Aller au contenu
Pourquijevote
Tous les transcripts
InterviewBFM TV (sur YouTube)· 11 octobre 2024 24 minContradictoireMixteBudget & impôtsÉconomie & entreprisesEurope & internationalInstitutions & élections

L'interview en intégralité de Thierry Breton, l'ancien commissaire européen

Source d'origine 3 locuteurs

Transcription Whisper (large-v3), avec identification des locuteurs. À recouper avec la source d'origine.

Analyse automatique

Générée par IA — peut contenir des erreurs. Méthodologie

Chapitres

Répartition du ton (temps de parole politique)

Propositif 50 %Attaque 30 %Défensif 20 %

Questions et réponses

Taux de réponse directe : 95 % (directe = 1, partielle = 0,5, éludée = 0)

  • 0:08OuverteRéponse directe

    Bonjour Thierry Vauton, merci d'être parmi nous. Vous êtes ancien ministre des finances précisément en France et puis ancien commissaire européen, notamment au marché intérieur et on va parler de tout cela parce qu'on va parler à la fois du budget français qui est actuellement, qui va rentrer en discussion et puis de la voie de l'Europe et du fonctionnement de l'Europe.

  • 0:30RelanceRéponse partielle

    Alors justement, et avant que vous répondiez à Yves, M. Vauton, il y a encore quelques jours, Michel Barnier prometait en substance que les annonces budgétaires ne toucheraient pas tout le monde. Est-ce qu'on a un menteur à Matignon aujourd'hui ?

  • 1:23FerméeRéponse directe

    Quand vous voyez le projet de budget 2025, c'est quoi sinon de l'austérité pour vous ?

  • 6:41FerméeRéponse directe

    Vous dites, pas mieux d'État, mais la seule solution, c'est moins d'État. Où est-ce que vous faites les économies ?

  • 8:35OuverteRéponse directe

    Est-ce que vous validez toutes les annonces sur l'énergie, sur l'automobile, sur la santé, qui vont avoir un impact ? Et je pense qu'à ceux qui nous regardent ce soir, un impact très concret sur leur vie, c'est-à-dire baisser leur vie d'une certaine manière.

  • 9:28OuverteRéponse directe

    Pourquoi vous ne seriez pas ministre des Finances ? Est-ce que vous avez été appelé ?

Affirmations vérifiables (citations exactes)

  • 2:10Invité politiqueChiffre
    « On a aujourd'hui, il faut vraiment que nos téléspectateurs le sachent, quand on a 6% de déficit, ce qui va être le cas en 2024, on en annonce, ça pourrait être peut-être... »
  • 5:33Invité politiqueChiffre
    « Quand on est à 6%, ça veut dire qu'on dépense 150 milliards de plus que ce qu'on gagne. »
  • 5:41Invité politiqueChiffre
    « Depuis 1981, la France, tous les ans, en moyenne, l'IC, tous les ans, a dépensé 60 milliards en gros, 57,4 pour être très précis, pour retenir 60 milliards de plus que ce qu'elle a dépensé. »
  • 6:06Invité politiqueChiffre
    « 40 ans, oui. Et bien ça fait effectivement 2 milliards, 2 500 milliards. »
  • 11:34Invité politiqueChiffre
    « durant son quinquennat, la dette de la France a augmenté de 25 points de PIB, alors que celle de l'Allemagne, dans le même temps, on avait la même crise des deux côtés, n'a augmenté que de 13 points. »
  • 22:50Invité politiqueChiffre
    « La France, c'est 0,2% des achats d'armes par Israël, donc ça ne veut pas dire pratiquement rien. »

Temps de parole

  • Invité politique69 %
  • Présentateur16 %
  • Invité12 %
  • Invité 23 %

7,6 interruptions / 10 min (chevauchements et interjections détectés).

Modèle mistralai/mistral-small-3.2-24b-instruct:floor · prompt v1· les citations sont vérifiées mot pour mot dans le transcript ; le taux de réponse directe est calculé à partir des verdicts question par question. Aucun label idéologique n'est produit.

0:00
Invité

Je ne sais pas Yves si votre nouvel invité est un adepte des soins thermaux, la cure, de rigueur, il a forcément un avis sur la question.

0:08
Présentateur

Bonsoir Thierry Vauton, merci d'être parmi nous. Vous êtes ancien ministre des finances précisément en France et puis ancien commissaire européen, notamment au marché intérieur et on va parler de tout cela parce qu'on va parler à la fois du budget français qui est actuellement, qui va rentrer en discussion et puis de la voie de l'Europe et du fonctionnement de l'Europe.

0:30
Invité

Alors justement, et avant que vous répondiez à Yves, M. Vauton, il y a encore quelques jours, Michel Barnier prometait en substance que les annonces budgétaires ne toucheraient pas tout le monde. Est-ce qu'on a un menteur à Matignon aujourd'hui ?

0:43
Présentateur

Alors un menteur à Matignon, je ne sais pas. Je pense qu'il essaye de faire passer une potion qui n'est pas magique d'ailleurs. Vous savez, c'est la phrase de De Gaulle, soit on fait faillite, soit il y a un miracle et ça marche. Je ne suis pas sûr qu'il y ait un miracle et je suis quasi certain que si on continue comme ça, on va vers la faillite. Et notre invité justement, là-dessus, a quelques opinions importantes puisque Thierry Breton, vous avez écrit à plusieurs reprises et dit à plusieurs reprises que ce n'est pas faire mieux d'État, mais c'est de faire moins d'État qui est important d'accomplir et donc de faire moins de dépenses publiques.

1:23
Invité

Quand vous voyez le projet de budget 2025, c'est quoi sinon de l'austérité pour vous ?

1:28
Invité politique

Je ne pense pas qu'on puisse dire que le Premier ministre Michel Barnier est un menteur, en tout cas je ne le dirai pas. Vous non plus du reste, vous ne l'avez pas dit. Je dirais plutôt que c'est un budget, en tout cas en ce qui le concerne, c'est plutôt, pardon cette expression un peu triviale, mais c'est un pompier. C'est un budget de pompier. Il vient ici pour éteindre un incendie budgétaire. Enfin, éteindre l'incendie budgétaire, ça ne veut pas dire régler les problèmes. Je m'explique. On a aujourd'hui, il faut vraiment que nos téléspectateurs le sachent, quand on a 6% de déficit, ce qui va être le cas en 2024, on en annonce, ça pourrait être peut-être... On découvre un d'ailleurs.

Oui et non, oui et non, parce que non, parce que c'est pas vrai, on ne découvre pas, c'est faux de le dire. Oui mais alors à ce moment-là... On était à 5,9, maintenant on dit 6,2, donc voilà, on ne découvre pas. Je crois que, oui, j'entends cette polémique. J'entends cette polémique.

2:23
Présentateur

Mais elle est alimentée par l'ancien ministre des Finances lui-même, Bruno Le Maire, qui dit « Vous saurez un jour la vérité ».

2:30
Invité politique

Oui, on verra ce qu'il veut dire, je ne sais pas. Mais en tout cas, moi je peux vous dire que je suis ces questions, et je les suivais également escalités lorsque j'étais commissaire. Donc on s'attendait tous, c'est pas vrai, c'est pas une surprise, à 5,9, 6,6,1, donc tout ceci était, je dirais, prévu. La responsabilité, elle est où alors ? Mais non, mais la responsabilité, elle est assez simple. C'est laquelle ?

Elle est assez simple, c'est que quand vous gérez Yves Tréhard, quand vous êtes en charge d'une administration, je l'ai été, vous l'avez rappelé, à de nombreuses reprises dans ma vie, eh bien on dirige son administration, on n'est pas dirigé par son administration, c'est ce que j'ai fait à maintes reprises évidemment. Qu'est-ce qui s'est passé depuis 8 mois en France ? Nous avons eu des élections, un temps assez long du reste pour annoncer les têtes de liste, la France s'est mise, je ne dirais pas qu'elle s'est arrêtée. Elle n'était pas gouvernée ? Je ne dirais pas qu'elle n'était pas gouvernée, je dis qu'elle s'est mise un petit peu en retrait.

Lorsqu'on a eu la dissolution, la France s'est focalisée sur la dissolution et sur les élections. Et puis ensuite, on a eu un gouvernement de transition. Donc évidemment, les ministres réalisaient les affaires courantes. Qu'est-ce que je veux dire par là ? Ça veut dire que quand on est dans l'exécution d'un budget, tous les jours, on voit effectivement que les recettes ne sont pas exactement ce qu'on escomptait, les dépenses peuvent être un peu plus grandes. Et ce que je veux dire, c'est qu'à ce moment-là, il revient aux politiques de prendre les décisions correctrices. Et là, il n'y avait personne, il n'y avait pas de pilote dans l'avion ?

Il n'y avait pas de pilote, mais ce n'était pas leur rôle, puisqu'encore une fois, ils étaient là uniquement en gestionnaire de transition. Et donc, il fallait prendre des décisions, il fallait donc attendre que les politiques arrivent. Sur les proportions de ce budget. Ce que je veux dire, c'est qu'effectivement, vous savez, je l'ai connu dans toutes les périodes de ma vie, lorsqu'on lève un peu le pied, eh bien ça dérape. Eh bien c'est ce qui s'est passé.

4:28
Invité

Yves, le chef du gouvernement estime que ce projet de budget, c'est deux tiers de baisse de dépense, un tiers de hausse d'impôt. Le Haut Conseil des Finances Publiques, le gouvernement n'a pas trop apprécié d'ailleurs, juge fragile les attentes budgétaires du gouvernement et estime qu'en termes de proportion, c'est plutôt l'inverse. Deux tiers de hausse d'impôt et un tiers de baisse de dépense.

4:48
Présentateur

Je suis d'accord parce que finalement, il y a énormément en dehors de l'impôt sur le revenu des plus riches et puis de l'impôt sur les super profits des grandes entreprises, il y a énormément de hausses de taxes, de suppression d'aides, il y a beaucoup de choses quand même qui ne relèvent pas du train de vie de l'État.

5:09
Invité politique

Ça touche l'assiette, si on peut reprendre un jargon qu'on utilise effectivement en Bercy, l'assiette est évidemment beaucoup plus large que les 65 000, ce qu'on nous a brandi Urbi à Torbi pour justifier qu'on allait faire effectivement, qu'on allait commencer à s'attaquer enfin à la dépense publique. Pas assez à mon goût, vraiment pas assez.

5:27
Invité

60 milliards globalement d'ailleurs, c'est pas assez pour vous, l'économie ?

5:30
Invité politique

Mais non, écoutez, un chiffre. Quand on est à 6%, ça veut dire qu'on dépense 150 milliards de plus que ce qu'on gagne. 6%, c'est ça. 150 milliards de plus que ce qu'on gagne. Depuis 1981, la France, tous les ans, en moyenne, l'IC, tous les ans, a dépensé 60 milliards en gros, 57,4 pour être très précis, pour retenir 60 milliards de plus que ce qu'elle a dépensé. Vous multipliez 60 milliards par 60 ans, et bien, pardon, ça fait par 40 ans. 40 ans, oui. Et bien ça fait effectivement 2 milliards, 2 500 milliards.

6:09
Invité

Vous nous parlez de chiffres, Thierry Breton, mais on ne peut pas être anglais les gens, non plus, pour résorber une... Non, mais il faut expliquer.

6:15
Invité politique

Vous avez donc la dette qui s'est créée. Ces 150 milliards de plus, ils vont où, M. Tréard, à la fin de l'année ? Ils vont où ? Ils vont où ? Dans la dette. Dans la dette, parce qu'on paye la dette. Et donc, ça veut dire qu'on ne peut pas continuer comme ça tous les ans. On n'est plus, pardon, mais on n'est plus aujourd'hui à 60 milliards d'excédents, de plus, de dépenses. On est à 150. Et alors, on va continuer comme ça ? Thierry Breton, je voudrais... Vous croyez qu'on va continuer comme ça ?

6:40
Présentateur

Combien de temps ? Je voudrais que vous expliquiez une chose. Vous dites, pas mieux d'État, mais la seule solution, c'est moins d'État. Où est-ce que vous faites les économies ?

6:52
Invité politique

Mais pourquoi dis-je ça ? Vous, ministre des Finances. Parce que d'abord, à chaque fois qu'un nouveau gouvernement arrive, et on n'est pas là pour les blâmer, je ne blâme personne, mais vous avez, que ce soit un nouveau Premier ministre, que ce soit un nouveau président de la République, que ce soit un nouveau ministre des Finances, qu'est-ce qu'ils vont vous dire ? Ah non mais, on va avoir mieux d'État. Le nouveau Front populaire nous a seriné, pendant des semaines, avec Mme Casté, je crois, qui nous disait, moi je veux faire mieux d'État. Et on dit toujours mieux d'État. Et le mieux d'État, finalement, ça se traduit par les chiffres que je viens de vous dire.

Ce qu'il faut, quand on a 150 milliards de dépenses de plus que ce qu'on gagne, eh bien c'est tout simplement, quoi ? Qu'on vit au-dessus de nos moyens. Ça veut donc dire qu'il faut... Donc il faut tailler. Mais ce n'est pas tailler, ça veut dire revoir les choses. On a inventé la réduction du temps de travail, que ce soit tout au long de la vie, retraite à 60 ans sous Mitterrand, réduction du temps de travail sous Mitterrand, cinquième semaine de congé payé sous Mitterrand, un million et demi de fonctionnaires embauchés sous Mitterrand. Ça nous a ruiné tout ça. Je ne dis pas que ça nous a ruinés. Ça a été affiché comme une troisième voie, la fameuse troisième voie française.

Mais on n'avait pas les moyens de se la payer. On se les payait par de la dette. La dette, quand François Mitterrand arrive au pouvoir, la dette de la France est à 21% par rapport au PIB. Quand il sort, quand il s'en va, de septembre là plus loin, elle est de 52%. La dette commence vraiment à gonfler, à enfler, pour payer ce fameux modèle social qui est notre... On y est attaché. Il faut y annoncer. Non, pas du tout. Et vous voyez, on y est attaché. Mais il faut se reposer les questions avec une vision. Ce n'est pas tous les ans.

8:29
Invité

Est-ce que vous validez toutes les annonces sur l'énergie, sur l'automobile, sur la santé, qui vont avoir un impact ? Et je pense qu'à ceux qui nous regardent ce soir, un impact très concret sur leur vie, c'est-à-dire baisser leur vie d'une certaine manière.

8:40
Invité politique

Ce que je vous dis, c'est que, évidemment, il faut tout faire maintenant pour commencer à baisser. Mais l'année prochaine, on sera à combien en déficit avec ça ? On sera à combien ?

8:51
Présentateur

On sera à 6%.

8:52
Invité politique

6%, ça veut dire qu'avec les 60 milliards qui sont annoncés, on sera encore à 6 milliards. Ça veut donc dire qu'il faut qu'on se pose des questions, non pas sur un an. Et c'est dans ce sens où je disais, c'est référence à cette métaphore du pompier. Ce n'est pas sur un an qu'on va régler le problème pour répondre à votre question. C'est sur les 5 à 10 ans qui viennent. Donc ça va être 10 ans de rigueur ? Non, faut-il encore se réunir ensemble et se poser des questions ensemble de comment doit-on faire pour financer notre modèle social, le revoir, de fond en comble ? On ne peut pas continuer comme ça, mais on ne peut pas continuer comme ça.

9:28
Présentateur

Pourquoi vous ne seriez pas ministre des Finances ? Est-ce que vous avez été appelé ?

9:31
Invité politique

Mais je l'ai déjà été, donc j'ai donné, ça va, je l'ai déjà fait. Sur vous, vous l'avez proposé. Et du reste, c'est pas la question. Et du reste, vous avez refusé Bercy.

9:39
Présentateur

Si, si, parce que vous êtes quand même réputé pour être un des meilleurs. Depuis, on va quand même le dire, puisque vous ne l'avez pas dit depuis le début de cette émission, vous êtes le seul ministre des Finances depuis 50 ans qu'il n'y a pas de budget à l'équilibre en France, depuis 1974. Vous êtes le seul à avoir réalisé un tantinet d'économies entre 2005 et 2007, parce que vous aviez engagé un rapport qui s'appelle le rapport Pébro et que vous avez réussi à faire des économies à la France. Pourquoi ? Eh bien, on n'applique pas vos recettes.

10:11
Invité politique

Eh bien, un mot, d'abord, je n'ai pas cette prétention-là, mais je veux dire comment on l'a fait. Parce que précisément, mon objectif, c'était de revenir au respect des traités, parce que la France est forte quand elle respecte les traités. Quand la France ne respecte plus les traités, y compris les traités de Maastricht, la France est beaucoup plus affaiblie. Donc, mon rôle de ministre des Finances, c'était, dans le périmètre qui m'était imparti, c'était de faire en sorte qu'on respecte ces traités. Mais c'est vrai qu'on était à 67% d'endettement. Et pour expliquer à nos compatriotes qu'il fallait baisser pour revenir à 60%, les chiffres semblent sur...

par rapport à ce qu'on est aujourd'hui, mais c'était pas au siècle dernier, hein. Qu'est-ce qu'on a fait ? J'ai demandé à Michel Pébreau de réunir une commission très large transpartisane. Il y avait des communistes, il y avait des socialistes, il y avait, à l'époque, du RPR, de l'UNERF, il y avait... tout le monde était là, tous les syndicats étaient là. Et il a fait un travail formidable de pédagogie pour expliquer précisément à nos compatriotes pourquoi il fallait le faire. Et on l'a fait. Et bien, vous savez ce qui s'est passé ? À ce moment-là, on a mis en place une dynamique pour arriver à 60%.

Malheureusement, quelques temps après avoir été élu, Nicolas Sarkozy est allé s'inviter à l'Eurogroupe en juillet 2007. Il a dit, non, moi, je veux pas qu'on revienne à 60%, je casse cette dynamique.

11:26
Présentateur

– Celui dont vous dites qu'il a été le président de la République le plus dépensier de la République.

11:30
Invité politique

– Non, je ne fais que mesurer, je ne fais que mesurer, durant son quinquennat, la dette de la France a augmenté de 25 points de PIB, alors que celle de l'Allemagne, dans le même temps, on avait la même crise des deux côtés, n'a augmenté que de 13 points. Ben oui, il y en a un qui a dépensé plus que l'autre. 25 points, c'est absolument gigantesque.

11:48
Invité

– Thierry Breton, vous voyez le trentenaire Antoine Armand, qui est allé avec les clés de Bercy, avec son collègue Saint-Martin, le trentenaire lui aussi, franchement, entre nous, parce que depuis le début de l'émission, je ne veux pas vous brusquer, mais vous dites, je n'ai pas à dire, c'est bien, c'est pas bien le budget, je ne m'exprime pas sur les personnes, mais quand vous voyez les nouveaux locataires de Bercy, vous ne vous dites pas sincèrement, j'aurais pu y être, et peut-être…

12:12
Invité politique

– Non, pas du tout, pas du tout, mais… – Vous n'avez pas refusé Bercy ? – Mais pas du tout, mais pas du tout, je ne l'ai pas refusé. D'abord, si j'avais refusé, je ne le dirais pas, mais je n'ai pas refusé Bercy.

12:24
Présentateur

– Mais pourquoi vous ne l'avez pas proposé, vous n'êtes pas proposé, puisque vous avez quitté la commission européenne ?

12:27
Invité politique

– Mais on ne se propose pas, dans ces cas-là, ça ne marche pas comme ça.

12:30
Invité

– Est-ce que la potion est bonne aujourd'hui, celle qui est proposée par Michel Barnier ?

12:33
Invité politique

– En revanche, je rencontre à sa demande, la semaine prochaine, le nouveau ministre des Finances, et voilà, donc je vais voir, effectivement, on va discuter. – Monsieur Armand.

12:43
Présentateur

– Armand, vous le connaissez ou pas ?

12:44
Invité politique

– Pas du tout, mais il est venu vers moi, il a très gentiment souhaité me rencontrer.

12:51
Présentateur

– Je vous rappelle que vous avez écrit un livre qui s'appelle « Anti-detes ».

12:55
Invité politique

– C'est vrai, oui, anti-detes, oui, c'est vrai.

12:58
Présentateur

– J'aimerais vous entendre sur l'Union européenne aujourd'hui. Vous vous êtes fâché avec Mme von der Leyen, qui est la présidente de la commission européenne. Vous avez quitté la commission européenne parce que vous étiez en désaccord avec elle.

13:13
Invité politique

– Non, je ne suis absolument pas fâché avec elle. Je n'ai fait qu'exercer la mission qui était la mienne, c'est-à-dire de commissaire européen qui avait en charge un très gros portefeuille, je crois l'un des plus gros depuis les 70 ans que la commission existe. – Il avait été voulu par le président de la République, Emmanuel Macron, lorsqu'il avait proposé…

13:31
Présentateur

– Donc c'était le marché antérieur, c'était tout le fonctionnement économique de l'Europe.

13:33
Invité politique

– C'était le marché antérieur, c'était l'industrie, absolument, c'était la défense, c'était le numérique, c'était l'espace, etc. Il avait voulu, c'est lui qui a télécherché, qui a, je dirais, entre guillemets, pardon cette expression, inventé Ursula von der Leyen, elle était alors ministre de la Défense. Il a proposé, il a poussé et il a fait en sorte qu'en 2019, elle devienne présidente de la commission, mais il a souhaité, et je trouve que c'était une bonne suggestion, que la France ait un portefeuille très important, peut-être dans son esprit… – Depuis que vous êtes parti…

– Pour contrebalancer précisément le poids, vous savez, l'Europe c'est franco-allemand, c'est un axe, c'est pas que ça. – Il existe encore ce moteur franco-allemand ? – Non, beaucoup moins, beaucoup moins, et c'est un vrai problème, et donc il avait voulu contrebalancer. Bon, et moi j'ai joué ce rôle, bien entendu, quand on est commissaire, on oublie son pays d'origine, on travaille pour l'intérêt général européen, mais je le redis, l'axe franco-allemand, je suis un militant de cet axe franco-allemand, c'est très important, il existe, mais il faut-il encore qu'on puisse s'incarner et qu'on ait les moyens d'effectuer, je dirais, cette sorte de rapport de force.

14:34
Présentateur

– Stéphane Géjourné qui vous a remplacé à la Commission européenne, est-ce qu'il a le même poids que celui que vous aviez ?

14:43
Invité politique

– Pour répondre à cette question, mon portefeuille était suffisamment large pour qu'aujourd'hui…

14:49
Présentateur

– Et lui, il est moins large !

14:50
Invité politique

– Pour qu'aujourd'hui, ce soit cinq commissaires qui se partagent mon portefeuille, c'est-à-dire qu'il était donc relativement large, et Stéphane Géjourné, j'avais quatre directions générales dans l'espace qui me rapportait, il y en a une, mais il coordonne indirectement un certain nombre d'autres commissaires, donc voilà, on va voir, le problème, c'est que, et vous dites, je me suis fâché avec l'incéphane, d'ailleurs, non, j'ai toujours exprimé ce que je devais dire, vous savez les conditions dans lesquelles j'ai estimé que c'était mon choix, mon devoir de partir, lorsque j'ai compris qu'il y avait cette espèce de tractation…

15:26
Présentateur

– Donc vous êtes en désaccord, vous êtes en désaccord ?

15:28
Invité politique

– Oui, sur la tractation, soit Thierry Breton-Rest, il aura un petit portefeuille, soit quelqu'un d'autre, et donc il aura un plus grand portefeuille, j'ai estimé que ce n'était pas mon rôle, dans ces conditions, de rester.

15:37
Présentateur

– Thierry Breton, qu'est-ce que vous allez faire maintenant ?

15:39
Invité politique

– Eh bien, j'ai eu la chance dans ma vie d'avoir quatre vies, en parallèle, des fois, fréquentielle. – Vous avez été écrivain, c'est l'entreprise, ministre et professeur, et alors ? – Eh bien là, je ne suis plus politique en ce moment, – Vous ne voulez pas le redevenir ? – Mais on verra, la vie, vous savez, c'est comme ça, quand on a plusieurs vies en parallèle… – En ce moment, oui. – Et donc j'ai les trois autres qui maintenant donnent à plein, entrepreneurs, auteurs et professeurs.

16:04
Présentateur

– Donc pas de retraite ?

16:06
Invité politique

– Ah non, certainement pas.

16:07
Invité

– Pas de retraite. – Vous êtes ancien commissaire au marché intérieur, on le rappelle, on a envie de vous entendre quand même sur la polémique d'Oliprane, si je puis m'exprimer. – Ainsi, le médicament le plus vendu en France, qui est sur le point de passer sous pavillon américain, Thierry Breton, Sanofi a annoncé négocier avec un fonds d'investissement américain pour lui céder le contrôle de sa filiale de produits en vente libre, Opela. La vente à la découpe de la France se poursuit, estime Jordan Bardella. Les risques sur notre souveraineté sanitaire et sur l'emploi sont considérables, il serait incompréhensible que l'État laisse faire.

D'abord, est-ce que l'État doit ou peut revenir, intervenir dans ce jeu qui n'en est pas ?

16:42
Invité politique

– Non, je ne le crois pas. D'abord, il faut regarder effectivement les choses. Ce n'est pas parce qu'un actionnaire change que les usines se délocalisent.

16:52
Invité

– Un proche du fonds d'investissement dit à BFMTV que c'est une entreprise française qui restera en France et qui continuera à se développer en France.

16:59
Invité politique

– Et qui est rentable et qui se développe. – Jusqu'au jour où ce n'est plus le cas. – On le rappelle, on rappelle que c'est l'un des médicaments les plus importants.

17:06
Invité

– Justement, c'est pour ça que ça suscite beaucoup de réactions.

17:08
Invité politique

– Oui, bien sûr, mais à partir du moment où j'ai cru comprendre, – ça, ce n'est pas à moi de voir, ce sont les services de Bercy, ils sont équipés pour cela. – Que, effectivement, derrière, il y a un projet d'investissement, d'investir davantage. Vous savez, les actionnaires de Sanofi sont extraordinairement minoritairement français. Donc, on confond toujours une entreprise et ses actionnaires. Les actionnaires de Sanofi sont en anglo-saxon. – C'est la production, c'est important. – Donc, c'est là où l'État doit intervenir. Et beaucoup de ceux qui ont, je dirais, une distance un peu trop marquée du reste avec l'économie, vous avez cité tout à l'heure M.

Bardella, le sujet, ce n'est pas l'actionnariat, le sujet, c'est le projet industriel qu'il y a derrière. Et c'est là où, effectivement, les services de Bercy peuvent et doivent et vont sans doute agir.

17:55
Présentateur

– Est-ce que c'était un bon député européen, Jordan Bardella ?

18:01
Invité politique

Parce que vous avez travaillé avec lui. – Écoutez, je ne veux pas porter de jugement. Ce que je peux vous dire, c'est que, j'espère qu'il ne prendra pas ça mal, parce que je sais qu'il ne le prendra pas mal, mais je l'ai beaucoup plus rencontré dans les couloirs que dans l'hémicycle.

18:13
Présentateur

– Oui, c'est-à-dire que vous faites le reproche qu'il ne travaille pas beaucoup.

18:16
Invité politique

– Je ne sais pas, je l'ai beaucoup plus rencontré, je l'ai croisé assez souvent. – Ça veut dire ça, en fait. – Je l'ai croisé assez souvent, du reste, et de façon très républicaine. À chaque fois que je l'ai croisé dans les couloirs, je le saluais.

18:29
Présentateur

– Vous auriez été inquiet s'il avait été Premier ministre, comme il en a été question à un moment ?

18:34
Invité politique

– C'est une Uchronie que vous me posez là.

18:37
Présentateur

– Bah oui, c'est une Uchronie, mais là vous en sortez bien.

18:39
Invité politique

– Elle ne s'est pas déroulée. – Mais la question, c'est ce qu'on pose dans un an. – La question, c'est qu'au fond, c'est les Français qui ont choisi. – Pendant quelques semaines, beaucoup, et je crois beaucoup d'observateurs également, peut-être même au Figaro, ont estimé que le Rassemblement national allait gagner, qu'il allait avoir 289 députés. À la fin, il en a 130. Donc, ça veut dire que les Français ont estimé qu'ils n'étaient pas prêts, qu'ils n'étaient pas mûrs. – Est-ce qui est intéressant ? – Peut-être aussi qu'il n'y avait pas, et je vais dire un énorme gros mot, peut-être aussi qu'il n'y avait pas encore suffisamment d'expérience. – C'est le repos que vous lui fériez ?

– Non, non, je dis peut-être, Michel Bagné nous démontre en ce moment que l'expérience finalement, ça compte aussi. – Pour l'instant, il n'a pas fait ses preuves. – Un petit peu, je trouve que l'Assemblée nationale, il ne s'est pas trop mal débrouillé, mais on vient de démarrer.

19:32
Présentateur

– Vous auriez été affolé s'il avait été ministre.

19:33
Invité politique

– Mais rien ne m'affole. – Vous seriez resté à Bruxelles à ce moment-là. – Mais rien ne m'affole.

19:37
Invité

– Est-ce qu'on parle du personnel politique, et notamment à l'échelle européenne ? On voudrait vous montrer le renouvellement du personnel politique à l'échelle européenne. Thierry Bottron, regardons ce qui s'est passé il y a quelques jours dans l'hémicycle du Parlement européen. L'eurodéputée LFI Rima Hassan, qui s'est retrouvée en face de François-Xavier Bellamy. Regardons ensemble et vous réagirez ensuite. – Votre inculture du sujet est une des sources qui nous empêchent d'avancer sur cette question. La question que vous posez, c'est de savoir qui est l'agresseur et qui est l'agressé. La question c'est de savoir dans quelle dimension temporelle vous vous situez.

– Ce conflit n'a pas commencé avec les attaques du Hamas et du Hezbollah, ce conflit a commencé en 1948. Et c'est précisément parce qu'ici vous avez laissé Israël, vous avez abandonné les Israéliens et les Palestiniens depuis les accords d'Oslo que nous en sommes à ce chaos aujourd'hui. Donc la question c'est le partage des responsabilités entre tous les acteurs de la région, mais il faut les resituer dans un contexte historique qui date de 1948.

20:43
Présentateur

– Elle hésite à un moment à venir avec son kéfier faire son discours. Elle prend en partie François-Xavier Bellamy qui dirige le groupe LR des Français.

20:56
Invité politique

– Et qui est vice-président du PPE au Parlement.

21:00
Présentateur

– Comment vous réagissez ?

21:01
Invité politique

– Elle est coutumière de ce genre d'intervention maintenant depuis qu'elle est élue, y compris Yves Tréard avec le kéfier. Je rappelle que ce sont les huissiers qui lui rappellent, et qui lui rappellent systématiquement qu'on ne porte pas un kéfier, notamment à la tribune. Et quand on s'exprime devant le Parlement européen, elle manifeste visiblement à chaque fois un mécontentement que je ne trouve pas personnellement pas digne. Bon, maintenant, elle est coutumière de fait, elle se trompe de tribune, bien sûr. Ce n'est pas au Parlement européen qu'on va traiter ça. Et puis il y a juste une petite chose qui me choque, c'est d'invectiver ses adversaires politiques.

Quand on commence par votre inculture, votre inculture, mais qui est-on pour dire ça ? Et en particulier à François-Xavier Bellamy, qui, comme tout le monde le sait, est un éminent agrégé.

21:56
Présentateur

– Elle évoquait sa supposée inculture sur le conflit israéliste.

21:58
Invité politique

– Oui, mais je trouve, pardon.

22:00
Présentateur

– Elle est indigne d'être eurodéputée ?

22:01
Invité politique

– Non, pas du tout, personne n'est indigne de quoi. Alors, ils sont élus, ils sont élus. Donc, et je respecte profondément ça. Après, il y a aussi, vous savez, alors je sais qu'en France maintenant, le Parlement, quand on voit qu'on s'exprime comme ça, c'est formidable. – Quand vous voyez ce qui se passe aussi souvent dans l'hémicycle de l'Assemblée nationale chez nous en France. – Bien sûr, c'est ce que je dis. Cette évolution est une évolution qui est tout à fait... – Regrettable ? – Que vous considérez comme étant regrettable ? – Très regrettable, très regrettable. Voilà, je n'ai rien d'autre à dire pour le reste. Les propos qu'elle tient n'ont pas vraiment leur place.

22:37
Présentateur

– Est-ce que le président de la République a eu raison d'avoir cette sortie cette semaine en disant qu'il fallait arrêter de vendre des armes à Israël ?

22:45
Invité politique

– La France, c'est 0,2% des achats d'armes par Israël, donc ça ne veut pas dire pratiquement rien. La polémique a eu lieu. – Un symbole quand même. – La polémique a eu lieu. Elle a eu lieu. Pourquoi elle a eu lieu ? Parce que précisément, cette interview est sortie à la veille du 7 octobre, à des célébrations de... – C'est maladroit pour le moins. – En tout cas, ça a été perçu comme ça, c'est une évidence. Bon, maintenant, voilà, sur le fond...

23:12
Présentateur

– Il a été sifté par le CRIF, hein ? Vous voulez condamner les siftés du CRIF ?

23:15
Invité politique

– Non, je ne condamne pas, encore une fois, et surtout pas, je ne condamne certainement pas les propos et les comportements de le CRIF, surtout dans ce moment-là. – Ça veut dire que vous condamnez le président de la République, alors ? – Eh bien, je pense que, comme tout le monde, il y a eu un problème évident de calendrier. Mais j'ai vu que le président de la République, qui est aujourd'hui à Chypre, donc dans cette conférence méditerranée, a réitéré, effectivement, ses propos, mais avec une distance par rapport aux éléments du 7 octobre. – Merci Thierry Breton. – Merci Thierry Breton, merci beaucoup.

23:46
Invité

– Merci, Thierry Breton.

L'interview en intégralité de Thierry Breton, l'ancien commissaire européen · Pourquijevote