Ukraine : un nouveau tournant dans la guerre ? - Bernard Guetta - C à Vous - 10/10/2022
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Chapitres
Répartition du ton (temps de parole politique)
Attaque 10 %Défensif 90 %
Questions et réponses
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- 2:50OuverteRéponse directe
Cette réplique n'a pas été improvisée dans le week-end ?
- 5:02OuverteRéponse directe
C'est-à-dire s'impliquer plus directement ?
- 6:07OuverteRéponse directe
On ne comprend pas, s'impliquer comment ?
- 7:10OuverteRéponse directe
Est-ce que c'est une rencontre pour agiter de nouvelles menaces ?
- 8:39OuverteRéponse partielle
La mobilisation pourra-t-elle changer le cours des combats ?
Affirmations vérifiables (citations exactes)
- 0:20Invité politiqueFait
« Les infrastructures, l'eau, l'électricité. L'eau, l'électricité, c'est-à-dire une manière d'assoiffer, d'affamer la population, mais aussi de la faire mourir de froid. »
- 0:31Invité politiqueFait
« Parce qu'il fera très bientôt moins 10, moins 20 et plus en Ukraine. Et quand je dis très bientôt, c'est à peu près dans un mois. »
- 0:40Invité politiqueFait
« Crime de guerre, oui, évidemment. Quand on vise délibérément une population civile et non pas des forces armées, oui, ça s'appelle un crime de guerre. »
- 1:29Invité politiqueFait
« la Russie, spectaculairement à l'est et insensiblement, mais constamment, de jour en jour, recule au sud. »
- 7:46Invité politiqueFait
« c'est l'affrontement de plus en plus évident entre la Russie de Poutine et les démocraties, qui s'esquissent. »
- 10:18Invité politiqueFait
« C'est à la panique de perdre la guerre et donc de perdre le pouvoir et peut-être même sa vie. »
Temps de parole
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Ce déluge de frappes russes sur l'Ukraine. Terrorisme, crime de guerre, je crois que ce sont les mots employés par le porte-parole de l'Union européenne. C'est exactement comme ça qu'il faut définir ces attaques.
Écoutez, il me semble, parce que qu'est-ce qui était visé aujourd'hui par ces frappes russes ? Les infrastructures, l'eau, l'électricité. L'eau, l'électricité, c'est-à-dire une manière d'assoiffer, d'affamer la population, mais aussi de la faire mourir de froid. Parce qu'il fera très bientôt moins 10, moins 20 et plus en Ukraine. Et quand je dis très bientôt, c'est à peu près dans un mois. Crime de guerre, oui, évidemment. Quand on vise délibérément une population civile et non pas des forces armées, oui, ça s'appelle un crime de guerre. Mais si vous me permettez, je voudrais ajouter une chose à ce que vient de dire Patrick. Évidemment que vous avez raison.
Évidemment que c'est une riposte à l'attentat contre le pont qui reliait la Russie à la Crimée par la volonté de Vladimir Poutine. Mais il y a une autre dimension à cela. C'est que le deuxième message envoyé par Vladimir Poutine, c'est si vous continuez à nous faire reculer, nous allons vous écraser sous un tapis de bombe. Parce que la situation actuelle sur le front, ou plutôt sur les fronts, à l'est et au sud, c'est que la Russie, spectaculairement à l'est et insensiblement, mais constamment, de jour en jour, recule au sud.
Et aujourd'hui, la Russie, à quelques semaines, à deux semaines ou trois semaines, risque de voir encercler un contingent d'environ 20 000 soldats dans la région de Kherson, au sud, par l'offensive de l'Ukraine. Et ça, si ça arrivait, je ne dis pas que ça arrivera parce que ça sera très difficile pour l'armée ukrainienne. Mais si ça arrivait, et c'est possible, à ce moment-là, mais c'est la défaite totale de la Russie. Vous imaginez ça ? 20 000 soldats montrés, faits, prisonniers par l'Ukraine. Et aujourd'hui, vous avez une course de vitesse entre un Poutine qui veut juguler la crise politique qui monte dans son pays et qui monte de jour en jour, et donc essayer d'aller vers des victoires.
Et d'autre part, les Ukrainiens qui veulent, avant l'hiver, avant que l'hiver ne ralentisse les opérations militaires, eh bien, obtenir cette victoire majeure dans la région de Kherson. Et donc, les bombardements d'aujourd'hui, il faut les remettre dans ce tableau général.
Et il est probable, d'ailleurs, que cette réplique n'a pas été improvisée dans le cours du week-end. Les services de sécurité ukrainiens ont expliqué, éléments tangibles à l'appui, je ne vais pas rentrer dans les détails sur les mouvements de bombardiers, que cette salve de bombardements était en préparation depuis début octobre, donc avant même l'attaque du pont de Kiev.
Vous avez tout à fait raison, depuis début octobre, c'est-à-dire depuis les succès majeurs de la contre-offensive ukrainienne lancée en septembre.
Donc, comme l'a affirmé Dimitri Medvedev, vous le rappeliez, Patrick, c'est juste le premier épisode d'un tapis de bombe qui s'annonce, quoi. Il faut vous prendre ce délai très au sérieux.
Alors, c'est le premier épisode si la contre-offensive ukrainienne se poursuit. Et la contre-offensive ukrainienne va se poursuivre. Et c'est pour ça que nous sommes ce soir à un moment véritablement très très sérieux de cette guerre. Pourquoi ? Parce que la contre-offensive ukrainienne va se poursuivre. Les bombardements russes, très vraisemblablement, vont se poursuivre et être d'autant plus meurtriers que Poutine a nommé commandant en chef des opérations en Ukraine, l'homme, vous vous en souvenez peut-être, sans doute, qui avait écrasé d'une manière mais totalement monstrueuse Alep en Syrie sous les bombes.
C'est-à-dire que cet homme est chargé de faire la même chose que ce que la Russie avait fait à Alep, c'est-à-dire tenter d'écraser l'Ukraine sous les bombes.
Et tenter de détruire totalement la capitale ukrainienne, Kiev aussi ?
Vraisemblablement, mais en tout cas, beaucoup de villes. Certainement beaucoup de villes. Et là, eh bien écoutez, comment vont réagir les Occidentaux ? Je ne suis pas devin, je ne peux pas le jurer, mais je ne pense pas qu'aujourd'hui, les Européens et les Américains laisseront faire. C'est-à-dire que nous pouvons véritablement être à un... Oh, écoutez, j'hésite à le dire comme ça, catégoriquement. Mais si vous me demandez mon sentiment, mon sentiment est que nous pouvons réellement être à un tournant majeur de cette guerre.
C'est-à-dire ? C'est-à-dire s'impliquer plus directement ?
Mais écoutez, si les Occidentaux et les Allemands commencent à le faire, avec ce que vient de rappeler Patrick, c'est-à-dire la livraison d'un système de protection antimissile, eh bien si les Allemands franchissent ce pas, eux qui étaient les plus timides, les plus réticents, je ne dis même pas à s'engager, mais à livrer des armes aux Ukrainiens, et regardez ce qu'a dit le Président français cet après-midi...
C'est un changement profond de la nature de la guerre.
Exactement. Un changement profond de la nature de la guerre. C'est-à-dire que, dans l'esprit du Président, eh bien, oui, il faut ne pas laisser faire les Russes.
Quitte à devenir co-belligérant.
Alors, pas forcément co-belligérant, parce que co-belligérant, c'est quand on envoie des troupes sur le terrain. Bon. Mais, en tout cas, nous impliquer beaucoup plus que nous ne l'avons fait jusqu'à présent. Pourquoi le ferions-nous ? Eh bien, tout simplement parce que les Russes s'apprêtent à faire subir à l'Ukraine ce qu'ils ont fait subir à Alep.
Ce qu'on ne comprend pas, c'est s'impliquer comment ? Parce que le patron de la Défense européenne a promis... Voilà, le chef de la diplomatie européenne, Joseph Borrell, a promis un soutien militaire supplémentaire.
C'est ce que je viens de vous dire.
Mais on a du mal à comprendre ça. Un soutien militaire complémentaire...
C'est des livraisons d'armes beaucoup plus sophistes.
Massives. C'est des armes lourdes que, jusqu'à présent, les Occidentaux ne voulaient pas livrer aux Ukrainiens. Notamment des chars qui... Les chars arrivent, c'est clair. Les chars ont arrivé. Le système de défense... Et surtout ça. On vient d'en parler. Voilà. Il y avait une catégorie d'armes plus... je ne sais pas, lourdes, sophistiquées, en tout cas, qui n'était pas, pour l'instant...
Jusqu'à présent, les Russes n'avaient pas écrasé l'Ukraine sous un tapis de bombe comparable à celui d'Alep. Et s'ils s'apprêtent à le faire, et malheureusement, on peut le craindre... Je ne dis pas que ce soit une certitude. Malheureusement, on peut le craindre. À ce moment-là, la réaction des grandes démocraties européennes et américaines sera à la hauteur de ce défi.
Sans avoir peur d'une escalade du côté de Moscou. Hier, des frappes ont visé des immeubles d'habitation de Zaporizhia. Trois jours après des bombardements qui avaient fait 17 morts. On sait qu'à Zaporizhia se trouve la plus grosse centrale nucléaire d'Europe, que la Russie vient de s'approprier par décret. Demain, Vladimir Poutine recevra le chef de l'Agence internationale de l'énergie atomique. Est-ce que c'est une rencontre pour agiter de nouvelles menaces ?
Oui, il va certainement agiter de nouvelles menaces. C'est protester de son innocence, qui est bien connu. Mais au-delà de Zaporizhia et de la centrale nucléaire, et Dieu sait que l'enjeu est grand, pourtant, véritablement, pardonnez-moi de me répéter, c'est l'affrontement de plus en plus évident entre la Russie de Poutine et les démocraties, qui s'esquissent. J'en ai peur, j'en ai peur. Je souhaite ardemment me tromper, mais je crains qu'on y aille. Mais on y aille, ça ne veut pas dire la guerre mondiale, pas du tout. Ça ne veut pas dire que Russes et Américains vont échanger des frappes stratégiques nucléaires. Non, ce n'est pas ça.
Mais on va se trouver dans une guerre, véritablement, face à face, avec des moyens comme on n'en avait pas encore employés, ni d'un côté ni de l'autre, jusqu'à présent. Ça se peut.
Vladimir Poutine, en tout cas, peut aussi répondre à la pression dans son propre pays. Il faut écouter en ce moment les télévisions russes, où les critiques à l'encontre de son offensive vont crescendo, notamment début octobre. Quand les soldats vont arriver sur le front, il ne sera pas trop tard ? Dans deux, trois semaines ? Si quelqu'un ne le comprend pas dans l'armée, il faut revenir au point de départ et remplacer ces gens. Je n'appelle pas à fusiller ces gens comme vous, mais il faut les remplacer et enquêter sur les causes de cette situation.
Je pense qu'aucun d'entre nous ne peut dire si cette mobilisation pourra changer le cours des combats. Et pour l'instant, ça ne se passe pas pour le mieux.
Il faut changer, c'est ce qu'on entendait beaucoup, donc c'est ce qu'il a fait, changer. Il a nommé un nouveau commandant à la tête de son opération spéciale, un commandant qui est connu pour sa brutalité en Afghanistan, en Tchétchénie, en Syrie. C'est clairement là aussi pour faire taire les critiques.
Oui, mais je ne pense pas qu'il y ait véritablement une opposition politique fondamentale entre Vladimir Poutine et ces gens qu'on entend protester, crier, pleurer sur les écrans de télévision. Non, je pense que c'est la même ligne politique. Simplement, Vladimir Poutine est le chef de l'État, il ne peut pas employer les mots que l'on entend sur ces plateaux de télévision. Mais autrement, non. Moi, je ne vois pas de différence. Et je ne crois pas qu'il y ait réellement une pression. Aujourd'hui, Vladimir Poutine, ce n'est pas à la pression de dur, de plus dur que lui qu'il répond. C'est à la panique de perdre la guerre et donc de perdre le pouvoir et peut-être même sa vie.
Et peut-être même sa vie. Parce que vous savez, quand un dictateur perd le pouvoir dans ses conditions, souvent il perd aussi la vie. Et il le sait.
Bernard Guetta