les consultations entre tous les peuples du monde lorsqu'il s'agit des affaires du monde et promouvoir activement la démocratisation des règles de la gouvernance mondiale. Nous devons continuer à porter haut levé l'étendard du multilatéralisme que représente les Nations unies et faire jouer pleinement le rôle constructif des mécanismes multilatéraux internationaux et régionaux, tels que l'OMC, le FMI, la Banque mondiale, le G20 et l'Union européenne, et pour construire ensemble la communauté de destin pour l'humanité.

Deuxièmement, préconiser les consultations et la compréhension mutuelle pour remédier au déficit de confiance. La confiance est la meilleure colle des relations internationales. Actuellement, la compétition et les frictions internationales continuent à monter et sont de plus en plus marquées par les bras de fer géopolitiques.

Et ce sont la confiance et la coopération de la communauté internationale qui sont affaiblies. Nous devons préconiser le respect mutuel et la confiance réciproque et mettre en valeur le dialogue et la consultation. Il convient de chercher les terrains d'entente, par-delà les divergences, et de mener un dialogue franc et approfondi pour plus de confiance stratégique mutuelle et moins de méfiance.

Il convient d'adopter le concept de la recherche du plus grand bien et des intérêts communs pour construire un partenariat mondial où l'on partage heurs et malheurs. Il convient de renforcer les échanges et le dialogue entre différentes cultures, afin d'approfondir la compréhension et l'acceptation réciproque et de promouvoir la connaissance, le rapprochement, la confiance et le respect entre tous les peuples du monde. Les relations Chine-Europe d'aujourd'hui, il faut dire qu'elles sont surtout marquées par la coopération.

Certes, il y a des points de désaccord, il y a aussi de la compétition, mais c'est de la compétition positive. C'est la coopération qui est l'aspect principal et nous devons apporter de l'énergie positive. Nous sommes en train d'avancer ensemble.

Il ne faut pas que la méfiance fasse en sorte qu'on ne cesse de regarder constamment en arrière, qu'on se méfie des partenaires qui sont à côté de nous, qu'on se méfie constamment des petits coups, des petits gestes de nos partenaires. C'est quelque chose de très important pour moi. Il ne faut pas avoir des arrières, des inquiétudes derrière.

Troisièmement, poursuivre la coopération pour remédier au déficit de paix. C'est le troisième déficit auquel il faut remédier. L'environnement sécuritaire où nous nous trouvons aujourd'hui reste inquiétant, les conflits régionaux et guerres localisées s'éternisent, le terrorisme continu à sévir et des populations civiles, y compris des enfants, subissent la souffrance de la guerre.

Nous devons adopter un concept d'une sécurité commune, globale, coopérative et durable, rejeter les vieilles mentalités de la Guerre froide et du jeu à somme nulle ainsi que la loi de la jungle. Et nous devons valoriser la coopération en vue de la réalisation de la paix et de la sécurité. Il convient de régler les différends par des moyens pacifiques et de s'opposer aux recours ou menaces de recours à la force.

Ce à quoi nous devons nous opposer, c'est de provoquer des conflits ou attiser des tensions pour ses intérêts égoïstes et de nuire aux autres pour son propre profit. Les pays du monde doivent s'engager ensemble sur la voie du développement pacifique pour réaliser une paix durable dans le monde. Quatrièmement, chercher toujours les bénéfices partagés pour remédier au déficit de développement.

La mondialisation économique est le moteur de la croissance mondiale. Aujourd'hui, les reflux anti-mondialisation continuent de monter et les effets négatifs du protectionnisme commercial ne cessent de se faire sentir. Les disparités de revenus et le déséquilibre géographique de développement sont déjà devenus les problèmes les plus aigus qui se posent à la gouvernance économique mondiale.

Nous devons faire de l'innovation le moteur du développement pour trouver un mode de croissance dynamique. Nous devons renforcer la coordination pour créer un mode de coopération ouverte et gagnant-gagnant. Et nous devons faire valoir l'équité et la tolérance pour bâtir un mode développement équilibré et bénéfique à tous pour que la mondialisation économique bénéficie à tous les peuples du monde.

La Chine va certainement poursuivre la voie de la réforme et de l'ouverture, parce que cela fait 40 ans que la Chine est engagée dans cette voie. Cette voie qui a permis à la Chine des changements considérables. En 40 ans, nous avons réalisé ce que les pays occidentaux ont réalisé en matière d'industrialisation en 3 siècles.

Alors nous allons continuer à avancer, et cela implique que nous allons continuer à nous ouvrir et à élargir cette ouverture conformément aux exigences nouvelles de notre époque. La Chine soutient une réforme nécessaire de l'OMC pour bâtir une économie mondiale ouverte, préserver le système commercial multilatéral et promouvoir un développement plus sain de la mondialisation. L'initiative, la ceinture et la route a enrichi le concept de la coopération économique mondiale et le multilatéralisme.

Et la coopération dans le cadre de cette initiative offre une voix importante permettant de promouvoir la croissance de l'économie mondiale et de réaliser le développement commun. La France et aussi tous les pays du monde sont les bienvenus à la construction de cette initiative. Mesdames, Messieurs, chers amis, la Chine et la France sont liées par une amitié qui remonte loin dans le temps.

Cette année marque le 55e anniversaire des relations diplomatiques sino-françaises. Nous avons déjà engagé une coopération stratégique qui reste très prometteuse. Tout comme c'est sur la tour Eiffel qu'on a la meilleure vue sur Paris, nous devons, dans ce nouveau contexte, prendre de la hauteur pour nous tourner vers l'avenir et travailler à renforcer notre coopération.

Nous devons approfondir notre coopération dans les domaines traditionnels comme le nucléaire civil, l'aérospatial, l'agroalimentaire, la santé et la construction automobile, accélérer celle dans les secteurs d'avenir tels que la fabrication verte, l'économie numérique, l'intelligence artificielle, les services financiers et le développement durable en milieu urbain et renforcer notre coopération sur le changement climatique. En mettant en oeuvre sur tous les plans, l'accord de Paris et faire aboutir le sommet des Nations unies sur le climat à des résultats positifs et cela, pour le bien-être de nos 2 peuples et de celui de tous les peuples du monde. Mesdames, Messieurs, chers amis, le développement de l'histoire, la prospérité des civilisations et le progrès de l'humanité ne seront jamais possibles sans l'orientation et l'impulsion des pensées avancées.

Le séminaire offre aux 2 pays un fort appui intellectuel à leur participation et à leur impulsion à la gouvernance mondiale. J'espère que la Chine et la France, de même que toutes les parties concernées, maintiendront la fluidité des canaux de dialogue et poursuivront leurs échanges en vue d'une coopération gagnant-gagnant pour apporter leur sagesse et leur force à la construction de notre foyer. Je vous remercie. (Applaudissements) (...) (Propos traduits de l'allemand) -A.

Merkel: Merci, messieurs les Présidents. Je voudrais, tout d'abord, remercier M. le président Macron de nous avoir invités, Jean-Claude Juncker et moi-même, pour montrer que le multilatéralisme a trait aussi, bien sûr, à l'Union européenne, car l'Union européenne est par elle-même un programme multilatéral et nous essayons toujours de parler d'une même voix au sein de l'UE.

Je crois que nous avons eu ici un excellent échange dans le cadre de ce format, ce qui est venu compléter ce qui avait été fait hier. Le multilatéralisme commence toujours par de bonnes relations bilatérales et des relations bilatérales entre l'Union européenne et la Chine ont joué un rôle important dans les discussions d'hier et d'aujourd'hui. Nous voyons qu'il y a une évolution très dynamique du monde.

Les pondérations économiques, en particulier, évoluent assez rapidement, et donc, il s'agit toujours de trouver un nouvel équilibre, ou, comme l'a dit tout à l'heure Emmanuel Macron, un équilibre dans une période profondément troublée. En fait, nous avons bien sûr des partenariats stratégiques. On a parlé de concurrence et de rivalité.

Il faut définir ces termes très clairement afin qu'il n'y ait pas de malentendu sur ce qu'on veut dire. De mon point de vue, la notion même de concurrence stratégique a une connotation tout à fait positive. Cela signifie que chacun doit faire des efforts dans cette concurrence pour prouver ses capacités et ses performances.

Nous avons des dates importantes, des rencontres importantes. Le 8 avril il y aura le sommet Union européenne/Chine et j'ai dit également très clairement, et je me réjouis que la Chine le voie de manière positive, nous aurons, nous, Allemagne, la présidence de l'Union européenne en septembre 2020 et nous voulons en profiter pour faire un sommet avec les 27 et la Chine. Nous inviterons donc la Chine et, d'ici là, j'espère que nous aurons fait une partie du travail qui nous incombe, l'accord sur les investissements et d'autres points importants.

La Chine veut s'engager sur cette initiative des nouvelles routes de la soie. C'est un projet très important et, en tant qu'Européens, nous voulons jouer, bien sûr, un rôle dans ces nouvelles routes de la soie et il faudra donc qu'il y ait une certaine réciprocité de part et d'autre. On a encore un peu de mal à le trouver, à la trouver, cette réciprocité, mais ce projet, en fait, je crois que c'est une excellente visualisation de ce qu'est notre interdépendance entre l'Union européenne et la Chine.

D'autre part, le multilatéralisme, en tant qu'approche générale de la réalité politique actuelle, montre que, depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale, qui nous a apporté tant de souffrances, nous avons connu 75 années qui nous ont permis de dépasser ces horreurs et, en fait, c'est ce qui nous a permis de créer cet ordre multilatéral dans lequel nous vivons. Et, maintenant, on est à un grand tournant. Est-ce que nous sommes capables de poursuivre le multilatéralisme dans la nouvelle ère qui s'offre à nous?

Est-ce qu'on va le faire évoluer? Ou est-ce que ce système va se calcifier, devenir rigide et risquer de tomber un jour dans les oubliettes de l'histoire parce qu'il ne répondra plus à nos attentes? Moi, j'ai senti, aujourd'hui, dans ces discussions, que tous les participants souhaitent apporter leur contribution.

Ils souhaitent que le multilatéralisme en tant que système puisse continuer d'exister. Réforme des Nations unies, réforme du FMI, réforme de l'OMC comme on l'a décidé dans le G20. On essaie donc de s'adapter aux nouvelles évolutions.

On va activer ce G20, on va arriver à mettre en oeuvre les accords. C'est pourquoi il est si important que nous recevions aussi le message du secrétaire général des Nations unies, qui nous a été envoyé aujourd'hui. Et puis, la présence du secrétaire général de l'OCDE.

Donc, quand on regarde ces évolutions dynamiques, quand on comprend que, la concurrence, c'est pas forcément l'un qui gagne, l'autre qui perd, eh bien, on s'aperçoit qu'avec le multilatéralisme, il est possible d'avoir une approche "win-win". Les gains qu'un parti obtient ne se font pas nécessairement au détriment de l'autre parti. Donc, je pense que c'est très important que nous nous battions et qu'il faut un agenda de la confiance, il faut créer un climat de confiance mutuelle, que chacun soit conscient des intérêts de l'autre et ne pense pas uniquement à faire avancer ses intérêts propres.

A l'époque de la numérisation, de la digitalisation du monde, c'est, bien sûr, un grand défi. Troisièmement, on a parlé aussi du triangle Union européenne/Chine/Europe...

Etats-Unis, pardon. Ce multilatéralisme est, bien sûr, toujours très important, c'est pourquoi nous suivons toujours avec beaucoup d'intérêt les négociations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine. Et, moi, ce que je peux dire du point de vue allemand, c'est que, si ces négociations devaient capoter, on le sentirait très fortement en Allemagne parce que cela aurait pour résultat de déséquilibrer l'équilibre actuel et cela aurait des répercussions sur la situation économique allemande.

Quatrièmement, il y a aussi la possibilité d'une coopération accrue avec des pays tiers. Nous avons intérêt à mettre en place un agenda de développement pour l'Afrique. L'Europe est voisine directe du continent africain, mais la Chine a montré aussi que l'on pouvait arriver à sortir des millions de personnes de la pauvreté très rapidement.

Il y a des choses à apprendre de cet exemple et je pense qu'il faut que nous en tirions des conséquences pour notre coopération avec l'Afrique. Si nous abordons ces problèmes avec les mêmes principes, ce sera utile pour le multilatéralisme. Merci de nous avoir permis d'avoir cette fructueuse discussion et merci de votre invitation. (Applaudissements) (...) -E.

Macron: M. le Président de la commission. C'est bon, ça marche. -J.-C.

Juncker: La Commission et les nouvelles technologiques, ça ne va pas ensemble. Messieurs les présidents, Mme la chancelière, je suis le dernier à m'exprimer. Non pas que je serai le dernier des amis de la Chine, le contraire est vrai.

Depuis ma 1re visite en Chine, comme Premier ministre de mon pays en 96, je suis tombé amoureux de la Chine tout comme mon ami Jean-Pierre Raffarin, pour le reste, que je salue respectueusement et amicalement. Je ne sais pas pourquoi ça vous fait rire. C'est un ami de la Chine, et le mien.

J'aime, disait Blaise Pascal, les choses qui vont ensemble. L'amour de la Chine et l'amour qu'il a pour moi, c'est les 2 amours qui vont ensemble. Celui qui aime trouve les mots justes et n'a pas besoin de longs développements.

Je serai donc bref. Je crois que la Chine et que l'Europe peuvent et doivent faire des grandes choses ensemble pour nous-mêmes et pour le monde. Et nous devons le faire, non pas, dans un mode de confrontation mais dans un mode de coopération confiante.

Oui, il est vrai, nous sommes des partenaires stratégiques, nous sommes des compétiteurs intéressés aux performances de l'autre et nous sommes des rivaux. J'ai appris que, dans certains milieux chinois, on n'aime pas l'expression que nous nous voyons comme étant des rivaux de la Chine. C'est un compliment, c'est un compliment, qui décrit ensemble avec nos ambitions communes et avec la nécessaire compétition qu'il y a entre nous, l'esprit de nos relations.

La Commission a été associée à ce format par le président de la République, parce que la Commission est, elle, responsable, seule, à vrai dire, pour l'organisation de vos relations commerciales extérieures. Mais c'est à ce titre que j'envisage le prochain sommet entre la Chine et l'Union européenne avec le président Tusk et moi-même, qui aura lieu le 8 avril et le 9 avril avec beaucoup d'espoir, parce que je voudrais que nous n'écrivions pas seulement des poèmes, mais que nous nous tenions à la mise en application des engagements que, les uns et les autres, nous avons contractés. Et je voudrais donc que nous relancions les travaux du groupe de travail commun que nous avons établi avec nos amis chinois sur les réformes de l'Organisation mondiale du commerce.

C'est nécessaire que Chine et Europe, non pas joignent leurs forces, mais discutent de la façon dont il conviendra de réformer l'Organisation mondiale du commerce, qui reste nécessaire et qui est irremplaçable et qu'il faut réformer pour que ne vienne pas le jour où elle serait remplacée par la force des choses et par la force des événements. Je voudrais que s'instaure entre la Chine et l'Union européenne une réciprocité mieux articulée qu'elle ne l'est à l'heure où nous sommes, parce qu'il faudra que les entreprises européennes trouvent le même degré d'ouverture pour ce qui est de l'accès au marché chinois, que les entreprises chinoises trouvent en Europe un degré d'ouverture total. Je voudrais que nous nous en rapprochions en Chine lorsque nous commerçons et lorsque nous investissons en Chine.

Je voudrais que nous concluions le plus rapidement possible un accord sur les investissements, c'est nécessaire. Il faudra que, là encore, nous rééquilibrions nos relations. Je voudrais que nous nous mettions d'accord sur la protection des indications géographiques.

C'est nécessaire. Tout est prêt, ou presque. Alors, nous devons le faire.

Et pour ce qui est des nouvelles routes de la soie, je crois que là, les Européens, nous, nous devons expliquer à nos concitoyens que ce n'est pas un projet chinois dirigé contre les intérêts de l'Europe mais qu'il faudra que du côté européen, nous fertilisions au maximum cette opportunité que renferme cette vision qui est celle du président chinois, lorsqu'il parle des routes nouvelles de la soie. Je voudrais que tous, nous trouvions, dans la mise en application de ce grand projet, nos intérêts. Je voudrais que les investissements ne soient pas exclusivement chinois mais qu'ils bénéficient aussi aux Européens, qu'ils bénéficient aux pays de transit.

Si nous voulons faire des grandes choses ensemble, nous devons faire tout cela. Merci. -E.

Macron: Merci. (Applaudissements) Merci beaucoup. Merci, Président, madame la chancelière, cher Président.

Et merci à toutes celles et ceux qui ont oeuvré à ce séminaire et ce travail. Merci infiniment.

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