Comment les caméras de surveillance se sont imposées dans nos villes ?
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- 3:30Fait
« Le système doit d'abord permettre d'assurer une meilleure régulation de la circulation. »
- 8:30Chiffre
« Leur aide à la résolution d'une infraction sur l'espace public est estimée entre 1 et 3 %. »
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Savez-vous comment les caméras de vidéosurveillance se sont massivement imposées dans les rues de nos villes ? On vous raconte en archive. Mais avant cela, un peu de contexte.
En 1949, [musique] George Orwell publie 1984, un roman dystopique dans lequel un chef d'état, Big Brother, dirige un état autoritaire et surveille tous les habitants [musique] via des caméras. Une œuvre qui n'en finit pas d'interroger notre société. 1984, c'est la première fois que des hommes contemporains d'une prédiction vont pouvoir la vérifier.
Mais ce monde orwellien est-il vraiment une prédiction ou plutôt une énergique mise en garde ? En 1993, 44 ans plus tard, les caméras qui étaient jusque la cantonnée aux banques, parking [musique] et sites sensibles débarquent dans les rues de Levallois Péret. C'est le député maire de la ville [musique] Patrick Balcani qui ouvre la brèche.
Il y a maintenant un sentiment d'insécurité pour les agresseur potentiel et je crois qu'ils ne viennent pas trop sur le Valois, c'est une bonne chose. Ils font ils font attention. Au tout début, on compte une centaine de caméras pour une ville de 50000 habitants et [musique] l'un des premiers arguments de leur utilité ne concerne d'ailleurs pas vraiment la sécurité.
Le système doit d'abord permettre d'assurer une meilleure régulation de la circulation en favorisant l'envoi plus rapide de policiers sur le terrain. En cas d'accident sur la voie publique, les secours devraient aussi pouvoir intervenir plus efficacement. À Levallois Peret, certaines voix s'élèvent pour réclamer le respect de [musique] la vie privée, mais la plupart des habitants ne trouvent rien à redire.
J'en ai auudess de chez moi mais je trouve ça très bien. Bah s'il faut faire avec, on le fera et voilà. Saisi la commission informatique et liberté, la CNNIL conditionne leur [musique] usage.
L'enregistrement des images n'est pas autorisé. La municipalité doit s'adapter. Normalement, il y a un disque dur.
On avait dit que c'était enregistré mais ça a été démenti pour le la sécurité de la enfin pour comment on appelle ça ? Le le droit du citoyen. Mais il y a un disque dur en principe.
Il y a un disque dur. Malgré les restrictions de l'ACNIL, une barrière symbolique est franchie à Levalois [musique] Peret. La caméra devient synonyme de sécurité.
Je ne reçois que des demandes de nouvelles installations devant les écoles à la suite de l'affaire de la maternelle de Neili, devant les terrains de sport pour protéger ceux qui jouent et qui ont pas envie de se faire agresser par d'autres. Toute personne qui a envie d'être tranquille demande à ce qu'il y ait plus de caméras. Patrick Balcani fait ici référence à la prise d'otage à la maternelle de Neï en mai 1993 où 21 enfants et leur institutrices sont retenu pendant 46 heures avant d'être libéré lors d'une intervention du RA qui va marquer l'opinion.
En 1995, la loi Pasqua légalise les caméras sur la voie publique sous condition d'autorisation préfectorale. Face aux critiques de la gauche, le ministre de l'intérieur se défend de mettre en place un grand fliquage. Le problème ce n'est pas d'installer des caméras de vidéosurveillance. ell actuellement il y en a.
Ce que je propose, c'est que la loi prévoit d'encadrer l'utilisation de ces caméras, qu'on ne puisse pas installer des caméras sans autorisation, sans que les tribunaux à dire éventuellement leurs mots. J'apporte donc une garantie et voilà que par une espèce de tour de pass-pass, on dit mais on va installer des caméras partout mais c'est pas moi qui vais les installer. Résultat, les mois suivants, une vingtaine de grandes villes comme Lyon, Toulouse ou Marseille reprennent le modèle Levaloisien et les communes les plus petites suivent estimant ne pas pouvoir rester à l'écart d'un outil devenu symbole de sécurité.
Nous euh nous sommes un peu la victime des villes qui sont mieux structurées que nous en sécurité. Il est plus facile de voler dans une ville où on est à moins de surveillance que de voler à mien où il y a des caméras dans toutes les rues ou à Noyon dans toutes les autres grandes ville. En 2006, sous Jacques Chirac, la loi sur la prévention de la délinquence autorise les centres de supervision intercommunaux.
Mais le phénomène [musique] explose avec Nicolas Sarkozy à partir de 2007. S'inspirant du modèle britannique, le président fait de la vidéosurveillance un des piliers de sa politique sécuritaire. Tolérance zéro et encore zéro. et ceux que ça gêne la vidéosurveillance qu'ils assument leur gène devant les français.
Sous son quinquena, un fond interministériel de prévention de la délinquence [musique] finance l'installation de caméra. Le nombre de communes équipées passe d'environ 400 en 2006 à près de 2000 en 2012. Pour ne pas paraître trop porwallienne, la droite au pouvoir opère un glissement sémantique.
D'ailleurs, c'est de la vidéo protection, pas de la vidéosurveillance. En 2011, la loi Lopsi 2 consacre officiellement le terme vidéo protection. La France devient le seul pays au monde à l'utiliser.
Désormais intégré au plan de lutte antiterroriste, elle permet aussi le contrôle des images à postériori. Une pratique entérinée par l'ACNIL. Nice devient l'une des vitrines du [musique] dispositif.
Sous l'impulsion de Christian Estros, la ville multiplie son parc par 15 en quelques années. [musique] D'environ 200 caméras à la fin des années 2000, elle passe à plus de 3000 au milieu des années 2010, s'imposant comme l'une des communes [musique] les plus surveillées de France. Quand on est à 3 % d'opposition de la part de la population et 91 % de nissois qu'il soit de gauche ou de droite qui adhère, ça veut bien dire que la population a besoin de sentir que sa collectivité est là pour les protéger.
La capitale de la côte d'Azur devient un modèle pour de nombreuses communes. On a pris modèle à Nice bien entendu hein, il faut pas se le cacher. C'est ce que les habitants vous demandaient et tout à fait c'est ce que les habitants nous ont demandé.
Les attentats de 2015 à Paris et 2016 à Nice servent d'arguments pour accélérer le déploiement en France. Le parc passe d'environ 60000 caméras en 2013 [musique] à 90000 sur la voie publique en 2023, soit 1,3 pour 1000 habitants. Pourtant, leur efficacité fait des bas.
Leur aide à la résolution d'une infraction sur l'espace public est estimée entre 1 et 3 %. Pour Guillaume Gormand, auteur d'une thèse sur l'évaluation de la vidéosurveillance, elles ne sont pas non plus dissuasives. Pour ce que vous appelez la prévention, c'est-à-dire que c'est ce que j'ai principalement étudié dans dans le cadre de de ma tête de doctorat à l'époque, la vidéosurveillance de voix publique, les caméras qu'on met dans nos rues, elles dissuadent pas.
Ça c'est un fantasme qu'on s'est construit avec les années, mais mettre des caméras n'empêche pas la commission d'infraction. Souvent, on va entendre que ça va déplacer la délinquence. Alors en criminologie, oui, on peut constater que ça déplace la délinquence, mais un déplacement de délinquence en criminologie, c'est pas forcément un déplacement géographique.
Ça veut pas dire que l'infraction va se commettre ailleurs. Ça veut dire que l'infraction potentiellement va se commettre différemment, qu'il va y avoir une autre infraction qui va être commise. Exemple à Nice, en 2016, les caméras n'empêchent pas l'attentat du 14 juillet sur la promenade des Anglais.
Le terroriste [musique] a pourtant été filmé 10 fois en repérage avec son camion dans les heures pressées dans l'attaque sans que cela ne permette [musique] de l'intercepter à temps. Le conducteur est abattu mais il laisse derrière lui ces terrifiantes images. Une promenade jonchée de cadavres recouvert par les nappes des restaurants de plage.
Principale limite l'exploitation des [musique] images. Les systèmes nécessitent des opérateurs formés en nombre suffisants capables d'analyser les flux en temps réel. Il faut donc des moyens humains [musique] considérables pour visionner ces millions d'heures captées.
Oui, il y a trop de flux pour passer dieux. Après, la réponse de facilité serait une course en avant encore technologique. C'est de se dire bon bah pendant des années, on a mis des caméras et on considérait que s'il y avait encore l'insécurité, c'est qu'il y avait pas assez de caméras.
Donc, on mettait plus de caméras. Après, on a mis des meilleures caméras, meilleur des meilleures résolutions, euh des caméras capables de beaucoup plus de choses et progressivement, on est arrivé avec un flux de une quantité de données pharamineuses. Et là, aujourd'hui, bah le le nouveau step à passer, c'est de se dire si les humains qui sont derrière sont humainement pas en capacité d'exploiter ces données là, et ben pourquoi est-ce que l'intelligence artificielle ne serait pas la solution ?
Et pourquoi est-ce qu'une exploitation algorithmique ne serait pas la solution ? Temporairement utilisé lors des Jeux Olympiques de Paris 2024, la vidéosurveillance algorithmique permet de filtrer les images pour repérer [musique] les infractions. Le fait de ne plus avoir être constamment à la pêche à l'information, c'est l'information qui vient à nous.
C'est un confort, un gain de temps. Ça nous permet de verbaliser un petit peu plus. Pourtant, en 2026, le Conseil d'État a estimé qu'and l'état actuel du droit, l'analyse algorithmique automatisée des images [musique] de vidéos surveillance filmé à Nice n'était pas autorisé.
Le chercheur Guillaume Gormand analyse cette décision. Le Conseil d'État, en l'occurrence, la début de au début de l'année, euh joue son rôle de garde de fou en disant que attention, aujourd'hui ce n'est pas légal, mais ça permet aussi de mettre dans le débat public le fait que on se pose la question véritablement de la nécessité de la chose et qu'on se pose la question dans un débat public beaucoup plus large aujourd'hui, la vidéosurveillance, l'utilisation d'algorithmique sur les technologies de surveillance qui méritent d'être légalisé, d'être autorisé éventuellement avec euh une une grande méfiance, une grande rigueur parce que demain tomber dans de mauvaises mains dans tomber dans un système moins démocratique que celui dans lequel on est. Ça pourrait être un outil de mise en en difficulté des individus de de d'une atteinte véritablement profonde aux libertés individuelles.
Ce que fait le conseil d'État, c'est attention rappelez-vous que ce n'est pas une technologie anodine. Rappelez-vous de l'impact que ça pourrait avoir demain. Malgré une efficacité discutée et des risques pour les libertés publiques, les enquêtes récentes indiquent entre 70 et 90 % d'adhésion au [musique] principe des caméras dans l'espace public.
Un plébiscite qui explique pourquoi lors des municipales de 2026, la plupart des candidats de gauche comme de droite promettent d'en installer toujours plus dans leur vie. [musique] watching you big brother.
Nicolas Sarkozy