Eva Jospin fait de l’Orangerie une "Chambre de soie"
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Questions et réponses
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Pouvez-vous décrire l'endroit où nous sommes aujourd'hui ?
- 0:54OuverteRéponse directe
Qu'est-ce qu'on peut trouver comme représentation sur cette toile ?
- 2:59OuverteRéponse directe
Est-ce qu'il faut avancer toujours en parallèle à la fresque ?
- 3:29OuverteRéponse directe
Quel est le point de départ de la fabrication de cette fresque ?
- 4:36OuverteRéponse directe
Pourquoi vous êtes-vous lancée dans cette entreprise ?
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Pouvez-vous décrire les deux laits supplémentaires ?
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Bonjour Eva Jospin. Bonjour Quentin. Ça résonne un peu là où on se trouve aujourd'hui, présentement, mais je vais vous demander un exercice difficile qui est de nous décrire l'endroit où l'on est, où on fait cette interview aujourd'hui.
On est dans l'orangerie du château de Versailles, qui est un peu à l'image de ce château, c'est-à-dire une des plus grandes orangeries du monde. Donc c'est une orangerie en pierre, avant ce qu'on a développé après, plus au 19ème, qui sont des cerfs que j'adore aussi. Donc on est dans un jardin d'hiver, ce qui est parfait pour moi, pour m'accueillir. Donc tous les arbres fruitiers se sont sortis. Et en attendant, je prends la place avec une grande promenade entièrement brodée de 107 mètres sur 3,50 mètres de haut.
Et au fond de ces travées, au fond de ces 107 mètres, une statue du Bernin, de représentant Louis XIV. Et effectivement, cette grande, grande toile qui s'étire sur 107 mètres. Qu'est-ce qu'on peut trouver comme représentation sur cette toile-là aussi ? Décrivez-nous les couleurs, les formes. Alors ce serait impossible de tout décrire, mais ce qu'on a face à nous, là.
Alors là, on est exactement au milieu de ces 107 mètres. Et on est dans une forêt, puisque c'est pour moi vraiment le démarrage de toute cette promenade dans les œuvres. Et en fait, ces 107 mètres représentent aussi une promenade. Finalement, c'est une œuvre panoramique qu'on ne peut pas embrasser d'un seul regard. Donc on essaye de la voir tout entière et on ne peut la voir qu'en bougeant, qu'en étant mobile. Donc c'est une œuvre qui active le pas, qui est vraiment une œuvre de promeneur et de regardeur. Et puis, on passe toujours du général au particulier. C'est-à-dire qu'on essaye de comprendre ce à quoi on fait face. Donc ici, une forêt. Puis on va avancer, par exemple.
On va se retrouver dans une cascade. Puis peut-être qu'il pourrait être appelé un verger. Mais en même temps, on peut aussi se perdre dans chaque point de broderie, dans chaque couleur. Puisqu'il y a une infinité de points, une infinité de techniques qui varient d'un moment à l'autre. Parfois, la toile de fond apparaît. Parfois, elle disparaît. Et vous pouvez regarder aussi que dans certaines... Par exemple, ici, on va s'arrêter. Vous avez des fils qui sont dans une espèce de, je dirais, jaune de nappe. Moi, je dirais que c'est un jaune de nappe. Et si vous regardez bien, en fait, les points ne sont jamais les mêmes.
C'est-à-dire que sur une bande de 80 cm devant laquelle nous sommes, vous avez le même fil, mais une technique différente. Et tout le travail que j'ai fait avec les brodeurs de Chanakia, qui sont des ateliers de broderie en Inde, ça a été aussi de créer cette espèce de folie du détail et de vertige du détail sans cesse renouvelé et de faire du même différent en permanence, en fait. Donc là, on vient de passer devant une petite architecture qui pourrait être comme un théâtre de verdure, par exemple, comme il y en a parfois dans les jardins. Puis on passe face à une pierre, des branchages, un arbre isolé qui serait devant une grotte.
Mais il faut aussi préciser qu'en fait, il y a une infinité de couleurs. Il y a plus de 400 couleurs différentes.
Une question sur la déambulation. Est-ce qu'il faut avancer toujours en parallèle à la fresque ? Ou c'est un intérêt de se rapprocher, de s'en éloigner, au fond, de déambuler en zigzagant ?
Ce que j'aime, c'est plutôt l'idée qu'en fait, on crée sa propre promenade, on crée son rythme. Et puis surtout, on peut faire l'aller-retour, on peut revenir sur ses pas. Enfin, la promenade est très, très libre. Ce qui est intéressant, c'est de voir si le visiteur est happé par la vision, par l'envie de se rapprocher, de rentrer dans le détail ou pas. Et après, son rythme est toujours le bon.
Vous avez parlé de technique, de fabrication. Quel est le point de départ, justement, de la fabrication de cette grande, grande fresque ? Est-ce que c'est passé par le dessin ?
Absolument. Et c'est pour ça que dans les deux derniers laits par lesquels on va finir, que j'ai fait spécialement pour cette exposition, je me suis inspirée de deux gravures. Parce qu'en fait, le dernier lait de la broderie originale que j'avais faite en 2021, s'est inspiré de la grotte de Tétis, qui est une grotte qui a été détruite pour construire l'aile nord du château. Et dont les sculptures qui faisaient partie des niches sont maintenant dans les bains d'Apollon qui ont été remis en scène, j'ai envie de dire, par Hubert Robert, qui est aussi un peintre et un sculpteur qui a fait de nombreux jardins, donc il m'intéresse beaucoup pour ces questions.
Et qui, en même temps, a amené des choses à un Versailles qui n'a cessé de changer, en réalité, quand on s'intéresse à l'histoire de ce château et de ce parc. Et donc, le dessin est vraiment toujours à la base de tout, et surtout à Versailles, puisque le jardin lui-même est un jardin très dessiné au départ, un jardin de plans, un jardin d'architectes. Donc, le dessin, c'est vraiment le premier geste.
Vous avez mentionné une date, 2021. C'est là qu'est née, c'est le moment où est née cette œuvre. Racontez-nous l'histoire. Pourquoi est-ce que vous avez souhaité vous lancer dans cette entreprise ? Est-ce que c'est Dior qui vous a commandé cette œuvre ?
C'est né d'un rêve. J'étais partie en résidence à la Villa Médicis, donc on se retrouve à nouveau dans les liens France-Italie et des parcours communs avec Hubert Robert, par exemple. Et j'avais visité le Palais Colonna où une des salles de ce palais, tous les murs sont remplis de broderies. Et c'est devenu un rêve d'avoir envie de transcrire en fait les dessins que je faisais à l'encre à l'époque en autant de fils et que finalement le sens du trait devienne la direction du fil. Et aussi de permettre le retour de la couleur dans mon travail qui était jusque-là plutôt monochrome.
Donc, j'ai eu ce rêve un peu fou, un peu personnel, que j'ai développé pendant un certain temps en faisant venir une brodeuse à l'atelier, en travaillant avec une restauratrice de tissus qui était aussi pensionnaire à la Villa, qui s'appelle Stéphanie Ovid, sur des coloris, des matériaux, etc. pour ne pas perdre cette idée. Mais tout s'est accéléré incroyablement quand j'ai rencontré Maria Grazia Chiori, qui est la directrice artistique de Dior, autour de mon travail, mais sans avoir un agenda particulier. Et je lui ai parlé de ce projet. Et là, elle m'a dit, mais viens, on va le faire pour un défilé.
Et donc, ce qui était au départ une chambre de soie plutôt intime et faisant aussi référence à la fameuse conférence de Virginia Woolf, une chambre à soie, est devenue en fait un panorama gigantesque. Mais cette vision panoramique m'intéressait déjà puisque je venais, enfin, quelques années auparavant, j'avais justement reconstruit un principe de panorama comme les panoramas du XIXe siècle dans la Cour Carrée du Louvre. Donc, cette vision panoramique et cette vision de l'intime, ce passage du très grand format au détail est au cœur du travail en permanence, de toute façon.
Je voudrais qu'on se dirige vers les deux laits supplémentaires qui viennent compléter le projet que vous avez mené pour Dior et que vous nous décriviez ces deux segments supplémentaires que vous avez pensés en articulation avec ce qu'on observe partout autour de nous au château de Versailles.
Alors, ces deux derniers laits, en fait, ils s'inspirent d'un Versailles qui existe toujours et un Versailles disparu, donc on pourrait dire que ça reprend un bosquet de Treille qui est le bosquet de l'Encelade et en même temps, ça reprend le bosquet une gravure de l'entrée, en fait, ou d'un endroit dans le labyrinthe parce qu'il y avait un bosquet du labyrinthe qui, lui, n'a pas été conservé mais qui était aussi un bosquet de Treille. Et donc, c'était l'idée de travailler sur un Versailles encore présent et un Versailles dont on n'a qu'une trace dessinée.
Et puis, il y a aussi une transition entre le dernier lait qui est inspiré de la grotte de Tétis et ces deux derniers parce qu'on commence justement dans une végétation douce. Enfin, il faut arriver justement à créer le rythme de la promenade et ne pas... Ce n'est pas une vente dessinée, ce n'est pas des cases, au contraire. C'est vraiment l'idée d'un déroulement. Voilà. Et donc, le dernier lait, c'est comme une fontaine, en fait. Et donc, il y a une explosion d'eau qui est, je pense, très Versailles puisque c'est vrai qu'on a vraiment cette image des jeux d'eau particulièrement saisissants ici.
Cerclés de végétation.
Cerclés de végétation.
Et comment vous avez imaginé ce Versailles disparu ? Comment vous vous êtes retrouvés, retournés à la source de ce Versailles qui n'existe plus ?
En fait, j'ai beaucoup d'intérêt sur des formes qui ne persistent que par la gravure ou le dessin, notamment les architectures de fêtes. On va accueillir les Jeux Olympiques, donc on va se retrouver à nouveau dans une immense architecture de fêtes. Mais c'est des choses qui m'intéressent beaucoup. Et tous ces décors, dont les fêtes de Versailles, mais il y en a eu beaucoup dans toutes les grandes cours européennes, m'ont toujours intéressé parce qu'elles sont à la jonction entre plein de choses qui nous intéressent encore aujourd'hui, entre le Luna Park, un grand concert, un défilé de mode. En fait, ça, ce seraient les architectures de fêtes d'aujourd'hui.
Et ces formes n'ont pas été conservées, mais elles existent toujours par la trace du dessin. Donc le dessin, c'est quand même toujours une grande source d'inspiration pour aller chercher de nouvelles idées.
Cette tapisserie, vous lui ajouterez quelques laits supplémentaires ?
Elle est potentiellement infinie. Donc il faut m'arrêter, sinon moi, je continue.
Merci beaucoup, en tout cas, Eva Jospin, de cette discussion au sein de l'Orangerie de Versailles.
Merci à vous. Sous-titrage Société Radio-Canada