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AutreFrance Inter — L'invité du week-end (sur Site radio)· 10 janvier 2026 21 minAutoproduitMixte

"Le Groenland est un petit pays : nous comptons sur le droit international et le dialogue"

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0:01
Présentateur

France Inter, Alibadou, Marion Lourdes. Grand entretien ce matin et cap sur le Grand Nord avec Marion Lourdes pour évoquer les enjeux autour du Groenland après les menaces du président américain Donald Trump d'envahir le territoire. Et pour en parler, deux invités avec nous en studio. L'un est chercheur en géopolitique, spécialiste du Groenland et des pôles, enseignant à l'Université du Québec. Et l'auteur de ce livre, Les Mondes Polaires, paru aux presses universitaires de France. L'autre a une voix que vous connaissez bien, chers auditeurs. C'est celle de la géopolitique sur notre antenne sur France Inter. Et il vient de lancer sa chaîne YouTube, Le Monde de Pierre Aski.

Vous aurez deviné qui c'est, Miko Blujan-Méret des Pierre Aski. Bonjour à tous les deux. Bonjour. Les auditeurs d'Inter peuvent poser toutes les questions qu'ils souhaitent sur le Groenland et les enjeux majeurs qui se jouent autour de ce territoire au 01-45-24-7000 ou l'application Radio France. Et avant de vous interroger, beaucoup de questions à vous poser, je vous propose d'écouter un entretien exceptionnel que nous avons réalisé il y a quelques heures avec quelqu'un que vous connaissez bien, Miko Blujan-Méret, puisque vous avez travaillé à ses côtés. Elle est ministre du Groenland, en charge de la justice, de l'économie notamment, des ressources minérales.

Et c'est Naya Nathanielsen que nous avons pu avoir au bout du fil d'un très très long fil. Naya Nathanielsen, bonjour. Bonjour. Le Groenland, c'est trois fois et demi le territoire français, 57 000 habitants ou presque, on va y revenir. Et on l'entendait dans le journal, Donald Trump le répète, il n'a cessé de le dire depuis ces derniers jours, il veut prendre le contrôle du Groenland d'une manière ou d'une autre, quitte à employer la force. Comment est-ce que vous recevez ces déclarations, madame la ministre ?

2:08
Auditeur

Eh bien, bien sûr, c'est très effrayant pour les personnes du Groenland. Nous n'apprécions pas du tout ce type de discours.

2:21
Invité

Nous récusons cette idée d'acquérir le Groenland comme si c'était un bien ou de l'envahir par la force militaire. Nous sommes un petit pays, nous comptons sur l'ordre international, sur le droit international et le dialogue. Pour nous, le seul chemin viable pour avancer, c'est celui-là.

2:40
Présentateur

De manière très simple, le Groenland, c'est un territoire d'outre-mer du Danemark. Il y a une présence de soldats américains sur votre sol depuis les années 40. Il y a une base américaine qui est installée au Groenland. Est-ce qu'aujourd'hui, l'alliance avec les États-Unis a changé de nature ou seulement de degré ? Depuis le XIXe siècle, les États-Unis cherchent à acquérir le Groenland. Qu'est-ce qui a vraiment changé ?

3:09
Auditeur

Eh bien, on ne sait pas vraiment.

3:12
Invité

C'est pour ça qu'on est très heureux aujourd'hui de pouvoir avoir un dialogue direct avec l'administration américaine. Ça devrait se faire la semaine prochaine. Comme vous l'avez dit, il est déjà possible pour les États-Unis de faire avancer leur sécurité nationale sur leur territoire groenlandais grâce à leur présence militaire. Nous considérons que nous faisons partie de la sphère d'intérêt de la sécurité nationale américaine et c'est quelque chose que nous acceptons depuis des décennies. Et nous ne voyons pas de raison pour qu'il soit nécessaire d'utiliser la force pour renforcer cette sécurité.

Nous sommes des alliés des États-Unis, tout comme nous sommes un allié de l'OTAN et de l'Union européenne. Et nous trouvons une force dans cette collaboration, celle qui passe par les traités, par les accords.

4:01
Invité politique

Naya Nathanielsen, tous les partis groenlandais, dont le vôtre, veulent officiellement gagner leur indépendance face au Danemark, puisque le territoire autonome de Groenland, il est toujours danois. Est-ce que votre indépendance totale par rapport au Danemark, elle ne passe pas quand même par un rapprochement avec les États-Unis ?

4:21
Invité

Eh bien, je pense qu'il y a beaucoup d'intérêt pour la souveraineté du Groenland. Ce que je voudrais dire, c'est que pour le Groenland, c'est un marathon, pas un sprint. Nous nous rapprochons de cet objectif d'autodétermination depuis des années et même des décennies. Actuellement, la majorité des Groenlandais ne veulent pas la souveraineté totale. Ils sont heureux de faire partie du Danemark. Mais l'objectif final pourrait être la souveraineté. Simplement, nous n'avons pas dit qu'il fallait que ça affecte nos rapports avec l'Occident. Nous resterons, dans tous les cas, un allié des États-Unis, de l'OTAN, et nous sommes convaincus que cet ordre mondial importe.

Ça ne veut pas dire qu'il n'y a pas de changement. En tout cas, l'idée de dire que l'indépendance pourrait arriver dès demain, ça c'est très exagéré.

5:18
Présentateur

Vous, vous avez une identité très forte au Groenland et on le sait assez peu. Aujourd'hui, quand on parle du Groenland, on parle de richesses, on parle de minerais, on parle de terres rares. Pour vous, l'enjeu essentiel, est-ce que ce sont ces richesses ou est-ce que c'est le respect de l'identité inuite ? Vous-même, vous êtes la fille d'une Danoise et d'un père groenlandais et vous connaissez cette société qui est traversée par des problèmes profonds.

5:47
Invité

Oui, bien sûr, et nous sommes très fiers de notre identité inuite et de notre identité groenlandaise. Et nous voulons être groenlandais, nous n'avons aucune envie de devenir américains. Nous ne sommes pas non plus danois. Nous voulons être reconnus en tant que peuple et en tant que pays. Même si nous sommes très petits et que dans le contexte mondial, nous sommes probablement même assez insignifiants. Mais je crois que ces rapports de force qui ont permis l'existence des colonies par le passé et qui reviennent aujourd'hui, ces politiques de force, de rapports de force, ce n'est pas quelque chose qui est bénéfique pour le monde et en particulier pour les tout petits pays comme le nôtre.

Nous pensons que nous avons le droit d'exister même si nous sommes petits et que nous sommes un peuple à part entière et qu'il faut le respecter.

6:39
Présentateur

Mais aujourd'hui, ce que vous menez, c'est un combat pour la décolonisation ?

6:45
Invité

Je pense qu'on peut dire que ces rapports de force et politiques brutales sont liés à la possession du pouvoir et que c'est une approche coloniale en soi qui laisse très peu d'espace aux petits pays et aux pays les plus pauvres. Et pour nous, ce n'est pas quelque chose de très séduisant. Nous ne croyons pas dans ce rapport au monde. Ce n'est pas quelque chose qui a aidé la paix et la prospérité par le passé.

7:14
Invité politique

Naya Nathanielsen, vous parlez des pays les plus pauvres, mais vous n'êtes pas vraiment un pays pauvre parce que votre sous-sol au Groenland, il est très riche. Il y a de nombreux matériaux critiques très importants, le nickel, l'uranium, l'hydrogène. Et d'ailleurs, c'est ça aussi qui intéresse les États-Unis. Donald Trump l'a dit explicitement. Est-ce qu'au fond, le Groenland ne souffre pas d'avoir ces matériaux présents dans son sol ?

7:40
Invité

Eh bien, c'est le cas de beaucoup de petits pays qui ont peu d'habitants et peu de puissances militaires, mais des ressources. Les pays plus riches, les pays puissants s'intéressent toujours à ce type de territoire. C'est pour ça que je parle d'un retour à une politique des rapports de force plutôt qu'à une politique de la collaboration et du respect des communautés et des pays. Nous ne sommes pas un pays pauvre, effectivement, en termes de ressources naturelles, mais nous nous reconnaissons dans la situation d'autres pays qui sont dans une situation similaire à la nôtre. Regardez différents pays africains qui ont subi le même type de rapports coloniaux, par exemple.

On peut dire la même chose de beaucoup d'autres pays du monde. Mais ils n'ont pas la force militaire pour se défendre. Ça ne devrait pas être la seule chose qui détermine l'avenir d'un pays, la force militaire.

8:34
Présentateur

Un mot, est-ce que vous avez un appel à lancer au président de la République française, Emmanuel Macron, pour qu'il vous soutienne ?

8:42
Invité

Eh bien, je laisserai le Premier ministre en appeler à votre président, mais nous sommes heureux du soutien qui nous a été apporté par les dirigeants français, allemands, européens, canadiens. C'est quelque chose aussi qui nous réchauffe le cœur de penser que les citoyens français nous soutiennent.

9:00
Présentateur

Merci, Naya, Nathaniel Seine, au revoir. Merci, papa. Et merci à Marguerite Capelle pour la traduction. Nous sommes donc en studio et autour des enjeux que se pose la convoitise américaine pour le Groenland avec Miko Blujon-Mered et Pierre Aski. Une réaction, puisque vous l'avez bien connu, Miko, il y a Nathaniel Seine, vous l'aviez conseillé lors de sa première campagne en 2014 sur ce qu'elle vient de dire.

9:26
Invité

Oui, enfin, il n'y a rien de nouveau pour qui il s'intéresse au Groenland, effectivement, et qui comprend, en fait, la logique qui est une logique ici de décolonisation très clairement.

9:34
Présentateur

Mais pour nous, c'est nouveau.

9:36
Invité

Je peux le comprendre. Et puis, pour des Français aussi, il faut faire une comparaison que Naya n'a pas faite, mais qui est avec la Nouvelle-Calédonie Kanaki, par exemple, ou avec la Polynésie, où on retrouve de mêmes dynamiques locales qui nous touchent très directement, ou avec la Guadeloupe également. Donc, si vous voulez, on est où la Guyane ? On est ici dans un cadre de décolonisation d'un territoire ultramarin. Mais quoi de commun ? Alors, il y a plein de choses de commun. Déjà, les statuts européens sont communs. Des convoitises économiques peuvent être pas les mêmes. Évidemment, on n'est pas sur les mêmes types de minéraux, par exemple, ou de métaux stratégiques.

Mais de fait, on va se rentrer sur le même type de dynamique d'utilisation et de prédation. Et plein d'autres choses comme celle-là, notamment sur la manière dont les peuples se perçoivent par rapport à la puissance tutélaire. Ce qui est troublant et nouveau dans le débat public, c'est qu'on a à la fois les questions de décolonisation et de recolonisation qui se posent. C'est-à-dire qu'on a une démarche qui est sur la durée, qui est celle de la décolonisation d'un territoire comme le Groenland dans le cadre du Danemark. Et de l'autre côté, une tentative de colonisation américaine qui veut faire ma basse sur ce territoire. Et c'est ça qui est troublant.

Et c'est le trouble qu'on entend dans la voix de la ministre qui, effectivement, ne comprend pas pourquoi les Américains, aujourd'hui, sont dans cette posture.

10:53
Invité politique

Mais justement, Mico Blujan-Méred, est-ce que ce processus décolonial, il ne peut pas passer aussi par un rapprochement avec les États-Unis ? C'est ce qu'a l'air de prôner un des principaux partis d'opposition, de dire formons une alliance un peu plus rapprochée avec les États-Unis pour arriver à s'émanciper du Danemark.

11:10
Invité

Ça va peut-être le coup de faire un petit pas de côté et puis d'expliquer ce qui se passe en termes de dynamique politique au Groenland. Vous avez, alors là, en l'occurrence, avec Naya, une ministre qui vient d'un parti, qui fait partie d'une coalition dans laquelle vous avez un petit peu une formation hétéroclite, c'est-à-dire ceux qui sont pour plutôt une relation appuyée, proche avec l'Europe et ou avec le Danemark, et au sein de cette même coalition, des indépendantistes qui veulent une indépendance sur le long terme, en tout cas pas immédiate.

Ceux auxquels vous faites référence, c'est notamment le parti Nalérac, qui est dans l'opposition, et le parti Nalérac est le plus radical aujourd'hui sur la scène groenlandaise, et le parti Nalérac dit très clairement sur la question de l'indépendance, on peut avoir notre indépendance tout de suite. Et ils disent deux choses. Un, on peut être indépendant pour discuter d'égal à égal, enfin avec les autres grandes puissances. Ça, c'est leur premier scénario. Deuxième scénario, pour eux toujours, c'est si on est indépendant, vous allez voir, on est tellement riche en termes de ressources, on est tellement stratégique pour l'Arctique, etc.

et pour l'OTAN, que les Danois vont continuer à nous donner l'argent qu'ils nous donnent encore aujourd'hui, et qui représente effectivement à peu près la moitié du budget de l'État semi-autonome groenlandais.

12:13
Invité politique

Pierre Aski, la nuit dernière, Donald Trump a redit ses volontés de prendre le Groenland, mais son nouvel argument, c'était qu'il voulait dissuader la Russie et la Chine de s'en saisir. Ça, c'est un prétexte ou c'est vraiment un risque possible ?

12:28
Invité

Alors, c'est un prétexte. Que le Groenland et la zone arctique soient une zone stratégique, c'est incontestable. Qu'il y ait des menaces sur cette zone, c'est incontestable. Mais rien n'empêche, aujourd'hui, dans le cadre des traités existants, les États-Unis d'assurer la défense du Groenland.

12:45
Invité politique

Ils sont présents militairement.

12:46
Invité

Ils sont présents, ils ont un traité avec le Groenland et avec le Danemark qui remonte, qui a évolué, qui a été fait pendant la Seconde Guerre mondiale, qui a été revu après, au moment de la guerre froide, puis à la fin de la guerre froide. Donc, ce sont des alliances qui ont évolué. Il y a une base militaire américaine au Groenland aujourd'hui. Il y en a eu plus par le passé. Et donc, il n'y a rien aujourd'hui qui empêcherait les États-Unis de négocier. Le Danemark est un des meilleurs alliés de l'OTAN et des États-Unis. Il cèderait surtout aux États-Unis à toutes les demandes que pourraient faire les Américains.

Donc, on voit bien que la question n'est pas celle-là, n'est pas celle de la défense de cette zone. Elle est la volonté de Donald Trump de posséder ce territoire, d'étendre le territoire américain, et qu'il y ait une logique d'empire. Parce que je pense que c'est ça qu'il faut comprendre. Donald Trump est dans une logique d'empire. Le cadre légal aujourd'hui que les États-Unis ont, dont ils puissent jouir au Groenland, est assez clair. Que ce soit d'un point de vue économique pour les ressources, le Groenland est une économie sociale de marché qui répond à des règles européennes assez classiques.

Et depuis 2009, le gouvernement autonome du Groenland a la pleine maîtrise exclusive de son sous-sol et de ses ressources de manière générale. Et c'est justement Naya Nathanaelsen qui en est la ministre garante en ce moment.

14:06
Présentateur

Même si l'essentiel de ses ressources, il faut faire de la pédagogie. Ces 80% des revenus du Groenland, c'est quand même la pêche. Absolument. Ce n'est pas les minéraux qui ne sont pas encore extraits. Et d'ailleurs, il ne suffit pas d'avoir des mines. Il faut des ports, il faut des infrastructures considérables pour pouvoir les exploiter et les rendre rentables.

14:22
Invité

Vous avez fait la pédagogie pour moi, c'est parfait. Effectivement, aujourd'hui, ce qu'il faut bien avoir en tête, c'est qu'au Groenland, il y a des mines. Et il y a des mines développées parce que, même si pour certaines mines, le coût d'extraction était très élevé, je parle d'un coût financier, mais je parle aussi d'un coût environnemental, voire social, il y a notamment une dimension stratégique, par exemple, pour le molybden dans l'est du pays, en plein cœur du parc naturel du Groenland, qui fait que les Européens viennent, et ça a été fait en 2025, lancent le projet de mine.

Mais sur le volet de la défense, je veux vraiment revenir sur ça pour placer quelque chose qui manque dans le débat français.

14:53
Présentateur

Parce qu'il y a de nombreuses questions d'auditeurs sur cette question.

14:55
Invité

Exactement. Le pacte de 1951 que Pierre vient d'évoquer, c'est le cadre légal. Ce cadre légal a été renforcé en 2004 avec les accords d'Igallicou. Les accords d'Igallicou disent quoi ? À l'article 3, c'est très clair, si les États-Unis doivent mener des actions militaires au Groenland en dehors des infrastructures existantes, c'est-à-dire sur la calotte glaciaire en plein cœur du pays, par exemple, ils doivent consulter le gouvernement du Groenland et du Danemark. S'ils veulent augmenter les bases, s'ils veulent mettre du personnel, s'ils veulent mettre des moyens techniques, ils le peuvent, mais ils doivent se concerter avec les Danois et avec les Groenlandais.

Et je pense que c'est ça le principal problème de Donald Trump, c'est de devoir parler avec d'autres. Il veut les ressources sans discuter, il veut le territoire sans discuter.

15:35
Présentateur

Naya Nathanaïelsen parlait d'un petit pays, c'est très frappant, parce que lorsqu'on regarde un planisphère, et il faut regarder le dessous des cartes parfois, et vous le faites très souvent Pierre, mais en l'occurrence le Danemark est gigantesque sur les cartes, beaucoup plus grand qu'il n'est en réalité. C'est un pays qui fait trois fois et demi la dimension de la France, qui compte 55 000 habitants. C'est très paradoxal de l'entendre parler d'un petit pays, et non seulement d'un petit pays, mais de le comparer à des pays d'Afrique qui, pour le coup, ont été victimes de prédation. Comparaison n'est pas raison ?

16:06
Invité

Si, si, je pense que la comparaison est tout à fait valable, c'est-à-dire qu'on est un petit pays parce qu'on ne pèse pas dans le concert des nations, qu'on ne peut pas parler à égalité avec les superpuissances. C'est d'autant plus vrai aujourd'hui, où le droit international est en train de disparaître. Le principe de l'ONU, c'était un pays, une voix. On revient aujourd'hui à un gros pays, une grosse voix, un petit pays, une petite voix. Et le Groenland, avec ses 55 000 habitants, et même le Danemark...

16:37
Présentateur

Qui ne sont ni américains ni danois, qui sont groenlandais, qui ont une identité inuite forte, il faut insister là-dessus. Ces gens-là, ils ne veulent pas être dépecés.

16:48
Invité

Ils ne veulent pas être dépecés et ils ne veulent pas, surtout, être avalés par un plus gros. Et c'est ça. Vous savez, la comparaison, elle peut être faite avec des pays d'Afrique, mais elle peut être faite aussi, et elle est très paradoxale à tout point de vue, avec les pays du Pacifique Sud. Ces îles, comme les îles Salomon, etc., qui sont l'objet de la rivalité sino-américaine, qui sont des petits confettis avec une population très faible et qui sont balottés entre ces luttes d'influence. Le Groenland, avec son immensité territoriale, est un peu dans la même position, et c'est très paradoxal.

17:21
Invité politique

Micoblige, on m'arrête, il faut qu'on vous pose quand même en quelques secondes la question qui arrive au standard, qui est répétée par beaucoup d'auditeurs. Pourquoi pas de rapprochement entre le Groenland et le Canada ?

17:30
Invité

Mais il y a des rapprochements avec le Groenland et le Canada. C'est-à-dire que ce que vous avez tous évoqué à l'instant, c'est quelque chose qui fait que le Groenland est en particulier en Arctique, notamment vis-à-vis des autres peuples inuits, notamment dans le cadre du Conseil circumpolaire inuit, qui représente les inuits du Groenland, du Canada, de l'Alaska et même de l'extrême-orient russe. Le Groenland a ce rôle de pionnier parce que le Groenland en Arctique, c'est la seule unité de gouvernement, donc ce n'est pas encore un État, mais en tout cas c'est un proto-État qui cherche à le devenir, c'est le seul à être à majorité autochtone.

88% de la population du Groenland est effectivement d'Inuits ou descendantes Inuits. Donc dans ce contexte-là, ce qui se passe au Groenland est regardé par tous les peuples autochtones de l'Arctique, et pour ce qui est du Canada, il y a des liens très proches avec les peuples inuits du Nunavut, avec les peuples inuits du reste du territoire, ou du nord du Québec par exemple, du Nunavik. Et de fait, c'est ça qu'on est en train de voir, notamment dans la manière dont le gouvernement fédéral canadien est en train d'évoluer depuis six mois, c'est Mark Carney, le Premier ministre, qui dit qu'il faut absolument un rapprochement et les aider.

18:31
Présentateur

Il y a une image qui est devenue virale, Pierre Aski, c'est celle du territoire du Groenland entouré d'une muraille de Legos, puisque c'est une invention danoise. Il y a le côté risible et amusant de l'image, elle fait le tour d'Internet. En l'occurrence, est-ce que ces Legos, cette protection danoise ou européenne, peuvent garantir la sécurité ou l'autonomie du Groenland, ou vous n'y croyez pas ?

18:54
Invité

Je crains que non, parce qu'on est aujourd'hui face à un président américain qui a une détermination absolument colossale. Il faut écouter ce qu'a dit Donald Trump avant-hier au New York Times. Il a dit, le droit international n'a plus aucune valeur, ma seule limite, c'est ma conscience morale. Ce qui est très inquiétant, parce que la conscience morale de Donald Trump n'est pas particulièrement impressionnante, mais ça veut dire qu'on a un président désinhibé qui ne voit aucune limite, et que la puissance européenne, elle a certes une force symbolique, et que je pense qu'il y a des gens dans l'establishment américain qui ne veulent pas voir l'OTAN éclater.

La première ministre danoise a dit, si les Américains utilisent la force pour prendre le Groenland, l'OTAN est mort. Je pense qu'il y a beaucoup de gens à Washington qui ne veulent pas de ça. Mais est-ce que Donald Trump est capable d'entendre ça, et de ne pas aller jusqu'au bout de son fantasme impérial, qui est de prendre le Groenland ?

19:50
Présentateur

Histoire à suivre. En tout cas, c'était passionnant, et merci d'avoir fait cet exercice de pédagogie, Miko Blujon-Méred. Merci infiniment d'avoir été avec nous. Je rappelle donc les Mondes polaires, paru aux presses universitaires de France. Pierre Aski, on vous retrouve évidemment toute la semaine, le matin sur Inter, et vous apportez votre pierre à l'édifice de la compréhension de ce monde, en train de basculer, avec le lancement de cette nouvelle chaîne YouTube, Le Monde de Pierre Aski. Premier invité, Anthony Samrani de Lorient Le Jour. C'est absolument passionnant.

20:22
Invité

Et je viens de préfacer également « Alors tu veux acheter le Groenland ? » de ma collègue Elisabeth Buchanan aux éditions Saint-Simon, qui regroupe exactement tout ce qu'on vient de se dire.

20:28
Présentateur

Eh bien écoutez, c'est passionnant. Merci et bonne journée.