Réforme des retraites : il y a "un problème de viabilité et de compétitivité avec le système actuel", explique Patrick Martin, candidat à la présidence du Medef
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
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Questions et réponses
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- 0:16OuverteRéponse directe
Quel est votre sentiment sur la réforme des retraites ?
- 0:24OuverteRéponse partielle
La neuvième journée de mobilisation sera-t-elle la dernière selon vous ?
- 1:17OuverteRéponse directe
Comment expliquez-vous l'opposition des Français au recul de l'âge légal ?
- 1:54OuverteRéponse partielle
L'index senior : le patronat n'en veut pas, allez-vous l'appliquer ?
- 2:55RelanceRéponse directe
La mise en œuvre est-elle compliquée ? Des décisions par branche seraient-elles préférables ?
- 3:22OuverteRéponse directe
Le CDI senior est-il une bonne mesure ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
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« Cette réforme, qui n'est pas la réforme du MEDEF, nous paraît malgré tout nécessaire pour pérenniser nos régimes de retraite par répartition. »
- 0:40InvitéFait
« Je le rappelle, à 40% à la charge des salariés, c'est la moins mauvaise solution. Il faut en passer par là. »
- 0:56InvitéChiffre
« La France, toute proportion gardée, consacre 60 milliards d'euros de plus par an à ses retraites que les autres pays. »
- 2:20InvitéChiffre
« À hauteur de 20% de la masse salariale, c'est quand même considérable. »
- 4:28InvitéChiffre
« Les Etats-Unis, l'Europe, c'est à peu près 25% du produit intérieur brut mondial. »
- 4:32InvitéChiffre
« À ce jour, les Etats-Unis représentent 30% d'investissement mondial, l'Europe 13%. »
- 4:45InvitéChiffre
« 40 milliards d'euros d'investissement de plus pour les entreprises chaque année. »
Temps de parole
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Bonsoir à tous. Ce soir, je reçois le numéro 2 du MEDEF. Patrick Martin, bonsoir.
Bonsoir.
Vous êtes candidat à la présidence de l'organisation patronale pour succéder à Geoffroy Roux de Bézu. On va y revenir, bien sûr. Mais avant cela, j'aimerais avoir votre sentiment sur la réforme des retraites. Après, demain jeudi se tient une nouvelle journée de mobilisation contre cette réforme. La neuvième, est-ce que ce sera la dernière selon vous ?
Il faut le souhaiter. Je rappelle que cette réforme, qui n'est pas la réforme du MEDEF, nous paraît malgré tout nécessaire pour pérenniser nos régimes de retraite par répartition. Les alternatives, c'est quoi ? C'est diminuer les pensions ou augmenter les cotisations. Je le rappelle, à 40% à la charge des salariés, c'est la moins mauvaise solution. Il faut en passer par là.
Donc vous dites, comme le gouvernement, même si ce n'est pas votre réforme, que cette réforme, elle est nécessaire, elle est indispensable pour sauver notre système de retraite par répartition.
Bien sûr, on peut prendre les chiffres dans tous les sens. On peut tout leur faire dire. Mais il faut avoir en tête, par exemple, que la France, toute proportion gardée, consacre 60 milliards d'euros de plus par an à ses retraites que les autres pays. Donc ça pose un problème de viabilité, ça pose un problème de compétitivité. Et donc, aussi désagréable que ce soit pour les intéressés, dont je fais partie, je le signale, il faut en passer par là.
Mais vous voyez qu'il y a une partie des Français qui ne veut pas travailler deux ans de plus et qui se mobilise depuis deux mois. Comment est-ce que vous expliquez que ces Français disent qu'on ne veut pas travailler deux ans de plus ?
Non, alors peut-être que cette réforme a été mal amenée. Il y a un chiffre qui est assez intéressant et un peu perturbant, d'une certaine manière. Oui, il y a cette opposition assez massive à la réforme.
Et à ce point particulier, du recul de l'âge légal.
Oui, mais en même temps, si je ne me trompe pas, peut-être par résignation, je pense plutôt par rationalité, une majorité de Français sait dorénavant que cette réforme est incontournable.
Alors, venons-en au fond du texte. Parmi les mesures, il y a celle de l'index senior qui oblige les entreprises, alors cette année de plus de 1000 salariés, l'année prochaine plus de 300 salariés, à publier la place réservée aux seniors en entreprise. Cette mesure, le patronat, n'en voulez pas. Est-ce que vous allez l'appliquer ?
C'est plus nuancé que ça, si vous me permettez. On ne demande pas cet index senior, mais j'allais dire, on s'en accommode, avec y compris une sanction s'il n'est pas publié.
Sous forme d'amende ?
Voilà, à hauteur de 20% de la masse salariale, c'est quand même considérable. Ce contre quoi, enfin ce pour quoi on n'est pas d'accord, c'est de fixer un standard en définitive de taux d'emploi de seniors dans une entreprise, parce que toutes les entreprises sont différentes. On cite volontiers le cas d'une start-up créée il y a 5 ou 6 ans dans le digital. On peut imaginer qu'il n'y a pas beaucoup de seniors dans cette entreprise. Faudra-t-il la sanctionner ? Ou à l'inverse, une entreprise, c'est le cas de la mienne, très active en matière d'intégration d'apprentis, mécaniquement ça dégraderait la proportion de seniors dans son effectif.
Faudrait-il la sanctionner au motif qu'elle accueille beaucoup de jeunes ?
Donc ce qui est compliqué, c'est la mise en œuvre ? Et donc on ne peut pas avoir la même règle pour tout le monde ? Des décisions par branche ? Que ce soit décidée par branche, ça vous conviendrait ? Ou là aussi c'est compliqué ?
À nouveau, à l'intérieur d'une branche, l'histoire de l'entreprise n'est pas la même. Il y a des entreprises qui se portent bien, d'autres pas. Des entreprises qui recrutent beaucoup, d'autres qui au contraire réduisent leurs effectifs. Ça nous paraît très objectivement impossible à mettre en œuvre, sauf à créer des iniquités massives entre les entreprises elles-mêmes. Autant ne pas le faire.
Alors, mise en œuvre difficile, qu'en est-il du CDI senior qui fait partie du texte final ? Il doit inciter les patrons à embaucher des demandeurs d'emploi de plus de 60 ans sous forme expérimentale, avec des exonérations de cotisations à la clé. Est-ce que c'est une bonne mesure ?
Écoutez, pourquoi pas ? On est bien conscients qu'il ne faut pas que ça crée des effets d'aubaine. C'est-à-dire que des entreprises renoncent à embaucher un candidat de 59 ans en disant je l'embauche dans un an ou dans quelques semaines d'ailleurs, puisque je bénéficierai d'exonérations. Après, le chiffrage du coût de cette mesure qui a été publiée par le gouvernement est assez élevé. Il faut qu'on regarde plus en détail, mais dans le principe, pourquoi pas ?
Alors, vous êtes donc candidat à la présidence du MEDEF. Quelles sont vos principales propositions ? Sur quel thème précisément allez-vous faire campagne ?
Alors, je voudrais d'abord rappeler un panorama général. Le panorama général, c'est qu'on a un enjeu massif de décarbonation et les patrons sont très déterminés à aller vers cette décarbonation, mais que ça va coûter très cher. Et deuxième point, qu'il y a une compétition internationale qui s'intensifie. Je voudrais juste vous citer deux chiffres. Les Etats-Unis, l'Europe, c'est à peu près 25% du produit intérieur brut mondial. À ce jour, les Etats-Unis représentent 30% d'investissement mondial, l'Europe 13%. Donc, il va falloir générer de la richesse, générer de la richesse pour équilibrer nos régimes sociaux.
J'y reviens, mais également pour financer cette décarbonation, 40 milliards d'euros d'investissement de plus pour les entreprises chaque année. Et donc, moi, mon objectif, c'est qu'on ait une mobilisation collective autour d'une ambition, une ambition pour la France, une ambition pour le MEDEF, parce que c'est à travers la croissance qu'on générera de l'emploi, qu'on équilibrera donc nos régimes sociaux et qu'on pourra investir pour la décarbonation. Ça veut dire quoi, derrière ? Ça veut dire d'abord qu'il faut qu'on aille beaucoup plus loin sur les compétences. Depuis le primaire jusqu'aux seniors, puisqu'il est convenu que nous formerons beaucoup plus nos seniors, et je suis d'accord.
Et on en prend acte.
Et on en prend acte, parce qu'il y a des études très intéressantes. Patrick Artus, qui est un économiste reconnu, a établi une corrélation, une causalité entre le niveau de formation et le niveau de performance d'un pays en termes de croissance, en termes d'emploi, en termes de création de richesses. Moi, je ne me résigne pas à ce que la France décroche, soit reléguée en deuxième catégorie. En 20 ans, le pouvoir d'achat des Français a décroché par rapport à celui des Allemands singulièrement. Donc, il va falloir que nous produisions de manière sombre, frugale, en ayant une préoccupation constante sur les enjeux de RSE, de responsabilité sociale et environnementale.
Donc, favoriser les compétences, favoriser également les investissements pour améliorer cette décarbonation. Donc, ça passe par quoi ? Par des subventions, par des crédits d'impôt ? Et ce sera ma dernière question.
Non, alors, il faut qu'on aille encore plus loin dans ce qu'on appelle la politique de l'offre. C'est-à-dire qu'on a encore un gros différentiel, par exemple, sur les impôts de production, même si des efforts importants ont été consentis par le public.
Donc, vous demandez encore des baisses d'impôts ?
Oui, et qu'on réglemente beaucoup moins, parce que, quoi qu'on en dise, ça coûte très cher en temps et en argent, par voie de conséquence. Et puis, qu'on fasse confiance aux partenaires sociaux. Moi, je m'honore, avec Geoffroy Roux-de-Bézieux, d'avoir restauré une qualité de dialogue qui s'est traduite encore récemment par cet accord sur le partage de la valeur. Dans la turbulence, je dirais, du pays autour de cette réforme des retraites, les partenaires sociaux démontrent leur sens des responsabilités et leur capacité à co-construire. Je m'emploierais à ce que cette qualité de dialogue exigeant, personne ne reniant ses convictions, perdure et, au contraire, se renforce.
Donc, baisse d'impôts, plus de dialogue social. Patrick Martin, candidat à la présidence du MEDEF, invité éco de France Info ce soir. Merci beaucoup.
Merci.